Chapitre 105
Traducteur : _Min_ Éditeur : Rundi
Du sang.
Et les mots et dessins horribles écrits avec du sang.
« Gang, je suis désolé pour ta perte. Tu es un homme bon. Pourquoi ne viendrais-tu pas chez nous ? » L’homme d’âge moyen à la coupe en brosse soupira, s’approcha de Zhao Gang et posa sa main sur son épaule tout en le réconfortant doucement.
Il s’appelait Ma Zhongchen. Zhao Gang et lui étaient au même poste de tir pendant la bataille. Personne ne s’attendait à ce qu’un moment de célébration se transforme en un spectacle pitoyable.
La tristesse du sang recouvrait cette victoire triomphante, telle un seau d’eau froide déversé sur le visage de chaque survivant.
« Je, je vais les tuer ! » Zhao Gang, qui était à genoux sur le sol, se leva brusquement en levant son fusil avec une rage féroce.
« Calme-toi ! Doucement, ne réagis pas de manière excessive ! »
« Que peux-tu faire tout seul ? Enlevez-lui son arme. »
Quelques survivants proches de lui le traînèrent immédiatement au sol et mirent leurs mains sur la sécurité avant de le désarmer. La situation devint soudainement chaotique.
La main de Zhao Baodong s’engourdit. Des sueurs froides commencèrent à couler sur son front tandis qu’il se tenait à l’écart. Plusieurs autres étaient dans le même état que lui. La situation pitoyable fit trembler de peur le cœur de chacun.
Qui pouvait promettre que cela n’arriverait pas chez eux ? Les sauterelles, comme les bandits, n’étaient pas difficiles.
Dans le désert, la créature la plus effrayante n’était pas le zombie, ni les mutants comme la Pince de la Mort.
C’étaient les bandits qui pillaient votre maison.
Même les groupes de survivants faibles, tant qu’ils évitaient le contact avec les mutants et ne s’aventuraient pas la nuit, pouvaient éviter la plupart des dangers. Mais face aux bandits qui s’attaquaient aux humains, toute technique de survie était futile.
S’ils perdaient, les hommes étaient tués, les femmes capturées et la nourriture entièrement dérobée. Les choses qu’ils ne pouvaient pas emporter, ils les brisaient. Ils utilisaient la violence pour exprimer leur désespoir face à l’apocalypse.
Cruauté ? C’était la « normalité » de l’apocalypse.
La mâchoire de Jiang Chen se serra tandis qu’il fixait la tête entourée d’une mare de sang. Les yeux révulsés lui donnaient une sensation d’oppression dans la poitrine.
Est-ce à cause des petites forces que j’ai rassemblées que cette tragédie a eu lieu ?
« Ce n’est pas ta faute. D’après les impacts de balles sur le mur, ils possédaient au moins des mitrailleuses. Ce groupe de survivants n’était que de la taille de deux familles. Même si tu n’avais pas emmené Zhao Gang, il aurait été un autre chiffre dans les pertes, » Sun Jiao remarqua son silence et le rassura doucement.
Elle le connaissait trop bien, même si elle ne pouvait pas voir son visage.
« Mitrailleuses lourdes. Traces de pneus. Camion équipé de mitrailleuses ? » Jiang Chen fronça les sourcils. Il prit une profonde inspiration et ouvrit son casque.
Il marcha devant Zhao Gang. Jiang Chen fit face à l’homme aux yeux injectés de sang et demanda : « Sais-tu qui a fait ça et est-ce pour cela que tu es si désireux de te venger ? »
« C’est évident. Leur symbole est sur le mur, » dit Ma Zhongchen avec un sourire amer.
« Les Mercenaires de Huizhong. C’est eux… Je vais tous les tuer ! » Les yeux de Zhao Gang sortirent de leurs orbites tandis qu’il essayait désespérément de se libérer de l’emprise de ses amis, il voulait juste tuer ces monstres.
Les Mercenaires de Huizhong ?
Jiang Chen s’arrêta un instant. Il regarda ensuite le symbole dessiné avec du sang. Le S continu et bouclé. Il ne parvenait pas à distinguer ce que c’était.
Il ouvrit la carte, et l’écran sensoriel complet bleu clair se déploya devant lui. Il se souvint qu’à la Sixième Rue, il y a longtemps, un idiot qu’il avait abattu lui avait dit que les Mercenaires de Huizhong étaient basés dans une école expérimentale de la zone de Songjiang. Avant que le manoir ne s’agrandisse, il n’avait pas réalisé jusqu’à présent que le vieil ennemi, les Mercenaires de Huizhong, était assez proche de la zone de Qingpu.
