Chapitre 150
Traducteur : _Min_ Éditeur : Yukira_
Lorsque Jiang Chen entra à nouveau dans le salon de glaces, il fut témoin d’une scène amusante qui lui fit arborer, malgré lui, une expression pensive.
Ayesha, vêtue d’une robe noire, était assise à une table. Son visage, d’ordinaire impassible, était désormais recouvert d’une couche de glace.
En face d’elle, un jeune homme slave oriental lui parlait avec un enthousiasme plutôt marqué.
« Hé, beauté, puis-je connaître ton nom ? » Le jeune homme au nez aquilin fixait les yeux d’Ayesha d’une manière qu’il jugeait manifestement romantique.
Ignoré.
« Hum, j’ai l’impression de t’avoir déjà vue quelque part. »
Aucune réponse.
Oleg regardait Ayesha, embarrassé. Du point de vue d’un gentleman, si l’autre partie avait clairement exprimé son désintérêt, insister ne ferait que passer pour de l’importunité. Mais comment pouvait-il supporter cela ? Y aurait-il quelqu’un pour ignorer complètement un homme aussi remarquablement beau, romantique et élégant que lui ?
Il prit une profonde inspiration et décida de sortir son coup de grâce, son mouvement « cool » ultime.
Dans un grand geste romantique, il se leva, s’agenouilla et fixa affectueusement les yeux d’Ayesha.
« Dès la première fois où je t’ai vue, je n’ai pu m’empêcher de tomber irrévocablement amoureux de toi, ma déesse. »
La plupart des clients du salon de glaces commencèrent à regarder dans leur direction. Certaines jeunes filles se couvraient la bouche de surprise, et d’autres se mirent même à siffler. Les propositions (comme les demandes en mariage) seraient toujours populaires, quel que soit le pays.
Oleg était effectivement séduisant et, combiné à son physique athlétique, il ressemblait en tout point à un homme fringant de Kane.
Cependant, Ayesha se contenta de jeter un regard indifférent à l’horloge murale.
Elle avait toujours été indifférente aux étrangers, surtout aux hommes. Si ce n’était de l’opposition de Jiang Chen, elle aurait porté la cape noire qu’elle mettait habituellement pour le sniping lors de leur rendez-vous.
L’expression passionnée d’Oleg se figea sur son visage, le laissant mariner dans la gêne. S’il partait, il aurait l’air d’avoir joué un monologue ; d’un autre côté, Ayesha affichait clairement une expression du genre : « J’ai-trop-la-flemme-de-m’occuper-de-toi ».
Souriant légèrement, Jiang Chen s’avança.
« Je suis désolé de t’avoir fait attendre si longtemps. »
Les yeux d’Ayesha s’illuminèrent instantanément lorsqu’elle l’aperçut. Elle se leva rapidement, marcha jusqu’à lui et lui serra le bras comme si personne n’était là.
« Il m’importunait, mais je ne lui ai pas prêté atten— » expliqua Ayesha d’une voix faible, craignant que Jiang Chen n’interprète mal la situation.
« Je sais », l’interrompit Jiang Chen avec un sourire, lui frottant les cheveux avec affection, « Je te fais confiance. »
« Hmm. » Ayesha rougit légèrement et baissa la tête, ses doigts jouant inconsciemment avec les poignets de chemise de Jiang Chen.
Oleg était toujours figé dans la même position embarrassante, sa bouche tressautant de manière incontrôlable. Le regard de la foule passa progressivement de l’encouragement à la moquerie et à la sympathie. Même s’il avait la peau dure à force de flirter avec tant de filles, son visage trahissait toujours une expression embarrassée.
Déconcerté, il se releva du sol, ajusta son col et marcha devant Jiang Chen.
« Peau jaune ? Ma déesse, comment peux-tu aimer quelqu’un — » Après avoir vu le visage de Jiang Chen, son expression méprisante se calma immédiatement.
« Pourquoi ne pas maintenir ton air de gentleman jusqu’à la fin ? Tu ressembles à un gamin à qui on a volé son bonbon », ricana Jiang Chen.
« Je te défie de répéter ça. » Oleg tendit la main avec un sourire vicieux, comme si la provocation de Jiang Chen lui donnait une raison de commencer une bagarre. À ses yeux, ce singe jaune ne serait pas capable de se défendre.
Les yeux d’Ayesha lancèrent un éclair de froideur et, juste au moment où elle s’apprêtait à agir, Jiang Chen lui serra doucement la main, lui signalant qu’elle n’avait pas besoin d’intervenir.
