Chapitre 69
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 69 : La Grande Parade nocturne des Cent Démons de Kyoto (3)
──────
Le yōkai que nous avions capturé s’appelait Kohaku.
Libéré de la gueule de Gari, le yōkai renard sanglota de panique en nous révélant sa nature.
Une fois sa transformation dissipée, il était si petit et trapu qu’on aurait pu le prendre pour un enfant.
« Un renard à trois queues, hein ? C’est un peu vague. »
« Un renard à neuf queues devient un gumiho. Alors, avec trois queues, ce serait un renard à trois queues, non ? »
« Exact. Les yōkai renards deviennent plus puissants à mesure qu’ils cultivent leurs pouvoirs. »
Apparemment, on ne considérait généralement pas les yōkai renards comme de grands yōkai avant qu’ils aient au moins six queues.
À côté, un renard à trois queues faisait presque figure de simple larbin.
« Alors ? Tu as essayé de me séduire pour m’attirer dans un piège. Qu’est-ce que tu manigançais ? »
« Hi ! Un piège ? J’ai seulement été bouleversé par votre allure héroïque, mon seigneur… »
« Gari, le prisonnier quatre mille huit cent quatre-vingt-cinq se présente. »
Criiiiiic !
Quand Gari ouvrit la gueule, Kohaku, le renard à trois queues, blêmit et s’agrippa à mon pantalon.
« Mon seigneur ! Mon seigneuuur ! Épargnez-moi, je vous en supplie ! Mais ne me faites pas entrer là-dedans ! »
« Qui est-ce que tu appelles “mon seigneur” ? Et surtout, tu parles coréen incroyablement bien ! »
« J’aime la vague coréenne ! BDS ! Parasite ! Black Red ! Gangdong Style ! Kimuchi ! »
« Quoi ? Kimuchi ? Espèce de petit voyou, tu appelles le kimchi un plat japonais ?! »
« P-pardon ! Je suis désolé ! Épargnez-moi, je vous en prie ! »
Un peu abasourdis, nous regardâmes le renard à trois queues se jeter à terre et ramper à nos pieds.
Il se soumettait à un degré sans commune mesure avec les yōkai et les esprits maléfiques que nous avions rencontrés jusque-là.
« Euh… tu ne crois pas que tu en fais un peu trop ? Les yōkai n’ont donc pas d’amour-propre ou quoi ? »
« Oh, mon seigneur ! Quelle fierté une créature aussi insignifiante que moi pourrait-elle bien avoir ? Si vous me laissez vivre, je vous servirai de toute mon âme ! »
Eh ben. C’était une première.
Je jetai un coup d’œil au pasteur Go. Lui aussi avait l’air un peu décontenancé.
« Elle n’a pas réagi quand je l’ai aspergé d’eau bénite, si ? »
« Non, mais rien ne garantit que l’eau bénite fonctionne sur tous les yōkai. »
« En général, ça ne marche pas. Qu’est-ce que ton odorat spirituel te dit ? »
Toute la zone empestait tellement qu’il était difficile de distinguer quoi que ce soit.
Mais si la créature se trouvait juste devant moi…
« Il ne sent pas mauvais. »
« D’accord. On dirait qu’il ne fait pas partie des mauvais. »
L’odorat spirituel permettait de juger les âmes selon leur degré de malfaisance.
Plus une créature se rapprochait d’un démon, plus son odeur devenait insupportable. Même les esprits maléfiques ordinaires qui s’en prenaient aux gens sentaient plutôt mauvais.
C’était subjectif, mais ça s’était révélé étonnamment utile.
À l’aune de l’odorat spirituel, Kohaku, le renard à trois queues, était… étonnamment propre.
« On dirait qu’il n’a commis aucun crime grave. Qu’est-ce qu’on fait ? »
« On ne peut pas le laisser partir comme ça. Un yōkai renard qui se pointe en ce moment a sûrement été envoyé par le renard à sept queues. »
« Hi ! »
Le petit yōkai renard eut le hoquet, comme si nous avions vu juste.
« Il a utilisé sa magie de transformation pour devenir une belle femme et t’attirer. À ton avis, quel était son but ? Il devait forcément avoir l’intention de faire quelque chose de mal. »
« M-mon seigneur ! »
Kohaku se prosterna jusqu’à toucher le sol du front. Ses oreilles et sa queue de renard tremblaient si fort que j’en aurais presque eu pitié.
