Chapitre 33
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 33 : Je suis Légion
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Dimanche.
Le jour où j’allais à l’église.
Ces derniers temps, j’avais l’impression que ma foi se renforçait.
Était-ce parce que j’avais rencontré de véritables anges et démons, et découvert la face cachée d’un monde dont j’ignorais l’existence ?
Après tout ça, tu ne crois toujours pas en Dieu ?
Il fallait être sacrément obstiné pour rester incroyant.
Et dire que l’église que je fréquentais était un groupe d’exorcistes…
L’Église du Saint Temple de Gangnam était une organisation d’exorcistes.
Et pas des moindres : elle était assez réputée dans le milieu.
Le pasteur Park, le pasteur principal, était donc forcément exorciste… Mais lesquels des autres pasteurs de mon église l’étaient aussi ?
Je finirais bien par le découvrir.
Pour l’instant, c’était l’heure du culte.
« On entre ? »
CLAC !
J’entrai dans le sanctuaire, suivi de Gari, de Sœur de deux mètres quarante et de Jjaekjjaeki. Les fidèles arrivés avant nous étaient déjà debout, en train de chanter un cantique.
Des dizaines de milliers de personnes chantaient ensemble.
Leurs voix résonnaient si fort qu’on les entendait depuis l’extérieur de l’église, mais après plus de vingt ans à y assister, j’en avais l’habitude.
« Chanter tous ensemble, ça rendrait le cantique plus efficace ? »
Bon sang. J’avais fait un peu d’exorcisme, et voilà que je me mettais à calculer ce genre de choses.
J’étais quand même curieux.
Dans ce monde de prières spirituelles et de sortilèges, quel effet de consécration pouvait avoir un cantique chanté par dix mille personnes à la fois ?
Je ne pensais pas qu’à ça pendant les cantiques.
[Nous allons lire le passage du jour.]
Hum, alors c’était comme ça qu’ils interprétaient ce passage.
Si quelque chose de semblable se produisait dans la Bible, peut-être qu’on pourrait réagir de la même façon dans la vie réelle.
Je lisais la Bible et découvrais son interprétation grâce au sermon.
Avant, c’était un moment ennuyeux qui me donnait envie de dormir. Mais maintenant que je me disais que chaque passage pouvait servir concrètement, j’avais l’impression d’étudier.
CLAC !
Puis les dents de Gari claquèrent dans un bruit terrifiant.
Gari, plus sérieuse et enthousiaste que quiconque pendant le culte, se mettait soudain à faire du raffut ?
Je tournai la tête et la vis mordre Sœur de deux mètres quarante et Jjaekjjaeki, comme si elle allait les avaler tout rond.
Piou !
【Dévorer, dévorer… dévorer…】
« Qu’est-ce qu’il y a ? Que s’est-il passé ? »
CLAC ! CLAC !
« Vous vous êtes endormis, par hasard ? »
Piou…
【Dévorer…】
Bon sang.
Ils avaient piqué du nez pendant le culte, et Gari les rappelait à l’ordre.
« Beau travail, Gari. Vous devez rester concentrés pendant le culte. »
CLAC !
« Cela dit… Je pense que le simple fait d’assister au culte a déjà de la valeur. Si vous êtes vraiment fatigués, vous pouvez vous allonger et dormir. »
CLAC ?!
Gari, ça arrive de s’endormir pendant le culte. Pourquoi tu te mets dans cet état ?
Jjaekjjaeki et Sœur de deux mètres quarante n’étaient pas bien vieux, après tout.
Les enfants pouvaient avoir sommeil.
CLAC !
Gari n’était pas de cet avis.
Au final, ni Sœur de deux mètres quarante ni Jjaekjjaeki ne purent somnoler avant la fin du culte.
* * *
Après m’être régalé à la cafétéria de l’église, je ressortis.
J’achetai un americano glacé dans un café du coin, puis me rendis au parc.
Ces derniers temps, je m’occupais de choses dangereuses et sortais si souvent la nuit que la paix du plein jour me semblait particulièrement précieuse.
En sirotant mon americano glacé et en regardant les passants, je me dis que c’était sûrement ça, une vie tranquille.
