Chapitre 73
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 73 : La Grande Parade des Cent Démons de Kyoto (7)
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Des matsuri avaient lieu aux quatre coins de Kyoto.
En coréen, le mot signifie littéralement « festival ». Et peut-être parce que la ville était bondée de touristes, on organisait aussi régulièrement des matsuri à leur intention.
Pourtant, sur le plan spirituel, les matsuri étaient intimement liés aux yōkai et à la sorcellerie.
Le mot matsuri venait du verbe matsuru, qui signifiait vénérer les dieux, célébrer des rites ancestraux et sceller les esprits divins.
On disait que de nombreux matsuri japonais avaient pour but de chasser les esprits maléfiques ou d’empêcher les catastrophes.
« Nous ferons le tour de la barrière avec le mikoshi pour le charger d’énergie spirituelle, puis nous accorderons les fréquences des veines spirituelles à l’aide de tambours et de flûtes. Nous diffuserons des ondes spirituelles avec des feux d’artifice pour ériger une immense barrière, puis nous puiserons l’énergie yang dans les acclamations et l’enthousiasme des spectateurs. »
« Le timing est parfait pour le grand final du festival d’automne. »
Pour finir, ils utiliseraient l’énergie spirituelle accumulée afin d’enfoncer l’Ama-no-Murakumo-no-Tsurugi à l’endroit voulu, où elle servirait de Pierre meurtrière scellant le Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré.
« Puisque ce plan de scellement fait appel aux Trois Trésors sacrés, sa réussite devrait nous garantir la paix pour les mille prochaines années. »
« Et nous, qu’est-ce qu’on est censés faire ? »
Le ninja Satomaru prit la parole.
« La Grande Parade des Cent Démons menée par le renard à sept queues avancera le jour du nouveau scellement. Nous prendrons position pour défendre les lieux et les retiendrons jusqu’à ce que le rituel soit achevé sans encombre. »
Il ajouta un dernier point important.
« Comme un matsuri attire les foules, nous ne pouvons pas utiliser d’armes à feu… De toute façon, elles ne marcheraient pas contre les grands yōkai… Quant à l’équipement de la Sœur de deux mètres quarante… »
« Ça se remarque trop et il y a un gros risque de balles perdues, c’est ça ? C’est comme ça, ma sœur. »
【Pou…】
La Sœur de deux mètres quarante se renfrogna tristement.
Contre de grands yōkai qui avaient vécu des siècles, le Bâton de fer de Benkei serait de toute façon bien plus efficace.
« Très bien, tout le monde. Le plan reste tel quel. Rien n’a changé. Comme toujours, il nous suffit de faire de notre mieux pour empêcher une catastrophe et éviter que des innocents en soient victimes. »
Aux mots de conclusion du chef-prêtre Tsuchimikado, tout le monde acquiesça d’un air résolu.
La résurrection du Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré, qui avait régné sur le Japon en semant la destruction pendant mille ans, était imminente.
Ils l’avaient scellé encore et encore, au prix d’innombrables victimes. Pourtant, penser aux gens qui risquaient de mourir cette fois-ci me déprimait toujours.
« Et toi, Yohan-kun. »
Le chef-prêtre Tsuchimikado, qui s’était mis je ne sais comment à m’appeler Yohan-kun, m’entraîna à l’écart avec les pasteurs.
Dans le bureau du chef-prêtre, au siège du sanctuaire Heian.
Le plus haut dignitaire du Japon se tenait dans un bureau décoré d’antiquités, les mains croisées derrière le dos, et poursuivit :
« La proposition du pasteur Park a été approuvée par l’Association japonaise des Onmyōji. Si le scellement réussit, ils disent qu’ils vous accorderont “trois villes”. »
« Ces vieux croûtons ont donné leur accord assez facilement, non ? »
« Il y a une condition. »
Le chef-prêtre poursuivit :
« Vous devrez accomplir des faits d’armes qui convaincront tout le monde. »
« C’est vague et subjectif. »
« En effet. Mais je ferai pression en votre faveur. J’ai vu ce que Yohan-kun a accompli pendant les préparatifs du matsuri. »
Ah, ça ? Ils avaient dit que je serais payé à part, alors je m’étais donné à fond.
