Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 18 : Je suis Mary. En ce moment…
──────
Moi seul pouvais voir Gari.
Plus précisément, les seuls ici capables de voir les corps spirituels sans talisman ni préparation, c’étaient moi et le vieil homme, qui était lui-même un fantôme.
C’était peut-être pour ça que seuls le vieil homme et moi pouvions voir l’énergie absorbée par Gari dans le bus de la légende urbaine, ainsi que l’œil qui s’était ouvert dans son anneau à cause de ça.
【Aah ! Elle a dévoré une âme ! De la magie noire ! C’est de la magie noire !!】
Allez, pépé.
Garder votre mari près de vous comme shikigami, ce n’est pas encore plus de la magie noire ?
Quoi qu’il en soit, l’anneau avait absorbé l’âme du bus de la légende urbaine, et Gari avait prononcé le nom de Decarabia.
Je lançai un regard en coin à Gari, comme pour lui demander si elle pouvait vraiment parler.
Mais Gari n’employa pas cette voix fluide et récitative de tout à l’heure. Elle remua simplement les dents.
Clic, clic !
« Hum… »
Je tripotai l’anneau de laiton.
Quelque chose à l’intérieur vibrait, comme si ça se débattait.
La vibration était faible, mais je sentais clairement une volonté. Non, impossible.
« Decarabia ? »
Grrrondement !
À l’instant où je prononçai son nom, la force qui tourbillonnait dans l’anneau de laiton se mit à couler au gré de ma volonté.
Je compris.
Cet anneau de laiton me permettait d’utiliser le pouvoir d’un démon.
« Bodhisattva Gari, il faut qu’on y aille. On doit trouver la prochaine légende urbaine. »
« Hé ! J’ai démarré le moteur ! Montez, maintenant ! »
Érudit Yoo et Gagaram me pressant, je montai dans la voiture.
Il nous faudrait un petit moment pour arriver à destination.
En attendant, je me plongeai dans mes pensées.
Si les mages concluaient des pactes avec des démons pour lancer des sorts, alors ces sorts étaient probablement les pouvoirs de Decarabia.
Ça signifiait que je pourrais peut-être tirer des indices des sorts utilisés par ces mages.
Ils avaient surtout invoqué des oiseaux pour m’attaquer.
Utilisaient-ils les âmes des oiseaux comme des familiers ?
En plus de ça, ils avaient fait apparaître de petites choses en forme d’étoile, et le mage en chef avait créé des illusions.
Des oiseaux, des étoiles, des illusions.
C’étaient probablement des indices sur la magie de Decarabia.
Tout bas, j’essayai de réciter l’un des sorts utilisés par les mages.
« Ô toi qui déploies tes ailes noires, réponds au pacte. Sous le sceau des étoiles, rassemble-toi et prends forme selon ma volonté ? »
…
…
Rien ne se passa ?
« Bodhisattva Gari ? Qu’est-ce que vous venez de dire ? »
« Oh, je parlais tout seul. »
Érudit Yoo pencha la tête d’un air perplexe, alors je décidai d’arrêter mes essais de sorts pour le moment.
Je devais observer encore un peu.
« On est arrivés. Le lycée pour filles Rose. Qu’en pensez-vous, Bodhisattva Gari ? »
Gagaram se retourna pour me poser la question.
L’odeur me frappa en premier.
Le lycée pour filles empestait à un point tel que ma peau en était presque hérissée.
Et apparemment, je n’étais pas le seul à l’avoir remarqué.
【Mamie, réveille-toi. C’est l’heure de travailler.】
« Hum ! »
Le vieil homme étant un fantôme, il pouvait peut-être sentir l’aura de la légende urbaine. Park Bokrye ouvrit les yeux après avoir senti son mari essayer de la réveiller.
Dans tous les cas, une légende urbaine se trouvait bel et bien ici.
« Oui, elle est là. »
* * *
Naturellement, toutes les lumières de l’école étaient éteintes.
Un gardien faisait sans doute des rondes de temps en temps, mais Gagaram ou Érudit Yoo se seraient occupés de quelqu’un comme lui.
« Mamie, vous venez aussi ? »
« Mmm… faut travailler~ »
Park Bokrye avait toujours les yeux à moitié fermés, comme si le sommeil ne l’avait pas encore tout à fait quittée.
À ce stade, j’avais l’impression d’avoir plus souvent entendu la voix fantomatique du vieil homme que la voix de Park Bokrye elle-même.
« Commençons les recherches tout de suite. Et si on se séparait ? »
« On est presque sûrs que la chose se trouve ici, et vous voulez qu’on se sépare ? »
C’était comme ça que tout le monde se faisait massacrer dans les films d’horreur, non ?
