Chapitre 19
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 19 : Suis-je jolie ?
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Croque, croque !
Floc, floc !
Gloups !
La légende urbaine qui s’était présentée sous le nom de Mary se faisait mâcher frénétiquement dans la bouche de Gari.
Bientôt, comme pour le bus de la légende urbaine, l’étrange énergie fut absorbée par l’anneau de laiton.
Autrement dit, j’avais récupéré l’énergie nécessaire pour utiliser la magie.
« Utiliser le pouvoir démoniaque comme ça… »
Clac-clac-clac-clac !
« C’était un mot interdit ? Hum… énergie spirituelle. Oui, appelons ça énergie spirituelle. »
Clac !
« Si je récupère de l’énergie spirituelle, je peux continuer à utiliser la magie, pas vrai ? »
Clac-clac !
Bon, je comprenais comment ça fonctionnait.
Si je chassais des démons et les absorbais, je pourrais les commander comme le Roi Salomon.
Cela valait aussi pour les sorts employés par les démons. Le mage avait essayé d’offrir des fantômes à un démon en guise de tribut.
Les mages offraient probablement des tributs en échange de quelque chose.
Mais qu’advenait-il des fantômes que Gari avalait ?
Ils ne mouraient probablement pas vraiment.
Après tout, Gari était un ange. Elle n’allait pas effacer complètement l’âme d’un fantôme déjà mort, si ?
« Gari, où vont les fantômes quand tu les avales ? Dans l’au-delà ? »
Clac-clac ? Clac !
Les dents de Gari s’entrechoquèrent comme pour confirmer.
Vu le rôle d’un ange, ça semblait logique…
C’était juste difficile à croire, vu la façon dont ça se passait.
« Mais comment je suis censé récupérer la récompense ? »
J’avais neutralisé une légende urbaine, mais il me fallait une preuve pour être payé.
Pour le bus de la légende urbaine, j’avais retiré sa plaque d’immatriculation.
C’était une plaque japonaise, qui n’avait rien à faire en Corée, et les traces persistantes de la légende urbaine suffisaient apparemment à en faire une preuve valable.
Alors, qu’est-ce qui pourrait servir de preuve pour cet appel à Mary ?
« Hum… »
Je regardai le téléphone que j’avais reçu.
C’était le genre de vieux téléphone rétro que plus personne n’utilisait. Est-ce que ce genre de téléphone existait encore quand j’étais à l’école ?
Je l’examinai de plus près et, tiens donc…
« Le fil est coupé. »
C’était un téléphone fixe, il fallait donc le raccorder à une ligne téléphonique pour qu’il fonctionne. Pourtant, le fil avait été sectionné.
En regardant de plus près, je remarquai aussi que les inscriptions sur le téléphone n’étaient pas en coréen.
C’étaient des caractères chinois, couramment utilisés en Chine et au Japon. Je pouvais donc raisonnablement en déduire que le téléphone venait du Japon.
« Je vais l’emporter. »
Par précaution, je ferais quand même mieux de vérifier.
Je sortis de l’eau bénite, en déposai une goutte sur le bout de mes doigts, puis en aspergeai le téléphone.
Fwoooosh !
L’eau bénite faisait bel et bien effet.
En voyant le téléphone brûler, je compris qu’il s’agissait bien d’un objet lié à la légende urbaine.
J’emportai le téléphone et m’en allai, mais quelque chose me parut étrange.
La mauvaise odeur n’avait pas disparu.
* * *
L’Érudit Yoo avançait lentement dans le bâtiment principal.
Tap, tap.
Même dans le couloir silencieux, ses pas légers et nets, ceux d’un érudit, produisaient un bruit à peine audible.
Cela lui permettait d’écouter plus attentivement et de se concentrer sur le bourdonnement dans ses oreilles.
Tap, tap.
Ses pas légers s’arrêtèrent au bout du couloir.
« C’est ici. »
La lumière de la lune s’étirait sur le sol, sous le panneau des toilettes pour femmes.
Mais l’Érudit Yoo l’avait bien vu.
L’ombre visible sous la porte des toilettes avait ondulé un instant.
Les légendes urbaines étaient des entités spirituelles étranges, mais elles devaient se montrer aux gens.
Comme elles n’avaient d’autre choix que de prendre une forme physique pour que leur histoire fonctionne, elles étaient bien plus faciles à repérer que lorsqu’elles n’étaient que des esprits.
