Chapitre 134
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 134 : La famille Helsing (5)
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Je compris que le vampire préparait quelque chose dès que nos regards se croisèrent.
Les pasteurs, les diaconesses et les diacres m’avaient aussi appris à quoi faire attention chez les vampires.
Les vampires ne peuvent pas traverser les cours d’eau.
En suçant le sang de leurs victimes, ils peuvent en faire des draculs, des draculinas ou des goules.
Ils peuvent se transformer en brume ou en chauve-souris, la métamorphose en brume étant considérée comme la capacité supérieure.
La plus dangereuse de leurs capacités était le Charme.
En gros, c’était une forme d’envoûtement.
Comme les vampires ne pouvaient entrer chez quelqu’un qu’après y avoir été invités, cette capacité servait à envoûter le propriétaire pour qu’il les invite spontanément.
Une sorte de pouvoir hypnotique.
Contrairement à la vision spirituelle, il fonctionnait par contact visuel. Le moyen de s’en protéger était donc plus simple que prévu.
Il suffisait de laisser son regard effleurer le leur de biais.
Le mieux était de ne pas croiser leurs yeux du tout, mais même en les regardant de biais, on pouvait réduire considérablement l’effet.
Encore fallait-il y parvenir en plein combat.
J’avais croisé son regard par accident.
Et voilà le résultat…
« Ah, maître ! Je vous “aime” ! »
« ??? »
Qu’est-ce que c’était que cette connerie ?
« Adrian, qu’est-ce qu’il raconte, là ? »
« Euh, eh bien… Je suis vraiment obligé de traduire ? »
« Je ne connais que quelques mots d’anglais et un peu de latin. »
À cet instant, le vampire réagit à quelque chose.
« Te amo et desidero… »
« Mon Dieu, mais qu’est-ce qu’il raconte, putain ?! »
Ce salaud venait de me déclarer en latin : « Je t’aime et je te désire. »
C’était une phrase littéraire, tendre et raffinée en latin, mais ce n’était pas le plus important pour l’instant.
« Non, espèce de crétin ! Qu’est-ce qui te prend de dire ça tout d’un coup ?! »
« Ah ! Ne me rejetez pas ! Je suis déjà à vos pieds ! »
« Oppa ! Qu’est-ce que tu racontes ?! »
Quelque chose clochait.
C’était lui qui avait utilisé le Charme. Pourquoi était-ce lui qui en subissait les effets ?
« Ah ? »
Je me souvins de l’un des pouvoirs qu’on m’avait confiés.
Le Pouvoir de l’Amour, l’autorité de Béleth, l’un des soixante-douze démons.
Ce n’était pas de l’amour ordinaire.
C’était un amour intéressé, imposé de force, à l’opposé de l’agapè dont parlait Jésus.
Au contact du Charme, il avait contre-attaqué.
L’amour qui asservissait et exploitait autrui appartenait fondamentalement aux démons. C’était le pouvoir supérieur.
Au moment où son Charme avait tenté de s’emparer de moi, le Pouvoir de l’Amour qui sommeillait en moi avait réagi de lui-même.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu as fait quelque chose ? »
« Euh… On peut dire ça, oui. »
Si son Charme avait échoué, est-ce que ça voulait dire que chaque fois que quelqu’un tenterait de m’envoûter ou de lancer un sort mental contre moi, le pouvoir se retournerait automatiquement contre lui ?
« Comment tu t’appelles ? »
« Finn Dake. »
« Tu “m’aimes” ? »
Beurk. Je venais de le dire moi-même, mais quand même…
« Oui ! Je vous adore ! Je ferais n’importe quoi pour vous ! »
« Euh… D’accord ? Fais un salto arrière et tiens-toi sur les mains, là, tout de suite. »
« Oui, maître ! »
Finn obéit aussitôt.
Peut-être parce qu’il était vampire, il exécuta les mouvements sans hésiter.
« O-Oppa ! Qu’est-ce que tu fais ?! Tu n’as pas honte de t’agenouiller devant cette créature inférieure ?! »
Je ne comprenais pas le néerlandais, mais ça n’avait pas l’air d’être un compliment.
Finn finit par frapper la vampire.