Un fantôme ou un monstre se trouvait juste devant eux et, au lieu de rester ensemble, ils se dispersaient.
Je voulais éviter ce cliché de film d’horreur, mais, contre toute attente, Érudit Yoo acquiesça.
« Ces créatures n’aiment pas les foules. Quand trop de monde se rassemble, elles se montrent moins facilement. »
Les légendes urbaines étaient censées se manifester d’elles-mêmes, mais apparemment, le nombre de personnes comptait aussi beaucoup dans la structure de leur histoire.
« Ces sales types. Ils tendent des pièges et se planquent, puis ils s’en prennent à vous seulement quand vous êtes seul ? »
« C’est comme ça que fonctionne le surnaturel. »
« Mais ne vous inquiétez pas trop. Quand une légende urbaine apparaîtra, elle fera du bruit. À ce moment-là, on se regroupera tous. »
Et ensuite, on lui tomberait dessus en bande.
C’était dit un peu grossièrement, mais bizarrement rassurant.
« D’accord, alors… et Park Bokrye ? »
« Oh là là~ Je vais prendre de l’avance. »
« Park Bokrye… Hum, je ne pense pas qu’on ait besoin de s’inquiéter pour elle. »
Ils dirent ça, puis partirent aussitôt.
Attendez. Ils venaient vraiment de me laisser la vieille dame sur les bras et de filer ?
« … »
« J’ai faim~ Il y a un fast-food dans le coin ? »
Pourquoi cette mamie était-elle venue avec nous, au juste ?
Quoi qu’il en soit, je décidai d’aller d’abord vérifier les endroits où les deux autres n’étaient pas passés.
Gagaram semblait s’être dirigé vers le gymnase, tandis qu’Érudit Yoo était entré dans le bâtiment principal, juste devant nous.
Il ne restait donc que l’annexe.
Je comptais commencer par le premier étage et monter, quand Park Bokrye disparut sans que je sache à quel moment.
« Madame ? Mamie Park Bokrye ? »
Non, sérieusement, où avait-elle disparu ?
Ça m’inquiétait, mais c’était aussi une occasion à saisir.
« Decarabia. »
À l’instant où j’appelai le démon, un œil s’ouvrit dans l’anneau de Gari.
C’était un globe oculaire répugnant et monstrueux, mais aucun doute n’était possible.
Le démon que j’avais affronté en combattant les mages. Decarabia.
Il était prisonnier de cet anneau.
« Il est encore en vie ? »
Même après s’être fait broyer comme ça ?
Enfin, peut-être que je ne devais pas juger les anges et les démons selon les critères des êtres vivants que je connaissais.
« Gari, comment je suis censé utiliser les sorts de Decarabia ? »
Je lui posai la question au cas où elle pourrait encore m’apprendre quelque chose, comme elle m’avait montré comment prier.
Gari mordit soudain dans l’anneau qui entourait son corps et broya l’œil de Decarabia.
────!!
On aurait dit qu’un cri silencieux s’en échappait.
Non, attends, elle venait juste de lui broyer l’œil. C’était carrément maléfique… Non, non. C’était notre Gari. La gentille Gari. La bonne Gari.
Alors que son œil se faisait écraser, le sourcil de Decarabia tressaillit, et il tenta quelque chose.
Une faible ondulation se propagea depuis son regard, balayant les alentours.
Je me demandai ce qu’il avait fait, puis quelque chose se mit à luire faiblement dans l’un des parterres du campus.
Une énergie noire l’entourait. En m’approchant, je découvris un os.
Un petit os d’oiseau.
« Ah… ? »
Je me rappelai les mages qui m’avaient attaqué avec des esprits d’oiseaux.
Par intuition, je tendis l’anneau vers l’os…
【Piou, piou !】
Une âme en forme de minuscule moineau s’éleva de l’os.
« Nécromancien. Non, nécromancie ? C’est pareil, j’imagine ? »
Decarabia était en train de faire quelque chose.
Peut-être négociait-il un pacte avec l’âme de l’oiseau.
Quoi qu’il en soit, le moineau s’envola jusqu’à moi et se posa sur le doigt qui portait l’anneau de laiton.
L’énergie contenue dans l’anneau de laiton afflua dans l’âme du moineau.
L’énergie spirituelle absorbée par le bus de la légende urbaine se déversa dans le moineau, et bientôt, son âme devint bien distincte.
Je le compris instinctivement.
Le pacte avec l’âme du moineau était conclu.
Tant que je continuerais à lui fournir de l’énergie spirituelle, le moineau agirait comme mes mains et mes pieds.
