Chapitre 126
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 126 : Site maléfique — 10
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Le cardinal Rosinald dépêcha une équipe de recherche dès qu’il perdit le contact avec les deux unités envoyées vers le nœud de dragon.
Comme personne ne savait ce qui se passait à l’intérieur, les membres de l’équipe avaient reçu l’ordre d’observer de loin et de transmettre leurs seules observations.
Puis, au moment où une colonne noire jaillit de l’endroit où se trouvait le père Gabriele, le cardinal Rosinald comprit que la situation avait très mal tourné.
« Faut-il nous préparer au pire… ? »
Le cardinal Rosinald se rappela la prophétie que Yohan avait reçue du pasteur Park.
Les Trois Rois.
Yohan avait arrêté l’un d’eux.
Mais, à cause de l’échec de l’Ordre du Temple, un autre roi avait rampé hors du sol.
À cet instant précis, tous les êtres vivants de cette terre ressentirent quelque chose d’étrange.
Un malaise inexplicable, une peur instinctive, une malveillance aux profondeurs insondables.
Les gens ordinaires pouvaient mettre cela sur le compte d’un vague inconfort, mais pas quelqu’un doté de capacités spirituelles comme le cardinal Rosinald.
Le troisième roi.
Le Grand Roi qui apparaîtrait en dernier, seulement après l’invocation de deux rois et l’achèvement du Site maléfique.
Et, parmi les Grands Rois correspondant à cette description, un seul lui venait à l’esprit.
Beelzebub, Baalzebub, Beelzebul, Baalsebul.
Autant de noms déchus.
Son véritable nom était celui d’un ancien dieu indigène de Canaan.
« Baal. »
Un roi déchu.
Un être qui avait autrefois été un dieu.
Une colonne titanesque qui piétinait les nations. Un être majestueux.
Un roi des Enfers, juste derrière le grand Mal, Lucifer.
Il y a trois mille ans, après que le Grand Roi Salomon eut scellé les soixante-douze démons dans une jarre de laiton, il fallut cinq cents ans pour qu’ils soient libérés.
C’était il y a deux mille cinq cents ans, au cinquième siècle avant notre ère, après la chute du royaume d’Israël, lorsque des humains brisèrent le sceau de la jarre de laiton sur la côte de la Néo-Babylonie.
Les soixante-douze démons étaient apparus à maintes reprises dans le monde des humains, le plongeant dans le chaos et apportant maladies, guerres et chute de dynasties.
Pourtant, Baal ne s’était jamais révélé.
Le dieu de Canaan qui exigeait des enfants en sacrifice vivant et promettait pluie et abondance.
L’être que le christianisme avait déchu de son statut divin pour en faire un roi maléfique.
« Je n’aurais jamais cru qu’il tenterait d’apparaître dans le monde aujourd’hui. »
C’était hors de question.
Sa seule existence était maléfique et ébranlait l’absolu du SEIGNEUR.
C’était un grand démon qui ne pouvait pas plus être autorisé à descendre sur terre que Satan lui-même.
« Le roi invoqué à l’heure actuelle est Païmon. Frère Yohan a empêché Béleth de descendre, ce qui nous a fait gagner un peu de temps, mais… »
Un grand démon de la trempe de Païmon pouvait aisément transformer une Veine sacrée en Veine fantôme.
La crise du Site maléfique n’était donc pas terminée.
« Il faut l’exterminer. »
Le cardinal Rosinald prit un téléphone satellite.
[Oui, Votre Éminence.]
Il appelait le quartier général du Bureau des affaires spéciales du Vatican, l’agence de la Cité du Vatican chargée d’exterminer les monstres.
« En vertu de mon autorité de directeur, déployez les Dragons vingt-deux, vingt-sept et trente et un. »
[Oui, mais Votre Éminence. Comme vous êtes à l’étranger…]
« Je sais, je sais. Il me faut le consentement d’un autre Paladin de l’organisation. Contactez-le. Il n’hésitera pas un instant. »
[Oui. Je vais contacter immédiatement sir Falkenstein.]
La réponse ne tarda pas.
[Autorisation accordée. Sir Sebastian Konrad Falkenstein a autorisé le déploiement des trois Dragons de la branche d’Europe de l’Est.]
« Il n’a même pas demandé pourquoi ? »
[Sir Falkenstein a dit que si Votre Éminence jugeait cela nécessaire, cela lui suffisait…]
« Ouf… »
Une réaction rapide, c’était bien, mais là, c’était trop rapide.
