Chapitre 30
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 30 : Rien qu’en le rencontrant (2)
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Un regard.
Voilà tout. Le démon des rêves avait simplement croisé le regard de cette chose.
Il n’y avait pas eu d’attaque.
Certains de ses congénères avaient été broyés par les anneaux, mais c’était comme se faire emporter par un typhon de passage, pris dans une catastrophe naturelle.
Cette chose n’avait fait que rester immobile. Le démon des rêves était un papillon de nuit qui s’était jeté dans un brasier.
Mais.
Malgré tout.
« Ah… »
Son corps vacilla.
Quelque chose n’allait pas.
Ses pensées ne s’enchaînaient plus.
Il avait beau essayer de se ressaisir, le souvenir de ce qu’il avait vu lui faisait battre le crâne comme s’il avait reçu un coup.
« Ah, ah… »
Un cri sanglotant s’échappa de la bouche du démon des rêves.
Non, ce n’était pas un cri. C’était le langage lui-même qui s’effondrait.
Ses souvenirs fondaient, sa personnalité se disloquait.
L’être qu’il appelait « moi » était sur le point de se disperser comme une brume.
Tout ça parce qu’il avait croisé son regard.
C’était injuste. Terriblement injuste.
Le regard de l’Être suprême, qui existait au-delà, était à lui seul presque insoutenable.
Comme ils avaient eu de la chance, ceux qui étaient morts sous les anneaux.
Être broyés et disparaître sans même se rendre compte qu’ils étaient morts aurait été préférable à cette destruction misérable.
Il pleura, rit et se griffa la tête.
Bientôt, le sang se mit à ruisseler de tout son corps.
Tel était le prix à payer pour avoir contemplé ce qu’il n’aurait jamais dû voir.
« Et l’Éternel dit : Tu ne pourras pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre. »
Nul de ceux qui avaient contemplé le Trône, instrument de Sa puissance, n’avait le droit de vivre.
* * *
Une immense boîte de nuit à Shanghai, en Chine.
La culture des clubs était censée symboliser l’obscurité et la dépravation, mais la scène des clubs en Chine continentale dépassait l’imagination.
Chaque pays avait sa culture de la frime et des hôtesses, mais quand le Parti la protégeait, l’ampleur du phénomène était décuplée.
Les gens ordinaires ne se seraient pas contentés de froncer les sourcils devant un endroit pareil. Ils en auraient été horrifiés.
Pour certains êtres, en revanche, c’était le paradis.
« Tss. Ils s’amusent encore de la manière la plus répugnante qui soit. »
« Tu es mal à l’aise, Belial, malgré le fait que tu sois un démon ? »
C’était un beau jeune homme.
Pourtant, il dégageait une aura décadente et dangereuse.
Belial, le soixante-huitième démon, claqua la langue comme si le jeune homme l’amusait.
« Ils n’ont aucune classe. Qu’est-ce qu’il y a d’amusant à voir des êtres vulgaires s’abandonner à des plaisirs vulgaires sans jamais nourrir de grandes ambitions, Asmodée ? »
Asmodée, le trente-deuxième démon. Le démon de la luxure, maître des désirs charnels.
Ce beau démon, jadis ange déchu, recherchait les plaisirs les plus laids et les plus répugnants, sans égard pour son apparence.
« Pourquoi ? Moi, j’aime ça. Les humains sont toujours plus inventifs que nous autres démons quand il s’agit de s’adonner à des plaisirs décadents. »
« Astaroth. »
Astaroth, le vingt-neuvième démon, était d’une beauté ravissante, à l’opposé d’Asmodée et de sa belle allure masculine.
Par coïncidence, tous trois avaient un trait en commun : ils étaient des démons qui avaient autrefois été des anges, des anges déchus.
Autrefois, ils transmettaient la parole de Dieu et menaient Ses légions.
À présent, ils étaient déchus et avaient été précipités en enfer.
Ce lien commun avait donné naissance à leur faction démoniaque actuelle, mais…
« Alors ? J’ai assez vu ton repaire. Pourquoi nous as-tu fait venir ? »
« Decarabia est mort. »
« … »
« Decarabia ? »
La mort de l’un des leurs ne troubla pas les deux démons.
