Chapitre 71
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 71 : La Grande Parade des Cent Démons de Kyoto (5)
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Fwoooooooooosh !
Des flammes sacrées couleur platine, larges de plusieurs mètres, jaillirent comme le souffle d’un dragon.
Les toiles s’évaporèrent dès qu’elles les touchèrent.
Les yōkai araignées se consumèrent sans même avoir le temps de crier.
Kieeeeeeeeee── !
Emportés par l’enfer de flammes, leurs cris inachevés furent engloutis par le rugissement du brasier.
Le feu rampait le long des murs et du plafond.
Il suivait les toiles qui couvraient toute la grotte, dissimulées par des illusions et disposées comme des chemins, et se répandait partout.
Satomaru et les ninjas en restèrent bouche bée.
« Les toiles de Jorogumo… Elles ne devraient pas s’enflammer au contact de flammes ordinaires.
— N’avions-nous pas renoncé dès le départ, en nous disant qu’il faudrait du napalm au minimum ? »
Ça aurait été vrai avec de l’huile ordinaire.
Mais l’huile dont Yohan avait rempli le réservoir du Fantôme de deux mètres quarante n’était pas ordinaire.
C’était de l’huile sainte bénie, mélangée à un mélange à base d’huile d’olive : une version améliorée et perfectionnée des bombes incendiaires sacrées qu’il lançait à la main.
Les flammes allumées par cette huile sainte étaient presque du feu sacré à l’état pur.
« Ça chauffe !
— Ne vous approchez pas ! La peau va cuire rien qu’en restant à côté ! »
Les flammes qui jaillissaient atteignaient les mille sept cents degrés.
Même à dix mètres, la chaleur était insupportable sans équipement de protection.
L’air se déformait autour de la buse sous l’effet de cette chaleur intense, et les rochers frappés par les flammes se fissuraient dans des claquements secs.
Cette arme n’aurait jamais dû se trouver entre des mains humaines. Et pourtant…
【Poooooooo !!】
La Sœur de deux mètres quarante la brandissait comme un poisson qui aurait retrouvé l’eau.
L’arme surpuissante, presque folle, du pasteur Go et la légende urbaine massive et robuste qui la maniait formaient une combinaison parfaite.
« Pasteur Go, vous vous souvenez des caractéristiques de ce lance-flammes ?
— Il projette dix litres d’huile sainte par seconde. Le réservoir en contient deux cent soixante, donc tout sera épuisé en vingt-six secondes.
— Et ça coûte combien le litre ?
— J’ai réduit le prix en mélangeant ton huile sainte consacrée à du kérosène. En ajoutant de la poudre d’argent et des croix en argent comme catalyseurs, on arrive à environ cinquante mille wons le litre. »
Dix litres, ça faisait cinq cent mille wons.
Deux cent soixante litres, treize millions de wons.
« Sœur de deux mètres quarante, arrête de tirer et économise-en un peu ! Tu t’amuses beaucoup trop à brûler de l’argent ! »
【Pou ?】
Le bruit du lance-flammes avait peut-être couvert ses paroles, car le Fantôme de deux mètres quarante ne l’entendit pas.
Au bout du compte, elle continua à arroser les environs jusqu’à ce que le réservoir soit vide. Yohan demanda alors prudemment à Satomaru :
« … On peut passer ça en note de frais ? »
* * *
Clic. Clic.
Quand aucune flamme ne sortit du réservoir malgré ses pressions sur la gâchette, le Fantôme de deux mètres quarante la relâcha.
Pssssss !
De la vapeur s’éleva de la buse rougeoyante.
La grotte était silencieuse.
À l’endroit où les flammes étaient passées, il ne restait que des parois rocheuses noircies et d’innombrables cadavres d’araignées.
« Le chemin est dégagé… Avançons. »
Satomaru, qui venait seulement de reprendre ses esprits après ce spectacle, leur proposa de continuer.
« Oui, mais rechargeons d’abord le Fantôme de deux mètres quarante, puis on repart.
— Il y en a… d’autres ? Des trucs comme ça ?
