Chapitre 70
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 70 : La Grande Parade des Cent Démons de Kyoto (4)
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Crac !
La tasse posée sur le plateau se brisa dans un claquement sec et sonore qui résonna dans toute la pièce.
« Tout va bien ? »
« Hein ? Ah ! Excusez-moi ! Ma main, ma main s’est soudainement engourdie ! »
La yōkai araignée déguisée en humaine s’empressa de trouver une excuse en ramassant les morceaux de la tasse.
Puis…
Clic, cliclicliclic !
Son cœur… non, bien plus bas.
Les pattes dissimulées au fond de son abdomen tremblaient et tressautaient.
Non. Non.
Ne bouge pas.
Ne te recroqueville pas.
Je suis humaine.
Je suis humaine.
La yōkai araignée déguisée se répéta cette suggestion avec désespoir.
Sinon, elle avait l’impression qu’elle risquait de réagir d’un instant à l’autre.
Une énorme bouche, capable d’avaler sa véritable forme tout entière, grondait juste devant elle.
Je vais me faire dévorer.
Au moindre signe de faiblesse, je me ferai dévorer.
Fuis, maintenant.
Grimpe au plafond.
Tisse une toile et échappe-toi.
Crache ton poison.
Pourtant, aucune de ces pensées ne se transforma en action.
Elle serra les dents et les réprima, comme son instinct de survie le lui ordonnait.
Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est seulement possible de maîtriser une chose pareille ?
Une sueur froide ruisselait le long de son menton.
C’était un spectacle qu’elle ne pouvait tout simplement pas comprendre.
Dès qu’elle l’avait vu, elle l’avait su.
Cette chose était un monstre qui dépassait tout entendement.
Un être sublime, d’une grandeur inouïe.
Pas une créature censée suivre ou servir un simple humain.
Et pourtant, un humain commandait bel et bien ce monstre.
La situation était si absurde qu’elle pulvérisait toutes les notions ordinaires de bon sens.
« Patronne ! Je vais nettoyer ! »
Un employé apporta une pelle et se mit à ramasser les morceaux de la tasse.
C’était un humain ordinaire.
Un employé à temps partiel embauché par le propriétaire d’origine, que la yōkai araignée avait dévoré.
C’était pour cela qu’il pouvait nettoyer tranquillement sans se rendre compte qu’un tel monstre se trouvait juste devant lui.
« Je… je vais vous en apporter une autre. »
Sur ces mots, elle se dirigea vers la cuisine sans se retourner.
Il faut que je m’enfuie !
Elle devait s’échapper.
La yōkai araignée comptait profiter de cette occasion en or pour filer.
En prétendant aller chercher du thé, elle gagnerait un peu de temps.
Alors qu’elle tentait de se faufiler par la porte de derrière…
【Dévore…】
Elle vit la Sœur de deux mètres quarante qui l’attendait devant la porte et la referma aussitôt.
« Mais qu’est-ce que c’est que ça… ?! »
Pourquoi cette chose attendait-elle aussi à la porte de derrière ?
Elle avait bloqué sa voie de fuite ? Quelle saloperie terrifiante !
Si elle sortait, elle avouerait qu’elle était une yōkai.
La yōkai araignée recula lentement et prépara du thé frais dans la cuisine.
Une idée lui traversa soudain l’esprit.
Et si elle empoisonnait les autres ? Non, non.
Même si elle empoisonnait tous ces humains, rien ne garantissait que le monstre disparaîtrait.
Au contraire, il risquait de se déchaîner après la mort de son maître.
Il ne lui resterait alors qu’à se sortir de cette crise en jouant la comédie avec un talent digne d’un prix !
« Voilà le nouveau thé… »
« Ah ! Patronne ! J’ai tout nettoyé ! »
L’employée sourit de toutes ses dents. La yōkai araignée ne parvint pas à lui rendre son sourire.
La bouche était grande ouverte, comme si elle allait l’avaler d’une seconde à l’autre… non, elle était déjà à moitié dedans.