Les démons ne mouraient pas vraiment.
C’étaient des êtres immortels. Mourir signifiait seulement être expulsé de ce monde.
Qui pouvait bien effacer l’âme d’un démon ?
« Et alors ? Combien de fois cet idiot est-il déjà mort ? Il a échoué plusieurs fois à se manifester dans le monde des mortels. »
« Ce n’est pas ce que je veux dire. Mort… Ce n’est pas exact non plus. “Dévoré” conviendrait mieux. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
Astaroth, qui était nonchalamment allongée en avalant des raisins, fronça les sourcils.
« Arrête de tourner autour du pot et parle clairement. Rien que de t’écouter, c’est fatigant. »
« Toujours aussi paresseuse. C’est pourtant ce qui relève de ton domaine. »
Asmodée haussa les épaules et poursuivit :
« Decarabia n’est pas retourné en enfer après avoir été expulsé du monde des mortels. Qu’est-ce que ça signifie, à ton avis ? »
« … ! »
« … ! »
Les deux démons comprirent aussitôt.
Les âmes démoniaques étaient immortelles.
Elles étaient nées du souffle de l’Être suprême.
Seul le détenteur de ce souffle avait le pouvoir de les lier.
Même lorsqu’elles mouraient, leurs âmes étaient censées retourner là où était leur place.
Mais l’âme de Decarabia n’était pas retournée en enfer ?
« … ! »
À cet instant, Asmodée sentit un choc lui frapper l’esprit.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« … Mes serviteurs sont morts. Tous en même temps. »
« Le nombre de tes putes qui sont mortes m’importe peu. »
« … »
Malgré les moqueries de Belial, Asmodée chercha les âmes de ses serviteurs défunts.
Tous les serviteurs du démon Asmodée étaient sous son emprise.
S’ils mouraient, ils auraient naturellement dû revenir à lui.
Mais ils n’étaient pas revenus.
Comme un souffle de sable, ils lui avaient glissé entre les doigts, vides et impossibles à retenir.
Pourtant, dans les souvenirs des âmes qu’il traquait, Asmodée le vit.
Un regard immense.
D’innombrables regards.
Un être si grand et si majestueux qu’on aurait pu le prendre pour le ciel.
« Père ! Allez-vous nous enfermer dans l’Anneau de laiton du Roi et nous punir de nouveau ?! »
« Asmodée ? »
« L’Anneau de laiton du Roi ? »
Belial et Astaroth se redressèrent d’un bond à ces mots.
L’Anneau de laiton du Roi.
Aucun démon ne l’ignorait.
Ces jours de honte et d’agonie.
Le roi s’était servi d’eux, puis les avait enfermés dans un récipient de laiton avant de les abandonner.
Longtemps, jusqu’à ce qu’ils puissent à nouveau se répandre sur cette terre grâce aux désirs humains, ils avaient vécu une ère d’humiliation et de chaos.
« De quoi tu parles, Asmodée ? Explique-toi ! »
« L’Anneau de laiton du Roi ? Tu es en train de dire que cet enfoiré de Salomon s’est réincarné ?! »
« … »
À leur insistance, Asmodée reconstitua dans son esprit l’image de l’être qui se trouvait au-delà, les yeux brûlants.
Les démons des rêves l’avaient clairement vu.
Ils avaient osé poser les yeux sur lui, et ils en étaient morts.
Nul ne pouvait vivre après avoir osé contempler sa forme.
Son essence même s’exerçait comme la puissance de Dieu.
« Le Trône du Père est descendu sur terre. »
« … Le Trône. »
« Ce doit être pour couronner un nouveau roi. »
« Oui, et pour faire de nous ses esclaves à nouveau. »
Il ne pouvait en être question.
Ils ne pouvaient pas subir une telle humiliation une nouvelle fois.
« Le Trône et le Salomon de cette époque se trouvent en Corée. »
Il n’y avait qu’une chose à faire.
Le tuer avant qu’il ne devienne roi.
* * *
J’ouvris les yeux.