« Et voici la rémunération qui sera versée à Yohan-kun. »
Le chef-prêtre ouvrit le coffre-fort de son bureau.
Le coffre était assez grand, et une lueur dorée jaillit de l’intérieur.
« Il y a 1 188 lingots d’or d’un kilo, conformes aux normes internationales. »
Un lingot d’or d’un kilo, ça valait combien déjà… ?
* * *
Le premier jour du stage intensif du chef-prêtre Tsuchimikado.
Ça faisait environ deux semaines que le stage avait commencé, et la première infusion de mantras avait fait sensation.
« Un kunai ! Donnez-moi un kunai ! »
Le chef-prêtre Tsuchimikado ramassa un kunai que j’avais consacré.
« Pasteur Park, c’est… ! »
« Je l’ai vu aussi. C’est… pratiquement une pseudo-épée sacrée, non ? »
« Une pseudo-épée sacrée ? »
« Exact. Les matériaux sont bon marché, alors je ne dirais pas que c’est puissant, mais même une personne ordinaire pourrait tenir tête à un esprit maléfique avec ça. »
« Pasteur, vous ne devriez pas dire “tenir tête”… »
Le pasteur Go lui reprocha de manquer de dignité, mais il s’émerveillait lui aussi devant le kunai sacré que j’avais consacré.
« Hein… Il a acquis les propriétés d’une épée qui repousse le mal. C’est… maintenant une épée sacrée conçue pour ne trancher que les êtres maléfiques. »
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Elle ne peut pas blesser les gens ordinaires. Elle est exclusivement conçue pour trancher les êtres maléfiques. »
Sur ces mots, le pasteur Go me donna un coup de kunai dans l’épaule. Un bon coup.
« Aïe ! » m’écriai-je par réflexe, mais, contre toute attente, je n’eus pas mal du tout.
Une lame de kunai aurait dû me faire saigner, mais il n’y avait rien.
Elle était devenue une arme incapable de blesser les humains.
C’était étrange.
« Yohan-kun. Quelle quantité d’énergie a-t-il fallu pour créer cette épée ? »
« D’énergie spirituelle ? »
Je n’avais pas mesuré précisément, mais en faire une relique sacrée permanente m’avait coûté pas mal d’énergie spirituelle.
À peu près autant, voire un peu plus, que d’utiliser le déplacement spatial hors d’un sanctuaire…
« Environ dix pour cent ? »
« Dix pour cent… Si ton énergie spirituelle se régénère, tu pourrais donc en fabriquer plus de cent avant le matsuri ? Le kunai est petit, alors il y en aura peut-être moins pour les armes plus grandes… »
Le chef-prêtre marmonnait en pianotant sur une calculatrice quand tout à coup…
« Euh, excusez-moi… »
« Satomaru-san ? Qu’y a-t-il ? »
« M-mon arme… »
Satomaru sortit une faucille à chaîne.
Des caractères de sorcellerie y étaient déjà gravés, mais l’énergie qui s’en dégageait était désormais complètement différente.
« L-la mienne aussi… »
« Mon équipement aussi. »
Les ninjas et les onmyōji sortirent leurs armes les uns après les autres. Chacune était devenue une relique sacrée.
« … Une infusion de mantras à grande échelle ? »
« Waouh… »
Le chef-prêtre et le pasteur Park se mirent à chercher en toute hâte les équipements transformés en reliques sacrées.
« Nous avons confirmé que soixante-cinq équipements, dans un rayon de cent mètres, sont devenus des reliques sacrées… »
« C’est un sacré bonus de zone. Et l’effet est même semi-permanent. »
« Qu’entendez-vous par semi-permanent ? »
« Il faut recharger l’énergie en continu. Par exemple… dans un sanctuaire. »
« Faire tout le chemin jusqu’à Jérusalem juste pour recharger du matériel… Hum ! »
Le chef-prêtre Tsuchimikado comprit quelque chose et échangea un regard avec le pasteur Park.