Il n’était pas question qu’il laisse une fille le protéger pendant un rendez-vous, mais d’un autre côté, il était aussi trop paresseux pour utiliser la force. Ses yeux balayèrent alors les environs.
« Hum, j’ai de bonnes raisons de conclure que cet abruti est envoyé par la société Willie pour me chercher des noises », murmura-t-il à voix basse.
Oleg n’avait même pas encore touché Jiang Chen lorsqu’un homme d’âge moyen assis à la table voisine bondit et le plaqua contre la table d’un mouvement incroyablement rapide.
« Pu*ain, qui es-tu, pu*ain ? » Oleg, ne comprenant pas la situation, lutta pour se défendre, mais il fut fermement maîtrisé par un homme d’âge moyen derrière lui.
« Je suis de la police ! Ne bouge plus, pu*ain ! » L’homme d’âge moyen tâtonna avec les menottes et lui passa les mains. « Oleg, c’est ça ? Vous êtes en état d’arrestation pour menace à la sécurité nationale. J’espère que vous coopérerez à notre enquête. »
« Quoi ! » cria Oleg, incrédule, « J’essayais juste de draguer une fille. Tout le monde ici peut en témoigner. »
Un autre homme d’âge moyen, buvant du café de l’autre côté, laissa échapper un soupir et marcha devant Jiang Chen.
« Nous nous excusons de vous avoir effrayé. Avez-vous besoin que je vous aide à contacter l’ambassade et à organiser votre retour immédiat ? » L’homme d’âge moyen en gilet gris regarda Jiang Chen et semblait désireux de partir.
« Merci beaucoup, mais ce ne sera pas nécessaire. Il me reste encore deux jours de vacances. Ce petit incident n’affecterait pas notre amitié, n’est-ce pas ? » Jiang Chen tendit sa main droite avec un sourire.
L’homme d’âge moyen le regarda pendant un long moment avant de lui serrer la main droite en silence.
[Puisque vous me suivez depuis si longtemps, ne serait-ce pas dommage de ne pas utiliser ce « garde du corps » gratuit ?]
« J’espère que vous passerez d’excellentes vacances. Vous savez, il y a encore beaucoup de gens qui font des heures supplémentaires. » L’homme d’âge moyen fixait directement Jiang Chen.
« Bien sûr, j’espère que vos heures supplémentaires seront agréables. » Le sourire de Jiang Chen était particulièrement radieux.
…
Après avoir quitté le salon de glaces, Jiang Chen n’emmena pas Ayesha dans les magasins de vêtements, mais l’amena plutôt au cinéma. Bien que son manoir dispose d’une salle de cinéma comparable à une salle de projection, regarder un film ici amplifiait l’expérience.
Surtout lors d’un rendez-vous.
L’écran diffusait <Mission Impossible 5>. Bien que Jiang Chen l’ait déjà vu une fois, lorsqu’il demanda à Ayesha quel film l’intéressait, elle écarta tous les films romantiques et ne manifesta de l’intérêt que pour les films d’action.
Quoi qu’il en soit, son véritable but était de se rattraper auprès d’elle, alors il accepta volontiers son choix. De plus, ce serait une perte totale que de prêter réellement attention au film en compagnie d’une fille.
Tenant la petite main d’Ayesha, sentant sa tension occasionnelle et la douceur de sa main lorsqu’elle se détendait, il se sentait au septième ciel. Le film diffusé à l’écran n’avait aucune chance d’entrer dans son esprit.
[Je pourrais tenir cette main pour toujours !]
Après avoir quitté le cinéma, Jiang Chen s’étira. Voyant les sourcils froncés d’Ayesha, il sourit doucement et demanda : « Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Hum. » Ayesha se caressa le menton et hocha la tête pensivement. « Je me demande juste pourquoi les balles ne touchent jamais personne ? De toute évidence, le chef des méchants a tellement de subordonnés, alors pourquoi doit-il se battre personnellement à la fin ? Son adresse au tir n’était même pas si bonne. »
Jiang Chen resta sans voix. Il semblait que cette fille avait effectivement prêté attention au film pendant tout ce temps.
« Hum, s’ils étaient touchés par un seul tir, ça ne s’appellerait plus un film d’action. Si le chef antagoniste ne meurt pas à la fin, ça deviendrait une série. Dans l’ensemble, c’est agréable, n’est-ce pas ? »
En entendant cela, Ayesha fut d’abord confuse, puis hocha la tête, se sentant légèrement embarrassée.
