Chapitre 139
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 139 : L’inquisiteur Falkenstein (2)
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Un homme qui disait venir du Vatican.
Autrement dit, un quinquagénaire nu, le torse couvert de tatouages latins et les mains dégoulinantes de sang, déclara :
« Je suis le père Jevanstein Konrad Falkenstein. Appelez-moi Falkenstein, je vous prie. »
Il parlait couramment coréen.
Le coréen était-il quasiment la langue commune dans ce milieu ?
Nos pasteurs s’étaient vraiment fait un nom.
« Je m’appelle Baek Yohan. Euh… Vous venez du Vatican ? »
Le prêtre m’adressa un sourire chaleureux.
« Oui, je travaille pour le Bureau des affaires spéciales du Vatican. »
Un prêtre envoyé par le Bureau des affaires spéciales du Vatican.
J’avais déjà rencontré l’Ordre du Temple, alors ça ne m’était pas complètement étranger.
Mais surtout, il ne sentait pas mauvais.
Au moins, ça voulait probablement dire qu’il n’avait rien à voir avec les démons.
« Je n’ai reçu aucun message du pasteur Park. Vous ne l’avez pas contacté ? »
En Corée, l’Église du Saint Temple de Gangnam faisait figure de groupe dirigeant et de représentant des forces chrétiennes.
Sans même parler des sectes comme l’Église de la Grande Unification, l’Église catholique, qui n’avait pas beaucoup d’influence en Corée, avait laissé les exorcismes entièrement entre les mains de l’Église du Saint Temple.
Si le Bureau des affaires spéciales du Vatican avait envoyé quelqu’un, il aurait dû contacter le pasteur Park.
« Ah, j’opérais dans le plus grand secret. Je ne pouvais donc pas contacter directement l’Église du Saint Temple. »
« … Je vois. »
« Je me présenterai officiellement plus tard. »
Le prêtre sourit et commença à enfiler son pantalon.
Oui, j’étais reconnaissant qu’il se soit enfin décidé à en mettre un.
« Au fait, mon frère, qu’est-ce qui vous amène jusqu’ici ? »
« L’Association m’a demandé d’attraper des adorateurs de démons. »
« Oh ? Vous êtes venu faire œuvre de bien. »
Clac !
« Argh ! »
Toujours souriant, le prêtre gifla l’homme ligoté à côté de lui.
Ce claquement sec, asséné d’une paume aussi large qu’un couvercle de marmite, n’était clairement pas son coup d’essai.
« À cause de vermines répugnantes comme lui, des gens précieux doivent se démener. Ptouah ! »
« Des gens ? »
« Comment ne pourraient-ils pas être précieux, quand un ange et la personne qu’il a choisie se trouvent réunis ? »
« Vous voyez Gari ? »
« Je suis né avec la capacité de voir les esprits, moi aussi. »
Ah, il était donc né avec des pouvoirs spirituels.
On disait que c’était rare. Quelle coïncidence.
« Attendez un instant. J’étais en train d’interroger ce sbire du diable. »
« Aïe ! P-pitié, arrêtez… »
Le prêtre força la bouche du quinquagénaire à s’ouvrir et y enfonça les doigts.
« Mmph ! Mmph ! Mmmph !! »
Crac !
Dans un bruit atroce, une rangée de dents blanches se retrouva dans la main du prêtre.
« Beurk… »
« Un interrogatoire exige le savoir et l’expérience d’un expert. »
D’un coup sec, le prêtre arracha un clou d’argent planté sous l’un des ongles de l’homme.
« Si on va trop loin, il peut mourir d’hémorragie ou de choc. »
Pourquoi m’expliquait-il ça en me regardant ?
À en juger par son état, il avait déjà largement torturé le prisonnier sous prétexte de l’interroger.
Des clous d’argent étaient enfoncés sous ses ongles, dans le dos de ses mains et autour de ses chevilles. On lui avait déjà arraché plusieurs dents.
Il avait aussi dû recevoir de nombreux coups de poing. L’homme n’était plus qu’un amas de chair sanguinolente.