Ils semblaient s’être compris sans avoir besoin de parler.
« Yohan-kun. Pourrais-tu t’occuper de ces reliques sacrées pendant les deux prochaines semaines ? Il faut infuser autant de mantras que possible. »
« Ça ne me pose pas de problème. »
Alors que j’allais accepter, le pasteur Park m’interrompit.
« Allons, chef-prêtre Tsuchimikado. Qu’est-ce que vous essayez de faire passer en douce ? »
« Pasteur Park… Vous êtes vraiment un pasteur terre-à-terre. »
« Les pasteurs sont terre-à-terre par nature. »
Ce jour-là, nous signâmes un contrat.
Il stipulait que je serais payé en lingots d’or pour chaque équipement que je transformerais en relique sacrée.
« Pourquoi des lingots d’or ? »
« Le yen est sous-évalué en ce moment. »
« Ah… Alors, prenez des dollars. »
« L’or, ce n’est pas plus fiable ? »
Il n’avait pas tort.
Nous nous entendîmes sur un prix calculé au poids, en or.
C’est ainsi que je fus payé près d’une tonne deux d’or.
* * *
« H-houah… Houah… Tout ça, c’est de l’or, mon seigneur ! »
J’avais reçu des lingots d’or dont le poids équivalait à celui des reliques sacrées, soit plus d’une tonne.
La plupart restaient dans le coffre-fort et je n’en avais sorti que quelques-uns. Les yeux de Kohaku brillaient tandis qu’elle les caressait.
« C-comme je m’y attendais de vous, mon seigneur ! Votre humble Kohaku avait depuis longtemps reconnu votre sagesse et votre grandeur ! »
Elle n’arrêtait pas de me flatter.
Je l’avais forcée à conclure un contrat de servitude et j’avais pris le contrôle de sa vie et de sa mort. C’était compréhensible.
Mais elle en faisait peut-être un peu trop.
Est-ce que ça voulait dire que je n’aimais pas ça… ?
« Mon seigneur est riche ! Très riche ! Même l’homme le plus fortuné de l’époque des Royaumes combattants ne vous arriverait pas à la cheville ! »
« Hahaha ! C’est vrai, c’est vrai ! »
« Bâtissons un château ! Construisez-en un grandiose et vous pourrez régner en daimyo sans que personne ose s’y opposer ! »
« Pas un château, mais quelque chose du même genre ! »
« Quelle grandeur, mon seigneur ! Vous êtes vraiment incroyable ! »
Elle me couvrait de compliments au point que je ne pouvais pas dire que ça me déplaisait.
Ah… C’était donc pour ça que les tyrans s’entouraient de flagorneurs ?
« Avec tout cet or… »
Kohaku marmonna quelque chose, mais je supposai qu’elle aimait simplement contempler l’or. Est-ce que je devrais lui donner quelques lingots ?
« Le matsuri commence ce soir. »
On multipliait les promotions et les campagnes pour maximiser les retombées du matsuri.
Le soir approchait, mais les lieux étaient déjà bondés.
« Ça ne risque rien ? »
« Qu’est-ce qui ne risque rien, mon seigneur ? »
« Cet endroit va bientôt devenir un champ de bataille. Il y a tellement de monde. Je me demandais si ça allait bien se passer. »
Si les yōkai perdaient la tête et se mettaient à dévorer les gens, protéger tout le monde deviendrait encore plus compliqué.
« Ils ne feront pas ça, mon seigneur. »
« Pourquoi ? »
« Les yōkai dissimulent leur identité autant que les humains. Tout comme les humains cachent leur sorcellerie et leurs mystères, les yōkai font de même. »
« Je comprends pourquoi les humains le feraient, mais pourquoi les yōkai ? À voir leur comportement, on dirait plutôt qu’ils ont tendance à se déchaîner. »
« Parce que… ils n’ont aucune chance de gagner contre les humains dans un affrontement direct, mon seigneur. »
Je ne m’y attendais pas.