« Mhmm. »
…
Le soir, ils se promenèrent le long du fleuve Dniepr, sentant la douce brise souffler sur leur visage.
Jiang Chen jeta un coup d’œil à Ayesha qui tenait son bras.
Le magnifique visage sous la lumière de la lanterne semblait serein, ses cheveux bruns flottaient dans la brise, et un sourire s’attardait sur ses lèvres.
C’était un sourire si ingénu, et c’était la première fois que Jiang Chen le voyait sur son visage.
« T’es-tu amusée aujourd’hui ? » demanda-t-il, souriant légèrement.
En entendant cela, le visage pâle d’Ayesha devint légèrement rose.
Ajustant légèrement sa position, Ayesha glissa sa main dans la sienne.
« Hmm », murmura-t-elle, mais elle sembla sentir que cela ne transmettait pas assez ses sentiments, alors elle ajouta : « Très, très heureuse. »
« C’est bien. » Jiang Chen sourit puis se tourna pour regarder le fleuve. Le reflet du clair de lune décorait la surface du Dniepr et l’imprégnait de lumière.
Ayesha regarda le profil de Jiang Chen, les yeux qui n’étaient pas doués pour exprimer les émotions affichèrent de la vulnérabilité et de la perplexité.
« Pourquoi ? » murmura Ayesha pour elle-même, comme quelqu’un pris dans un rêve.
« Pourquoi ? » Jiang Chen la regarda, quelque peu perplexe.
« Je ne suis que quelqu’un que tu as ramassé dans le désert… Évidemment, je suis déjà très heureuse. »
Se remémorant l’image de ses parents dans la mare de sang, la somnolence à l’intérieur du camion et son transport vers le camp de réfugiés, se rappelant son ancien moi qui avait pratiquement renoncé à la vie, Ayesha sentit soudain les larmes lui monter aux yeux.
Le simple fait de pouvoir vivre dans un pays stable était déjà un bonheur en soi.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? » Jiang Chen sourit doucement et serra un peu plus fort ses petites mains douces.
« Mais… c’est pour ça que je te dois encore plus », murmura-t-elle. Elle posa ses sandales sur le chemin de gravier et regarda son propre reflet sur le fleuve.
« M’as-tu suivie juste parce que tu voulais me rembourser ? » demanda Jiang Chen avec un sourire.
Un éclair de confusion apparut dans ses yeux, mais peu après, elle secoua vigoureusement la tête.
« Non. »
« Alors pourquoi ? »
Après un moment de silence, la joue d’Ayesha fut progressivement envahie par la chaleur, les lèvres délicates et rouges restèrent en conflit pendant un bon moment avant de finalement prononcer les mots qui mijotaient depuis longtemps mais qu’elle n’avait jamais eu le courage d’exprimer : « Parce que je t’aime bien. » Elle marqua une pause et le fixa dans les yeux.
Le regard de vulnérabilité disparut progressivement de ses yeux.
En entendant cela, un sourire chaleureux apparut sur le visage de Jiang Chen.
Une réponse à laquelle il s’attendait naturellement, mais peu importe le nombre de fois où elle la prononçait, elle ne manquait jamais de faire battre son cœur la chamade.
« Au début, j’avais l’impression de te devoir beaucoup et c’est pour ça que j’ai demandé ce rendez-vous », murmura Jiang Chen tout en tenant la main d’Ayesha.
« Devoir ? » demanda Ayesha, confuse. Elle ne comprenait pas le choix de mots de Jiang Chen. C’était manifestement elle qui lui devait beaucoup.
« C’est exact. À mon avis, tu es à l’âge le plus excitant, mais je t’ai gardée dans le manoir, puis j’ai été occupé par mes propres affaires et maintenant que j’ai besoin de toi, je t’ai immédiatement donné une arme. »
« Ça ne me dérange pas d’être utilisée par toi. » Ayesha serra tendrement la main de Jiang Chen.
« Les gens sont plus ou moins hypocrites, mais ce n’est pas de ça que je parle. » Jiang Chen sourit et répondit à son affection. Il marqua une pause avant de reprendre : « Tout à l’heure, j’ai soudain réalisé que la vraie raison n’était peut-être pas due au sentiment de te ‘devoir’ quelque chose. »
« C’est plutôt la même raison que la tienne. »
Parce que tu m’aimes bien.
Alors je t’aime bien aussi.
Les deux tombèrent dans une entente tacite.
Sur le Dniepr tranquille et romantique, deux silhouettes étaient enlacées, leurs lèvres s’unissant l’une à l’autre.