« Elise, espèce de garce ! Comment oses-tu dénigrer la personne que j’adore ! C’est vrai, c’est une créature inférieure qui ne vivra même pas un siècle, mais c’est lui que je chéris et que j’aime ! »
…
Tu me descendais tout en me défendant ?
Quoi qu’il en soit, je voulais essayer la magie de Béleth sur cette vampire qui s’appelait Elise, moi aussi.
Autant l’utiliser quand j’en avais vraiment envie, non ?
Comment la magie de Béleth avait-elle fonctionné, tout à l’heure ?
« Il suffit que je croise son regard ? »
« Q-Qu’est-ce que tu fais ?! »
Je croisai le regard d’Elise.
J’essayais de reproduire ce qui s’était passé juste avant.
« Ma chère, Elise est trop bas placée pour utiliser le Charme. »
« Ah bon ? Alors pourquoi tu maîtrises si bien le latin ? »
« Les vampires sont l’aristocratie de la nuit. Le latin fait partie de nos connaissances de base. »
Ils se donnaient donc juste des airs.
Quoi qu’il en soit, le simple contact visuel ne suffisait pas.
Comment mon pouvoir spirituel s’était-il déplacé en moi, tout à l’heure ?
Une fois que je l’avais fait une fois, ce n’était pas difficile.
Le Pouvoir de l’Amour de Béleth ressemblait à l’autorité de Païmon.
Je m’appuyai sur le Charme des vampires, puis fis passer mon pouvoir à travers le contact visuel.
Et alors…
« A-Arrête ! A-Arrête ! »
Peut-être qu’Elise ressentait un rejet instinctif. Elle ferma les yeux et tenta de résister.
Mais Finn ne la laissa pas faire.
« Ouvre les yeux ! Toi aussi, tu vas découvrir un monde nouveau ! »
« Aaaah ! Oppa ! Arrêêête ! »
« … On dirait vraiment que je suis le méchant, là. »
« … »
Quand je me tournai vers Adrian, il détourna aussitôt les yeux.
Qu’est-ce qui te prend ?
Je n’essaie pas de t’envoûter.
« A-Arrête ! Arrê… Aïe ! Je… je… je suis en train de me perdre… Espèce de… »
Non, c’était à ce point-là ?
Les pupilles d’Elise tremblaient comme si un séisme venait de secouer ses yeux.
Elle semblait terrifiée par le changement qui s’opérait en elle.
Cette peur se mua bientôt en haine et en rage, et sa voix se fit plus tranchante.
« Toi ! Tu crois que le cœur des gens est à toi ?! Espèce d’ordure ! De monstre ! Mooooonstre !! »
Forcer quelqu’un à vous aimer, c’était dégueulasse, c’est sûr…
« Vous qui mangez des gens, vous êtes vraiment bien placés pour traiter les autres de monstres ? Vous l’avez vendue où, votre conscience ? »
« Grrr… ! »
« La ferme, et “aime”-moi ! »
Au moment où je déversai le peu de pouvoir spirituel qu’il me restait en Elise et le laissai s’infiltrer en elle…
« Héhé… Je t’aime, maîtwe~ ! »
« … »
« Yohan, qu’est-ce que tu lui as fait, au juste ? »
« Hum ! »
Ce n’était vraiment pas quelque chose qu’on devrait faire à quelqu’un.
Je devrais sans doute les libérer plus tard. La libération de l’autorité de Païmon n’avait pas causé de gros problèmes, alors ça devrait se passer pareil.
« Maître ! Je ferais n’importe quoi pour mon cher maître ! »
« Ouais, ouais. Où se trouvent les autres vampires… »
« Vous êtes venu empêcher la “guerre mondiale” qu’on prépare à La Haye, pas vrai ? On va vous aider ! »
« Ouais, ouais. La guerre mondiale qu’on prépare à La Haye… Quoi ? »
Une guerre mondiale ?
Mais c’était quoi encore, cette folie ?
* * *
Le Clan Dake était un clan de vampires assez influent en Europe.
À sa tête se trouvait un seigneur de clan qui avait hérité d’une grande part du sang du premier ancêtre des vampires, le Comte, et qui avait récemment considérablement étendu son influence.
Ces derniers temps, ses membres avaient commencé à élaborer un plan étrange.
« Déclenchez une guerre. »
La guerre était un banquet des plus appétissants pour les vampires.
