Chapitre 112
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 112 : Camp du Saint-Esprit (4)
──────
« Vous n’avez pas entendu les deux camarades à la radio, lieutenant-colonel ? »
« … Je les ai appelés, mais ils n’ont pas répondu. »
« Je vois. »
Ri Gicheol répondit à Park Cheol, mais son regard ne cessait de glisser vers les pieds de ce dernier.
Était-ce son imagination ?
Dans l’herbe sombre, rien n’était net.
Pour mieux voir, il attira Park Cheol vers un lampadaire. En même temps, il continua de parler afin de ne pas éveiller ses soupçons.
« Sur quoi êtes-vous tombé ? Vous m’avez dit que c’était un tigre. Ne me dites pas que c’était le Seigneur de la Montagne ? »
« Veuillez m’excuser. C’était un tigre des montagnes. »
« Un tigre ? »
« Oui. Je suis désolé de vous avoir inquiété. »
« … »
Encore un pas.
Park Cheol derrière lui, Ri Gicheol ne relâcha pas sa vigilance.
Encore un peu.
Le lampadaire du camping se trouvait juste devant eux.
Un pas. Un autre.
Quand Ri Gicheol passa sous le lampadaire, son ombre se dessina naturellement à ses pieds.
Il fit encore quelques pas, incitant Park Cheol à s’approcher.
Mais alors…
Les pas derrière lui s’arrêtèrent.
« Camarade Park Cheol ? »
« Lieutenant-colonel. »
Il ne le suivait pas.
Ri Gicheol tourna lentement la tête.
« Pourquoi ne venez-vous pas ? »
« Lieutenant-colonel. Pourquoi quelqu’un qui s’infiltre dans un endroit se montrerait-il au grand jour ? »
« … Il n’y a même pas de gardes. Allez, suivez-moi. »
« … »
« … »
Le silence s’installa entre eux.
Park Cheol resta dans l’herbe. Les yeux rivés sur Ri Gicheol, il esquissa un sourire.
【Tu as compris ?】
« Espèce d’ordure. Même devenu un Chang-gwi, tu aurais dû rester fidèle à la patrie ! »
Ri Gicheol braqua son arme sur Park Cheol.
Pan !
La détonation brève et caractéristique d’un tir silencieux retentit, et la balle traversa Park Cheol.
【Argh !】
La balle qui avait transpercé Park Cheol n’était pas ordinaire.
C’était une balle spirituelle, capable de tuer les fantômes.
Fabriquée en broyant le sang et les os de personnes dotées de pouvoirs spirituels, elle était même efficace contre le corps spirituel d’un Chang-gwi.
【Ri Gicheol, espèce d’ordure ! Tu ne penses qu’à sauver ta peau… !】
« Évidemment, je ne suis pas un déchet jetable comme toi. Tu n’avais qu’à ne pas trahir la patrie. »
Après avoir exécuté un traître, Ri Gicheol entra rapidement dans le camping.
Si Park Cheol avait succombé au Seigneur de la Montagne, Ri Myeonghui et Kim Jinhyeok devaient probablement avoir subi le même sort.
Il ne restait plus que lui.
Devait-il battre en retraite ? Non, il était déjà trop tard.
Il n’avait qu’une seule chance de survivre.
Il devait maîtriser le Bodhisattva Gari comme prévu et l’enlever pour l’emmener au Nord.
Une fois qu’il l’aurait sous son contrôle, même ces puissants familiers ne représenteraient plus une menace.
Ri Gicheol s’enfonça à toute allure dans le camping.
Des bruits animés provenaient de l’intérieur.
On lui avait dit qu’ils avaient amené des enfants, mais les gamins chantaient et dansaient comme des fous.
Devait-il prendre des otages ?
Non, c’était impossible.
En regardant de plus près, il vit un Fantôme de deux mètres quarante au milieu du camping, qui surveillait les environs.
Ce monstre à grande bouche protégeait sûrement aussi les enfants.
« Peu importe. Ce n’est pas lui que je cherche. »
En observant le camp, il avait déjà repéré les dortoirs.
Le Bodhisattva Gari… Il avait appris que cet homme s’appelait Baek Yohan. Il lui suffisait donc de trouver un objet imprégné de son énergie.