« S-si vous m’épargnez ! Si vous m’épargnez, je vous donnerai des informations utiles ! »
« Des informations ? »
Ça éveilla mon intérêt.
Le pasteur Go avait l’air de penser que nous ferions bien de l’écouter.
« Quel genre d’informations ? »
« Des informations pour vous aider à trouver un trésor, mon seigneur ! »
« Oooh… »
Un trésor.
Je n’étais pas le pasteur Kim, mais quel homme pouvait résister au mot « trésor » ?
Maintenant que j’y pensais, les histoires de yōkai parlaient souvent de créatures qui offraient de l’or et de l’argent.
Quel genre de trésor un yōkai renard pouvait-il bien posséder ?
« Voici mon trésor le plus précieux, mon seigneur ! »
Une sorte de pièce reposait dans sa petite paume.
Elle était vieille et brillante. Il avait dû en prendre grand soin, car elle luisait.
Mais…
« C’est une Tenpō Tsūhō. J’ai entendu dire que les vieux yōkai en possédaient assez souvent, mais c’est quand même impressionnant que tu en aies une. »
« …Ça vaut cher ? »
« Elle a une certaine valeur en tant que pièce ancienne, mais il en a été frappé tellement que pas vraiment. Ce serait différent si c’était une pièce en argent. »
Quoi ? Ça ne valait rien.
Kohaku observa mon expression, puis se frotta les mains en prenant une voix désespérée.
« Des informations ! Et si je vous donnais des informations ? »
« Des informations ? »
« Oui ! Je possède des informations brûlantes parmi les yōkai ! Du très haut de gamme, qui vous satisfera à coup sûr ! »
« Oooh… »
Des informations. C’était important, les informations.
Voyant mon intérêt, Kohaku se frotta les mains avec un air rusé qui disait qu’il m’avait eu.
« Au Gyomu Super à distance de marche de Kawaramachi, près de Sanjokawaramachi, ils vendent des quantités limitées de pousses de soja à dix-sept yens hors taxes, à sept heures du soir ! Si vous en achetez beaucoup à ce moment-là, vous en aurez pour toute la semaine ! »
« … »
Voilà une information de haut niveau, extrêmement pratique.
J’imagine que c’était le genre de tuyau qui plaisait aux gens modernes ?
« À quoi ça me servirait, puisque je ne suis même pas du coin ? Trois Queues, tu n’as rien d’autre ? »
« Euh ! Euh ! E-et si je vous indiquais où trouver des glands ? »
« Laisse tomber. »
Je ne savais pas si c’était inutile ou inoffensif.
« Qu’est-ce qu’on fait ? Il n’a pas l’air très utile. »
Alors que la situation devenait vraiment gênante, le pasteur Go prit soudain un sourire en coin.
« Les yōkai renards ont des noyaux intérieurs de très grande qualité. »
« Ah bon ? »
« Ce n’est encore qu’un jeune renard, mais il est frais, alors les effets devraient être encore meilleurs. J’ai entendu dire que le foie frais était particulièrement bon pour la santé. »
« Oooh… ! »
« Hi ! »
Je sortis tranquillement une épée de la gueule de Gari. C’était une épée de valeur appelée épée Moye, tirée du trente-troisième tome de cette série sur l’histoire chinoise, je crois.
Apparemment, c’était une épée très célèbre, même si je n’y connaissais pas grand-chose.
Sa particularité, c’était d’être incroyablement tranchante.
« Je me demande quel goût a la viande de renard. »
« Hé hé hé. Ça fait un bail que je n’ai pas mangé quelque chose de bon pour la santé. »
« Hi ! Hiiii ! »
Puis, tel un méchant de film, je léchai lentement la lame de l’épée Moye.
Slurp !
« P-pitié, épargnez-moi ! Épargnez-mooooi ! »
« Tu veux vivre ? »
Aux paroles du pasteur Go, Kohaku hocha la tête à plusieurs reprises, en larmes.
« Si on te laisse partir comme ça, tu risques de divulguer des informations sur nous… »
« J-je ne ferais jamais ça, mon seigneur ! »
« Comment peut-on te faire confiance ? »
Il commençait à bien vendre son idée.
