Chapitre 93
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 93 : le juge Kim Panyeong
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Le Compendium des âmes fantomatiques indiquait une âme vengeresse nommée Kim Panyeong.
Je vérifiai si le Papier du miroir karmique mentionnait quelqu’un d’autre, mais il n’y avait aucun autre nom.
C’était lui, le juge ?
Quand je cherchai des personnes exerçant des professions qui accumulaient différentes sortes de karma, toute une liste de noms apparut.
On aurait dit une carte de recrutement de talents.
« Je devrais essayer quelqu’un d’autre ? »
Cette fois, je décidai d’utiliser le sort du Compendium des âmes fantomatiques pour trouver la Sœur de deux mètres quarante.
« Les âmes portent des traces, le karma a du poids, et les légendes urbaines portent le karma de l’assimilation. Compendium des âmes fantomatiques, révèle l’âme de celle qui a gravé le karma des histoires, celle qui en est la maîtresse. »
Frouuush !
Le Compendium des âmes fantomatiques s’ouvrit de nouveau, et la carte qui venait de chercher Kim Panyeong changea.
Le terrain m’était familier. Munjeong-dong.
Je cherchais une anomalie, la protagoniste d’une légende urbaine. Dans le coin, personne ne correspondait mieux à cette description que la Sœur de deux mètres quarante.
「Sœur de deux mètres quarante · âme errante」
« Oh, ça dit “Sœur de deux mètres quarante”, c’est ça ? Et le reste, “âme errante”. »
Mais que signifiait le dernier caractère ?
« Ça dit “Sœur de deux mètres quarante”, mon seigneur. Le dernier caractère signifie “sœur aînée”. »
Ça disait Sœur de deux mètres quarante au lieu de Fantôme de deux mètres quarante ?
Ça prenait aussi ce genre de détail en compte ?
Ensuite, j’essayai de trouver Gari.
Gari, un ange, pouvait-elle appartenir à la classification des âmes en cinq étapes du Compendium des âmes fantomatiques ?
La réponse était non.
« Gari n’apparaît pas. »
« Gari peut vraiment être considérée comme faisant partie d’une classification des âmes, mon seigneur ? »
C’était vrai.
Les démons ne devaient pas apparaître non plus, pour la même raison.
Le Compendium des âmes fantomatiques était un incroyable manuel secret, mais il ne pouvait apparemment pas détecter les êtres transcendants tels que les anges et les démons.
« Alors, on va d’abord chercher Kim Panyeong ? »
J’avais confirmé que le Compendium des âmes fantomatiques fonctionnait. Il ne me restait plus qu’à trouver notre juge.
La carte le situait quelque part au nord du fleuve. Comme il se trouvait encore plus au nord que le chantier de l’usine de Junggok-dong, l’un des sommets du triangle de la Veine sacrée, je supposai qu’il était du côté de Nowon.
« Tout le monde, rassemblez-vous ! »
Clac ?
【Po~】
Gari, la Sœur de deux mètres quarante et Kohaku se rassemblèrent autour de moi.
« Que ceux qui veulent trouver le juge se rapprochent ! »
« Bien sûr, je vous accompagne, mon seigneur ! »
【Po~】
Clac !
Très bien. Je me changeai pour partir aussitôt, mais Kohaku attendait près du meuble à chaussures.
Alors que je tendais la main vers mes chaussures, Kohaku s’avança soudain.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Mon seigneur, j’ai réchauffé vos chaussures. »
« Quoi ? »
Kohaku posa délicatement les chaussures qu’elle serrait contre sa poitrine.
« Il commence à faire froid, non ? »
« Kohaku, tu… ! »
Elle avait réchauffé mes chaussures avec la chaleur de son corps pour que je n’aie pas froid aux pieds !
« Kohaku, tu es une servante loyale comme on n’en voit qu’une fois par siècle, et dont la fidélité restera dans les mémoires pendant des générations ! »
« Mon seigneur ! Je suis profondément touchée que vous reconnaissiez ma loyauté ! »
« Kohaku ! »
« Mon seigneur ! »
La sincère loyauté de Kohaku m’émut.
« Ne suis-je pas votre meilleure servante, mon seigneur ? »
« Oui, oui. Une servante loyale comme on n’en voit qu’une fois par siècle. »
« N’est-ce pas ? À l’exception de maître Gari, je peux vraiment être considérée comme votre bras droit, mon seigneur. »
J’eus l’impression que Kohaku regardait quelqu’un.