« Oh… »
C’était plutôt impressionnant.
Quand même, utiliser Decarabia, que Gari avait dévoré, de cette façon…
Une autre idée me vint alors à l’esprit.
« Le Roi Salomon et les soixante-douze démons ? C’est bien ce que je crois ? »
Clic, clic !
Gari hocha la tête. Je le savais.
Le Roi Salomon était le troisième roi du royaume d’Israël, dans l’Ancien Testament.
Fils de David, le deuxième roi, il était connu comme le roi de la sagesse et comme le grand souverain qui avait fait prospérer le royaume d’Israël.
Mais il existait aussi une autre histoire parmi les légendes entourant le Roi Salomon.
Celle du Roi Salomon et des soixante-douze démons.
On disait qu’il était un roi sorcier qui commandait aux soixante-douze démons.
Dieu lui aurait donné un anneau capable de soumettre les démons, qu’il aurait utilisés pour bâtir le Temple de Jérusalem et faire prospérer son royaume.
« Pasteur, alors pourquoi ce n’est pas dans la Bible ? »
« Il existe des textes qu’on appelle les apocryphes et les pseudépigraphes. Des ouvrages qui n’ont pas été reconnus comme canoniques, ou qui ont été jugés apocryphes. »
À y repenser, le pasteur Kim m’avait expliqué quelque chose de ce genre pendant le catéchisme, à l’école primaire, lors d’un cours sur les anecdotes intéressantes de la Bible.
Il glissait ce genre d’histoires pour éviter que les enfants s’ennuient.
« On raconte que le Roi Salomon a scellé tous les démons dans une jarre de laiton qu’il a enterrée au fond d’un gouffre, en Babylonie. Mais des gens ont ouvert la jarre, et le sceau a été brisé. »
« Hein ? Alors ça veut dire que des démons errent vraiment dans le monde ? »
« On peut dire ça. Alors, les enfants, ne vous laissez pas influencer par la voix d’un démon. Écoutez vos parents et étudiez bien votre Bible~ »
« Mais ce sont des démons. Si on étudie bien la Bible, ils ne nous emporteront pas ? »
Face aux enfants inquiets, le pasteur Kim avait répondu :
« Je le sais parce que j’en ai tabassé… enfin, attrapé quelques-uns moi-même. Ils ne s’en prennent pas aux enfants qui étudient bien la Bible~ »
« Waouh, c’est vrai ? »
« Bien sûr, bien sûr. Même ces clébards ne s’introduisent pas dans le corps de quelqu’un qui risquerait de mourir si on lui donnait quelques coups de bâton… Hum. Regardez l’heure qu’il est. »
« … »
Pas possible.
Tout ça était vrai ?
Les démons existaient vraiment dans ce monde, et le Roi Salomon avait bel et bien été un roi sorcier ?
« Avec ce monde, on ne sait jamais. »
Combien de vérités cachées y avait-il donc ?
Mais je devais d’abord m’occuper de ce qui m’attendait.
L’odeur était si forte qu’elle semblait me piquer.
Cette puanteur régnait sur toute l’école, mais quand j’arrivai à l’annexe, elle devint franchement insupportable.
J’en étais sûr.
Une légende urbaine se trouvait ici.
J’allais ouvrir la porte et entrer dans le bâtiment quand je vis qu’elle était verrouillée par un loquet.
Plus précisément, un verrou était tiré de l’intérieur.
C’était le genre de verrou qu’on fermait de l’intérieur, donc impossible pour moi de l’atteindre.
Je devais le casser ?
Si je faisais ça, j’aurais de sacrés ennuis le lendemain matin.
Tandis que j’hésitais, l’âme du moineau pépia et traversa la porte.
C’est vrai. C’était un corps spirituel, alors il pouvait passer au travers ?
« Hé, Piaf. Tu peux m’ouvrir la porte ? »
Piou ?
L’âme du moineau sembla comprendre ce que je lui disais. Elle battit des ailes et se mit à pousser de son bec le verrou situé au-dessus de la porte.
Clac !
La porte verrouillée s’ouvrit.
« Oh. »
Alors que je me disais que c’était bien pratique, quelque chose me parut étrange.
C’était un corps spirituel, alors comment avait-il pu ouvrir la porte ?
Il pouvait traverser les objets comme un esprit, mais aussi agir sur eux.
Pratique.
Si je m’en servais correctement, les possibilités seraient complètement dingues.
Et ce n’était pas tout.
Les mages liés à Decarabia avaient utilisé quelques sorts en plus de la nécromancie.
