Chapitre 127
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 127 : Agapè
──────
Stab !
« Aah ! »
Je hurlai tandis que des lames me transperçaient à la chaîne.
Ça faisait mal.
Non, ça faisait vraiment mal.
C’était bien trop douloureux pour que je puisse tenir en me fiant uniquement à la protection de mon manteau.
Combien de dizaines de fois m’avait-on poignardé ?
Chaque coup était d’une violence folle, et mon manteau était en lambeaux.
Combien de personnes avais-je déjà déplacées ?
Un peu plus de vingt, je crois.
Et combien en restait-il…
Aucune idée. Elles étaient mêlées aux démons, impossible de les distinguer.
Whoom !
« Kiiiii ! »
« Pourquoi tu m’as suivi, toi aussi ?! »
J’abattis un démon de la Légion que j’avais emporté par accident avec l’Épée sacrée.
« Haa ! Haa ! Haa ! »
À peine eus-je essayé de reprendre mon souffle que les mercenaires qui avaient été déplacés avec moi se jetèrent sur moi, poignards en main.
« Allez ! »
Je fis un Saut spatial pour repartir.
Parmi les centaines, les milliers de démons, j’apercevais çà et là des membres de l’Ordre du Temple et des mercenaires.
« Ah, approchez donc ! »
J’aspergeai les démons autour de moi d’eau bénite, les faisant fondre, puis lançai l’Épée sacrée à travers eux.
Au moins, les armes transformées en reliques sacrées ne pouvaient pas blesser les gens.
La magie, en revanche…
Fwoooosh !
« Argh ! »
Les flammes se répandirent sur le mercenaire touché par une étincelle. Je l’attrapai alors qu’il se tordait sous la brûlure, le jetai dans un coin de forêt que j’avais repéré non loin, puis revins.
Les démons de la Légion avaient compris ce que je cherchais à faire. Ils se glissaient entre les membres de l’Ordre du Temple et les mercenaires.
Ils comptaient attaquer avant que je puisse les attraper et m’enfuir avec eux.
Leur plan fonctionna à merveille. Contrairement à tout à l’heure, je ne pouvais plus saisir plusieurs personnes à la fois et faire un Saut spatial.
Alors je les sortirais de là un par un.
Whoom !
Je fis un Saut spatial encore et encore.
C’était bien moins efficace qu’avant, ce qui épuisait ma puissance spirituelle plus rapidement.
La seule consolation, c’était que j’avais massacré et absorbé des milliers de démons dans le donjon.
C’était un exploit que j’avais accompli avec tout le monde, dont le Pasteur Park, mais les âmes des démons avaient toutes été absorbées par moi.
Cela avait aussi renforcé Gari et m’avait laissé débordant de puissance spirituelle.
Si je continuais à tuer des démons et à absorber leurs âmes au passage, peut-être pourrais-je utiliser le Saut spatial éternellement.
« … »
Non.
Les âmes des démons que je tuais maintenant n’étaient pas absorbées par moi.
Ça avait marché avant. Pourquoi pas cette fois ?
C’était probablement Païmon.
L’autorité de Païmon, sa domination, empêchait les âmes des démons morts de me parvenir.
Tant que je n’aurais pas vaincu Païmon, je ne pourrais pas reconstituer ma puissance spirituelle.
« Pfiou… »
Malgré tout, je continuai à faire des Sauts spatiaux.
Je les attrapais de force un à un, les jetais hors du donjon, puis revenais.
Stab !
« Argh ! »
On m’entailla la jambe.
Les parties que mon manteau ne protégeait pas étaient couvertes de cicatrices laissées par les lames des démons.
Le sang giclait de partout. Je boitais, mais le Saut spatial fonctionnait toujours.
« Crève ! »
J’encaissai de plein fouet le coup qui devait me tuer, attrapai mon assaillant et fis un Saut spatial.
Même après avoir été emmenés loin, ils restaient sous le charme de Païmon et continuaient à essayer de me tuer.
Stab !
Parfois, je me faisais poignarder avant même de pouvoir partir.
« Haa… haa ! »
Je commençais à fatiguer.
Mon manteau était en lambeaux.
J’arrivais plus ou moins à encaisser les coups, mais, de temps à autre, la sensation d’une lame qui tranchait ma chair me glaçait le sang et me hérissait la peau.
La prière de courage… J’aurais voulu la réciter, au moins, mais je ne pouvais pas me permettre de dépenser ma puissance spirituelle. J’en avais besoin pour le Saut spatial.
