Chapitre 115
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 115 : La grande évasion d’Aoji (2)
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La nuit, dans la Zone de contrôle spéciale d’Aoji.
Les soldats de l’Armée populaire coréenne patrouillaient toute la nuit le long de la frontière, près du Fleuve Tumen.
Vingt-sept fugitifs avaient disparu en une nuit.
Qu’un seul prisonnier parvienne à s’échapper suffisait à mettre le camp sens dessus dessous, mais vingt-sept ?
Certes, tout le camp s’était agité pour rattraper cette volée d’oiseaux, mais ça n’avait aucun sens.
Vingt-sept prisonniers avaient disparu en un clin d’œil parce que tout le monde s’était affolé un instant ?
« C-camarade directeur ! »
« Vous les avez retrouvés ?! Alors ?! »
Le directeur du camp s’accrocha à l’espoir lorsque les membres de l’équipe de recherche vinrent lui faire leur rapport. Pourtant, un seul regard à leurs mines lui apprit que la réponse ne serait pas celle qu’il espérait.
« N-non, monsieur… Nous ignorons comment c’est arrivé… Ils ne sont pas non plus à la frontière. On dirait qu’ils se sont complètement évaporés. »
« Comment ? Comment est-ce possible ?! Bande d’incapables, vous avez vraiment bien cherché ?! »
« N-nous avons déployé la majeure partie de l’unité pour les chercher ! »
Malgré tout, ils n’avaient pas trouvé la moindre trace des fugitifs.
Si autant de personnes s’étaient échappées, elles auraient dû traverser le Fleuve Tumen pour rejoindre la Chine. Comment se faisait-il qu’il n’y ait aucune trace d’elles ?
« Je suis foutu ! Tout est fini !! »
Park Daegi, directeur du camp pénitentiaire politique d’Aoji, avait envie de s’effondrer et de pleurer.
Vingt-sept personnes. Vingt-sept, bon sang !
Comment le directeur était-il censé en assumer la responsabilité ?
Il parvint à une conclusion.
Il ne pouvait pas se laisser accuser.
Il lui fallait donc trouver une solution.
« D-disons qu’ils sont morts. »
« Camarade directeur ? »
« Il n’est pas rare que des réactionnaires meurent à la mine de charbon. Nous dirons qu’un nombre exceptionnellement élevé d’entre eux est mort cette fois-ci ! »
« M-mais si nous annonçons d’un coup autant de décès… »
Clac !
Le directeur abattit la main sur son bureau.
« Nous étalerons ça dans le temps ! Nous dirons qu’ils sont morts un par un ! Avec vingt-sept personnes, on peut faire passer ça sur quelques mois ! »
Les décès à la mine de charbon d’Aoji étaient assez fréquents pour que ça puisse marcher.
Les soldats de l’Armée populaire coréenne en poste là-bas n’avaient pas mangé de soupe à la viande et aux os depuis longtemps. Dans quel état les prisonniers devaient-ils être, eux ?
Que deux ou trois personnes meurent chaque mois à cause du travail éreintant dans la mine et de la malnutrition n’avait rien d’inhabituel.
S’ils prenaient leur temps et faisaient passer les fugitifs pour des décès dûment enregistrés…
« C-camarade ! Nous avons un grave problème ! »
« Quoi, encore ?! Qu’est-ce qui peut bien arriver de plus ici ?! »
Le directeur hurla sur le garde qui venait de faire irruption pour lui transmettre son rapport.
La nouvelle le frappa comme un coup de tonnerre.
« T-trente… Exactement trente et un autres prisonniers ont disparu ! »
« Quoi ? »
Pendant un instant, le directeur oublia comment parler.
La situation était si absurde qu’il n’avait plus rien à dire.
« Q-qu’est-ce que vous racontez ? Les prisonniers n’étaient-ils pas enfermés sous haute surveillance ? »
« L-les prisonniers d’un baraquement entier ont soudainement disparu ! Nous montions clairement la garde ! »
« Espèce d’idiot ! Tu crois que je vais avaler ça ? Tu veux dire que les réactionnaires se sont enfoncés sous terre pendant la nuit ? »
« J-je vous jure que je ne sais pas ce qui s’est passé ! »
Incapable d’y croire, le directeur se rendit aux baraquements des prisonniers réactionnaires.
Il y découvrit un baraquement complètement vide.
« Ah… »
« Camarade directeur ! »
Les gardes rattrapèrent leur directeur qui s’effondrait au sol.
Mais il ne pouvait plus se relever.
C’était fini.