Il devait en trouver un.
« Ouf… ! »
Ri Gicheol regarda une grande salle qui servait de dortoir.
On lui avait dit que c’était un hébergement collectif, et tout le monde semblait y avoir laissé ses affaires.
Heureusement pour Ri Gicheol, les sacs étaient rangés par groupe.
[Groupe de Yohan.]
« C’est ici ? »
Ri Gicheol repéra l’étiquette correspondant au nom du Bodhisattva Gari et fouilla dans les affaires.
Il trouva même le sac à dos que Yohan portait quand il avait observé le camp.
Il devait trouver l’objet qui servirait de meilleur canal pour lancer une malédiction mortelle…
« Hmm… »
Brosses à dents, dentifrice, vêtements… Rien de spécial parmi les affaires qu’on avait apportées pour passer la nuit.
Plus le lien entre l’objet et sa cible était étroit, plus le canal était parfait.
Les objets du quotidien allaient de soi, et un vêtement ne ferait pas l’affaire s’il était trop neuf.
Il lui fallait quelque chose auquel la cible tenait…
Ou quelque chose qu’elle utilisait depuis longtemps.
« … »
Ri Gicheol se figea en regardant ce qu’il tenait.
L’objet était manifestement vieux et usé ; il avait donc forcément servi longtemps.
Surtout, son propriétaire l’avait porté près de son corps pendant des années, tissant ainsi un lien avec lui…
Oui, impossible de trouver mieux.
Ri Gicheol le glissa dans sa poche et allait quitter le dortoir lorsqu’une voix l’interpella.
« Hein ? Vous êtes qui ? »
« … ! »
C’était un enfant.
Il se tenait à l’entrée, accompagné d’un jeune homme qui semblait être l’un des moniteurs.
Ça se présentait mal.
S’il se faisait prendre ici, il n’aurait pas le temps de préparer le rituel !
Ri Gicheol repéra une fenêtre.
Sans hésiter, il se jeta dessus.
Crac !
« Au voleur de sous-vêtements !! »
* * *
Ri Gicheol serra le téléphone satellite dans sa main et attendit que son interlocutrice réponde.
Après une attente où chaque seconde parut durer dix ans, la communication s’établit.
[Tu es prêt ?]
« B-Bodhisattva de l’Esprit de sang ! »
C’était le Bodhisattva de l’Esprit de sang qui se trouvait à l’autre bout du fil.
On disait même que, si la famille Kim détenait l’autorité suprême de la République, la famille Cho régnait en maître sur le Bureau de gestion des forces militaires paranormales.
Un monstre que la République avait élevé par tous les moyens après avoir subi une humiliation sans précédent.
Un être qui broyait son peuple pour pratiquer une sorcellerie aussi puissante que sinistre.
La force de ses sortilèges n’avait rien à voir avec celle des sorciers du Nœud noir sud-coréens, si grossiers en comparaison.
Après tout, le Bodhisattva de l’Esprit de sang bénéficiait du soutien total du peuple et du Parti.
Autrement dit, elle était le seul moyen de renverser la situation.
« J’ai tout préparé. Vous pouvez… le faire ? »
[Tu doutes de mes capacités ?]
« N-non. Je ne doutais pas de vos capacités, Bodhisattva de l’Esprit de sang. »
Ri Gicheol s’empressa de ravaler ses paroles. Le Bodhisattva de l’Esprit de sang parut satisfaite et lui expliqua le procédé qu’elle avait préparé.
[Mes soixante disciples et moi préparons un rituel de malédiction mortelle. Tant que tu as bien récupéré l’objet, tout se passera sans problème.]
« Vous allez pousser les choses jusque-là… ! »
Oui, un rituel de malédiction mortelle accompli par le Bodhisattva de l’Esprit de sang et ses soixante disciples.
Même le plus puissant des Nœuds noirs y passerait.
« M-mais, est-ce prudent ? La cible ne doit pas mourir… »
[Ne t’inquiète pas. Comme l’a dit le lieutenant-colonel Ri Gicheol, c’est un sorcier hors pair, n’est-ce pas ? Il fera un médium très puissant. Nous ne pouvons pas nous permettre de le tuer à la légère.]