« Hé hé hé. »
Je consultai mon compte encore et encore.
Le solde affichait 950 millions de wons.
À vrai dire, ce n’était que de l’argent liquide. J’avais aussi gagné pas mal de choses grâce à ce boulot.
Le Bâton de fer de Benkei, que j’avais remporté dans une partie truquée au Marché des fantômes, valait apparemment plusieurs milliards de wons.
« La Bible de Gutenberg… »
C’était une édition de la Bible vieille de plus de cinq cents ans. Sa valeur était évidemment immense, mais surtout, on pouvait en produire en série comme objet à usage unique.
D’après la note de son ancien propriétaire, la cathédrale de Myeongdong ou l’Église du Saint Temple de Gangnam pouvait en fabriquer sur commande. Il faudrait que je me renseigne.
Slurp.
Alors que je buvais mon café, un remue-ménage éclata soudain.
« Ah ! »
« Qu’est-ce qu’on va faire ?! »
Je jetai un coup d’œil et vis un chat s’attaquer à l’un des pigeons du parc.
Un chat errant avait bondi sur le pigeon, qui battait des ailes pour s’envoler, et lui avait aussitôt mordu le cou.
Ce chat était un sacré chasseur.
Un pigeon amolli par la vie paisible en ville ne faisait pas le poids face à un chat errant, prédateur au sommet de la chaîne alimentaire urbaine.
« Hé ! Laisse-le tranquille ! »
Avant même qu’il puisse savourer sa chasse, des enfants qui jouaient dans le parc chassèrent le chat.
Pauvre bête.
Le chat avait été chassé sans même pouvoir manger le pigeon qu’il s’était donné tant de mal à attraper.
« Vous croyez qu’il est gravement blessé ? »
« Pauvre petit… »
Les enfants regardaient tristement le pigeon agonisant.
Ils étaient trop jeunes pour comprendre la cruauté de la nature.
Papa Chat avait encore raté sa chasse aujourd’hui.
À la maison, sa femme rusée comme un renard et ses chatons bondissants comme des lapins l’attendaient…
« Mais qu’est-ce que je raconte ? »
CLAC ?
Le pigeon, entouré par les enfants, était déjà mort.
Ce n’était pas bon pour les enfants de voir ça, et je ne pouvais pas le laisser là, par terre, au milieu du parc. Je m’approchai donc de son corps.
« Les enfants, vous pourriez vous écarter pour que j’enterre le pigeon ? »
« Vous allez l’enterrer ? »
Je hochai la tête devant leurs regards pleins d’espoir, puis ramassai délicatement le pigeon et me dirigeai vers un parterre de fleurs.
Y avait-il un endroit convenable dans le coin ?
Enfin, n’importe où tant que les enfants ne le verraient pas…
CLAC ?
Est-ce que Gari mangerait aussi les pigeons ?
Après tout, Gari aimait le poulet.
CLAC !
« Non, je ne pensais pas à ça. »
CLAC !
« Je suis sérieux. Tu me prends pour qui ? »
Gari tremblait d’indignation.
Comment l’avait-elle su ? Elle avait un pouvoir de télépathie ou quoi ?
« Tu peux réveiller l’œil de Decarabia ? »
CLAC !
Bientôt, l’œil emprisonné dans l’anneau de Gari s’ouvrit.
Le globe oculaire enchâssé dans l’anneau de laiton me fixa d’un regard vif et brillant, si malveillant que je sentais presque les mauvaises intentions du démon.
« Hé, hé. Tu pourrais ouvrir l’œil un peu moins méchamment ? »
Quand je donnai une pichenette dans l’œil de Decarabia, celui-ci le referma aussitôt.
Je sentis un rugissement silencieux, mais il s’éteignit rapidement quand Gari le mordit.
« Voilà, Gari. Tiens-le bien. Un démon doit connaître sa place. »
Maintenant que l’œil de Decarabia était éveillé, je savais instinctivement que je pouvais utiliser sa nécromancie.
J’ignorais comment l’autorité magique d’un démon se transmettait, mais ça ne pouvait pas normalement s’apprendre de manière aussi instinctive.