Je suivis son regard et vis la Sœur de deux mètres quarante qui tremblait comme si elle venait de recevoir une décharge.
【Po…】
Qu’est-ce qui lui prenait ?
Grand sourire !
J’aurais juré que Kohaku venait d’afficher une expression incroyablement sournoise.
J’avais dû rêver.
* * *
Quand je me téléportai dans la zone industrielle de Junggok-dong, les travaux étaient déjà bien avancés.
Des ouvriers s’activaient tandis que de lourdes machines compactaient le sol.
Alors, c’était ça, un rouleau compresseur.
« Hé ! Qui vous a autorisé à entrer ici ? »
Un ouvrier d’âge mûr s’approcha de moi.
« Je suis entré par erreur. Je ferai plus attention la prochaine fois. »
« Faites attention, il y a des engins lourds qui circ- »
« Hein ? Le patron ? »
Quelqu’un m’appela « patron » en s’approchant. Vu l’étiquette où était écrit « contremaître », il devait s’agir du chef du chantier.
« Le patron ? »
« Oui, c’est le président de l’entreprise qui fournit les matériaux ici. Vous savez, celui qui est lié au pasteur Go. »
« Ah… Le Président Baek ? »
De quoi parlaient-ils ?
Je n’avais aucun titre qui justifiait qu’on m’appelle patron…
« Ah ! »
Quand nous avions préparé la réouverture de l’Hôtel Yurim, le pasteur Go m’avait fait signer une pile de documents.
L’un d’eux devait concerner une entreprise de matériaux.
« Vous êtes aussi propriétaire de ce terrain. Vous savez, l’accord avec le président qui fait construire l’usine ici… »
« Ah… Hum ! Qu’est-ce qui vous amène ? »
« Oh, je passais dans le coin et j’étais curieux, alors je suis venu jeter un œil. Ce n’est rien, ne vous occupez pas de moi. »
Je vis les ouvriers se montrer plus prudents en ma présence.
Comme d’autres risquaient de rappliquer, je quittai rapidement le chantier.
« Comme on pouvait s’y attendre du roi Dieu Empereur Daimyo, mon seigneur~ Votre renommée rayonne au loin ! »
« A-arrête… »
Je n’étais quand même pas très à l’aise.
À bien y réfléchir, ce n’était pas… une énorme fraude fiscale ?
Il y avait des raisons pour la justifier, mais j’avais quand même l’impression de commettre un crime.
« Dépêchons-nous de trouver Kim Panyeong. »
Je rouvris la page où figurait le nom de Kim Panyeong sur le Papier du miroir karmique. Mais le terrain alentour avait quelque chose d’étrange.
« Hein ? Quoi ? Il a complètement changé d’endroit. »
« Quoi ? Il n’était pas du côté de Nowon, à l’instant ? »
Il se trouvait juste au nord de Junggok-dong.
Mais Kim Panyeong se dirigeait maintenant vers l’ouest, depuis Junggok-dong.
« Les fantômes peuvent se déplacer aussi vite ? »
Il m’avait fallu une dizaine de minutes pour trouver l’âme de Kim Panyeong avec le Compendium des âmes fantomatiques, me changer et me téléporter ici.
Ensuite, j’avais croisé les ouvriers du chantier et perdu encore cinq minutes avant de rouvrir le compendium. Il avait parcouru plus de dix kilomètres en quinze minutes.
À moins d’être Gari en Mode Char ou un fantôme ailé comme Joryeong, impossible de parcourir une telle distance d’un seul coup.
« Le terrain n’arrête pas de changer ! Non, comment peut-il aller aussi vite ? »
« Ça n’a aucun sens… »
Certains fantômes savaient voler, mais aucun ne devait être aussi rapide.
« Il est comme la Sœur de deux mètres quarante ? »
【Po ?】
Je regardai la Sœur de deux mètres quarante, qui penchait la tête.
Elle en était tout à fait capable, mais…
« Les cas comme celui du Fantôme de deux mètres quarante sont rares. Écartons cette hypothèse pour l’instant et envisageons d’autres possibilités. »
« Tu as raison. »
Même les fantômes puissants ne se déplaçaient pas souvent aussi vite que la Sœur de deux mètres quarante.
Ce serait différent si Kim Panyeong était devenu une légende urbaine, mais ça ne semblait pas probable puisque son vrai nom apparaissait.
