Chapitre 23
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 23 : Marché des fantômes
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Parmi les missions qu’un exorciste du Nœud noir pouvait accepter, celle que Gari choisit avait un lien avec un démon.
Un démon des rêves.
Les notes précisaient même qu’il s’agissait d’un serviteur d’Asmodée, le trente-deuxième des soixante-douze démons.
Du point de vue de Gari, un ange, c’était sans doute une créature qu’elle voulait chasser.
Clac, clac !
Inutile de demander. Gari était déterminée.
Je désignai la mission à l’employé.
« Je peux prendre celle-là ? »
« HK-011… Un démon des rêves ! Oui, vous pouvez ! C-comme on pouvait s’y attendre de la part d’un membre du Nœud noir ! Vous acceptez une mission que personne d’autre ne veut… »
« C’est si terrible que ça ? »
Le fait que personne n’en veuille me rendit un peu nerveux.
Il fallait que je sache ce qui était dangereux avant de pouvoir me faire une opinion.
Est-ce que je devais annuler tant que je le pouvais encore ?
« Il s’agit de démons, après tout. Même s’il n’est qu’un serviteur, un démon des rêves reste un démon. La sorcellerie ordinaire est désavantagée contre eux et, à moins d’être un ecclésiastique puissant, ils sont difficiles à gérer. »
La compatibilité semblait aussi jouer un grand rôle.
L’employé poursuivit ses explications.
« Les démons des rêves possèdent aussi de puissantes capacités mentales. Franchement, les loups-garous et les vampires sont plus faciles à affronter. Ils sont peut-être forts, mais au moins, on peut les tuer physiquement. »
Donc, les loups-garous et les vampires existaient vraiment.
« Cette mission est subventionnée ? »
« Ah, oui. L’achat de matériel spécial pour chasser les démons est remboursé. Vous pouvez obtenir jusqu’à vingt-trois millions de wons. »
Vingt-trois millions de wons ?
Qu’est-ce qu’ils s’attendaient à ce qu’on fasse pour être prêts à subventionner une telle somme ?
Si la subvention était aussi élevée, alors la récompense de la mission…
« Il est confirmé que des démons des rêves se sont infiltrés dans des clubs du quartier d’Itaewon. Repérez ceux où ils se trouvent et vous toucherez cinquante millions de wons. Si vous réussissez à les éliminer, ce sera deux cents millions par démon. »
Cinquante millions juste pour les trouver, deux cents millions si je les éliminais.
Ma notion de l’argent était sérieusement en train de voler en éclats.
« Si vous acceptez la mission, nous vous mettrons en contact avec une entreprise spécialisée qui travaille avec le Marché des fantômes. »
« Le Marché des fantômes ? »
Qu’est-ce que c’était que ça ?
* * *
« Ce fut un honneur de vous servir ! Prenez soin de vous ! »
Je quittai l’Association des Mystiques sous les adieux excessifs du personnel.
Apparemment, l’Association proposait toutes sortes d’installations et de services, en plus du guichet bancaire et du bureau des missions, mais j’avais autre chose à faire.
Le Marché des fantômes.
C’était une sorte de marché périodique où se retrouvaient exorcistes et commerçants spécialisés, sauf qu’il n’ouvrait qu’une fois par mois.
Et aujourd’hui était justement son dernier jour d’ouverture. Si je le ratais, je devrais attendre un mois de plus.
« Ils ont dit que ça ouvrait à midi… Il me reste encore environ six heures. »
Le Marché des fantômes était le lieu où certains des exorcistes et commerçants les plus réputés de Corée achetaient et vendaient leurs marchandises.
Autrement dit, je pourrais probablement y vendre l’eau sainte et l’huile sainte que j’avais fabriquées.
Je filai donc au supermarché acheter les ingrédients dont j’avais besoin.
Vingt kilos de sel séché au soleil. Quatre-vingts bouteilles sans étiquette d’eau Jeju SamX. Des brassées de bâtons de cannelle et d’huile d’olive. Et puis…
« Sérieusement, pourquoi en acheter autant ? Je n’ai jamais vu quelqu’un prendre autant de myrrhe et de calamus. »
Dans la boutique de plantes médicinales, le praticien de médecine traditionnelle coréenne me regardait comme s’il ne me faisait pas du tout confiance.
« J’en ai vraiment besoin. Vous ne pouvez pas me vendre tout ce que vous avez ? »
« Enfin, ça ne me dérange pas de vous en vendre si j’y gagne… »
L’homme me dévisagea comme s’il me soupçonnait de préparer un mauvais coup.