À voir les contractants de Decarabia réciter toutes sortes de formules, il devait y avoir une procédure précise.
Je déversai de l’énergie spirituelle dans le corps du pigeon, qui venait de mourir.
C’était la première fois depuis Jjaekjjaeki.
Et Jjaekjjaeki n’avait été qu’un tas d’os.
Je me demandai si le résultat serait différent cette fois, mais le pigeon ouvrit bientôt les yeux et se mit à battre des ailes.
Non, à vrai dire, son corps était resté là où il se trouvait. Seule son âme semblait en avoir été extraite.
« C’était plus facile que la dernière fois. »
Ça m’avait paru bien moins difficile que la fois précédente.
Pour créer Jjaekjjaeki, j’avais utilisé beaucoup plus d’énergie spirituelle.
Appeler l’âme de ce pigeon m’avait demandé moins d’un centième de cette quantité.
L’efficacité était incomparable.
Quelle était la différence ?
Était-ce parce qu’il venait tout juste de mourir ?
Le corps de Jjaekjjaeki était assez vieux pour n’être plus qu’un squelette, tandis que Gugu venait à peine de mourir. Ça devait être ça.
Quand je compris, je donnai une nouvelle pichenette dans l’œil de Decarabia.
Poc !
!!!!
« Petit con. S’il y avait une différence pareille, tu aurais dû me le dire tout de suite. »
???
Il avait l’air vexé.
Qu’est-ce que j’étais censé faire si un démon se sentait vexé ?
De toute façon, c’était la faute de Decarabia.
Quand quelque chose allait mal dans ce monde, c’était toujours la faute d’un démon.
« Jjaekjjaeki, dis bonjour. Voici le nouveau membre de la famille. »
Piou ?
Gugu ?
Les deux oiseaux se regardèrent.
Puis Jjaekjjaeki ouvrit grand le bec et menaça Gugu.
Kriii !
Roucou ! Roucou-roucou !
Gugu battit des ailes et recula.
On dirait que la hiérarchie s’était établie en un instant.
Ne t’en fais pas trop, le petit dernier.
Je te trouverais plein d’autres compagnons.
« Bien. Cette fois, relions ma vue à celle de Gugu. »
Comme avec Jjaekjjaeki, je partageai mon champ de vision avec Gugu.
Je l’avais déjà fait une fois, alors ce ne fut pas difficile.
La vision de Gugu se synchronisa avec mon œil gauche et, bientôt, je me vis à travers son regard.
« Roule en avant. Maintenant, en arrière. »
Roucou ! Roucou !
Gugu était désorienté, mais il obéit aussitôt à mes ordres.
Sa capacité à comprendre les consignes ne posait pas de problème non plus.
« Et pour finir… »
Je me rappelai ce qu’avait fait Jjaekjjaeki en suivant la légende urbaine.
Il avait traversé une porte verrouillée et l’avait ouverte de l’autre côté.
Si Jjaekjjaeki, qui n’avait pas de forme physique, avait pu ouvrir une porte bien réelle, c’était parce que son corps spirituel s’était matérialisé.
« Gugu. Matérialise-toi. »
Roucou !
Gugu puisa dans mon énergie spirituelle et réussit à se matérialiser.
« Bien, bien. »
La matérialisation nécessitait moins d’énergie spirituelle que je ne le pensais.
Ou était-ce parce que j’avais absorbé l’énergie spirituelle de plus d’une centaine de démons des rêves ?
L’âme d’un démon des rêves était d’un tout autre niveau que celle d’un pigeon.
« Pour commencer, vole pour fêter ton retour à la vie ! »
Je lançai Gugu, matérialisé, haut dans les airs. Il battit des ailes et s’éleva.
Alors que je le regardais traverser le ciel…
Floc !
Une petite fille se tenait là, interdite, sa glace tombée par terre.
C’était celle qui avait chassé le chat pour sauver Gugu.
Je posai l’index sur mes lèvres et lui adressai un clin d’œil.
« Chut. »
* * *
Une coïncidence.
C’est ce qu’il avait cru, au début.