On pouvait mourir n’importe où, n’importe quand, sans que cela paraisse étrange, et les cadavres ne manqueraient pas pour étancher leur soif de sang.
À vrai dire, obtenir du sang n’était pas si difficile dans la société moderne, mais la guerre offrait aussi d’excellentes conditions pour augmenter leurs « semblables ».
« Non, mais vous comptez déclencher une guerre mondiale ? Comment ? »
« L’ambassadeur russe qui participe à cette conférence internationale de La Haye est l’un des nôtres. »
Leur plan était le suivant.
Lors de la conférence internationale organisée à La Haye pour des pourparlers de paix, ils feraient déclarer au diplomate russe envoûté une invasion de l’Europe.
Dans le même temps, des généraux russes envoûtés tireraient des missiles et des roquettes le long de la frontière, puis avanceraient en suivant de faux ordres.
Je contactai aussitôt le pasteur Go pour lui faire part de ce plan inquiétant.
« Vous pensez vraiment que ça peut marcher, pasteur Go ? »
[…Ce n’est pas impossible. Ces dernières années, la Russie a vu ses capacités de préparation contre l’occulte décliner de manière exponentielle.]
Normalement, les installations et le personnel importants d’un pays étaient protégés par des talismans ou des barrières contre les monstres et les fantômes.
Justement pour éviter ce genre de situation.
[Ils ont déjà tenté quelque chose de semblable aux États-Unis. La Maison-Blanche et le Pentagone, censés être imprenables, ont failli tomber sous leur contrôle, et une guerre civile a été évitée de justesse.]
« C’est dingue… Qu’est-ce qui s’est passé ? »
[Le pasteur Kim et les Lincoln les en ont empêchés. Ils ont sauvé le monde.]
On aurait dit que ce genre d’événement s’était produit de temps à autre au cours de l’histoire humaine.
Les guerres mondiales, la crise des missiles de Cuba, ainsi que diverses tentatives de déclencher des guerres pendant la guerre froide.
À bien y réfléchir, ce n’était pas si difficile.
Il suffisait de s’emparer de la chaîne de commandement et de tout mettre en branle. Le reste suivait par inertie.
Au milieu du chaos et de la confusion, les vampires pouvaient étendre naturellement leur influence.
Et ils n’étaient pas les seuls.
[Les démons agissent de la même façon. Ce sont eux qui cherchent à détruire le monde des humains.]
Une fois de plus, je compris à quel point les pouvoirs capables de contrôler les esprits étaient dangereux et menaçants.
Si un simple vampire pouvait faire autant de dégâts, qu’est-ce que les êtres appelés rois seraient capables de faire en descendant sur terre ?
« C’est terrifiant. »
[La cérémonie de passage à l’âge adulte n’est pas le problème. Je vais contacter immédiatement le chef de la famille Helsing.]
« Euh… On peut intervenir comme ça ? »
[…À quoi pensez-vous ?]
Eh bien… Maintenant que j’avais appris tout ça, je pensais avoir trouvé une méthode plutôt convenable.
* * *
La Haye, une ville située sur la côte de la mer du Nord, dans l’ouest des Pays-Bas.
Alors que des ambassadeurs de divers pays s’y réunissaient pour des pourparlers de paix, la police de la ville était plus active que d’habitude.
Willem van Dake, seigneur du Clan Dake, se moquait des mesures de sécurité des humains.
« Des humains inférieurs. Quel effort inutile. »
Il avait déjà envoûté l’ambassadeur russe et les unités militaires stationnées près de la frontière.
Et ce n’était pas tout.
Il avait aussi pris le contrôle de plusieurs personnes dans les pays d’Europe de l’Est limitrophes de la Russie.
Ils n’étaient pas nombreux.
Mais ils suffisaient à allumer la mèche.
Dès que la Russie lancerait son attaque, les officiers est-européens sous son contrôle riposteraient avec force, et la guerre deviendrait inévitable.
Puis, trois jours avant le début de la conférence, des vampires venus de tout le territoire néerlandais se rassemblèrent.
« Mes frères et mes sœurs, l’heure est venue. »
Willem observa les vampires réunis dans leur repaire.
Il y avait douze vampires de sang pur. La plupart des autres n’étaient que des bâtards dont le sang de l’ancêtre ne coulait plus qu’en faible quantité.
Il fallait déjà s’en réjouir.