« E-et que devrait faire un être aussi insignifiant que moi… ? »
« On va conclure un pacte de familier, proprement et simplement. Comme ça, tu ne pourras pas trahir ton maître. »
« Hi ! »
Ah, c’était une possibilité, ça.
« Passe un pacte avec lui. Il sera à durée indéterminée et tu devras obéir à tous ses ordres, sans exception. »
« C-ce genre de contrat injuste… »
« Yohan, il dit qu’il ne veut pas ! Fais chauffer l’eau ! »
« On va pouvoir manger de la soupe de chien pour la première fois depuis longtemps. Les renards font aussi partie de la famille des chiens, donc c’est presque pareil, non ? »
« Hi ! J’ai entendu dire que les Coréens mangeaient du chien, mais c’est vrai, en fait ?! »
Bon, maintenant, c’était interdit.
Bref, sous la pression qui s’éternisait, le yōkai renard leva les deux mains en pleurant.
« J’accepte ! J’accepte ! Épargnez-moi, je vous en prie ! »
Eh bien, je venais de gagner un yōkai familier gratuitement.
* * *
Le pacte avec Kohaku, le yōkai renard à trois queues, fut conclu rapidement.
Face au choix entre la vie et la mort, Kohaku accepta le pacte de familier en pleurant.
« Les yōkai renards savent utiliser la magie, donc ça ne peut pas faire de mal de le garder sous contrat. De toute façon, on ne pouvait pas le laisser partir. »
« J’ai l’impression que le nombre de bouches à nourrir ne cesse d’augmenter. »
J’avais conclu un pacte avec Kohaku, mais il n’avait pas l’air particulièrement utile au combat.
D’après ce que j’avais compris, il n’était qu’un vulgaire coursier au service du renard à sept queues, qui organisait cette Grande Parade des Cent Démons.
« C’est quand même étonnant qu’il soit l’un des enfants du Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré, l’un des Trois grands esprits maléfiques du Japon. »
Kohaku était apparemment l’un des plus jeunes enfants du Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré.
Alors, quand je lui demandai si cela faisait de lui une sorte de membre de la famille royale de sang pur…
« Le Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré, a plus de cinq cents enfants. »
« On dirait un prince ou une princesse d’une famille royale du Moyen-Orient. »
Ils étaient si nombreux que ça les rendait moins rares.
En gros, c’était comme dans un pays où tout le monde et son chien étaient membres de la famille royale.
Kohaku n’était tout de même pas complètement inutile.
« C’est ici que se cache le yōkai venu pour la Grande Parade des Cent Démons, c’est ça ? »
Nous arrivâmes à Arashiyama, un endroit situé juste à l’extérieur de Kyoto.
L’endroit était envahi de bambouseraies et, apparemment, un grand yōkai venu pour la Grande Parade des Cent Démons s’y cachait.
« Mais il y a tellement de monde. Un yōkai se cache vraiment dans un endroit pareil ? »
Arashiyama semblait être une destination touristique, tant la foule était dense.
Une rivière traversait le quartier, des sites touristiques bordaient ses deux rives et, apparemment, des dizaines de milliers de personnes venaient chaque jour.
Un yōkai se cachait ici ?
« Avec la magie de transformation, ils ne se distinguent pas des humains. C’est pour ça qu’ils se dissimulent dans la foule. »
« Les yōkai sont rusés. Ils se cachent souvent dans des endroits où nous ne pouvons pas agir à la légère. »
Un Japonais qui avait l’air d’un touriste ordinaire reprit après le pasteur Go.
Son japonais était un peu maladroit, mais il faisait partie des accompagnateurs que le chef-prêtre Tsuchimikado avait affectés à notre groupe.
Et c’étaient des ninjas, rien de moins.
« Satomaru, j’ai entendu dire que vous étiez des ninjas. Ça ne pose pas de problème que vous vous déplaciez en groupe aussi nombreux ? »
Le vieux chef-prêtre Tsuchimikado nous avait affecté plus de vingt ninjas.
Je pensais qu’un groupe aussi important attirerait l’attention, mais apparemment, non.
« Si nous faisons semblant de participer à une excursion, nous n’éveillons pas trop les soupçons. Après tout, nous sommes à Arashiyama. »
« C’est vrai… »
« Et plus nous sommes nombreux, plus il est facile de repérer les yōkai transformés. »
En bref, toutes les personnes présentes faisaient partie de l’équipe de recherche.