Comme s’il avait senti mon regard, le père Falkenstein poursuivit :
« Les suppôts du mal sont des créatures obstinées. On ne leur fait pas cracher le morceau avec des méthodes ordinaires. »
Il n’avait pas tort.
Une personne normale n’aurait jamais songé à offrir des êtres humains en sacrifice aux démons.
Ce n’était pas pour rien que les âmes finissaient par se corrompre au point de puer après avoir conclu un pacte avec un démon.
C’était pire qu’un meurtre.
« Ah, c’est désagréable à voir pour un jeune frère ? »
« Ce n’est pas agréable à regarder. Encore moins quand c’est un membre du clergé qui s’en charge. »
« Ha ha, c’est bien regrettable… »
« Mais il faut quand même le faire. Le vrai méchant, c’est quelqu’un d’autre. »
Le prêtre s’interrompit, l’air surpris.
« Ça ne vous dérange pas ? Il a été torturé comme ça. »
« Euh… Notre boulot nous oblige parfois à contourner un peu la loi, non ? On a affaire à des salauds qui puent la merde. On ne peut pas s’en tenir aux méthodes habituelles. »
« Oh… »
Pour une raison qui m’échappait, le prêtre afficha un sourire ému, puis frappa soudain le quinquagénaire.
« Aïe ! Aaaah ! »
Le nez de l’homme se brisa. Des larmes coulaient sur son visage tandis qu’il se débattait, mais avec des clous plantés dans les mains et les pieds, il ne pouvait même pas essuyer son nez en sang.
« Pourquoi vous l’avez frappé ? »
« Ces putains de salopards méritent une raclée, même sans raison. C’est le principe que partagent mon ami juré et moi. »
Son ami avait l’air d’être un sacré personnage, lui aussi.
Je laissais passer parce qu’il s’était présenté comme prêtre et qu’il ne sentait absolument rien, mais c’était un prêtre terrifiant.
« Puisque ça ne vous offense pas non plus… Vous avez les dispositions requises. »
Les dispositions requises pour quoi ?
Le prêtre agrippa bientôt le prisonnier par les cheveux et lui demanda :
« Parle, suppôt du mal. Pourquoi as-tu infiltré cette terre ? »
« Argh ! Ngh ! Héhéhéhé ! »
L’homme, qui se tordait de douleur, se mit à rire comme s’il avait perdu la raison.
Avec un sourire haineux, il hurla :
« Vous ne savez rien ! Vous ne savez rien de la grande œuvre qui s’accomplit sur cette terre ! Il nous a murmuré ses paroles ! La ruine qui va s’abattre sur cette terre… »
Clac !
Le poing du prêtre le fit taire.
« Je crois qu’il allait dire quelque chose. »
« Ce ne sont que des malédictions prononcées par Satan. Ceux qui se donnent de tels airs savent généralement très peu de choses. »
Le père Falkenstein claqua la langue, le traitant de bon à rien.
« Malgré tout, on ne devrait pas chercher à savoir ce qu’il sait ? »
« Je l’ai interrogé en long et en large, mais il n’a rien dit. Il se peut qu’il ne sache vraiment rien… Enfin. Vous avez une méthode, mon frère ? »
« Oui. Seigneur de la Montagne. »
【Bien reçu, mon seigneur.】
En un instant, le Seigneur de la Montagne se transforma en un énorme tigre.
L’homme ligoté resta bouche bée devant la bête, mais sa tête fut bientôt projetée au loin par la patte avant du Seigneur de la Montagne.
« … C’était vraiment une petite tape de chat ? »
« Mon seigneur, si vous appelez ça une petite tape de chat, n’est-ce pas un peu pitoyable pour le défunt ? »
Bref.
Le Seigneur de la Montagne comprit ce que je voulais et arracha aussitôt l’âme du mort pour en faire un Chang-gwi.
【Beuh… C-comment est-ce arrivé ? Je suis bel et bien mort.】
« Ouais, maintenant, tu es un Chang-gwi. »
【I-impossible ! Un simple tigre m’arrache mon âme sans tenir compte de mon pacte avec un démon ?!】
【Je ne suis pas un simple tigre. Je suis le Seigneur sacré de la Montagne, oint par mon seigneur.】
« T’es un tigre sacré, espèce de petit con. »
Le Seigneur de la Montagne fronça les sourcils aux paroles de Kohaku.