Pour une raison ou une autre, je me sentais reposé, comme après une excellente nuit de sommeil.
On aurait dit que le chapelet avait parfaitement fonctionné.
« Tout le monde va bi… Bon sang. »
Je vérifiais que Gagaram et le Bodhisattva Wolryeong allaient bien quand le cadavre d’un démon des rêves, juste devant moi, me fit sursauter.
Le démon des rêves qui avait fondu après qu’on lui eut versé de l’eau bénite dans le corps était déjà assez horrible, mais celui qui nous avait entraînés dans le monde des rêves n’était pas en meilleur état.
Du sang coulait de ses yeux, de ses oreilles, de son nez et de sa bouche.
Le fait qu’il n’ait même pas fermé les yeux après sa mort rendait la scène encore plus atroce.
Je m’étais attendu à quelque chose, mais pas à ce point-là.
« Beurk… Bodhisattva Gari ? Vous allez bien ? Ce démon des rêves a livré une dernière lutte désespérée. »
« Mmm… C’était moins une. Dire que c’était un démon d’un rang aussi élevé… »
Heureusement que je m’étais préparé à l’éventualité que le démon des rêves possède une magie capable de forcer les gens à dormir.
« Entrez ! »
« On ne peut pas ! On dirait que quelque chose nous bloque ! »
Un vacarme éclata dehors.
J’ignorais depuis combien de temps nous avions dormi, mais suffisamment longtemps, visiblement, pour que des gens se rassemblent devant la porte.
« On fait quoi ? On peut dire adieu à toute chance de sortir discrètement. »
« Bodhisattva Gari, il vous reste de l’eau bénite ? »
« Hein ? Ah, oui. »
« Donnez-la-moi, pour l’instant. »
Je sortis l’eau bénite de ma poche et la tendis à Gagaram. Il se mit à en verser sur le corps du démon des rêves.
Ça grésilla !
Le cadavre du démon des rêves fondit jusqu’à en devenir méconnaissable.
Bientôt, il ne resta qu’une masse gélatineuse qu’on ne pouvait absolument pas confondre avec un être humain, comme pour le démon des rêves précédent.
Frotte, frotte !
Gagaram la rassembla du pied et la poussa sous une chaise.
« Ouf. Destruction des preuves : terminée. »
« Non, ça suffit vraiment ? »
« Pour l’instant, ouais. Même si la police débarque, ils devraient conclure qu’il n’y a pas de corps, non ? »
Pas de corps, pas de preuve.
Même si ça devenait problématique, l’absence de preuves devrait suffire à nous faire relâcher.
« Ça va être la galère si on se fait prendre la main dans le sac. »
« Gagaram a raison. »
Hmm, effacer les preuves.
Je n’aurais jamais cru que l’eau bénite puisse servir à faire disparaître des preuves.
Ça me faisait un peu bizarre d’utiliser mon eau bénite comme ça, mais j’avais appris quelque chose d’utile.
« Mais pourquoi ils n’arrivent pas à entrer ? On a verrouillé la porte, mais ils ne peuvent pas la franchir ? »
« On devrait sortir ? »
Quand j’ouvris la porte, je découvris que quelque chose bloquait fermement l’entrée.
« Hein. Gari ? »
Clac, clac !
Gari n’était pas seule.
La Sœur de deux mètres quarante était accroupie à côté d’elle et nous attendait.
La Sœur de deux mètres quarante et Jjaekjjaeki, c’était une chose, mais Gari était une entité spirituelle dotée d’une forme physique.
Si Gari bloquait l’entrée, les gens devaient avoir l’impression de se heurter à un mur invisible.
« Vous avez bien fait de les retenir. Merci. »
Je les avais laissés dehors, de peur que les démons des rêves ne les repèrent, mais je leur avais dit de forcer le passage s’il arrivait quelque chose.
Quand mon lien avec Jjaekjjaeki avait été coupé, celui-ci avait dû amener les deux autres.
« Si on sort comme ça, on va se retrouver face au personnel du club. »
« Ça va être la galère, mais on n’a pas le choix. »
« J’ai une solution. »
« Hum ? »
« Bodhisattva, vous avez une idée ? »
À ces mots, je m’adressai à Gari.