Les paroles du Bodhisattva de l’Esprit de sang redonnèrent espoir à Ri Gicheol.
Oui. Il rattraperait l’échec de sa mission en enlevant le Bodhisattva Gari pour l’emmener au Nord.
Le Bodhisattva de l’Esprit de sang s’assurerait de mettre la main sur le Bodhisattva Gari, qui pourrait devenir un médium exceptionnellement puissant.
Un accord fondé sur des intérêts clairement partagés.
[Le rituel de malédiction mortelle déchirera son esprit. Il doit posséder une puissante énergie spirituelle, alors il ne mourra pas.]
« Vous pouvez le contrôler avec autant de précision ? »
[D’autant plus que je ne dirige pas moi-même le rituel en tenant le canal. On peut dire que cette méthode complexe convient mieux à notre objectif.]
Cette situation était peut-être une bénédiction déguisée.
À cet instant…
Au cœur d’une montagne, en Corée du Nord, le Bodhisattva de l’Esprit de sang baissa son téléphone dans le sadang souterrain du Bureau de gestion des forces militaires paranormales, un sanctuaire traditionnel classé secret-défense, même dans ce pays.
« Le moment est venu. »
Dans le sanctuaire, le Bodhisattva de l’Esprit de sang et ses soixante disciples étaient agenouillés.
Les bougies disposées autour d’eux vacillaient d’une sinistre lueur rouge.
« Ri Gicheol. Commence le rituel de malédiction mortelle avec nous. »
[C-compris.]
Au même moment, Ri Gicheol dressa un autel et joignit sa sorcellerie à la leur.
Ri Gicheol lancerait le sort lui-même, tandis que le Bodhisattva de l’Esprit de sang et soixante sorciers le soutiendraient dans ce rituel de malédiction mortelle collectif.
Fwoosh !
Les bougies préparées s’embrasèrent.
Elles brûlaient grâce à une sorcellerie sinistre et à l’énergie spirituelle de soixante et une personnes.
Boum ! Boum ! Boum !
Le bruit des blocs de percussion en bois résonna.
Ce n’était pas un son ordinaire.
À chaque retentissement, les talismans collés aux murs du sanctuaire frémissaient, et les caractères à l’encre rouge tracés sur le papier démoniaque jaune bougeaient comme des insectes vivants.
Le Bodhisattva de l’Esprit de sang trempa son pinceau dans du sang rouge.
L’encre poisseuse, fabriquée à partir de chair humaine, imbiba le pinceau. Elle inscrivit un nom de trois caractères sur le papier démoniaque jaune.
Baek Yohan.
Comme c’était un fanatique de Jésus, inutile de connaître les caractères chinois de son nom.
Son registre familial devait mentionner ces caractères, mais pour les chrétiens, le nom Yohan importait parce qu’il perpétuait celui de l’un des douze disciples du Christ.
À l’instant où ce nom fut inscrit sur le papier démoniaque jaune, un violent tremblement secoua le talisman.
[Bodhisattva de l’Esprit de sang ! Le sous-vêtement… Non, le canal tremble !]
« Ici aussi. »
Le talisman portant le nom de Baek Yohan tremblait violemment.
Le fait qu’il se soit relié au canal par la sorcellerie prouvait qu’ils avaient bien saisi le nom de Baek Yohan ; cela montrait également que son pouvoir était exceptionnel.
« Il n’a vraiment rien d’ordinaire. Dépêchons-nous. »
Le Bodhisattva de l’Esprit de sang s’empressa d’achever le sort.
Aussi puissant fût-il, ils disposaient de soixante et un sorciers façonnés en broyant la chair du peuple.
Dès que le Bodhisattva de l’Esprit de sang approcha le talisman de la flamme rouge d’une bougie allumée, il s’embrasa et les soixante et un sorciers lancèrent simultanément le rituel de malédiction mortelle.
* * *
Au moment où Ri Gicheol lança le rituel de malédiction mortelle avec le Bodhisattva de l’Esprit de sang, il sentit le monde s’assombrir.
Un espace noir comme de l’encre.
Comme une ville plongée dans le noir sous des nuages d’orage, pendant une éclipse lunaire.
« Q-qu’est-ce que c’est ? »
« Ri Gicheol ? »
« Bodhisattva de l’Esprit de sang ?! »
Ri Gicheol paniqua en entendant cette voix familière dans le monde des ténèbres.