« Vous ne seriez pas un autre revendeur, par hasard ? »
« Moi ? Non. »
Il m’avait pris pour un autre vendeur de plantes médicinales, mais le malentendu fut vite dissipé.
« Maintenant que j’y pense, vous n’auriez aucune raison de venir jusqu’ici alors que vous pourriez simplement commander. »
« Exactement. »
Bref, j’avais obtenu tous les ingrédients nécessaires pour fabriquer de l’eau sainte et de l’huile sainte, même si j’avais dû dissiper un petit malentendu en chemin.
Si je les préparais avec une prière et l’une des plumes d’ange de Gari…
Boum, boum !
« Jeune homme ! Ouvrez la porte ! Je ne voulais vraiment rien dire, mais là, ça suffit ! Vous ne trouvez pas que vous exagérez ?! »
Comme prévu, la voisine débarqua.
L’eau sainte, passe encore, mais impossible de fabriquer de l’huile sainte sans embaumer tout l’appartement de cannelle.
J’ouvris la porte et saluai ma voisine, venue se plaindre avec toutes les raisons du monde.
« Bonjour… »
« Jeune homme ! Qu’est-ce que vous fabriquez encore ? J’ai vraiment été assez patiente, je… »
Lentement.
La voisine, qui me fusillait du regard, baissa les yeux vers l’enveloppe que je lui tendais.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« L’odeur doit être assez désagréable. Il y a de quoi vous payer, à vous et à votre famille, un dîner au restaurant ce soir. »
Elle jeta un coup d’œil dans l’enveloppe, puis inspira brusquement.
La colère sur son visage se transforma aussitôt en un large sourire éclatant.
Vous voyez ? La vie était plus belle quand on souriait.
« Oh là là, vous n’auriez vraiment pas dû. Ça sent un peu, mais… enfin, tout le monde a des jours comme ça. Les gens font bien cuire du ragoût de pâte de soja fermentée, alors ce n’est rien. »
« Merci de votre compréhension. Vous allez donc dîner dehors ce soir ? »
« Oh, bien sûr. Bon, alors, bon courage pour la suite ! Ho ho ho ! »
Le capitalisme était puissant.
J’en avais mis assez pour qu’elle ne se plaigne probablement pas si ça se reproduisait encore quelques fois.
« Je devrais peut-être déménager. »
La Sœur de deux mètres quarante et Gari étaient toutes les deux si grandes qu’elles ne pouvaient pas se déplacer librement.
Il me fallait une maison plus grande, peut-être une maison à la campagne, ou quelque chose dans le genre.
Autrefois, j’aurais ri à l’idée de rêver d’une maison à la campagne alors que je n’avais pas un sou. Mais vu tout l’argent que je gagnais ces derniers temps, ça ne me semblait plus impossible.
Quoi qu’il en soit, je préparai une énorme quantité d’eau sainte et d’huile sainte, en mis la moitié au réfrigérateur et emballai le reste.
J’en avais environ quarante bouteilles de chaque, mais comment allais-je transporter tout ça ?
« Deux mètres quarante, tu veux les mettre dans la bouche de Gari ? »
【Pou~ ?】
Clac !
La Sœur de deux mètres quarante souleva la glacière remplie d’eau sainte et d’huile sainte, puis la glissa dans la bouche de Gari.
Hmm. Parfait.
Comme ça, personne autour de nous ne la verrait.
La Sœur de deux mètres quarante aurait pu la porter elle-même, mais la glacière aurait alors semblé flotter dans les airs.
Le Bodhisattva Wolryeong m’avait expliqué que les vêtements de la Sœur de deux mètres quarante et le nœud autour de son cou étaient invisibles parce qu’ils appartenaient à une entité fantomatique.
Si un objet n’appartenait pas à une entité fantomatique, il devenait visible, comme lors d’un phénomène de poltergeist.
Mais Gari, c’était différent.
Tout ce que Gari avalait se retrouvait complètement isolé du monde extérieur et devenait invisible.
Tout comme Gari avait avalé la Sœur de deux mètres quarante pour la camoufler, je pouvais aussi me servir d’elle comme d’un inventaire.
Bon, ça devrait faire l’affaire.
Le Marché des fantômes se tenait dans un bâtiment commercial quelque part dans l’arrondissement de Jongno.
L’endroit paraissait si vieux qu’il avait presque l’air d’un bidonville, mais, curieusement, les environs étaient calmes.