— Ha ha. J’ai fabriqué avec beaucoup de soin quelque chose qui s’appelle la Tronçonneuse de Madeleine…
— D’accord, enfin… Équipez-la vite, s’il vous plaît. »
Le Fantôme de deux mètres quarante posa le lance-flammes vide et s’équipa de deux Tronçonneuses de Madeleine.
Armée de ces armes de guerre dévastatrices, capables de tirer des obus de vingt millimètres, elle sourit légèrement en sentant leur poids glacial dans ses mains.
« Sœur de deux mètres quarante ! Ils ont dit qu’on pouvait passer ça en note de frais ! Ne t’inquiète pas pour l’argent, tire autant que tu veux ! »
【Pou~ !】
En voyant le Fantôme de deux mètres quarante s’enthousiasmer, l’un des ninjas marmonna :
« … Quel genre de fantôme cette légende urbaine pouvait-elle bien être de son vivant ?
— Qui sait. Peut-être le fantôme d’une lycéenne qui adorait les jeux de tir à la première personne. »
Les ninjas finirent bientôt de se réorganiser et reprirent leur progression.
Yohan et le pasteur Go leur emboîtèrent le pas.
« C’est incroyable. Combien de petits a-t-elle bien pu avoir… ?
— Si la Grande Parade des Cent Démons avait eu lieu comme prévu, ça aurait été vraiment terrifiant. »
Plus ils s’enfonçaient dans la grotte, plus les piles de cadavres de yōkai araignées devenaient effrayantes.
Sans le lance-flammes, et sans le miroir Yata no Kagami pour briser l’illusion…
Gloups.
Satomaru déglutit en imaginant ce qui aurait pu arriver.
« Euh, Yohan.
— Oui ?
— Ce miroir… Qu’est-ce que c’est, au juste ?
— Euh, eh bien… »
Pris au dépourvu par la question de Satomaru, Yohan finit par lui répondre vaguement :
« Il a été découvert à… Gaya, je crois ? C’est un miroir en bronze. Très ancien.
— Je vois. Pour posséder un tel trésor, vous ne devez pas être n’importe qui.
— Eh bien… oui. J’ai hérité de quelques trucs. »
Ils ne devineraient pas, n’est-ce pas ?
Non, ça ressemblait seulement à un vieux miroir en bronze.
Le Japon n’avait pas été le seul pays à connaître l’âge du bronze. Ils ne pouvaient donc pas reconnaître, sur cette seule base, l’un des Trois Trésors sacrés du Japon.
« Beurk…
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Maintenant que l’odeur des yōkai brûlés se dissipe, la puanteur devient insupportable. Ce qui se trouve là-dedans n’a pas l’air d’être un sale type ordinaire. »
Il avait raison.
Une fois les cadavres des jeunes araignées dépassés, ils commencèrent à apercevoir des squelettes abandonnés négligemment dans toute la grotte.
« Cette ordure monstrueuse… Combien de personnes a-t-elle dévorées ? »
Tous ces restes avaient autrefois appartenu à des humains.
Les signes annonciateurs de la Grande Parade des Cent Démons n’étaient apparus que récemment. Les yōkai avaient donc dévoré toutes ces personnes en si peu de temps.
« La police ne s’en rendrait pas compte ? Avec toutes ces disparitions ?
— L-les yōkai maîtrisent la magie de métamorphose. »
Kohaku répondit à la question que Yohan avait marmonnée.
Les yōkai pouvaient se servir de la magie de métamorphose pour se déguiser parfaitement en humains.
Les jeunes yōkai en étaient incapables, mais ceux qui avaient suffisamment vécu dévoraient des humains et prenaient leur place.
« C’est pour ça qu’il y a moins de signalements que de personnes réellement portées disparues.
— … Et toi aussi, Kohaku ? »
À la mine soupçonneuse de Yohan, Kohaku agita vivement les mains.
« Je n’ai jamais tué personne ! Et la forme que je prends, c’est simplement celle que j’aurai en grandissant !
— Je ne t’accusais pas. »
Si Kohaku avait été une yōkai maléfique ayant tué des gens, elle aurait senti mauvais.