Était-ce pour ça que les yōkai ne se révélaient pas au grand jour ?
« Même à l’époque des Royaumes combattants, quand les humains n’avaient que des lances et des épées, les yōkai se faisaient massacrer dès que les humains attaquaient en groupe. Même la grande mère, le Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré, a été scellée par les humains il y a mille ans. »
Et mille ans plus tard, à l’époque moderne…
Les humains étaient devenus trop nombreux et trop puissants.
« Survivre dans l’ombre de la société humaine, comme aujourd’hui, est devenu le choix le plus avantageux, mon seigneur. »
En bref, l’humanité avait pris une ampleur démesurée.
Après tout, les humains étaient désormais si puissants qu’ils pouvaient se faire la guerre et parler de détruire le monde.
« Et tous les yōkai ne sont pas hostiles aux humains. »
« Et toi, Kohaku, tu es de quel côté ? »
« M-moi ? Je suis bien sûr amie avec les humains. Leurs chansons, leurs films, leur cuisine ! J’aime tout ça, mon seigneur ! »
Elle en avait tout l’air. C’était une yōkai, son coréen était un peu bizarre, mais elle le parlait assez bien et connaissait même tout de la vague coréenne.
Il existait donc aussi des yōkai comme elle.
Tout comme les fantômes comptaient des esprits maléfiques parmi eux, les yōkai avaient sans doute leurs propres catégories.
« Tu m’as dit que tu avais des sœurs aînées, Kohaku. »
« Pardon ? Ah, oui… »
À la mention de ses sœurs, le visage de Kohaku se figea.
C’était compréhensible. On disait que le renard à sept queues et le Renard à six queues, les sœurs de Kohaku, menaient cette Grande Parade des Cent Démons.
« Je ne pense pas que tu puisses te résoudre à affronter tes sœurs. »
« C-ce n’est pas le cas, mon seigneur. Je ne suis que votre servante, n’est-ce pas ? Vous pouvez disposer de moi comme bon vous semble. »
« Je t’ai fait de toi mon familier pour éviter les fuites d’informations, pas pour obliger des proches à se battre entre eux. »
« Eh bien… »
Ce serait sans doute mieux d’évacuer Kohaku ailleurs pour la nuit.
Je ne lui ordonnerais pas de se battre, mais ce serait compliqué si elle tombait quand même sur ses sœurs.
« On ferait mieux de rentrer pour aujourd’hui et de revenir demain… »
« Mon seigneur ? »
« Ils arrivent. »
Un éclair brilla dans l’obscurité, suivi peu après d’un grondement.
BOUM !
« Qu’est-ce que c’était ? La foudre ? »
« Il va pleuvoir ? »
Les touristes murmurèrent entre eux. La foudre était tombée d’un ciel dégagé, mais l’obscurité empêchait la plupart d’entre eux de s’en apercevoir.
Moi, je le sentis.
La puanteur épaisse mêlée aux nuages d’orage qui s’amassaient, et cette odeur rance de fourrure animale.
Et l’énergie de la foudre dans ces nuages était dirigée vers nous.
« Retournons au sanctuaire. »
J’avais prévu d’inspecter plusieurs barrières, mais on aurait dit que les choses avaient déjà commencé.
Les puanteurs se rapprochaient à toute vitesse.
Au moins, nous les avions repérés à l’avance. Sinon, ça aurait pu mal tourner…
Fouuuush !
Une fumée noire se précipita droit sur nous.
Aussi rapide que ça ? Elle allait vraiment aussi vite que la foudre.
Grrrr !
Je sentis des yeux au milieu de la fumée noire.
La créature avait la taille d’une voiture et quatre longues pattes bleu-gris… un yōkai qui ressemblait à une belette.
« Un Kamaitachi ? »
Je me rappelai le yōkai que nous avions récemment maîtrisé, mais Kohaku me corrigea.
« C-c’est un Raijū, mon seigneur ! Un yōkai de la foudre qui apparaît même dans le Classique des monts et des mers ! »
Au même moment, d’innombrables puanteurs commencèrent à converger vers le sanctuaire Heian.
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