À peine plus de dix secondes.
C’était bien trop peu pour le contacter, lui expliquer la raison et transmettre sa réponse.
Mais, dans une situation pareille, chaque seconde comptait.
« Préparez les Dragons au déploiement. Il faut qu’ils puissent être lancés immédiatement. »
Les Dragons, qui étaient restés enroulés dans toute l’Europe de l’Est, se dévoilèrent lentement.
* * *
Les Dragons arrivaient.
L’Ogive d’annihilation des grands monstres, la Lance-Dragon.
Une bombe antibunker sacrée conçue par l’Église catholique.
J’avais vu de quoi était capable une Lance-Dragon d’acier, avec son ogive de vingt tonnes lancée à Mach 7, lors de la Grande Parade des Cent Démons du Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré.
Et ils en envoyaient plusieurs ?
Je ne savais pas exactement à quel point ce serait terrible, mais toute la zone allait être complètement ravagée.
« Il y a du monde ici ! Les mercenaires et les membres de l’Ordre du Temple sont tous là ! »
[Nous n’avons pas le choix. Nous devons tout faire pour arrêter le déchaînement d’un grand démon.]
Je ne pensais pas que le cardinal serait aussi inflexible.
Je pouvais comprendre, cela dit.
Moi aussi, je savais qu’on ne pouvait pas laisser cette chose s’échapper dans le monde.
« Combien de temps nous reste-t-il ?! »
[… Dix minutes. L’impact aura lieu dans dix minutes.]
« D’accord. »
[Frère Yohan ? Qu’avez-vous l’intention de faire ?]
« Je vais essayer de le tuer en dix minutes. »
[Frère Yohan ? Qu’est-ce que vous racontez ? Sortez de là tout de suite…]
Clic !
Après avoir raccroché, je fixai Païmon depuis le dos de Gari en Mode Char.
Est-ce que je pouvais le faire ?
Non. Je devais le faire.
« Ouf… ! »
J’ouvris la Bible de Gutenberg et en feuilletai les pages à toute vitesse.
Les pages qui s’envolaient dans toutes les directions se transformèrent en épées et s’abattirent en pluie.
On aurait dit un maître d’arts martiaux contrôlant une véritable tempête d’épées, mais Païmon ne broncha pas sous le déluge.
Peut-être était-il trop grand. Les épées ressemblaient à des cure-dents plantés dans sa chair.
« Alors, il est temps de le brûler. »
Si les lames ne suffisaient pas, j’emploierais le feu.
Je fis apparaître un fouet de flammes grâce au pouvoir d’Auns.
Auns, le démon des flammes, le cinquante-huitième.
Son pouvoir était celui du feu, et la manière la plus simple et la plus destructrice de le façonner consistait à en faire un fouet.
Sans doute à cause des légendes qui le décrivaient brandissant un fouet enflammé.
Crac !
Dans un bang supersonique caractéristique, le fouet enflammé frappa l’énorme sabot de chameau.
Dans un vif sifflement, il s’enroula autour de la patte du chameau et les flammes commencèrent à se propager depuis le point d’impact.
── !!
Païmon, qui n’avait pas réagi à la pluie d’épées sacrées, bougea cette fois, comme s’il avait ressenti de la douleur.
Un énorme sabot de chameau se souleva bientôt et retomba vers nous, mais Gari en Mode Char pouvait facilement encaisser ce genre de…
Clong !
« Hein ? »
Le char s’arrêta.
Les roues étaient bloquées. Des cadavres de démons s’étaient coincés dans les roues enflammées et les empêchaient de tourner.
Évidemment. Foncer tête baissée au milieu d’autant de démons n’allait pas être facile.
Le sabot de chameau s’abattit à son tour.
Il était assez gros pour nous écraser, Gari et moi, d’un seul coup.
Fwoom !
Ma vision vacilla et le sabot de chameau frappa l’endroit où nous nous trouvions un instant plus tôt.
Boum !
Le sol s’effondra sous le sabot, écrasant les démons qui n’avaient pas réussi à s’enfuir.
Le choc était terrifiant.
S’il me marchait dessus, je serais réduit en bouillie et je mourrais sur-le-champ.
« Mon seigneur !! »
Quelque chose me bondit dessus par-derrière.
C’était Kohaku.
« Kohaku ?! Hé, petite peste ! »
Et Kohaku n’était pas la seule.
