Alors qu’Aria tendait la main vers le bocal, une autre main surgit et le lui arracha en pleine action.
« Attends, quelque chose cloche vraiment. » Raiden lança un regard glacial au prétendu ancêtre, puis attrapa Aria et recula de deux pas.
« Tout ça me paraît louche, trop beau pour être vrai. D’un seul coup, sorti de nulle part, voilà qu’un ancêtre débarque et lui offre sa lignée — alors que ce n’est même pas à toi de la donner, et qu’elle ne lui appartient pas non plus — mais quand même, tout ça me semble un peu trop… commode. Qui es-tu, au juste ?
Raiden foudroya du regard le soi-disant ancêtre Valcoric, qui se contenta de rire de ses soupçons.
« Ha ha ha ! Inutile de douter de moi, mon garçon. Je suis sans conteste le membre le plus âgé de la famille. Pourquoi aurais-je mes propres descendants ?
« Ça ne fait que me rendre encore plus méfiant, vieux. » Raiden répliqua du tac au tac, et Valcoric en resta sans voix.
Il était peut-être leur ancêtre, mais il n’était pas si vieux, si ? Velcoric était presque certain qu’il avait l’air très jeune.
« Hé, hé, hé. Pas la peine de t’en prendre à ma personnalité comme ça, d’accord ? Je suis peut-être son ancêtre, mais dans mon cœur, j’ai toujours une âme jeune. »
En voyant ce roi du mélodrame, Raiden resta à son tour sans voix. Il commença même à douter de lui-même, se disant qu’il s’était montré beaucoup trop méfiant.
Mais il ne baissa pas sa garde pour autant. Il devait absolument éclaircir un point avant de pouvoir faire confiance à ce type.
« Je me fiche que tu sois jeune ou vieux. Tu restes sacrément louche. Dis-moi, quand tu m’as vu pour la première fois, tu as dit que je sentais la famille, le blanc-truc-machin et l’Être Cendré. Qu’est-ce que tu voulais dire par là ?
À ces mots, Valcoric resta silencieux un instant, sans rien répondre.
Un silence gênant s’abattit sur le terrain. Raiden observa calmement l’homme devant lui, tandis que Theodore et Aria échangeaient des regards inquiets.
Ils n’avaient aucune idée de ce que Raiden cherchait à faire ou à savoir, mais comme il avait tant sacrifié pour les amener ici, ils lui faisaient bien plus confiance qu’à celui qu’ils appelaient leur ancêtre.
Au bout d’un moment, voyant qu’aucun de ses deux descendants ne disait mot et qu’ils restaient simplement derrière Raiden pour le soutenir, Valcoric n’eut d’autre choix que de prendre la parole.
« Bon sang, sale morveux ! Je ne veux pas me mêler au monde de ces monstres. Pourquoi tiens-tu tant à m’y entraîner ? Rien de bon ne sort jamais quand on se mêle des affaires de la famille Cendrée. Pourquoi t’acharnes-tu à entraîner ma famille dans ce monde ? Et tu as même choisi d’embarquer avec toi mon descendant le plus prometteur. Hors de question ! Je refuse ! Je refuse de le faire !
Raiden se plongea dans ses pensées. En écoutant le vieil homme, il eut vaguement l’impression que tout cela avait un lien avec ses parents. Il ne laisserait pas passer l’occasion d’en apprendre davantage.
Sans rien laisser paraître, Raiden reprit la parole.
« Je me fiche de tes manigances. Je ne te laisserai pas approcher Aria ni lui faire de mal tant que tu ne m’auras pas d’abord expliqué qui tu es.
« Tu sais à quel point c’est difficile de la trouver ? Bien entraînée, elle a changé toute la famille à elle seule. Un talent comme le sien ne se présente qu’une fois par siècle, putain, et tu me dis que tu vas m’interdire de la voir ? Pour qui tu te prends, gamin ? T’es qu’un petit merdeux qui a eu de la chance. Tu crois qu’il me suffit d’un mot pour que tout le clan débarque ici et te passe à tabac ?
« Hé, tu peux toujours essayer, vieux. » Un léger rictus se dessina sur le visage de Raiden.
Quelle blague. Il avait gravi les échelons pas à pas, en traversant des hordes de cadavres. Avec le système à sa disposition, il ne craignait plus personne en dessous du rang Mythique.
« Argh ! Vous deux ! Bande de descendants indignes ! Qu’est-ce que vous fichez là, à me regarder comme des idiots ? Vous allez laisser cet étranger décider de votre sort ? C’est votre seule chance de récupérer votre lignée. Et en plus, vous hériterez de la mienne. Vous deviendrez les membres les plus puissants et les plus importants de la famille ! Vous allez vraiment renoncer à tout ça juste parce qu’un étranger vous l’a dit ?
En entendant les reproches de leur ancêtre, Aria et Theodore gardèrent le silence.
Prétendre qu’ils n’étaient pas tentés par ses paroles aurait été un mensonge. Theodore, du moins, l’était vraiment, mais lorsqu’il se tourna vers sa grande sœur et vit son expression, il se tut sans rien ajouter.
Aria, qui n’avait pas dit un mot jusque-là, fixa Valcoric d’un regard résolu.
« Non, je ne suis pas tentée du tout. Tu sais qui c’est ? Tu sais pourquoi il m’aide ? Tu sais ce que je lui ai offert en échange ? Non, tu ne le sais pas. Tu n’en sais foutrement rien. Je ne l’ai aidé qu’une seule fois, par le passé, une seule fois, pour une toute petite chose.
« Et pour ce tout petit coup de main, cet homme était prêt à affronter toute ma famille. Ce type un peu idiot s’est opposé à mon père, le membre le plus fort de la famille, alors que personne d’autre dans le clan n’osait le faire. Il a combattu une bête de Terre capable de lui coûter la vie pour m’aider à venir jusqu’ici. Il a fait tout ça pour nous permettre de lui rendre une toute petite faveur insignifiante. Je suis cette pauvre petite fille incapable de lui rendre la pareille. Et quand tu me demandes à qui je fais le plus confiance, entre un ancêtre que je n’ai jamais rencontré et lui, je finirai toujours par choisir lui ! »