Tout le monde regardait Jiang Chen, attendant sa réaction.
Bien qu’ils comprissent qu’ils ne pouvaient pas blâmer Fishbone d’avoir rassemblé leurs forces, ils espéraient toujours qu’un « chef » qui avait conquis la mer de zombies avec eux pourrait dire quelque chose.
Au moins, ce genre de surprise semblait toujours arriver lors d’un long voyage.
Jiang Chen, bien sûr, remarqua les regards d’espoir, mais cela le fit réfléchir.
Les Mercenaires de Huizhong seraient un problème après tout. Avant, il n’avait pas le désir de s’étendre, donc il ne s’en inquiétait pas trop. Mais maintenant, la situation était différente. Après cette mission, le nom du Camp de Survivants de Fishbone se répandrait dans la région. Les survivants dépenseraient leurs cristaux à la Sixième Rue, et leur succès serait également entendu à la Sixième Rue. Qui n’aimait pas se vanter ? Se glorifier de leur victoire, profiter des acclamations et des louanges des autres. Ils étaient les vétérans, après tout.
Bien qu’ils ne seraient pas assez stupides pour dire que quelqu’un vendait de la nourriture devant leurs maisons et donnait aux autres l’occasion de savoir où ils vivaient. Mais si les Mercenaires de Huizhong qui erraient dans la région entendaient la nouvelle, ils pourraient fouiller la zone.
S’ils savaient qu’une force spéciale était apparue à Qingpu, ils seraient capables de trouver l’endroit. Étant donné que le mur de Fishbone était déjà construit, ils ne pouvaient pas se cacher comme les autres survivants dans des bâtiments abandonnés.
Puisqu’ils étaient rivaux au départ, une bataille était imminente. Plutôt que de donner à l’ennemi l’occasion de planifier une attaque furtive, pourquoi ne pas faire le premier pas ?
D’autant plus que tous les yeux étaient braqués sur lui. Il n’y avait pas de meilleur moment pour établir son autorité.
Jiang Chen prit une profonde inspiration et marcha devant Zhao Gang. Il fixa l’homme plein de vengeance et dit calmement.
« Je vais t’aider à te venger. »
Bien qu’ils attendaient sa réponse, lorsqu’ils entendirent ces mots, les survivants furent tous émus. Bien sûr, une simple phrase n’était pas suffisante.
Un « homme bon » ou un « chef » était déterminé par ses actions.
Sauf que Jiang Chen était confiant que son jeu d’acteur était comparable à celui de Liu Yao.
Zhao Gang fixa l’homme devant lui, l’air hagard. Il serra les dents, puis s’agenouilla sur le sol.
« Si vous pouvez m’aider à me venger, ma vie est à vous ! » Il savait que s’il y allait seul, il irait au-devant de la mort.
Il regarda silencieusement Zhao Gang agenouillé sur le sol et dit calmement.
« Je n’ai pas besoin de ta vie ni de ta rotule, ta vie t’appartient. »
Jiang Chen leva la tête et regarda les survivants autour de lui. La phrase suivante était pour eux tous.
« Bien que cette croisade ait été dans nos intérêts communs, je ne peux pas permettre que des gens profitent de nous ! »
« Je me souviens qu’il y a longtemps, il y avait une citation : quand ils ont massacré les syndicalistes, je n’ai rien dit parce que je n’étais pas syndicaliste. Puis quand ils ont tué les Juifs, je n’ai toujours rien dit parce que je n’étais pas Juif. Après cela, ils ont commencé à tuer les Catholiques, j’ai gardé le silence parce que j’étais Chrétien. Finalement, ils ont voulu me tuer, et personne n’a pris ma défense parce que tous ceux qui auraient pu parler avaient été tués ! »
Il regarda les expressions confuses des survivants, et Jiang Chen secoua la tête de déception.
Bien sûr, il avait des attentes trop élevées de penser qu’ils auraient cette prise de conscience. S’ils ne s’étaient pas battus ensemble, la tragédie qui s’était produite sur ce petit groupe de survivants n’aurait suscité la compassion de personne.
Peut-être qu’ils en profiteraient pour récupérer les restes.
« Les Mercenaires de Huizhong sont un problème. Alors nous allons nous occuper du problème ! Ne pensez pas que ce qui s’est passé aujourd’hui n’a rien à voir avec vous. Imaginez qu’un jour cela vous arrive, vous regretterez de ne pas vous être levés aujourd’hui. Si l’idée d’être réduits en esclavage comme des animaux, que les Démons baisent vos femmes, et tuent vos enfants vous plaît, alors je n’ai rien à dire. Si vous vous considérez toujours comme des humains, alors suivez-moi. Nous méprisons les lâches !