D’habitude, dans un coin pareil, on trouvait des mineurs qui fumaient ou des sans-abri. Pourtant, les lieux étaient impeccables et déserts.
« C’est vraiment ici ? »
Je me demandai si je ne m’étais pas trompé d’endroit, mais une foule d’odeurs me monta au nez.
La puanteur écœurante que j’avais sentie lorsque j’avais affronté un esprit maléfique. Le parfum net et rafraîchissant que j’avais respiré en allant à l’église.
Un mélange confus de toutes sortes d’odeurs.
À mesure que je les suivais… des gens apparurent de nulle part.
Il y avait peut-être une barrière qui brouillait la perception ou repoussait inconsciemment les personnes dépourvues de sensibilité spirituelle.
Est-ce que je pourrais en utiliser une, moi aussi ?
Je ne savais pas créer de barrières comme l’Érudit Yoo de Cheonghak. En revanche, il existait des talismans qui brouillaient la perception. Je devrais peut-être en acheter un.
« Waouh… »
J’avais l’impression d’avoir atterri dans le marché nocturne d’un vieux film.
Des lumières, invisibles quelques instants plus tôt, brillaient de mille feux, et les vendeurs se mêlaient aux clients.
On aurait dit que j’entrais dans un immense marché traditionnel.
Les ruelles étaient étroites et les échoppes entassées les unes contre les autres, mais il y avait quelque chose d’amusant à se laisser entraîner par la foule.
On entendait même les vendeurs vanter bruyamment leurs marchandises, chose qu’on voyait rarement dans les marchés traditionnels de nos jours.
« Approchez, jetez un œil ! Une plaque protectrice fabriquée avec les griffes d’un Seigneur de la Montagne de Gangwon ! Ce n’est peut-être pas une Épée Sainchamsageom, mais les esprits maléfiques de moindre rang n’oseront pas croiser son regard ! »
« Nœuds des cinq directions ! Tout juste arrivés, confectionnés avec du fil de ver à soie céleste ! On n’en trouve pas tous les jours ! »
Sous les tentes, des étals étaient alignés comme dans un marché ordinaire, mais les objets exposés n’avaient rien d’ordinaire.
Il y avait une tête de sanglier empaillée, des flacons de médicaments à l’odeur suspecte, des cœurs séchés noircis et des boîtes en bois couvertes de talismans.
J’aperçus aussi des norigae ornés de clochettes en argent et des croix en argent.
Et même…
« Monsieur, venez jeter un œil à mes marchandises. »
Dans une boutique d’antiquités, une fille aux oreilles animales découvrit ses dents en souriant.
« Hein ? Des oreilles ? »
Ce n’étaient pas des oreilles humaines. Celles qui se dressaient au-dessus de sa tête ressemblaient à celles d’un animal.
« Oh ? C’est la première fois que vous voyez une femme-bête, monsieur ? »
« Une femme-bête ? »
Ses pupilles fendues à la verticale brillaient d’un jaune éclatant.
Rien chez elle ne semblait humain, et pourtant elle se disait femme-bête.
« Ha ha ! Ça arrive à certains. »
Les femmes-bêtes existaient aussi ?
Sérieusement, il y avait de tout ici.
Cela dit, il y avait bien des anges, des démons et le Fantôme de deux mètres quarante. Qu’est-ce qui n’existait pas ?
« Monsieur, je viens de recevoir un objet magnifique. Ça vous dirait d’y jeter un coup d’œil ? Vous n’avez pas l’air d’être quelqu’un d’ordinaire, alors je ne peux pas vous montrer de simples marchandises. »
Elle me tendit lentement une boîte en bois. À l’intérieur reposait une perle de jade à l’éclat radieux.
« C’est une perle spirituelle de renard à cinq queues. Les renards à cinq queues sont extrêmement rares. Qu’en dites-vous ? Ça vous intéresse ? »
C’est quoi, ce truc, putain…
Si je disais ça à voix haute, elle allait me prendre pour un pigeon, non ?
Je hochai nonchalamment la tête et examinai la perle spirituelle de renard à cinq queues.
« Comme vous le savez, depuis l’échec de la Grande Parade des Cent Démons du Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré, le peuple des renards a presque disparu. Ces salauds de l’Église du Saint Temple de Gangnam, sérieusement… Ils se sont attaqués au chef du Clan Tsuchimikado et aux renards comme s’ils voulaient tous les exterminer. »
Pourquoi parlait-elle de notre église, là ? Et c’était quoi, ce Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré, et cette Grande Parade des Cent Démons ?!