« Gari, ouvre la bouche. »
Graaand ouverte !
…
…
…
Quand le personnel du club apprit qu’une hôtesse était morte dans le salon VIP numéro trois, ils s’emparèrent de leurs armes et se précipitèrent sur place.
« Vous êtes sûrs ? Quelqu’un aurait fondu jusqu’à en mourir ? »
« C’est vrai ! C’était Jessica ! Tout son corps a fondu, et elle est morte ! »
« Vous avez intérêt à ne pas mentir ! »
Le garde du club se demanda si les hôtesses n’avaient pas pris de la drogue.
Quelqu’un qui fondait jusqu’à en mourir ? Ça n’avait aucun sens.
Mais si c’était vrai, qu’est-ce qu’il y avait dans le salon numéro trois, bon sang ?
Le garde rassembla tous ses subordonnés et se précipita sur place, mais, pour une raison ou une autre, ils ne parvenaient pas à entrer dans le salon numéro trois.
« M-mais qu’est-ce que c’est ? »
« Il y a quelque chose là-dedans ?! »
Il y avait bien quelque chose.
Ils ne le voyaient pas, mais ils avaient beau pousser de toutes leurs forces, quelque chose d’aussi immobile qu’un mur leur barrait l’entrée du salon numéro trois.
« Qu’est-ce que vous attendez ? Poussez ! »
« Oui ! »
Mais la force des hommes pouvait-elle déplacer un être qui les dépassait ?
Ils se débattirent un moment contre l’obstacle immuable, puis le mur disparut soudain et ils s’écroulèrent tous les uns sur les autres.
« Argh ! »
« M-mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?! »
Le mur avait disparu ?
Que se passait-il ?
Ils n’eurent pas le temps de s’interroger. Ils entrèrent dans le salon numéro trois et le trouvèrent bientôt vide.
« Quoi… Il n’y a rien ici ? »
Les clients VIP et l’hôtesse qui était censée être morte avaient tous disparu.
Dans le salon numéro trois, toute trace de présence humaine s’était évanouie.
* * *
Prout !
« Aïe ! »
« Ah ! »
Dehors, devant le club, Gari nous recracha et nous atterrîmes si mal que nous roulâmes plusieurs fois sur le sol.
« Ouf. Évasion réussie. »
« Beurk… »
« Vous allez bien, tous les deux ? »
Gagaram et le Bodhisattva Wolryeong tremblaient comme s’ils avaient froid.
« J-j’ai des frissons, pour une raison ou une autre. »
« M-moi aussi. J’ai l’impression d’avoir senti… un regard. »
Contrairement à moi, tous les deux semblaient avoir été terrifiés d’être à l’intérieur de Gari.
Eh bien, je savais que Gari était de mon côté, mais pour eux, ça avait dû ressembler à une déglutition dans un espace inconnu.
« Gari, bon travail. Merci encore d’être venue nous aider. »
Clac, clac !
Je tapotai Gari, puis m’approchai de la Sœur de deux mètres quarante et de Jjaekjjaeki.
« Vous aussi, vous avez bien travaillé. Vous avez veillé sur moi dans le rêve, pas vrai ? Je l’ai vaguement senti. »
【Po~】
Cui-cui !
Enfin, ce problème était réglé…
Fwhoosh !
À cet instant, une faible lueur verte dériva jusqu’à moi et fut absorbée par l’anneau de laiton.
C’était le même phénomène que lorsque j’avais vaincu une légende urbaine.
À bien y réfléchir, une lueur semblable avait aussi été absorbée quand le démon des rêves était mort dans le club.
« C’était le démon des rêves nommé Sunmi ? »
Mais pourquoi n’avait-elle été absorbée que maintenant ?
Je me demandai si l’absorption n’avait pas eu lieu un peu tardivement.
« Hein. »
Je vis des lumières emplir le ciel.
Des dizaines… non, peut-être même plus d’une centaine de lumières scintillantes fonçaient vers moi.
Impossible…
Toutes ces lumières… Elles venaient toutes vers moi ?
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