Si je pouvais utiliser ces sorts moi aussi, les possibilités seraient infinies.
Mais il fallait d’abord que j’attrape d’autres légendes urbaines.
Conclure un pacte avec l’âme du moineau avait consommé une partie de l’énergie absorbée par le bus de la légende urbaine.
C’était certain : utiliser la magie exigeait de l’énergie spirituelle.
À ce rythme, cette chasse aux légendes urbaines serait une bonne occasion d’accumuler davantage d’énergie spirituelle.
« Mmm… »
Mis à part ça, le couloir de l’école était flippant à mort.
Le terrain, de l’autre côté des fenêtres, était plongé dans une obscurité totale, et même les réverbères dehors étaient éteints ; seule la lune éclairait les lieux.
Un frisson me parcourut.
Une charnière rouillée gémit longuement dans la faible brise.
À part ça, le couloir était parfaitement silencieux.
À chacun de mes pas, le plancher en bois pourri craquait.
Si je n’avais pas su que de telles créatures existaient, j’aurais mis ce malaise sur le compte de mon imagination.
Mais dans cet endroit, je sentais sans l’ombre d’un doute l’odeur fétide du surnaturel.
Dring !
« … ! »
Putain, ça m’a fait sursauter.
Mon cœur se mit à battre à tout rompre quand le téléphone sonna brusquement.
C’était le son d’un vieux téléphone fixe.
Le bruit semblait venir de la salle des professeurs.
Dring !
Au bout du couloir.
Vers le bureau administratif.
J’avalai ma salive et m’approchai.
Dring !
Le téléphone n’arrêtait pas de sonner.
Normalement, si personne ne répondait après autant de sonneries, ça aurait déjà dû s’arrêter.
Non, surtout, appeler une école en pleine nuit, c’était complètement dingue.
Dring !
Quand j’ouvris la porte de la salle des professeurs, la sonnerie devint plus nette.
La salle, vide, contenait des ordinateurs de bureau, des piles de dossiers, une armoire à produits d’entretien, un miroir et d’autres choses du même genre.
Une salle d’école tout ce qu’il y avait de plus ordinaire.
Et, au milieu de tout ça, seul le téléphone qui sonnait semblait anormal.
« Gari, surveille les alentours. »
Clic, clic !
On disait que les légendes urbaines attiraient les gens en les entraînant dans la trame de leur histoire.
Quoi qu’il en soit, l’histoire ne progresserait probablement pas si je ne répondais pas au téléphone.
Après avoir demandé à Gari de surveiller les alentours, je m’approchai lentement du téléphone qui continuait de sonner.
Puis je décrochai et portai le combiné à mon oreille.
【Watashi, Mary-san. Ima, gomisuteba ni iru no.】
(Je suis Mary. En ce moment, je suis à la décharge.)
« Hein ? »
Du japonais ?
Une langue étrangère venait de surgir de nulle part et j’en restai complètement interdit.
C’est vrai.
C’était une légende urbaine japonaise.
Non, mais si vous allez parler japonais…
Clic.
La ligne coupa.
Alors que je restais là, perplexe, le téléphone se remit aussitôt à sonner.
Dring !
Quand je décrochai de nouveau…
【Watashi, Mary-san. Ima, undoujou ni iru no.】
(Je suis Mary. En ce moment, je suis dans la cour de l’école.)
« Excusez-moi ? Madame ? Attendez, je ne parle pas japonais… »
Clic !
Dring !
« … »
【Watashi, Mary-san. Ima, shokuinshitsu no mae ni iru no.】
(Je suis Mary. En ce moment, je suis devant la salle des professeurs.)
« Madame ! Vous ne parlez pas coréen ?! »
Clic.
« Espèce de sale fantôme japonais ! »
Dring !
C’était vraiment censé se passer comme ça ?
Je devais vraiment répondre ?
Après avoir hésité un instant, je n’eus pas d’autre choix que de décrocher.
Clic !
【Watashi, Mary-san. Ima, anata no ushiro ni iru no.】
(Je suis Mary. En ce moment, je suis derrière toi.)
« … ! »
À cet instant, un frisson me parcourut l’échine.
Je relevai lentement la tête et aperçus le miroir, de l’autre côté des bureaux de la salle des professeurs.
Dans le miroir qui reflétait la pièce,
je me tenais, le combiné à la main, et…
Croc, croc !
Gari dévorait Mary.
Ouais. Enfin… je me doutais un peu que ça finirait comme ça.
« Si vous l’aviez dit en coréen, on aurait au moins pu discuter. »
Si vous venez en Corée, parlez coréen. Sérieusement.
Tss, tss.
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