Battu d’ailes.
Plusieurs pigeons perchés sur le câble électrique au-dessus de lui s’envolèrent.
Rien de plus.
Une scène banale en ville.
Le yokaï chien viverrin bleu, déguisé en humain, n’y prêta aucune attention.
Ces pigeons stupides.
Qui regardaient-ils de leurs yeux idiots ?
Le yokaï chien viverrin bleu laissa échapper un rire lugubre tout en arpentant les rues nocturnes de la ville.
Et puis…
Battement d’ailes !
Au moment où il entra dans une ruelle, des dizaines de pigeons s’envolèrent d’un coup du toit.
Comme s’ils partaient transmettre un message.
Leurs mouvements étaient parfaitement coordonnés.
Puis, tout à coup, quelque chose lui parut étrange.
« Pas une seule plume ne tombe ? »
Si autant de pigeons avaient pris leur envol en même temps, plusieurs plumes auraient dû se détacher.
Pourtant, pas une seule plume grise ne tombait dans les airs.
« Tss. On dirait que je n’ai pas de chance. »
Ces regards vides braqués sur lui lui déplaisaient.
Le yokaï chien viverrin bleu éprouva un malaise étrange.
Comme un animal dont un chasseur aurait repéré la position.
Son instinct bestial le poussa à fuir.
C’était un monstre sanguinaire qui s’introduisait chez les gens, leur volait leurs affaires et finissait par leur ôter la vie.
Il le savait.
Quand il tuait et dévorait des humains, d’autres poursuivants se lançaient à ses trousses.
Mais le yokaï chien viverrin bleu avait toujours réussi à s’enfuir rapidement et à échapper à ses poursuivants grâce à sa technique unique de métamorphose.
Pas très puissant, mais difficile à attraper.
Voilà ce qu’était le yokaï chien viverrin bleu.
Cette fois ne ferait pas exception.
Il sauta de toit en toit, traversa des rues et descendit même sous terre.
Mais…
Les pigeons poursuivaient sans relâche le yokaï chien viverrin bleu.
Pas un ou deux.
Dix. Cent. Deux cents.
Comme si tous les pigeons de la ville s’étaient lancés à sa poursuite.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Pour la première fois, sa voix trahit la confusion.
« Qu’est-ce que c’est que ça ?! »
Il glissa dans l’obscurité, se transforma en chien viverrin, puis reprit forme humaine.
Il se changea en vieillard.
En enfant.
En jeune homme.
Mais quelle que fût son apparence…
Roucou-roucou-roucou !
Il ne parvenait pas à échapper aux regards des oiseaux qui l’observaient depuis le ciel.
Les bêtes qui rampaient sur terre à deux pattes avaient leurs limites.
« Ha ! Ha… Ha ! »
Roucou !
Il les entendit.
Roucou !
Roucou !
Derrière lui.
Roucou !
Roucou !
À côté de lui.
Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou !
Au-dessus de sa tête.
Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou !
Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou !
Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou !
Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Roucou !
De toutes parts.
Des centaines de paires d’yeux étaient fixées sur lui.
Il sentit la peur l’envahir devant ces regards qu’il avait pris pour ceux d’idiots sans cervelle.
Et derrière eux se tenait un homme vêtu d’un manteau noir.
Roucou !
Un pigeon se posa sur l’épaule de l’homme.
De toutes parts, les roucoulements nasillards des pigeons s’élevèrent en chœur.
Comme s’ils rendaient hommage à leur roi.
« Depuis le début… »
La voix du yokaï chien viverrin bleu trembla.
« N’y avait-il aucun moyen de s’échapper ? »
L’homme claqua légèrement des doigts.
À cet instant, la nuée de pigeons qui encerclait le yokaï chien viverrin bleu prit son envol d’un seul coup.
« V-vous… Qui êtes-vous… ? »
L’homme releva la tête et croisa son regard.
Ses lèvres remuèrent lentement.
« Ah… Je suis Légion. »
Alors que les pigeons fondaient tous ensemble sur lui, le yokaï chien viverrin bleu comprit.
L’instant où le chasseur était devenu la proie.
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