Le père Gabriel, les membres de l’Ordre du Temple et les mercenaires fonçaient tous sur moi.
Gari courut pour les éviter, mais Kohaku et moi roulions l’un sur l’autre et j’avais du mal à suivre.
« Aïe ! Hé ! Tu viens de me mordre, là ?! »
« Soumettez-vous docilement à l’illustre personne ! Reconnaissez son autorité et rendez-vous ! »
Sa façon de parler avait changé, elle aussi.
Ma fidèle vassale Kohaku avait-elle joué la comédie depuis le début ?
Ça me faisait un peu bizarre, mais je ne pouvais pas la laisser comme ça.
Elle semblait ensorcelée par le pouvoir du démon, et je ne pouvais pas lui faire de mal.
« Lâche-moi, d’abord ! »
« Gyaaa !! »
J’attrapai Kohaku et bondis hors du donjon.
Je la jetai sur le côté, retournai auprès de Gari et reculai à la vue des membres de l’Ordre du Temple qui me poursuivaient comme des zombies.
Je devais sauver ces gens et les faire sortir d’ici, mais cette fichue fascination posait problème.
Je devais aussi éviter les gens avec mon fouet enflammé. Si je m’occupais de chacun séparément, impossible de me battre correctement.
Qu’est-ce que je pouvais faire ?
Les emmener avec moi grâce au Saut spatial ?
C’était sans doute la solution la plus réaliste, mais comment étais-je censé attraper des gens qui essayaient de me tuer et m’enfuir avec eux ?
Le pouvoir des flammes risquait aussi de brûler mes alliés.
Je ne pouvais pas non plus utiliser, pour l’instant, le pouvoir qui me permettait de commander les bêtes et les oiseaux.
Il ne me restait donc que…
« Béleth. »
Son pouvoir.
Un ange déchu du Livre d’Enoch.
Sa stature égalait la véritable forme de Gari.
Il possédait lui aussi un pouvoir lié au feu, mais son véritable don était tout à fait inattendu.
« L’amour ? Ce salaud est vraiment un démon ? »
L’un des yeux de l’anneau de Gari tressaillit.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, le pouvoir de Béleth était celui de l’amour.
Mais puisqu’il s’agissait du pouvoir d’un démon, ce ne pouvait pas être un amour ordinaire.
Le pouvoir de se faire aimer. Le pouvoir d’aimer.
Mais il n’y avait aucune pureté là-dedans. C’était un amour qui menait aux caprices du destin et à la ruine.
Je n’avais aucune idée de son fonctionnement, mais pouvait-il me permettre de résister à la fascination de Païmon ?
Mais comment étais-je censé m’en servir… ?
Martim, le démon de l’espace. Marchosias, le démon des bêtes. Auns, le démon des flammes. Decarabia, le démon des morts.
Leurs caractéristiques étaient claires et leurs pouvoirs assez faciles à comprendre.
Mais le pouvoir de l’amour ?
Je ne savais même pas par où commencer.
« Gari ! »
Une ombre noire s’abattit sur ma tête.
Un sabot de chameau allait nous réduire en bouillie, alors j’avais utilisé le Saut spatial pour l’éviter…
« Hein ? »
Un autre sabot tombait au même moment.
J’avais fait un petit saut pour économiser mon énergie spirituelle, et Païmon l’avait anticipé !
Craash !
Le sabot ne fit que nous frôler, mais la seule onde de choc nous projeta, Gari et moi, dans les airs.
« Urgh ! »
Un corps humain pouvait-il vraiment être projeté aussi facilement ?
Au moment où j’allais m’écraser au sol, quelqu’un me rattrapa.
【Po !】
« Dieu merci. Grande sœur, vous m’avez sauvé… »
Avant même que je puisse être soulagé, le Seigneur de la Montagne bondit et se jeta sur la Sœur de deux mètres quarante.
Les deux s’emmêlèrent dans une bagarre.
Je reportai précipitamment mon attention sur Gari, mais la situation y était tout aussi urgente.
Clac ! Paf ! Crac !
Gari se jetait sur Païmon, lui arrachait des lambeaux de chair et le percutait.
Païmon fit tournoyer son amas de chair atrocement déformé comme si de rien n’était, puis riposta.
Craash !
Gari fut projetée au loin.
Mais elle n’abandonna pas et repartit aussitôt à la charge.
C’était dangereux.
Gari avait toujours été d’une puissance absolue, mais contre un grand démon comme Païmon sous sa forme physique, elle ne pouvait pas gagner sans reprendre sa véritable forme.