« De nos jours, c’est impossible d’en trouver une. Pour obtenir un objet d’une telle qualité, il faudrait découvrir la cachette secrète du « Collectionneur ». »
« Combien ? »
C’était qui, le Collectionneur, cette fois ?
Je n’avais aucune intention de l’acheter, mais je posai la question par politesse.
« Un milliard et demi de wons seulement ! Pas cher, non ? »
Putain.
Un milliard et demi, c’était pas cher ?
Je secouai la tête et quittai la boutique d’antiquités.
À ce moment-là…
« Monsieur. Faites attention. Depuis l’échec de la Grande Parade, les renards essaient d’arracher le cœur des ecclésiastiques et de le dévorer alors qu’ils sont encore en vie. Surtout les pasteurs protestants. »
Cet avertissement me glaça le sang.
Quand je me retournai, la fille aux oreilles animales s’adressait déjà à d’autres clients.
Je continuai d’explorer le Marché des fantômes.
La boutique dont l’Association des Mystiques m’avait parlé se trouvait plus loin, d’après eux.
L’emplacement était le D-13, je crois. J’étais dans le secteur Ra, alors je n’étais plus très loin.
Puis, au milieu du Marché des fantômes, un endroit attirait une foule inhabituelle, malgré les lanternes rouges suspendues au-dessus, les voix des marchands qui marchandaient et le tintement des clochettes qui se mêlaient les uns aux autres.
Une immense tente.
Un étal planté en plein dans l’emplacement idéal.
「Bâton de fer de Benkei」
Sous une bannière qui semblait japonaise, une énorme barre de fer reposait sur un piédestal massif.
Non… Est-ce que je devrais plutôt appeler ça un bâton de moine ?
Comme il était en fer, c’était pour ça qu’on l’appelait un bâton de fer ?
Vous savez, le genre de bâton que les moines portent dans les mangas japonais qui se déroulent pendant l’époque des Royaumes combattants.
Mais il était si énorme qu’il ressemblait davantage à une colonne qu’à un bâton.
Sa hampe était plus épaisse que deux avant-bras humains réunis, et sa surface noire était striée de rainures creusées par le temps.
Plusieurs anneaux pendaient du sommet, comme sur un bâton de moine, et chacun tintait lourdement.
Mais ce qui frappait le plus, c’était son poids.
Cette énorme barre semblait faite d’un bloc de fer massif. Rien qu’à la regarder, on la sentait peser lourd.
« Allez, allez ! L’attraction phare du Marché des fantômes ! Pour seulement dix millions de wons de droit d’entrée, tentez de repartir avec le Bâton de fer du légendaire moine guerrier Musashibo Benkei ! »
Un homme à l’allure de marchand cria pour vanter son bâton.
Il tapa le bâton de fer de la paume et lança :
« Il suffit de le soulever et il est à vous ! Vous n’aurez pas d’autre occasion pareille ! »
Des murmures s’élevèrent dans la foule.
« Il raconte n’importe quoi. Il va offrir un trésor à celui qui réussira à le soulever ? »
« C’est pas un faux ? »
Les badauds mettaient en doute l’authenticité du bâton, mais quelqu’un leur répondit comme pour les contredire.
« Il est authentique. C’est le vrai Bâton de fer de Musashibo Benkei. »
« Comment tu peux en être sûr ? »
« Parce que le pasteur Kim, le « Collectionneur », l’a apporté ici. »
À ces mots, l’attention de tout le monde se tourna vers lui.
Pourquoi est-ce qu’on parlait d’un pasteur, ici ? Ça pouvait être le pasteur Kim que je connaissais ?
« Un objet du « Collectionneur » ? Alors pourquoi est-il ici ? »
« J’ai entendu dire qu’il l’avait vendu. Ce type aurait payé quatre milliards de wons au Collectionneur. »
« C’est dingue… et il le donne pour dix millions ? »
« Il ne le vend pas. Tu l’auras si tu arrives à le soulever. »
« Quand même… »
L’homme qui expliquait la situation semblait sûr de lui.
« Personne ne peut soulever ce truc. Le type le sait très bien, c’est pour ça qu’il s’en met plein les poches à chaque ouverture du Marché des fantômes. »
Comme il l’avait dit, le marchand débordait d’assurance.
Il avait un sourire jusqu’aux oreilles, et plusieurs personnes avaient déjà essayé. Le bâton de fer n’avait pas bougé d’un millimètre.
Ce n’était pas un prix à gagner.
C’était une arnaque.
Aucun être humain n’était assez fort pour le soulever.
Aucun être humain.
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