L’expression « tigre sacré » ne semblait pas lui plaire. Elle sonnait trop bon marché.
« Très bien. Fais-le tout avouer, dans les moindres détails. »
Bon. Il était temps de passer aux aveux, pour de vrai.
* * *
Jevanstein Konrad Falkenstein.
Paladin de son époque et inquisiteur, il était réputé pour la brutalité de ses méthodes.
Le Bureau des affaires spéciales du Vatican avait beau avoir été créé pour lutter contre les monstres et les démons, il était toujours dirigé par des humains modernes.
La société moderne imposait toutes sortes de contraintes : droits humains, morale, frontières nationales, lois locales. On ne pouvait pas simplement agir à sa guise.
Voilà pourquoi Falkenstein, qui se fichait des moyens employés, passait pour un excentrique.
Il savait qu’il n’était pas normal.
Jésus avait prêché le pardon et l’amour, mais Falkenstein n’avait rien à pardonner.
À cause de leurs méthodes cruelles, les inquisiteurs étaient mis à l’écart au sein du Bureau des affaires spéciales du Vatican.
「De ce côté aussi, ils sont assez rigides. Je ne peux pas dire qu’ils aient tort, pourtant.」
「… Pasteur Kim, vous pensez aussi que j’ai tort ? 」
「Qui ça ? Vous, mon père ? 」
Que lui avait dit le pasteur Kim, la première fois qu’ils avaient traqué ensemble des adorateurs de démons ?
「Il a toujours dit que le remède contre un chien enragé, c’était un gourdin. Jésus peut s’occuper du pardon, alors nous, aimons notre prochain.」
「Pasteur, si vous les aimez, pourquoi les frapper avec un gourdin ? 」
「Seulement notre prochain.」
「… Que Dieu ait pitié de nous.」
À partir de ce jour-là, le pasteur Kim devint l’ami juré de Falkenstein.
Tous deux avaient passé de bons moments ensemble.
Ils avaient traqué des vampires, rossé des loups-garous et échangé leurs techniques d’interrogatoire d’adorateurs de démons.
Mais tout cela n’était plus qu’un souvenir.
Après la mort du pasteur Kim, Falkenstein avait perdu la seule personne qui le comprenait et avait dû redevenir un excentrique.
Oui, c’étaient de bons moments.
Que pouvait-on demander de plus, après avoir trouvé un ami juré dans sa vie ?
En revenant une fois de plus dans le monde séculier, Falkenstein s’était réjoui à l’idée de rencontrer Yohan.
Celui qui avait un ange à ses côtés.
Le Roi Salomon de son époque, qui scellait d’innombrables démons.
En apprenant que Yohan appartenait lui aussi à l’Église du Saint Temple, il avait presque eu l’impression que c’était le destin.
Mais s’il était faible ?
S’il avait les idées du vingt-et-unième siècle sur la punition et la mise à mort du mal ?
Quelqu’un de doux et de faible ne pouvait pas vraiment rendre la justice.
Quand Falkenstein était tombé sur Yohan, il avait délibérément agi avec cruauté pour observer sa réaction.
Heureusement, Yohan ne s’en était pas offusqué.
Il n’avait pas eu la nausée, ni froncé les sourcils en détournant le regard.
Comme si c’était tout simplement nécessaire, Yohan avait calmement ordonné à son serviteur de transformer le suppôt du mal en Chang-gwi.
【Il ne semble plus rien y avoir à tirer de lui, mon seigneur.】
« Il ne savait vraiment rien. »
Après l’avoir transformé en Chang-gwi et forcé à dire la vérité à son maître, le Seigneur de la Montagne déchira l’âme de l’homme.
Celui qui avait vendu son âme à un démon avait été soumis en Chang-gwi, puis libéré. Il tomberait probablement en enfer.
« On rentre ensemble ? Vous logez où ? »
« Bien sûr, je dois saluer le pasteur Park. Mais avant ça… je dois régler quelques détails. »
« Quelques détails ? »
« Oui. Il en reste encore beaucoup à éliminer. »
Falkenstein conduisit Yohan au sous-sol.