Quand j’avais cherché la Sœur de deux mètres quarante dans le Compendium des âmes fantomatiques, elle était simplement apparue sous ce nom, non ?
Si Kim Panyeong s’était transformé en anomalie, son vrai nom ne serait pas indiqué.
Il pouvait être dans un véhicule ?
Les fantômes pouvaient prendre des véhicules ? Non, j’en avais vu plein d’exemples.
Les fantômes de taxis et les légendes urbaines sur les bus, par exemple.
Mais pouvait-il aller aussi vite, même à bord d’un véhicule ?
« Comment peut-il se déplacer comme ça ? Ce serait une âme vengeresse du genre légende urbaine ? »
« Hmm… »
Alors que Kohaku et moi réfléchissions, la Sœur de deux mètres quarante, qui fixait silencieusement le Compendium des âmes fantomatiques, me donna un petit coup.
【Po~】
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
【Po~】
La Sœur de deux mètres quarante désigna ma poche.
« Mon téléphone ? »
【Po.】
Quand je le lui tendis, la Sœur de deux mètres quarante se servit avec aisance de mon smartphone et ouvrit Naver Map.
Elle chercha une carte du métro.
« Kim Panyeong se déplace en métro ? »
【Po… Po…】
Comme elle le disait, le Compendium des âmes fantomatiques, qui se mettait à jour en temps réel, suivait exactement le trajet d’une personne qui regarderait sa position tout en prenant le métro.
Je n’y avais jamais pensé, mais dès que je comparai la carte avec les lignes du métro, tout concorda parfaitement.
« Oh ! Bien joué, Sœur de deux mètres quarante ! Comment tu as trouvé ? »
【Po~】
La Sœur de deux mètres quarante sourit faiblement et retroussa les coins de sa bouche.
Je l’avais vue sourire de nombreuses fois, mais c’était la première fois qu’elle affichait un sourire aussi tordu.
On aurait dit qu’elle le montrait à quelqu’un…
« Grr ! »
Pour une raison ou une autre, Kohaku tremblait de frustration.
« Mon seigneur ! D’après la direction, Kim Panyeong semble emprunter la ligne 7 du métro ! Je vais vous l’amener ! »
« Tu ne viens pas avec nous ? »
« En nous séparant, on le trouvera plus facilement, non ? Laissez-moi faire ! »
Kohaku partit aussitôt en courant vers le métro. Au même moment, la Sœur de deux mètres quarante se mit elle aussi à courir.
« H-hé, vous deux ? »
Elles partirent avant que je puisse ajouter quoi que ce soit.
Comment savaient-elles où Kim Panyeong allait ?
« Gari, tu ne viens pas ? »
Claaaac~
Gari ne fit qu’émettre un long bâillement dédaigneux.
* * *
Kim Panyeong.
Le juge Kim était une âme rongée par le ressentiment, incapable de quitter ce monde même après sa mort.
De son vivant, il avait été un juge renommé.
Fier d’appartenir à la magistrature, il avait mené une vie droite, sans avoir honte de lui-même.
Il savait très bien pourquoi il était devenu une âme vengeresse errant dans ce monde.
【Haaah…】
【Juge, pourquoi vous soupirez comme ça ?】
À l’autre bout de la rame, un fantôme affalé sur les sièges réservés aux personnes prioritaires lui adressa la parole.
Les vêtements des fantômes étaient étroitement liés au karma qu’ils avaient accumulé de leur vivant.
Les élèves portaient des uniformes scolaires. Les employés de bureau, des costumes. Le juge Kim ayant été magistrat, il portait une robe judiciaire.
Le fantôme en face de lui, en revanche, était vêtu de haillons sales.
Il avait dû être sans-abri de son vivant.
【Ce n’est rien.】
Le juge Kim écarta les paroles du fantôme en face de lui.
De son vivant, il n’aurait même pas daigné prêter attention à des gens comme lui.
Même s’ils étaient tous deux des fantômes à présent, il continuait de le mépriser sans s’en rendre compte.
【Ça n’a pas l’air d’être rien. Vous n’arrêtez pas de soupirer. On dirait que vous aviez déjà bien des soucis quand vous étiez en vie.】
【Occupe-toi de tes affaires et passe ton chemin.】
【Regardez-moi ça. Je me suis donné la peine de m’inquiéter pour vous.】
Le fantôme sans-abri se leva brusquement et s’approcha du juge Kim.