Gari résistait à peine face à Païmon, et la Sœur de deux mètres quarante…
Grrr !
Pooo !!
Oh, merde. Ça sentait mauvais.
Le Bâton de fer de Benkei semblait avoir échappé à la Sœur de deux mètres quarante et gisait au sol, tandis que le Seigneur de la Montagne l’immobilisait et tentait de lui arracher la gorge.
Dans ce moment de danger, je sautai derrière le Seigneur de la Montagne et m’agrippai à sa couronne.
【Kyaak !】
Au même instant, ses griffes s’abattirent sur moi.
Je fis un Saut spatial et atterris au-dessus du ruisseau, dans la vallée, mais l’attaque du Seigneur de la Montagne ne s’arrêta pas.
Wham !
Le choc m’envoya valser.
Je frappai le ruisseau et rebondis à sa surface comme un caillou.
« Aaaargh ! »
Ça faisait mal ! Putain, qu’est-ce que ça faisait mal !
J’étais vivant ? Comment pouvais-je avoir survécu au coup d’un tigre gros comme une maison ?
« J-je suis… je suis vi… vivant… »
Mon manteau était fichu, mais mes sous-vêtements avaient tenu bon.
Vive le Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré…
【Grrr !】
Le Seigneur de la Montagne reprit aussitôt son équilibre et se rua de nouveau sur moi. Je fis encore un Saut spatial.
« Haa… haa… »
【Poo !】
La Sœur de deux mètres quarante accourut vers moi.
Tout en reprenant mon souffle, je lui parlai.
« P-protège-moi… encore un peu… »
【Po, pooo !!】
La Sœur de deux mètres quarante m’attrapa et m’emmena quelque part.
Je n’arrivais pas à ouvrir les yeux, faute de souffle, mais j’entendis quelque chose fendre l’air.
Elle devait être en train de brandir le bâton de fer.
« Pfiou, pfiou… »
J’étais épuisé.
Vraiment épuisé.
Combien de fois avais-je utilisé le Saut spatial ?
Je crois que j’avais arrêté de compter après trente.
Et combien de fois m’avait-on poignardé ?
Mon manteau était plein de trous, impossible de le savoir.
Ce premier coup de hache avait été trop violent.
Je ne pouvais même plus bouger un bras. Il était peut-être broyé.
Screeech !
« Crève ! »
Il y en avait tellement.
Il y en avait putain de trop.
Quand les Dragons seraient descendus, ils pourraient tous les exterminer d’un coup, non ?
J’avais l’impression que trois minutes s’étaient écoulées. Pourquoi n’avaient-ils toujours pas frappé ?
J’avais perdu toute notion du temps.
J’étais blessé. J’étais épuisé. Je voulais rentrer et me reposer.
Seigneur.
Je ne sais pas.
N’ai-je pas déjà fait tout ce que je pouvais ?
Ne puis-je pas simplement emmener les miens et fuir ?
Juste cette fois ?
« … »
Aucune réponse.
J’aurais voulu que Tu me dises quelque chose, dans ces moments-là.
J’aurais voulu pouvoir simplement faire ce qu’on me disait, sans avoir à porter la moindre responsabilité.
« Encore un peu… »
Vraiment, encore un tout petit peu.
Je vais essayer.
* * *
Il disparaissait, puis réapparaissait.
Il disparaissait, puis réapparaissait.
Yohan traversait le champ de bataille, ne choisissant que les gens à sauver, avant de disparaître et de réapparaître ailleurs.
C’était maladroit et rudimentaire.
Il existait peut-être une meilleure méthode.
Mais il n’avait pas le temps de réfléchir.
Aucune idée brillante ne lui venait, et il n’avait pas non plus de nouvelle technique utile à essayer.
Béleth, le démon de l’amour.
Ce n’était pas ainsi qu’il fallait utiliser son pouvoir.
L’amour d’un démon était égoïste, possessif, obsessionnel, exclusif, contraignant et compulsif.
Si Yohan devait exercer le pouvoir de Béleth, il n’aurait pas dû s’y prendre ainsi.
Païmon, le démon de l’autorité.
Pour s’opposer à l’autorité de la notoriété et de l’existence perpétuelle, il aurait dû la briser au moyen d’un amour totalement égoïste et contraignant.
Telle était la nature des pouvoirs démoniaques.
Ils pouvaient être puissants et pratiques, mais ils étaient empreints de malveillance.
La manière dont Yohan s’en servait était donc contraire à leur nature.