Il n’y avait plus moyen de revenir en arrière.
En une seule journée… non, en deux jours à peine, près de soixante prisonniers avaient disparu.
Il y avait forcément un grave problème dans ce camp.
Qui pouvait garantir qu’il n’y aurait pas encore des disparitions le lendemain ?
Et même s’ils réglaient le problème, la tête du directeur finirait à coup sûr par tomber.
« C-camarade directeur ? Où allez-vous ? »
« Euh… Je vais réfléchir un peu. »
Le lendemain matin, le directeur disparut.
« Où diable est-il passé ?! Vous n’avez rien entendu ?! »
« N-non, monsieur ! Sa famille aussi a fui pendant la nuit, alors nous ignorons où ils sont… »
« Ce n’est pas évident ?! Ils ont traversé le Fleuve Tumen ! »
Ce salaud de directeur.
Terrifié à l’idée d’être tenu responsable et puni, il avait fui de l’autre côté de la frontière avec sa famille !
« Q-qu’est-ce qu’on fait, camarade directeur adjoint ?! »
« C’est allé trop loin ! Park Daegi s’est enfui pendant la nuit, et les habitants l’ont signalé ! Le Département de la Sécurité d’État envoie des inspecteurs ! »
« Ce putain de salaud… »
Ils étaient foutus.
Tout allait leur retomber dessus.
« Nous aussi… On se tire ! »
« Quoi ? Comment ça, on… ?! »
« Reprenez-vous ! Près de soixante prisonniers ont disparu de ce camp ! Ce salaud de directeur a pris la fuite. Quand les agents de la Sécurité d’État débarqueront, qui croyez-vous qu’ils accuseront en premier ?! »
Le directeur adjoint serait le premier sur la liste.
Ensuite viendraient les soldats de l’Armée populaire coréenne chargés de la sécurité, puis les membres de l’équipe de recherche qui n’avaient obtenu aucun résultat malgré les recherches d’envergure.
« On finira tous à servir de cible aux canons antiaériens ! Compris ?! Notre seule chance, c’est de traverser le Fleuve Tumen avant l’arrivée de la Sécurité d’État ! »
« …Je vais d’abord chercher ma famille. »
Les responsables rassemblèrent en hâte leur famille et le peu de biens qu’ils possédaient, puis traversèrent le Fleuve Tumen.
Les soldats de l’Armée populaire coréenne qui les regardaient fuir sans se cacher en restèrent stupéfaits.
« M-mais qu’est-ce qui se passe, bon sang ? »
« Comment ça, qu’est-ce qui se passe ?! Si on ne veut pas mourir, il faut trouver un moyen de sauver notre peau ! »
Ils avaient échoué à garder le camp et à retrouver les fugitifs.
Les responsables qui auraient dû en assumer les conséquences s’étaient tous enfuis ; c’était donc à eux qu’on allait faire face au peloton d’exécution.
« Fuyons ! »
Une crise sans précédent provoqua une évasion collective sans précédent.
Alors que les soldats fuyaient sans se soucier des prisonniers restants, ceux-ci restèrent longtemps figés dans le camp déserté.
« Q-qu’est-ce qui se passe ? »
« On peut vraiment faire ça ? »
Les rumeurs s’étaient déjà répandues parmi eux.
Des dizaines de prisonniers s’étaient évadés pendant la nuit, et des dizaines d’autres le lendemain.
Ils n’y comprenaient rien.
Une évasion collective pareille aurait dû nécessiter une préparation minutieuse.
Si un tel plan avait circulé, quelqu’un aurait dû en entendre parler. Pourtant, personne n’était au courant.
« L-le dépôt ! Personne ne le surveille ! »
« À manger ! Allons nous servir ! »
Dès qu’ils comprirent qu’il ne restait plus un seul soldat de l’Armée populaire coréenne pour les surveiller, ils décidèrent de commencer par piller le dépôt.
Pour des gens qui avaient passé des années aux travaux forcés sans jamais manger à leur faim, rien ne comptait plus que la nourriture.
« Du riz au maïs, du radis salé… quelques morceaux de kimchi, et c’est tout… »
« Ces salauds… Ils nous gardaient enfermés en mangeant ça, eux aussi ? »
La seule différence, c’était que les soldats de l’Armée populaire coréenne recevaient des rations un peu plus copieuses.
Mais même ça ne les empêchait pas d’avoir l’air de squelettes décharnés.
« Hein ? Vous cuisinez tous vous-mêmes ? »
« … !! »
À cet instant, un jeune homme vêtu avec soin apparut dans le camp.