Ah, c’était une épreuve.
Qui pouvait garder son calme après avoir été poussé au bord d’une falaise surplombant les gouffres de l’enfer ?
Après s’être assurée que l’employée n’était pas une yōkai, la bouche monstrueuse se referma lentement.
Elle avait réussi.
Elle n’était pas une yōkai.
Et la suivante, alors…
Crac !
La bouche s’ouvrit lentement. La yōkai araignée ne devait surtout pas le laisser paraître.
Au moindre signe, elle serait dévorée.
Elle voulait vivre. Elle voulait vraiment vivre ! Elle n’avait jamais autant voulu vivre que maintenant !
Elle serra les dents au point de risquer de les briser et se résolut à livrer la performance de sa vie.
« Voici votre thé. »
« Ah, merci. »
C’est du théâtre.
Je suis humaine.
Je suis la patronne d’une maison de thé dans le quartier touristique d’Arashiyama, à Kyoto !
Tout ce que j’ai à faire, c’est tenir mon rôle jusqu’au bout.
Craccraccrac !
La bouche s’ouvrit et projeta une ombre noire sur elle.
Ah, son palais s’étendait maintenant au-dessus de ma tête.
Clic, clic ! Clicclic !
Le bruit de ses articulations tandis que la bouche s’ouvrait était atroce.
Quand ces dents, dressées comme une guillotine, s’abattraient, elle serait découpée en morceaux puis avalée.
« Le plateau de matcha… desu. »
« Ah, je vais me régaler. »
La yōkai araignée déposa devant chaque client le plateau de thé qu’il avait commandé.
La bouche ouverte suivait ses mouvements, et la bave visqueuse qui tombait d’en haut lui glaçait le sang.
Chaque fois que je pose une tasse, j’ai l’impression de perdre dix ans de vie !
Mais elle était en vie. Toujours en vie ! Elle pouvait survivre !
Encore un peu.
Encore un peu.
Encore un peu, et cette grande performance de survie serait terminée.
La yōkai araignée déposa la dernière tasse devant Yohan.
« P-passez un bon moment. »
Elle réprima désespérément le tremblement de sa voix.
C’était fait.
C’était parfait.
Il ne lui restait qu’à s’éloigner l’air de rien…
« Chotto matte ! »
« …Pardon ? »
Yohan l’arrêta brusquement, prenant la yōkai araignée au dépourvu.
Yohan renifla sa tasse, puis se tourna vers le pasteur Go, assis à côté de lui.
« Comment on dit “ce thé a une drôle d’odeur” en japonais ? »
« Hmm… Je vais le lui dire. Il trouve que ce thé sent bizarre. »
« U-une odeur ? Ce n’est pas possible. »
Bon, le thé avait bien une odeur, mais elle ne pouvait pas être bizarre.
« Vous voulez le sentir ? »
La yōkai araignée se pencha prudemment pour renifler la tasse. Puis…
Snif, snif !
« … ! Q-qu’est-ce que vous faites ? »
« Ça sent boooon~~ »
Ce type était cinglé ? De quelle odeur parlait-il ?!
« Toi ! Tu sens, putain, tu seennns~~ »
« Aah… ! »
Yohan s’approcha, reniflant comme s’il voulait mieux sentir l’odeur de la yōkai araignée.
Son souffle semblait vouloir aspirer la moindre trace de son odeur.
Le visage de la yōkai araignée blêmit.
« Snif, snif ! Toi ! Monstre ? »
« Quoi ? M-mais de quoi parlez-vous ? Non ! Je ne suis pas un monstre ! »
« Menteuse, ça se sent !! C’est l’odeur de quelqu’un qui ment !! »
« Mais qu’est-ce que ce cinglé raconte… ?! »
Yohan se leva.
La yōkai araignée recula.
« Seigneur Dieu le Père, donne-moi des yeux et un nez capables de discerner la vérité. »
« Q-qu’est-ce que vous racontez ? »
Yohan marmonna quelques mots en coréen, agrippa sa croix et fit le signe de croix.