Frouf !
L’Érudit Yoo ouvrit son éventail et poussa la porte des toilettes.
Gniii !
Une fois à l’intérieur, il referma la porte, séparant ainsi les lieux du monde extérieur.
L’Érudit Yoo balaya les toilettes du regard et récita un passage des textes sacrés.
« Ne regardez pas ce qui est inconvenant, n’écoutez pas ce qui est inconvenant, ne dites pas ce qui est inconvenant, ne faites pas ce qui est inconvenant. »
Les illusions ne pouvaient tromper une personne noble. Elles ne pouvaient souiller son esprit, et la peur ne saurait s’emparer de son corps.
Après s’être soigneusement préparé, l’Érudit Yoo inspecta les toilettes.
Depuis l’Antiquité, les toilettes étaient des lieux sinistres où les fantômes se rassemblaient facilement.
C’était pourquoi il existait tant de légendes urbaines liées aux toilettes à travers le monde.
Le problème, c’était qu’elles étaient si nombreuses qu’il était difficile de deviner à laquelle il avait affaire. Comme les légendes urbaines obéissaient à la logique de leur histoire, trouver laquelle s’appliquait était essentiel.
« J’aimerais que tu te montres, maintenant. »
L’Érudit Yoo observa le lavabo sous le miroir.
Les esprits qui apparaissaient dans les miroirs étaient monnaie courante, mais rien ne se produisit, même après qu’il eut fixé le sien un moment.
Ce n’était pas ça.
Il inspecta les cabines des toilettes.
Toc, toc.
Aucune réponse à la première porte.
Même chose à la deuxième. Puis à la troisième…
【Qui êtes-vous ?】
Une réponse lui parvint.
C’était du japonais, mais c’était normal pour un fantôme japonais.
Le trafiquant de légendes urbaines avait introduit une légende urbaine interactive. Quiconque ne parlait pas japonais n’aurait eu d’autre choix que d’en devenir la victime.
Heureusement, l’Érudit Yoo avait réussi le niveau un du JLPT.
Il n’avait aucun mal à tenir une conversation simple en japonais.
« Hum… »
Devait-il ouvrir la porte ?
Non, les légendes urbaines suivaient la logique de leur histoire. Elles obéissaient à leurs règles. Ouvrir la porte à la légère risquait de dérégler le récit.
【Qui êtes-vous ?】
Il devait deviner.
À partir des indices dont il disposait.
L’Érudit Yoo identifia la légende urbaine.
Origine japonaise.
Des toilettes.
Un bâtiment de trois étages.
La troisième cabine.
L’Érudit Yoo frappa à la porte de la cabine et s’adressa à elle en japonais.
« Hanako-san, tu veux jouer avec moi ? »
Une réponse lui parvint aussitôt de l’intérieur.
【Oui !】
La porte s’ouvrit.
L’Érudit Yoo ne l’avait pas ouverte.
Une petite fille à l’allure bien particulière se tenait dans la cabine.
Une jupe rouge.
Les cheveux coupés au carré.
Une fillette.
Comme prévu.
Cette légende urbaine était Hanako-san des toilettes.
C’était une anomalie si célèbre au Japon qu’elle était depuis longtemps devenue un grand classique éculé.
Voilà pourquoi les méthodes pour l’exorciser s’étaient multipliées.
Quelqu’un en Corée avait même déjà exorcisé Hanako-san.
« Non, est-ce qu’on peut vraiment appeler ça un exorcisme ? »
Cette personne avait tabassé un esprit à mains nues et l’avait chassé.
Cela n’avait été possible que grâce à un don spirituel incroyablement rare. Ce n’était donc pas un précédent très utile.
« Bonjour, Hanako-san. »
【Bonjour. Entre ici.】
Le fantôme de Hanako lui tendit la main.
L’Érudit Yoo ne pouvait pas la prendre.
Dans de nombreuses versions de cette légende maléfique, Hanako-san entraînait les gens dans les toilettes et les avalait.
Les détails variaient d’une version à l’autre, mais pénétrer dans le territoire de Hanako-san était toujours une mauvaise idée.
« Attends un instant. »
Hanako-san gardait la main tendue.
Avec le temps, elle finirait probablement par être obligée d’entraîner quelqu’un à l’intérieur.
L’Érudit Yoo devait régler ça avant qu’il ne soit trop tard.