L’amour du démon et celui de Yohan étaient différents.
Le sien était un amour dévoué, généreux, serviable, inconditionnel, qui n’attendait rien en retour.
Pas l’amour d’un démon.
L’amour que le Christ enseignait à ses disciples.
L’amour qu’Il lui avait demandé d’étendre à tous.
L’agapè.
« E-encore un ! Un de plus ! »
Des choses que les gens pouvaient justifier selon les circonstances, puis abandonner.
Des choses qu’ils pouvaient refiler à quelqu’un d’autre.
Des choses qu’ils pouvaient choisir de fuir.
Des choses à propos desquelles ils pouvaient dire : « Juste cette fois. »
Parce qu’il ne pouvait pas faire ce que n’importe qui aurait pu faire.
« Encore un ! Un de plus !! »
C’était pour cela qu’il avait été choisi comme dernier roi dans le Livre des rois.
* * *
« C-combien ?! Combien y en a-t-il ?! »
De la salive me dégoulinait de la bouche.
Ou était-ce du sang ? Je n’en savais rien.
Je fis un Saut spatial et atterris devant quelqu’un, mais ma main ne parvint pas à l’atteindre.
Mon bras ne bougeait plus.
Alors je lui donnai un coup de tête dans le casque.
J’eus l’impression que mon crâne allait se fendre, mais je l’avais touché.
Whoom !
Je fis un Saut spatial.
J’atterris dans une forêt inconnue. Je le jetai sans ménagement au sol, puis repartis.
« Haa ! Haa ! »
Je ne voyais plus personne.
Non, ils étaient là, mais on les distinguait mal parmi les démons.
Il n’en restait plus beaucoup…
« Screeeech ! »
Les démons de la Légion se ruèrent sur moi, animés d’une férocité meurtrière.
Devais-je esquiver avec un Saut spatial ? Ma puissance spirituelle était presque à sec…
Alors que je tardais trop à me décider, la tête du démon qui fonçait sur moi disparut complètement.
【Pooo !】
C’était la Sœur de deux mètres quarante.
Elle avait fendu la marée de démons en faisant tournoyer le bâton de fer, et s’approchait de moi.
Alors qu’elle me tenait, je lui parlai.
« G-grande sœur… combien en reste-t-il ? »
【Po… !】
Je ne comprenais toujours pas ce qu’elle disait, mais je saisis ce qu’elle voulait dire.
Que j’en avais assez fait.
Que nous devions fuir, maintenant.
Ou bien était-ce simplement ce que je voulais entendre ? Je n’en savais rien.
« Nous sommes allés si loin… Autant en finir, maintenant. »
Mais ce fut exactement le contraire qui sortit de ma bouche.
La Sœur de deux mètres quarante ne répondit pas. Elle fit tournoyer le bâton de fer et se fraya un chemin à travers les démons.
Crac ! Splatch !
Les bruits écœurants de la chair qui éclatait et des os qui se brisaient retentirent à mes oreilles.
La Sœur de deux mètres quarante me porta jusqu’à l’endroit où se trouvaient les autres.
Encore une fois.
Je fis un nouveau Saut spatial.
« Argh… »
La pièce se mit à tourner.
Avais-je perdu trop de sang ?
Ou bien n’avais-je plus de puissance spirituelle ?
Je n’en savais rien.
Je n’avais pas de mesure précise. Je savais seulement que la situation était dangereuse.
« Encore un. »
Seigneur, laisse-moi en sauver un de plus.
──── !
Le téléphone sonnait depuis un moment.
Était-ce vraiment, vraiment dangereux ?
Je n’en savais rien. Encore un.
« Aaaargh ! »
【Po !】
Le souffle court et douloureux, je levai mes yeux injectés de sang vers la Sœur de deux mètres quarante.
Elle pleurait.
On dit qu’une belle femme reste belle même quand elle pleure.
« Il en reste ? »
Je ne parvins pas à finir ma question.
Quelque chose me remonta dans la gorge. On aurait dit que j’allais vomir.
Mais la Sœur de deux mètres quarante sembla comprendre quand même et secoua la tête.
D’accord. Alors…
Whoom !
【Po ?】
Ma vision s’illumina, puis le décor changea.
Une forêt.
【Poo──】
Avant que la Sœur de deux mètres quarante ne puisse m’attraper, je fis un Saut spatial et retournai dans le donjon.
À l’intérieur, le gigantesque Païmon et Gari se battaient toujours, tandis que les démons de la Légion déferlaient sur moi.