Le Clan Dake avait beau être ancien, sa puissance avait considérablement décliné depuis ses heures de gloire.
À l’époque moderne, les chasseurs et les exorcistes qui traquaient les vampires avaient réduit leurs rangs sans relâche.
Si seulement le Comte était revenu à la vie, ils ne seraient pas tombés dans un état aussi misérable.
« Espèces de salauds de l’Église du Saint Temple de Gangnam ! Si ces putains de Coréens obsédés par l’ail n’étaient pas là ! »
Leur tentative de déclencher une guerre civile aux États-Unis avait échoué.
La tentative de ressusciter leur ancêtre, le Comte, avait elle aussi échoué.
De nombreux clans de vampires avaient infiltré la Corée dans le seul but de trouver le cercueil où reposait le Comte, mais pas un seul n’en était revenu.
Les vampires ne pouvaient tout simplement pas survivre dans cette terre maudite.
« Une fois l’Europe conquise, nous nous attaquerons à l’Asie. J’exterminerai jusqu’au dernier de ces singes jaunes ! »
Ces cinglés qui croquaient de l’ail comme s’il s’agissait d’un légume.
L’avenir des vampires ne pourrait être radieux qu’après l’extermination de ces hommes de l’ail, persuadés que l’ail était un légume.
« L’heure est venue. Ensemble, nous allons nous soulever et conquérir le monde ! »
« …… »
La réaction fut étrangement tiède.
Ses subordonnés s’étaient pourtant montrés enthousiastes, tout récemment, à l’idée de déclencher une guerre en Europe.
« Snif ! »
Willem sentit une odeur étrange.
Son odorat de vampire détecta une forte senteur dissimulée parmi les siens.
« C’est quoi, cette odeur ? Lequel d’entre vous a apporté de l’ail à cette assemblée sacrée ?! »
Malgré la fureur de Willem, les vampires rassemblés ne réagirent pas particulièrement.
Au contraire, ils lui parlèrent comme pour le calmer.
« Du calme, seigneur du clan. Calmez-vous. N’est-ce pas parfumé ? C’est l’odeur de notre bien-aimé. »
« Quoi ? »
« Bien sûr. Le véritable amour, c’est tout aimer. Si cela vient de cette personne, même l’odeur de notre ennemi naturel nous semble délicieuse et merveilleuse. »
Ces salauds étaient-ils devenus fous ?
Alors des bouts de papier se mirent à voleter dans le repaire.
Le papier sacré, qui venait de sceller fenêtres et portes, lui disait quelque chose.
« La Bible de Gutenberg ?! Ces foutus chiens du Vatican ?! »
Comme il avait vécu longtemps, Willem reconnut aussitôt de quoi il s’agissait.
Il donna immédiatement ses ordres à tous les vampires.
« Trouvez l’intrus ! Les chiens du Vatican sont là ! »
« …… »
Mais les vampires ne réagirent pas.
Cette réaction absurde mit Willem encore plus en colère.
« Bande d’idiots ! Qu’est-ce que vous fichez ? Je vous ai dit de les trouver, tout de suite ! »
« Je suis juste là. »
« … ! »
À cet instant, les vampires s’écartèrent de chaque côté, révélant un jeune homme assis sur le canapé.
Le rosaire propre aux ecclésiastiques et la veste d’armure sacrée fabriquée par le Vatican étaient des signes bien connus des vampires.
À part ses cheveux noirs et son apparence asiatique, c’était sans aucun doute un prêtre de combat du Bureau de gestion des forces militaires paranormales du Vatican.
« Toi… Qu’est-ce que tu fais là ? Tuez-le ! »
« Seigneur du clan ! Comment osez-vous dire une chose pareille ? »
« Quoi ? »
« Vous voulez qu’on fasse du mal de nos propres mains à cette personne adorable ? »
Quoi… C’était quoi, ces conneries ?
Qu’est-ce qu’ils avaient bien pu manger pour débiter des âneries pareilles et aimer un salaud d’église ?
Alors il le vit.
Les pupilles de ses subordonnés avaient pris la forme de cœurs.
Ils avaient perdu la tête.
Et au milieu d’eux tous se tenait le jeune homme.
« J’ai pitié de vous, qui ne savez pas à quel point l’amour est merveilleux ! »
Qu’est-ce que ce taré racontait ?!
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