Nous étions loin de pouvoir proclamer un sanctuaire et, surtout…
« Ah ! »
J’évitai de justesse la hache d’un membre de l’Ordre du Temple.
Je crus reconnaître sœur Marian. Son doux sourire d’un peu plus tôt avait complètement disparu.
« Meurs ! »
Les autres membres de l’Ordre du Temple étaient dans le même état.
Le pouvoir de Païmon, sa fascination, devait être si puissant que même les ecclésiastiques n’y résistaient pas.
Tout en esquivant leurs attaques, j’essayai de sortir du périmètre où Gari et Païmon se battaient.
Mais les démons se ruèrent eux aussi sur moi.
Évidemment. J’étais leur cible la plus facile.
Je me défendais avec le Saut spatial et le fouet enflammé, mais ils étaient trop nombreux.
Combien de temps me restait-il ?
Cinq minutes ? Quatre ?
Bon sang, j’aurais dû surveiller l’heure.
Réfléchis.
Je ne pouvais pas abandonner tout le monde et m’enfuir seul.
Les Dragons allaient bientôt arriver et faire sauter tout cet endroit.
Même si j’essayais de les évacuer, ils étaient ensorcelés et ne m’écouteraient pas.
Le pouvoir de l’amour de Béleth, l’autre roi démon, pouvait-il nous sortir de là ?
Le pouvoir de l’amour ?
C’était un pouvoir démoniaque, il devait donc cacher quelque chose de sinistre.
Pouvais-je m’en servir pour sauver ces gens ?
« Aimez votre prochain et priez pour ceux qui vous persécutent. »
Matthieu 5, 43-44.
« Il n’y a rien d’exceptionnel à n’aimer que ceux qui vous aiment. »
Matthieu 5, 45 et 47.
« Aime le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. »
Marc 12, 29-30.
« Aimez vos ennemis et faites du bien à ceux qui vous haïssent. »
Luc 6, 27.
Quoi d’autre ?
Qu’est-ce qui avait encore un rapport avec l’amour ?
Qu’est-ce que je pouvais utiliser pour m’en sortir ?
« N’importe quoi, ça m’est égal, mais sers-t’en ! L’amour ! L’amour ! Oh, allez ! Aimons-nous les uns les autres ! »
Esquiver les attaques sans rien faire d’autre m’épuisait.
Il était impossible d’attraper les gens un par un et de m’enfuir avec eux grâce au Saut spatial.
Le Saut spatial.
Le contact.
Esquiver.
Esquiver.
Esquiver ?
« Ah, merde. »
Je m’arrêtai.
À l’instant même, la hache de sœur Marian s’abattit droit sur mon épaule.
Crac !
« Urgh… »
Ça faisait mal.
Mais la lame ne me transperça pas.
Je le devais à mon manteau haute performance et à mes sous-vêtements rembourrés de poils de la queue du Renard à neuf queues de Kyoto, au visage blanc et au pelage doré.
Ils ne pouvaient tout de même pas absorber tout le choc. Mon épaule, frappée par la hache, était en miettes.
« … ! »
Je serrai sœur Marian contre moi.
Elle sursauta, mais une autre attaque suivit.
Cette fois, une épée me transperça le dos.
C’était l’un des mercenaires, armé de ce qui ressemblait à un couteau de combat.
Je posai le pied sur le talon de sa botte de combat.
La troisième attaque était dangereuse.
Une épée longue visa ma gorge. Je l’évitai, mais elle me frôla de justesse.
J’attrapai le bras de la personne.
La quatrième, puis la cinquième.
À ce stade, mes mains et mes pieds étaient en contact avec eux tous.
L’instant d’après.
Fwoom !
Je bondis hors du donjon, balançai les cinq personnes sur le côté, puis revins.
« Aaaah ! »
Vlan !
« Urgh. »
Putain, ça faisait mal.
Même avec le manteau, c’était un peu…
Vlan !
Clac !
Je bondis de nouveau dans l’espace.
Neuf personnes en tout ?
Combien en restait-il ?
Je n’en savais rien. Il devait y en avoir une cinquantaine.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Celui qui agit ainsi est mon ami. »
Jean 15, 13.
Les paroles que Jésus avait adressées à ses disciples.
Le grand amour.
L’amour véritable, qu’on prouvait en risquant sa vie.
« Très bien. Allons-y. »
Les missiles allaient tomber dans trois minutes.
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