« Gariiiiiii !! »
Ttak ?!
Gari se retourna lorsque je hurlai de toutes mes forces.
Il était temps de partir.
Oublie tout et viens vers moi.
Gari comprit ce que je voulais et se précipita vers moi.
Païmon se lança à sa poursuite et les démons de la Légion foncèrent sur moi, mais Gari était un peu plus rapide.
Ttak !
Je tendis la main vers Gari, prêt à faire un Saut spatial dès que je le toucherais.
Mais alors…
« Ah. »
Ça ne marcherait pas.
Je n’avais plus une goutte de puissance spirituelle.
Screeeeeeeeeech !
Un bruit retentit dans le ciel.
Au moment où quelque chose déchira les cieux, traversa les nuages et plongea vers nous.
Boum !
Quelque chose perça le plafond et s’écrasa au sol.
Les Dragons étaient arrivés.
KABOUM !
Une déflagration assourdissante.
L’explosion et l’onde de choc qui suivirent ébranlèrent tout le donjon et soulevèrent le sol.
Les murs. Le plafond. Les piliers.
Tout s’effondra, pulvérisant tout autour de nous.
【Kwooooooo── !!】
Païmon poussa un hurlement monstrueux.
Mais le troisième Dragon qui plongeait sur lui le transperça de face.
Grondement !
Le sol s’effondra et un nuage de poussière recouvrit tout.
Le bruit s’évanouit. Je ne voyais plus rien.
Ma conscience aussi… s’évanouit.
« Argh ! »
J’ouvris les yeux sous un tas de terre.
J’avais mal partout, comme si mon corps avait été pulvérisé, et j’étais couvert de sang et de poussière.
« Je suis… vivant ? »
Pourquoi étais-je vivant ?
Je compris vite pourquoi.
« Gari ? »
Gari gisait étalée au sol.
À bien y penser, Gari avait dû m’avaler au moment de l’explosion.
Gari avait-elle encaissé seule l’onde de choc pour me protéger ?
Et Païmon, alors ?
Je tournai la tête.
« … C’est pas possible. »
Il se régénérait.
Son corps entier avait été déchiqueté et sa chair soufflée par l’impact direct d’un Dragon, mais il se régénérait toujours.
Cette capacité d’immortalité était complètement pétée, putain.
Qu’est-ce que je devais faire ?
Je n’avais pas beaucoup de temps.
Dès qu’il aurait fini de se régénérer, il se jetterait sur moi pour me tuer.
L’Épée sacrée ? Les autres reliques sacrées ?
Je ne pensais pas pouvoir les sortir de Gari.
Tout ce qu’il me restait sur moi, c’était…
« Pfiou ! »
Je rampai sur le sol.
Les Dragons avaient pulvérisé le sol et m’avaient enfoncé sous terre.
Le nœud de dragon devait donc être tout près.
« Pfiou ! »
Mes jambes ne bougeaient plus.
Je devais donc avancer avec les bras, mais mon omoplate brisée ne me laissait qu’un seul bras à peine utilisable.
J’avais mal au ventre.
M’avait-on poignardé là ?
On m’avait poignardé plus d’une ou deux fois. Il ne serait pas étonnant que mon corps soit plein de trous.
« Aaaargh ! »
Mon bras me faisait mal.
Chaque fois que je prenais appui sur une pierre pointue ou autre pour avancer, j’avais l’impression qu’on m’enfonçait une alène dans le bras.
Crac-crac-crac !
Un bruit sinistre me parvint aux oreilles.
C’était cette chose qui se régénérait.
Je devais atteindre le nœud de dragon avant qu’elle ait fini.
────
Un regard.
Je sentis un regard posé sur moi.
Celui de Païmon ? Non.
Tout au fond, dans les profondeurs souterraines de cet abîme sans fond, un autre roi attendait que le Site maléfique soit achevé.
J’avais l’impression que son regard nu rampait sur moi.
Et alors ? Qu’est-ce que tu pouvais faire, à part me regarder de travers ?
Après tout, c’était moi qui étais dans ce monde.
C’était moi qui pouvais agir, même si je devais ramper.
C’était moi qui pouvais tous vous chasser de ce monde.
J’enfonçai le Clou sacré dans le nœud de dragon, levai le poing de toutes mes forces et l’abattis.
« C’est la maison de mon Père ! Dehors, bande d’enfoirés ! »
À cet instant, un pilier de lumière jaillit vers le ciel.
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