Il existait plusieurs façons d’exorciser Hanako-san des toilettes, mais, en tant que jinsa de Cheonghak, il allait s’en occuper en…
【Tu sais~】
« … ! »
Un frisson lui parcourut l’échine.
La chair de poule lui hérissant le dos, l’Érudit Yoo tourna lentement la tête.
Une femme se tenait là.
Elle était grande et portait un masque rouge vif.
C’était une légende urbaine connue de presque tout le monde.
Elle était aussi réputée pour n’avoir aucun moyen fiable de la neutraliser.
« Il y avait deux légendes urbaines ?! »
L’une des légendes urbaines dispersées dans les environs avait peut-être rejoint les lieux de son propre chef.
Cette légende urbaine avait pour caractéristique de pouvoir apparaître n’importe où.
« Pourquoi fallait-il que ça arrive maintenant ?! »
Il n’avait même pas encore exorcisé Hanako-san. S’il devait affronter une autre anomalie, en plus…
【Hé~ Jouons ensemble.】
【Suis-je jolie ?】
« … »
L’Érudit Yoo paniqua.
Hanako se tenait devant lui et le Masque Rouge derrière.
Même en affronter une seule aurait été difficile…
« Ne panique pas. Ne te précipite pas. Garde ton calme et réponds ! »
L’Érudit Yoo couvrit sa bouche tremblante avec son éventail et évalua la situation.
La Femme à la bouche fendue. La légende urbaine du Masque Rouge.
Derrière ce masque rouge vif se cachait une bouche atrocement déchirée.
Si on lui disait qu’elle était jolie, elle répondait qu’elle allait vous rendre pareil et vous tuer.
Si on lui disait qu’elle était laide, elle se mettait en colère, vous déchirait la bouche et vous tuait.
On aurait dit qu’elle laissait le choix, mais toutes les réponses menaient à la mort.
Il devait faire face à une entité sans véritable parade en même temps qu’à Hanako-san.
Il fallait d’abord gagner du temps en retardant sa réponse…
« Ho ho ho… »
« … ?! »
À cet instant, une quatrième personne entra dans les toilettes.
« M-Madame Park ? »
C’était la vieille Park Bokrye.
Appuyée sur sa canne, Madame Park entra tranquillement dans les toilettes où s’étaient rassemblées deux légendes urbaines.
« Érudit Yoo, vous êtes occupé ? »
« Eh bien… »
L’Érudit Yoo ne sut quoi répondre.
La Division spéciale avait affecté Park Bokrye à l’Équipe de pistage : elle devait donc avoir certaines capacités. Malgré tout, la situation était désastreuse.
Hanako-san était au moins de classe trois. Le Masque Rouge était de classe deux ou plus, quelle que soit la région.
La présence d’une autre personne allégeait le poids de devoir les affronter seul, mais cela ne voulait pas dire qu’une personne de plus suffirait à maîtriser des anomalies comme…
【Suis-je jolie ?】
« Madame Park ! Vous ne pouvez pas répondre à ça… »
« Tu es mignonne. »
« … ! »
Elle avait répondu.
Non, est-ce qu’une personne travaillant dans ce milieu pouvait vraiment ignorer le Masque Rouge ?
Quelle légende urbaine avait été plus célèbre que la Femme à la bouche fendue au début du vingt-et-unième siècle ?
【Vraiment ?】
Le Masque Rouge sourit et retira son masque.
Une bouche atrocement déchirée apparut dessous.
C’était assez horrible pour faire détourner les yeux à n’importe qui.
【Même maintenant ?】
« Quelle question répugnante. Remets-le. »
Madame Park répondit dans un japonais impeccable.
Sa franchise frôlait l’insulte, et le Masque Rouge se hérissa.
【Toi… ! Alors je vais te rendre pareille à moi !!】
Le Masque Rouge chargea.
Les récits variaient, mais le Masque Rouge pouvait courir cent mètres en une dizaine de secondes.
Une vieille dame ne pouvait pas réagir à une vitesse qui rivalisait avec celle des meilleurs sprinteurs du monde.
« Un homme honorable ne parle pas de pouvoirs étranges ni d’esprits… ! »
L’Érudit Yoo ouvrit précipitamment son éventail et récita un texte sacré, mais il était trop tard.
Alors que le couteau de cuisine grotesque du Masque Rouge allait s’abattre sur Madame Park…
« Vieil homme, pardon. J’avais promis de ne plus le dégainer. »
【Mamie. C’est la soixante-troisième fois que tu dis ça cette année.】
Madame Park leva sa canne.