Jiang Chen ne perdit pas un seul mot, fit signe à son équipe et commença à faire demi-tour.
Que quelqu’un le suive ou non, il devait se débarrasser des Mercenaires de Huizhong !
« Devrions-nous y aller maintenant ? Il vaudrait mieux rester prudents et rentrer d’abord, » demanda Sun Jiao sur le canal privé.
« Nous ne pouvons pas reculer, » répondit Jiang Chen sans émotion.
Il y avait beaucoup de carburant et de munitions dans le véhicule blindé, assez pour tenir au moins quelques jours de plus. Il n’y aurait aucune raison de faire traîner les choses. D’autant plus que cela concernait le moral de l’équipe. Si ce qu’il avait dit inspirait certaines personnes à le suivre, ce serait pour le mieux. Les survivants étaient tous d’excellents tireurs, ils seraient donc utiles contre les Mercenaires de Huizhong.
Il voulait surtout voir à quel point ils avaient changé après la bataille contre les zombies.
Bien qu’il ait forcé leur reddition par la force, Jiang Chen n’était pas satisfait de cela.
Le groupe de survivants discutait entre eux, leur hésitation étant visible sur leurs visages.
« Zhao, devrions-nous… » Le jeune homme debout à côté de Zhao Baodong portait un fusil et regarda, indécis, dans la direction où Jiang Chen venait de partir.
Zhao Baodong était également tiraillé.
Y aller, bien sûr. Il y aurait des dangers, mais ce ne serait pas sans gain.
L’homme leur avait donné la moitié des richesses après avoir tué les zombies. Par conséquent, la richesse accumulée par les Mercenaires de Huizhong…
La plupart des survivants y pensaient. Puisque quelqu’un avait déjà dit qu’il aiderait, pourquoi risqueraient-ils leur propre vie ?
Ils étaient seulement en conflit pour savoir si le gain potentiel de combattre les Mercenaires de Huizhong vaudrait le risque qu’ils prendraient.
Lorsque l’égoïsme devenait une habitude, ils n’étaient pas reconnaissants, mais se moquaient plutôt de sa folie. Mais pour que Fishbone s’étende, ils devaient contacter les forces proches.
Les puces d’esclavage coûteuses et limitées ne pouvaient pas soutenir une population. D’autant plus que la population de la Sixième Rue ne poussait pas sur les arbres. Après la croisade, le prix de la surpopulation ne ferait qu’augmenter.
Bien que ces gens soient égoïstes et bornés, ils étaient beaucoup plus faciles à contrôler que les voyous errant dans le désert.
Jiang Chen pariait que quelqu’un se lèverait.
Même s’il perdait son pari, il ne perdrait rien. Avec la forte puissance de feu de l’armure assistée, les Mercenaires de Huizhong n’étaient pas un problème.
Mais il semblait qu’il avait fait le bon pari.
L’homme aux yeux injectés de sang se calma, récupéra silencieusement son fusil des mains de son ami et suivit Jiang Chen.
« Gang ? » Ma Zhongchen regarda Zhao Gang, l’air hagard. Il voulait le retenir.
« Je suis un homme. » Zhao Gang partit sans se retourner.
Bien que son fils soit mort, sa femme devait encore être en vie. Il devait tout faire pour la sauver.
Je suis un homme.
Les mots durs résonnèrent dans la tête de chacun. Leur passion n’était pas encore éteinte, mais lorsqu’ils réalisèrent qu’ils ne faisaient que calculer les pertes et les gains, un air de honte apparut sur le visage de chacun.
« Monsieur Ma ? »
« Je suis aussi un putain d’homme. »
Il cracha par terre. Ma Zhongchen attrapa le fusil et suivit.
S’il y en avait un premier, il y en aurait un second.
Lorsque le courage devient une force, la peur d’avant se transforme en colère.
Il n’y avait rien d’autre à dire.
La force massive reprit son voyage. Il n’y avait pas besoin de les menacer cette fois.
Il regarda l’équipe derrière lui tandis qu’une trace de sourire apparaissait sur son visage.
Après cette bataille, l’autorité de Fishbone ne serait plus contestée. Chaque rue de la zone deviendrait les murs de Fishbone. Et lui, il deviendrait le nouveau roi de Qingpu, le Roi de son nouveau règne.