L’odorat spirituel de Yohan ne trompait jamais : Kohaku était indubitablement très loin de tout ce qui pouvait être qualifié de « maléfique ».
Combien de temps avancèrent-ils ainsi ?
Yohan vit les ninjas, à l’avant, s’arrêter et leur faire signe.
« Stop ! »
Une caverne d’une largeur incroyable s’étendait dans les profondeurs de la grotte.
Elle faisait presque la taille d’un terrain de football et des toiles d’araignée la couvraient de toutes parts.
Une gigantesque araignée au visage humain les toisait depuis le haut de ses toiles.
【Comment osez-vous…】
Sa voix résonna dans toute la caverne.
Mais cette voix tremblante de rage répandit une terreur glaciale qui leur fit picoter les membres.
C’était la peur instinctive que suscitait le grondement sourd d’une bête prédatrice.
【Vous, misérables humains… Mes enfants !】
La yōkai araignée enragée bondit jusqu’au plafond de la grotte.
Boum !
Ses dizaines de pattes s’agrippèrent au plafond tandis qu’elle fonçait à l’envers d’un bout à l’autre de la caverne.
Le choc fissura le plafond et des stalactites s’abattirent sur eux comme lors d’un raid aérien.
« Ouvrez le feu ! »
Les ninjas et le Fantôme de deux mètres quarante tournèrent leurs canons vers Jorogumo.
La tempête de balles frappa Jorogumo, mais elle chargea sans subir la moindre blessure.
« Quoi ? Elle n’a rien du tout ?!
— La carapace de Jorogumo s’est forgée au fil de quatre cents ans ! »
Comme Kohaku l’avait dit, le corps d’une grande yōkai qui avait vécu quatre cents ans n’avait rien d’ordinaire.
Des pistolets humains ne pouvaient pas lui faire de mal.
« Elle résiste aussi aux obus de vingt millimètres ?
— Plus un monstre est puissant, moins les armes modernes sont efficaces ! Il faut des attaques renforcées par la magie ! »
Pendant qu’ils parlaient, Jorogumo se précipita et atterrit au milieu des ninjas.
Quand ses pattes s’abattirent sur eux, les ninjas cessèrent de tirer et se dispersèrent avec une coordination parfaite.
« Les armes à feu ne servent à rien ! Ripostez avec l’équipement anti-yōkai ! »
Ils dégainèrent des kusarigamas. Ils abandonnaient les armes à feu pour le corps à corps ?
Ça paraissait absurde, mais dans le monde caché, c’était l’arme principale.
Si les lames portaient les inscriptions du Grand Chariot et les mantras du Sūtra du Diamant, si elles avaient été forgées sept fois avec de l’argent, du fer météorique et du bronze provenant de cloches de temple fondues, puis consacrées par cent huit moines récitant des sutras trois jours et trois nuits durant, elles devenaient des chaînes de scellement capables d’entraver les yōkai.
« Entravez-la ! »
Les kusarigamas lancés de toutes parts s’enroulèrent autour de Jorogumo.
Jorogumo tenta d’attirer les ninjas à elle par la force, mais les mantras du Sūtra du Diamant gravés sur les kusarigamas affaiblissaient ses pouvoirs.
【Pou !】
Le Fantôme de deux mètres quarante chargea en brandissant le Bâton de fer de Benkei.
Sentant la menace approcher, Jorogumo agita frénétiquement ses pattes.
« Argh !
— Elle est si forte, même entravée par les mantras du Vajra ! »
Les ninjas, ballottés par la force colossale de Jorogumo, étaient sur le point d’être projetés dans toutes les directions quand…
Clinggggg !
Une corde surgie de nulle part immobilisa instantanément Jorogumo.
« Quoi ? »
Jorogumo avait pourtant brisé les kusarigamas porteurs de mantras du Vajra que des dizaines de ninjas lui avaient lancés.
Et une corde venait de l’arrêter ?
Non, en y regardant de plus près, la corde qui avait jailli était en métal.
C’était un câble d’acier fait de minces fils torsadés ensemble.
« Namaḥ samanta vajranāṃ caṇḍa mahāroṣaṇa sphoṭaya hūṃ traṭ hāṃ māṃ… Je l’ai récité exactement comme dans le manuel, et ça a marché. »
Le câble d’acier avait jailli de la bouche de Gari.