En le voyant, les prisonniers crurent qu’un haut fonctionnaire était venu et se prosternèrent aussitôt.
Même le directeur n’avait pas les moyens de porter des vêtements aussi impeccables. Et sa peau si pâle ne pouvait être que celle d’un gros bonnet de Pyongyang.
« N-nous avons commis un péché qui mérite la mort ! »
« L-les soldats ont tous disparu, et nous voulions seulement trouver quelque chose à manger ! »
Ils pensaient que cet important personnage allait les punir d’avoir pillé le dépôt.
Mais la réaction du jeune homme fut tout à fait inattendue.
« Ouah, c’est du kimchi nord-coréen ? Il est si pâle. Vous ne mettez pas de piment rouge en poudre ? Et ça, c’est quoi ? On dirait du radis. »
« Pardon ? »
« Euh, c’est du radis salé. Du radis mariné dans de la saumure. »
« Ah. Mais c’est tout ? »
« Pardon ? Le radis salé, c’est juste du radis salé. »
« Beurk… C’est trop salé. Je ne peux pas manger ça… »
À quel point fallait-il être gâté pour n’avoir jamais mangé de radis salé ?
Quoi qu’il en soit, c’était forcément le fils d’un haut fonctionnaire.
« C’est un peu tard pour vous poser la question, mais… vous voulez tous faire défection ? »
« Pardon ? Grand ciel ! Ne dites pas des choses aussi dangereuses ! »
« Nous n’avons jamais eu de telles pensées délirantes ! »
« Les réactionnaires qui se sont échappés n’ont rien à voir avec nous ! »
« Ah, vous vous méprenez. »
Le jeune homme, Yohan, dissipa le malentendu des prisonniers.
« Je suis venu vous aider à faire défection. Si vous voulez venir avec moi, je vous emmènerai. »
« … »
Le jeune homme disait la vérité.
Tous ceux qui lui prirent la main disparurent comme s’ils s’étaient évaporés.
C’est ainsi que 287 personnes disparurent de la zone de travail spéciale du camp pénitentiaire d’Aoji en trois jours.
Comparé au nombre total de prisonniers des camps autour d’Aoji, ce n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan. Cela dit, l’incident était assez grave pour plonger les dirigeants nord-coréens dans la panique.
Quand les agents du Département de la Sécurité d’État, arrivés trop tard pour enquêter, découvrirent la situation, ils eurent la même pensée.
« I-ils ne vont pas tout nous mettre sur le dos ? »
« N-notre seule chance de survivre, c’est de fuir la République ! »
Les agents du Département de la Sécurité d’État envoyés pour enquêter s’enfuirent eux aussi. La fuite collective historique du camp pénitentiaire de la mine de charbon d’Aoji ne fut révélée qu’après avoir fait la une des journaux sud-coréens.
* * *
La magie du Saut spatial ne fonctionnait que dans les endroits où j’étais déjà allé.
Même si je pouvais retourner à la frontière chinoise, il me fallait d’abord approcher du camp.
Ce n’était pas très difficile.
Kyaaaaaah !
Après tout, j’avais Jinju, le roi-dino volant et l’éternel ami de Toruk Makto.
Je déployai ma Légion Gugu, forte de plusieurs milliers d’individus, repérai le camp où étaient retenus les parents de Cha Hyeran et créai une diversion en me matérialisant avant de les faire franchir la frontière par Saut spatial.
Après les avoir fait passer, il me restait encore beaucoup de pouvoir spirituel, alors je fis un nouveau saut.
Deux personnes de plus. Puis, tant que j’y étais, vingt-sept autres.
« C’est tout à fait faisable. Si je m’y consacre pendant quelques jours, je pense pouvoir en faire passer quelques centaines. »
« Yohan, tu ne te pousses pas un peu trop ? »
Le pasteur Go me regarda avec inquiétude, et je pris un instant pour y réfléchir.
« Ce n’est pas un endroit où des gens peuvent vivre. J’en ai l’occasion, alors je veux en faire autant que possible. »
« …D’accord. Pour la suite, laisse-nous nous en occuper, Yohan. Fais comme tu veux. »
Nous cachâmes les Nord-Coréens que j’avais fait sortir dans la planque du pasteur Jo, puis nous recommençâmes.
J’en fis passer un total de 342.
Le problème, c’était de les ramener tous en Corée du Sud, mais le pasteur Jo et le pasteur Go avaient terminé les préparatifs.
« Très bien ! À partir d’ici, nous allons au port de Posiet ! »
C’était un port russe situé près d’Aoji.