Une lame acérée apparut sous la lumière de la lune et brilla d’un éclat glacial.
Frouf !
* * *
On disait que lorsque le corps était faible, l’esprit devait redoubler d’efforts.
En général, c’était l’inverse, mais parfois, la situation se renversait.
« Ho ho ho… »
« … »
L’Érudit Yoo contempla les toilettes complètement dévastées.
Hanako-san des toilettes et la Femme à la bouche fendue avaient toutes deux été tuées physiquement.
Proprement. D’un seul coup.
Leurs cous avaient été tranchés, et leurs têtes pendaient par les cheveux dans la main de la vieille dame.
« Elle est forte. »
Qui aurait cru qu’elle était aussi forte ?
Elle avait vaincu deux légendes urbaines à la seule force de son art de l’épée.
Les légendes urbaines tiraient une puissance considérable de leurs règles et du déroulement de leur histoire, et pourtant Madame Park les avait dominées par la force brute.
« Madame Park, qui êtes-vous au juste… ? »
« Je devrais aller vérifier les autres endroits aussi. »
Madame Park rengaina sa lame dans sa canne, joignit les mains derrière le dos et se remit en marche.
Deux légendes urbaines étaient apparues là où se trouvait l’Érudit Yoo. Il pouvait donc y en avoir d’autres ailleurs.
L’Érudit Yoo et Madame Park partirent chercher les deux autres et retrouvèrent Gagaram sur le terrain de sport.
« Gagaram, ça va ? »
« Il y avait une légende urbaine dans le gymnase. Je connaissais ses règles, alors j’ai réussi à m’en occuper d’une manière ou d’une autre. Et vous deux ? »
« De notre côté… »
« Je crois que j’ai compris sans qu’on m’explique. »
Gagaram regarda les deux têtes dans la main de Madame Park et prit un air entendu.
Elle avait tué des anomalies de ses propres mains.
Boum !
À cet instant, la terre du terrain de sport explosa vers le haut, projetant de la poussière partout.
« Bodhisattva Gari ? »
Tous trois se dirigèrent vers l’origine du vacarme.
Ils y découvrirent un modèle anatomique humain suspendu dans les airs.
Le genre de modèle qu’on voyait souvent dans les salles de sciences, conçu pour imiter les organes internes du corps humain.
Il flottait dans les airs en se débattant frénétiquement.
« Tss. »
Le bodhisattva Gari enfonça la Lame spirituelle dans le modèle anatomique qui se débattait désespérément.
Le modèle poussa un hurlement à glacer le sang.
──── !!
Le cri retentit comme s’il allait déchirer l’air.
Ce n’était pas un rugissement de colère.
C’était un hurlement de douleur et de terreur atroces.
Le ventre transpercé, le modèle anatomique se mit à fondre par lambeaux dans les airs, avant de se transformer en morceaux de plastique carbonisés.
« Ouf. Encore une de réglée. »
« … »
Gagaram et l’Érudit Yoo restèrent sans voix devant la facilité avec laquelle le bodhisattva Gari avait neutralisé la légende urbaine.
Park Bokrye était du même acabit, et le bodhisattva Gari aussi…
Était-il donc possible de tuer physiquement les légendes urbaines comme ça ?
Cette histoire de corps faible et d’esprit qui devait redoubler d’efforts leur allait comme un gant.
« Tout le monde va bien ? Je crois qu’on s’est débarrassé de tous les esprits maléfiques, maintenant. »
« Waouh. »
« Je ne sais même pas quoi dire. »
Quoi qu’il en soit, le travail était terminé.
Ils avaient neutralisé six légendes urbaines en une nuit. Ils pouvaient pointer et rentrer, maintenant, non ?
Tous quatre s’apprêtaient à repartir en discutant de ce qui s’était passé quand…
« Hein ? Il y a quelqu’un là-bas. »
De l’autre côté du portail de l’école.
Une femme se tenait au-delà du mur.
Une robe blanche.
Un chapeau à larges bords.
Son visage était trop loin pour qu’on le distingue, mais quelque chose clochait.
Ce mur devait faire plus de deux mètres, non ?
Puis les lèvres de la femme formèrent un O bien rond.
【Po…】
Po… Po… Po…
Elle n’arrêtait pas de répéter ça.
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