« Si je me trompe, je vous présenterai mes excuses. »
« Pardon ? »
Vlan !
Il la poussa.
La brusque poussée projeta son corps en arrière et la yōkai araignée eut l’impression de tomber dans un abîme sans fond.
« Kyaaaaaaaaaaaaaah ! »
Son cri de mort s’enfonça dans un océan profond. La bouche se referma, et même ce son ne put s’en échapper.
« Oh, l’odeur a disparu. J’avais raison ! »
« … »
Tous ceux qui regardaient Yohan affichaient une expression étrange.
Comme s’ils avaient affaire à un parfait dingue.
* * *
La yōkai araignée capturée dans la bouche de Gari était une subordonnée de la grande yōkai Jorogumo.
Avant le début de la Grande Parade des Cent Démons, elles s’étaient rassemblées à Kyoto. Elles s’étaient infiltrées dans la région et y séjournaient, avec pour mission, apparemment, de se procurer de la nourriture.
Cette nourriture, c’étaient des gens.
« Regardez-moi ces monstres ! »
J’avais entendu dire que les yōkai mangeaient des gens, mais je ne m’attendais pas à ce qu’ils les chassent aussi ouvertement.
C’était peut-être courant au Japon, car les ninjas n’avaient pas l’air particulièrement surpris.
Guidés par le témoignage de la yōkai araignée, nous nous dirigeâmes vers une vallée toute proche où les yōkai amenaient, disait-on, leurs captifs en offrande.
« Il y a une grotte dans un endroit pareil… »
« Vous pensez que les yōkai l’ont creusée ? »
À l’entrée de la grotte, l’air humide me pénétra les poumons.
Une odeur atroce l’accompagnait.
« Allons… entrer. »
« Attendez. »
Satomaru et les ninjas s’apprêtaient à prendre la tête du groupe quand je les arrêtai.
« Qu’est-ce qu’il y a, Yohan ? »
« Quelque chose cloche. »
Une faible odeur flottait dans l’air, mais vu la taille de l’entrée de la grotte, elle était beaucoup trop discrète.
On aurait dit qu’on sentait quelque chose à travers un nez bouché par un rhume.
« Si vous n’avez pas de raison particulière de nous arrêter, nous allons entrer fouiller. »
« Laissez-nous reconnaître le terrain. C’est notre travail. »
Ils affirmaient que nous ne risquions rien si nous avancions ainsi. Mais était-ce une raison pour laisser davantage de gens se faire blesser ?
« Kohaku, tu sais quelque chose sur Jorogumo ? »
« J-Jorogumo, vous voulez dire ? »
La yōkai qui nichait à l’intérieur était Jorogumo, une yōkai araignée.
Une vieille araignée qui avait vécu quatre cents ans entiers.
« À ma connaissance, Jorogumo est une yōkai experte en illusions. »
Les illusions… Ah, les illusions.
Je fouillai dans la bouche de Gari.
Le manuel mentionnait un trésor à utiliser précisément dans une situation pareille…
« Q-qu’est-ce que c’est ? »
« Euh… un très vieux miroir de bronze. »
Ce que je sortis était un miroir de bronze aussi grand que mon torse.
Je l’avais nettoyé récemment : cet objet vieux de plusieurs milliers d’années brillait assez pour ressembler enfin à un vrai miroir.
C’était le Yata no Kagami, l’un des Trois Trésors sacrés du Japon.
Je m’étais demandé si je pouvais vraiment sortir un objet pareil au Japon, mais le pasteur Kim m’avait dit que ça ne posait pas de problème tant qu’il n’y avait personne de la Maison impériale dans les parages.
« Personne ne sait à quoi il ressemble. Mais je te conseille de ne pas le sortir devant un membre du Clan Tsuchimikado. »
Il était si ancien, et celui qui était réellement conservé était une copie, que personne ne savait à quoi ressemblait l’original.