En y regardant de plus près, le fantôme sans-abri faisait au moins une tête de plus que lui, de quoi faire reculer le juge Kim.
【Hé, juge. Je sais pas depuis combien de temps vous êtes mort, mais vous vous prenez encore pour un juge ?】
【N-ne faites pas ça. Les citoyens de notre société régie par le droit…】
【Qu’est-ce que vous racontez ? Le droit ? Il y a un truc pareil, ici ?】
Évidemment, il n’y avait pas de droit dans le monde des morts.
Peut-être y en avait-il dans un au-delà comme le paradis ou l’enfer, mais ici, ils n’étaient que des réfugiés errant sans destination, non ?
Il n’y avait ni loi ni ordre.
【C’est moi qui me suis fait poignarder sur la ligne 7. Vous avez entendu parler de l’agression au couteau de Yongmasan ?】
【J-je connais cette affaire…】
Le juge Kim en avait entendu parler, lui aussi.
Un patient atteint de troubles psychiatriques s’était déchaîné au couteau dans le métro, tuant un sans-abri et blessant plusieurs autres personnes.
【J’ai attendu des années après ma mort injuste, juste pour voir ce salaud condamné à mort. Et puis un juge à la con a dit que le procureur en réclamait trop avec ses trente ans de prison, et il a réduit la peine à sept ans. Tout ça parce que le type était malade mental.】
【I-il y avait des circonstances atténuantes, on n’y pouvait rien…】
【Quoi ? On n’y pouvait rien ?!】
Furieux, le fantôme sans-abri se mit à donner des coups de pied au juge Kim.
Le juge Kim ne s’était jamais battu de sa vie. Il ne put pas résister et se fit rouer de coups.
【Ils ont réduit sa peine parce qu’il était malade mental ! Parce que c’était pas prémédité ! Parce que c’était sa première infraction ! Putain, les remords ? Le repentir sincère ?! Quel genre de connerie, ça, de laisser filer quelqu’un qui a tué une personne parce qu’il a écrit une lettre d’excuses ?!】
【Argh ! Aïe !】
Le juge Kim se sentait lésé.
Qu’était-il censé faire, si c’était la loi ?
Les critères de détermination des peines étaient fixés par la loi. Les ignorer pour rendre un verdict constituait en soi un abus de pouvoir.
Bien sûr, il comprenait les sentiments de la victime.
À sa place, lui aussi aurait voulu condamner à mort ce meurtrier fou.
Combien de criminels dangereux avait-il vus au cours de sa carrière de juge ?
Il avait vu des enfants trop jeunes pour être pénalement responsables s’en tirer en riant après avoir tué quelqu’un, et des escrocs à la caution locative ne prendre que quelques années de prison.
Si ça n’avait tenu qu’à lui, il les aurait condamnés à mort, castrés et leur aurait pris jusqu’au dernier centime planqué.
Les juges étaient humains, eux aussi. Comment auraient-ils pu ne pas être en colère comme tout le monde ?
Mais qu’était-il censé faire, si c’était la loi ?
Au bout du compte, c’était toujours les juges qui se faisaient insulter.
Les accusations incessantes d’avoir accepté des pots-de-vin et cette rengaine, « Vous auriez rendu le même jugement si c’était votre famille ? », étaient devenues si fréquentes qu’il ne pouvait plus les supporter.
« Moi aussi ! Moi aussi, j’avais envie de condamner tous ces salauds à mort ! »
Le juge Kim voulait hurler ce qu’il ressentait pendant qu’on le frappait.
Mais il n’était plus juge et n’avait plus le pouvoir de condamner qui que ce soit.
Il errerait ainsi dans ce monde, incapable de renoncer à son ressentiment, jusqu’à ce qu’il finisse par s’effacer.
Il ne voulait simplement pas devenir un esprit maléfique.
Badababadabada !!
【Meurs ! Meurs, espèce de juge… ?!】
À cet instant, le fantôme sans-abri cessa de le frapper.
Était-il épuisé ? Quand le juge Kim leva prudemment les yeux, il vit le fantôme sans-abri fixer un point, les yeux tremblants.
【P-putain… C’est quoi, ce truc… ?】
Suivant le regard tremblant du fantôme sans-abri, le juge Kim se retourna et sentit la terreur lui paralyser les jambes.
【Qu’est-ce que c’est que ça… ?】
Une personne.
Une femme.
Une femme immense.
Elle courait le long du métro.
【Po~】
Notes :
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