« À condition, bien sûr, que le yōkai renard ne nous ait pas menti. »
« Hi ! »
À côté de moi, Kohaku eut un hoquet de peur.
Il avait caché sa queue et ses oreilles grâce à sa magie de transformation et ressemblait maintenant à un enfant de maternelle. Un adulte qui le fusillait du regard, ça faisait franchement mauvais effet.
« Vu de l’extérieur, on dirait de la maltraitance sur enfant. »
« Hum. Je ferai attention. »
« Mais il y a bien un yōkai ici. Un très maléfique. »
Je me pinçai le nez à cause de l’odeur infecte qui s’échappait de la bambouseraie d’Arashiyama.
« Alors, commençons les recherches. »
« Oui. Les ninjas ont une méthode spéciale pour chercher ? »
« Nous répandons des objets qui déplaisent aux yōkai, puis nous observons leurs réactions. »
Si quelqu’un changeait d’expression, ils l’isolaient et vérifiaient.
C’était pas mal de travail manuel, non ?
« Je devrais chercher ? »
« …Ce sera difficile de le faire simplement à l’odeur. À ma connaissance, l’odorat spirituel rend seulement ton nez un peu plus sensible. »
Le ninja Satomaru ne semblait pas accorder beaucoup de crédit à mon odorat spirituel.
Apparemment, l’odorat spirituel se limitait à détecter les odeurs malfaisantes.
L’odorat spirituel qu’ils connaissaient et celui que je connaissais semblaient avoir des capacités assez différentes.
« Contrairement au centre-ville, ça ne sent pas si mauvais ici. Et l’odeur ne vient pas de partout… À ce niveau-là, je peux la suivre. »
Je pris la tête du groupe et suivis l’odeur.
Les ninjas regardèrent leur chef, Satomaru. Celui-ci soupira et se mit à me suivre ; les autres lui emboîtèrent le pas.
« J’espère qu’on ne perd pas notre temps. »
« Je comprends que les professionnels soient méfiants, mais dans ce métier, la spiritualité n’est-elle pas ce qui compte avant tout ? »
« Pasteur Go… »
Satomaru prit un air étrange aux paroles du pasteur Go.
Combien de temps avions-nous marché ?
La bambouseraie d’Arashiyama était magnifique. Je comprenais pourquoi les touristes y affluaient.
La Corée avait aussi des bambouseraies semblables, parfaites pour les promenades.
Comme c’était un site touristique réputé, on y trouvait çà et là des restaurants et des boutiques de souvenirs pour les visiteurs.
Nous nous arrêtâmes devant l’un des salons de thé.
« Oh, ça a le charme d’un vieil établissement. »
« C’est ici ? »
« L’odeur est forte, ici. »
Satomaru et les ninjas me regardèrent d’un air dubitatif.
Mais quand nous entrâmes, la patronne nous accueillit.
« Bienvenue~ »
Oui, même moi, je savais ce que ça voulait dire.
Une fois à l’intérieur, nous semblions être les seuls clients. Les prix que j’avais vus dehors étaient plutôt élevés.
Un employé et une femme en kimono se trouvaient dans la boutique, et Satomaru se mit à commander avec aisance.
Du thé ? Des dango ? Il avait l’air de commander quelque chose de ce genre.
« Yohan, tu es sûr que c’est le bon endroit ? »
« L’odeur semble venir d’ici. »
« J’ai discrètement répandu un sachet de cannelle, mais personne n’a changé d’expression. On nous avait dit qu’il s’agissait d’un yōkai araignée, pourtant il n’a pas réagi. »
Les ninjas semblaient tester les réactions avec des odeurs et des objets que les yōkai n’aimaient pas.
« Je peux essayer ? »
« …Tu as une autre méthode ? »
« Eh bien, les yōkai voient les choses, non ? »
« Oui ? »
J’ouvris la porte de la boutique et fis entrer Gari, qui attendait dehors.
Clac ! Clac !
À cause de leur taille, tous deux avaient pris soin de rester à l’extérieur en entrant dans les bâtiments.
Mais quand je les fis entrer dans la boutique…
« Hi !! »
Crac !
La patronne laissa tomber la tasse de thé qu’elle portait.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>