Les deux pasteurs conduisirent un gros camion qu’ils avaient réussi à dénicher. Nous étions serrés comme des sardines et le trajet fut atroce, mais réussir à transporter autant de monde était déjà impressionnant.
« Mais pourquoi un port russe ? »
« Nous avons des relations avec l’Église orthodoxe russe là-bas. Ils échangent des services avec nous depuis l’époque du pasteur Park. C’est une sorte d’alliance entre exorcistes. »
La Russie était tout aussi réticente à accueillir les transfuges nord-coréens, mais l’Église orthodoxe, c’était autre chose.
Les exorcistes de l’Église orthodoxe russe étaient des alliés de longue date de l’Église du Saint Temple de Gangnam, tout comme le Clan Tsuchimikado du Japon.
On aurait dit qu’ils se rendaient souvent ce genre de services.
« Le pasteur Kim a emprunté le même itinéraire en s’enfuyant après avoir volé un vestige nord-coréen. »
Nous rencontrâmes un petit contretemps en chemin.
La nouvelle de l’évasion collective en Corée du Nord avait fini par se répandre, apparemment, et nous tombâmes sur un poste de contrôle. Mais le pasteur Jo géra la situation sans difficulté.
« En Chine et en Russie, il n’y a rien que l’argent ne puisse régler. »
Le pasteur Jo avait lui aussi passé des années à ouvrir des routes pour permettre aux transfuges nord-coréens de rejoindre la Corée du Sud.
Nous traversâmes la frontière entre la Chine et la Russie sans encombre et atteignîmes le port de Posiet en une demi-journée.
Un religieux orthodoxe russe, prévenu à l’avance, nous y attendait. À la vue des transfuges, il laissa échapper un rire incrédule.
« Ouah… Je pensais ne plus jamais voir une opération aussi dingue depuis le Paladin Kim. »
« Vous nous aviez déjà beaucoup aidés à l’époque, Archevêque Alexei. »
« J’étais évêque, à l’époque. Le temps a passé si vite. »
Quelqu’un de bien plus important que je ne l’avais imaginé était venu.
L’Archevêque Alexei me regarda avec un sourire en coin.
« Eh bien, cette fois, tu voles des gens au lieu de reliques, c’est mieux. Même si c’est plus compliqué. »
« Ce sera compliqué ? »
« J’ai dit compliqué, pas impossible. »
L’Archevêque Alexei mobilisa aussitôt le réseau de l’Église orthodoxe en Extrême-Orient pour réquisitionner des cargos et des bateaux de pêche.
Plusieurs navires devaient officiellement faire escale en Corée ou passer par le pays, et leurs papiers étaient parfaitement en règle.
Grâce à l’aide de l’Église orthodoxe, nous pûmes accoster à Busan.
« Bodhisattva Gari… Cette fois, vous avez vraiment provoqué un sacré remue-ménage. »
« Ouah… C’est quoi, ce bordel ? »
Le Chef d’équipe Kang et la Cheffe d’équipe Joo, de l’Association des Mystiques, nous attendaient au port.
« Une évasion collective aussi soudaine… Ça ne sort pas un peu de nulle part ? »
« Eh bien… C’est arrivé, c’est tout. Je me suis dit que je pouvais le faire. »
« Seigneur… »
« Père ! Mère ! »
« Hyeran !! »
Les trois personnes qui s’aperçurent au port se précipitèrent les unes vers les autres et s’étreignirent.
Cha Hyeran, qui n’avait cessé de demander des nouvelles avec angoisse au cours de la dernière semaine, s’accrocha à ses parents en sanglotant.
Je crois qu’on avait dit qu’elle venait tout juste d’atteindre l’âge adulte.
Oui, elle était encore assez jeune pour se blottir dans les bras de ses parents.
Dans un pays aussi anormal que la Corée du Nord, il y avait tant de choses qu’elle n’avait jamais pu avoir et dont elle pourrait désormais profiter librement.
« Tu as bien fait ! »
« Ouais ! Comme on pouvait s’y attendre de mon seigneur ! »
« Provoquer autant de remue-ménage et finir sans la moindre victime… Mon seigneur, vous êtes vraiment un pacifiste. »
« Ce soir, on mange du bœuf ! À nous de faire fondre notre compte en banque ! »
【Pou~ !】
Clac-clac-clac !!
Ce jour-là même.
Tandis que nous nous goinfrions de côtes de bœuf fondantes, les informations de vingt et une heures furent inondées de reportages sur l’évasion collective du camp pénitentiaire d’Aoji.
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