Une religieuse les y attendait et le salua.
« Sir Falkenstein. »
« Sœur Johanna. Les pécheurs sont-ils bien sous contrôle ? »
« Oui. Et… je suis heureuse de vous rencontrer, frère Yohan. »
« Euh… Vous me connaissez déjà tous ? »
« Nous avons été informés de votre venue. »
Sœur Johanna les guida jusqu’à une porte et l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient des dizaines d’adorateurs de démons nus.
« Mmph ! Mmph ! Mmph ! »
« Mmph ! Mmmph !! Mmmmh !! »
« Ouah… »
Yohan recula, alarmé.
Plus précisément, c’était l’odeur rance qui l’avait fait sursauter, mais Falkenstein crut qu’il avait eu peur.
Ce n’était pas une vision agréable pour un jeune homme.
« Ce sont des adorateurs de démons. Des imbéciles qui se prétendent disciples d’un sorcier. »
« Ouais… »
Yohan fronça les sourcils et Falkenstein s’inquiéta.
Beaucoup de gens pouvaient se résoudre à tuer une personne, mais paniquaient quand elles étaient nombreuses.
Ils pouvaient tuer au combat, mais refusaient de massacrer des prisonniers.
Mais ce n’était pas acceptable.
Les suppôts du mal devaient être éradiqués jusqu’au dernier.
Falkenstein voulait que Yohan ait cette force et cette détermination.
« Qu’est-ce que vous comptez en faire ? »
« Il faut les tuer. »
« … ! »
Les yeux des adorateurs de démons ligotés s’écarquillèrent.
Parmi eux, l’un avait apparemment réussi à desserrer son bâillon. Il cria :
« S-sauvez-moi ! Je vais me repentir ! Je vais me repentir ! Je croirai en Jésus et je me convertirai… »
« Silence, suppôt de Satan !! »
Écœuré par cette bouche impie, Falkenstein donna un coup de pied dans la poitrine de l’adorateur de démons.
« Ne prononce pas Son nom à la légère avec ta bouche souillée ! Vos langues maléfiques ne méritent pas de le prononcer. »
Mais il gardait les yeux fixés sur Yohan.
« P-pitié, épargnez-moi ! Je me convertirai ! Je vous en prie, je me convertirai !! »
L’adorateur de démons croyait-il que Yohan avait un pouvoir particulier sur la décision ?
Ou pensait-il que le jeune homme serait plus indulgent que l’inquisiteur occidental ?
L’adorateur de démons espérait que Yohan lui accorderait un peu de clémence, tandis que Falkenstein craignait que Yohan ne montre de la faiblesse.
Pourtant, au mépris de leurs attentes et de leurs craintes, Yohan se couvrit le nez et grimaça.
Comme s’il regardait quelque chose de sale et de malodorant.
« Non, mec. Tu pues trop. »
Quel mépris absolu.
Quelle fermeté face au mal.
Le summum fut atteint au moment de se débarrasser des suppôts du mal.
« Qu’est-ce que vous comptez faire de tous ces corps ? »
« Nous devons les enterrer. Vous pouvez partir si vous le souhaitez. Nous devrions rester pour nettoyer. »
« Allez, pourquoi des personnes aussi estimables devraient-elles se donner tant de mal ? Gari, sors de l’eau bénite. »
L’ange fit alors : Ptouah ! et recracha un coffre.
Il était plein de bouteilles d’eau en plastique. Yohan en ouvrit une et commença à en verser le contenu sur un cadavre.
« Gkh ! Ghhhk ! Ghhhhk ?! »
« Hé ! Ce salaud faisait le mort ! »
« Il n’était pas tout à fait mort. Je vais m’en occuper… !? »
Falkenstein le vit.
Le corps entier de l’adorateur de démons fondit comme un bloc de gélatine dès qu’il toucha l’eau.
« Bon sang… Pourquoi faire le mort pour finir par mourir dans la douleur ? Enfin, c’est ton destin, tu sais ? »
« Mon seigneur… »
Ici, dans cette contrée d’Extrême-Orient.
J’ai trouvé le successeur de mon ami juré.
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