Il m’avait raconté qu’il avait sorti un autre des Trois Trésors sacrés, l’Ama-no-Murakumo-no-Tsurugi, devant le chef-prêtre Tsuchimikado et s’était fait prendre.
La demande de restitution avait été un vrai casse-tête, paraît-il. Je ferais donc mieux de rester prudent, moi aussi.
« Voyons… D’après le manuel, il suffit de réfléchir la lumière du soleil avec ? »
Je grimpai sur Gari et cherchai un endroit où le soleil se refléterait correctement.
« Gari, monte un peu. »
Clic, clic !
Je levai le miroir de bronze et le dirigeai autour de moi. Bientôt, la lumière du soleil se refléta dans la grotte…
Fwooooooosh !
Quelque chose se mit à brûler, comme un feu qui se propage dans une prairie.
« Hein ! »
« D-des toiles ?! »
L’entrée de la grotte était tapissée de toiles d’araignée.
Si nous étions entrés sans rien voir, nous nous serions retrouvés piégés, incapables de bouger.
« C-c’est une illusion ! Ils ont dissimulé un piège grâce à une illusion… ! »
Le Yata no Kagami pouvait percer les illusions et les barrières, puis les détruire.
Il fallait le placer sous la lumière du soleil en plein jour, mais dès qu’il éclairait quelque chose, il pouvait effacer jusqu’à l’illusion elle-même.
Je l’avais appris dans le manuel, mais bon sang, l’effet était incroyable.
« Ils arrivent de l’intérieur ! »
Au cri du pasteur Go, des masses noires commencèrent à s’agiter dans la grotte.
Gratte. Gratte.
Gratte. Gratte.
On aurait dit des centaines de griffes raclant la pierre. Le bruit résonnait au fond de la grotte.
Puis…
Des points rouges s’allumèrent les uns après les autres.
Il y en avait tant qu’il était inutile de les compter.
« Les petits de Jorogumo ! »
« Feu à volonté ! »
Les ninjas ouvrirent le feu dans la grotte avec les fusils qu’ils avaient apportés.
Je m’étais imaginé des outils de ninja et des techniques de ninjutsu, mais c’était plus pragmatique que je ne l’aurais cru.
Malgré tout, leur puissance de feu ne suffisait pas.
Même si une vingtaine d’hommes déversaient la puissance de feu d’un peloton, les petits de Jorogumo étaient incroyablement nombreux.
On disait que les araignées avaient beaucoup de petits, mais celle-là en avait vraiment une quantité répugnante.
« Sœur de deux mètres quarante, tu as l’autorisation de t’occuper de “ça”. »
【Dévore !】
La Sœur de deux mètres quarante sortit de la bouche de Gari un équipement.
Un canon aussi épais que la taille d’un homme.
Des réservoirs de pression reliés entre eux comme un sac à dos.
Des motifs sacrés gravés dans de l’argent béni.
Au bout de la lance se trouvait une tête de pulvérisation en forme de croix.
« Lance-flammes à feu sacré pour exterminer les grandes yōkai. Longueur : 2,4 mètres. Carburant à solution consacrée mêlée de particules d’argent. Système d’injection à haute pression et triple compression. Tuyaux de refroidissement gravés de 1 024 motifs sacrés, poids : 341 kilogrammes ! Portée efficace : 130 mètres. Température de pulvérisation : 1 700 degrés ! Lance-flammes à feu sacré pour bannir les esprits à grande échelle et exterminer les grandes yōkai : le Brasier de Jéricho ! »
« Parfaiiit ! Pasteur Go !! »
【Dévoooore !!】
La Sœur de deux mètres quarante brandit à deux mains cet énorme lance-flammes, qu’aucun humain n’aurait pu manier.
Clac !
Dès qu’elle appuya sur la détente, une épaisse odeur de carburant s’échappa de la lance, qui entama sa séquence d’allumage.
Fwooooooooooosh !!
Toute la grotte devint d’un blanc pur.
Du feu.
Non, une cascade s’abattait sur eux.
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