À l’ordre de Yohan, la chaîne à l’intérieur de la bouche de Gari s’était déployée et avait ligoté Jorogumo selon sa volonté.
Le lasso vajra de Fudō Myōō, numéro sept de la série consacrée à l’histoire de l’Inde.
La corde qui entravait les démons, tenue dans la main gauche d’Acalanatha, messager de Mahāvairocana et gardien du bouddhisme ésotérique qui chassait les illusions et les démons.
Même une grande yōkai qui avait vécu quatre cents ans ne pouvait échapper à cette corde.
Non, c’était précisément parce qu’elle était une grande yōkai qu’elle ne le pouvait pas.
【T-toi, espèce de salaud ! Lâche-moi !】
« Pourquoi est-ce que je te lâcherais ? »
Yohan claqua des doigts et fit sortir de nouvelles armes de la bouche de Gari.
Les ninjas les fixèrent, incrédules.
« D-des objets magiques ! Non, des trésors ?
— Ne me dites pas que chacun d’eux est un trésor ? »
Combien de trésors possédait-il, au juste ?
Et puis, ces trésors…
Ptou !
Gari cracha en direction de Jorogumo.
« Urk ! »
Jorogumo étouffa un cri quand un trésor lui transperça le cœur.
Mais ce n’était pas fini.
Ptou ! Ptou, ptou ! Ptou !
Les trésors jaillirent les uns après les autres et mirent Jorogumo en pièces.
Comme ils ne voyaient pas Gari, les ninjas crurent que les projectiles fusaient dans les airs à toute vitesse.
« Bon sang… »
Yohan, lui, voyait ce qui se passait.
« C’est un peu ridicule, quand même. »
Mais du moment qu’ils éliminaient correctement la yōkai, c’était tout ce qui comptait.
* * *
« Jorogumo est morte…
— Jorogumo ? C’était une grande yōkai qui avait vécu quatre cents ans ! »
Ayame dévisagea Tsukiyo, stupéfaite, incapable de la croire.
« Et il n’y a pas que Jorogumo. Yuki-onna, Kamaitachi… Les grandes yōkai réunies pour la Grande Parade des Cent Démons se font traquer une à une.
— … Le pasteur Park et le Clan Tsuchimikado sont passés à l’action ?
— Eux aussi, mais… »
Tsukiyo avait reçu des rapports des subordonnés qu’elle avait envoyés auprès de chacune des grandes yōkai.
L’un d’eux indiquait qu’un jeune homme nommé Baek Yohan, une nouvelle recrue amenée par le pasteur Park, avait écrasé Jorogumo sans difficulté.
« Retrouver aussi facilement le repaire de Jorogumo, alors qu’elle l’avait dissimulé par des illusions… »
Et il y avait aussi ces trésors qui avaient submergé Jorogumo. Tsukiyo connaissait bien ces objets.
Autrefois, elle était partie à la recherche de cet homme pour venger le Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré, qui avait été scellé.
« Le successeur du pasteur Kim. Je croyais que tous ces trésors avaient disparu… »
Il commandait déjà des familiers loin d’être ordinaires, et maintenant il possédait aussi des trésors de ce genre.
À ce rythme, ils ne tiendraient peut-être même pas jusqu’à la rupture du sceau de leur mère.
« Q-qu’est-ce qu’on va faire ? Trois grandes yōkai ont déjà été vaincues.
— Cette idiote de Kohaku… »
Elle avait forcément révélé des informations sur les grandes yōkai.
Une garce faible et stupide.
Tsukiyo avait envoyé Kohaku mourir avec honneur, et cette vermine avait osé la trahir ?
« Ayame. Tu as toujours ses coordonnées ?
— Quoi ? T-tu ne vas pas… Grande sœur, tu vas accepter l’offre de cet homme ?! »
À ce rythme, le Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré, serait de nouveau scellé dès son retour à la vie.
Et ils devraient peut-être encore attendre des décennies.
« S’il le faut, je m’allierai même avec un démon. »
Notes :
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