Pourquoi le Bodhisattva de l’Esprit de sang était-elle ici ?
Et elle n’était pas seule.
« M-maître ! »
« O-où sommes-nous ?! »
Ses disciples, qui auraient dû se trouver dans le sanctuaire souterrain du Bureau de gestion des forces militaires paranormales, avaient eux aussi été entraînés dans cet espace noir.
« C’est quoi, ce bordel ? Un rituel de malédiction mortelle, c’est censé se passer comme ça ? »
« Non, non… C’est impossible… Ça ne peut pas arriver… »
Quelque chose clochait.
Il était anxieux.
Un frisson lui parcourut l’échine.
Cette impression d’être observé par un regard inconnu n’était-elle que le fruit de son imagination ?
Non. N’importe qui aurait ressenti la même chose dans cet endroit entièrement plongé dans les ténèbres.
Frouissement !
« C’était quoi, ça ? Qu’est-ce qui vient de se passer ?! »
Quelque chose.
Quelque chose remuait dans les ténèbres.
Paniqué, Ri Gicheol exigea une explication du Bodhisattva de l’Esprit de sang.
« Bodhisattva de l’Esprit de sang ! Bodhisattva de l’Esprit de sang ! Expliquez-moi ce qui se passe, bon sang… ! »
En face de lui, dans l’espace noir, le Bodhisattva de l’Esprit de sang avait l’air d’avoir perdu la raison.
Elle était la sorcière dotée de la perception spirituelle la plus aiguisée parmi eux.
La plus grande sorcière que la Corée du Nord avait élevée à grand renfort de ressources.
Si même elle était à ce point bouleversée, alors qu’est-ce qui pouvait bien…
« Ô… Être suprême ! Grand Dieu ! Ayez pitié… ! Je vous en prie, ayez pitié… ! »
Quelque chose avait mal tourné.
Ça, il le savait.
Mais que signifiaient ces regards qu’il avait sentis depuis le début ?
Un par un.
Puis trois ou quatre à la fois.
Ils se mirent à remarquer quelque chose et à trembler.
Ri Gicheol comprit que tous leurs regards étaient tournés vers le ciel.
Il suivit leurs yeux et leva la tête.
Il sentit les yeux le fixer.
« Ah. »
Ça le démangeait.
Ça le démangeait, ça le démangeait, ça le démangeait.
Partout où ces regards effleuraient sa peau, les démangeaisons devenaient si insupportables qu’il n’en pouvait plus.
Ils s’écorchèrent les joues livides à force de les gratter, tandis que du sang coulait de toutes les ouvertures de leur corps. Ri Gicheol et le Bodhisattva de l’Esprit de sang virent alors une immense bouche s’ouvrir.
【En vérité, en vérité, je vous le dis.】
Ayez peur.
* * *
Le clair de lune était magnifique.
Loin de la pollution de la ville, je m’étais installé dans une vallée de montagne où l’eau était fraîche et l’air pur, et je contemplais le ciel.
Contrairement au ciel terne de tous les jours, cet endroit où je pouvais me perdre parmi d’innombrables étoiles me paraissait appartenir à un autre monde.
« L’ambiance est trop bien~ »
J’ouvris une canette de cola et la levai vers la lune.
« Santé~ »
Glou, glou. Ahhh, ça fait du bien !
« Professeur Yohan ! Les enfants ont fini le temps de prière ! Dépêchez-vous de venir ! »
« Ah, oui~ »
Ouf, ma petite pause était terminée.
La première journée du Camp du Saint-Esprit était déjà bien intense.
« Gari, tu peux finir le reste. »
Clic, clic !
Je versai la boisson pétillante dans la bouche grande ouverte de Gari.
Gari aimait aussi le poulet et la bière, mais pas d’alcool aujourd’hui. Il fallait veiller sur les enfants.
« Professeur Yohan ! Dépêchez-vous de venir ! »
« Et voilà que vous repartez dans votre dialecte, madame Cha Hyeran. »
Je tournai la tête et regardai au-delà du camping.
Après avoir repéré les grandes silhouettes là-bas, je hochai la tête et retournai dans le bâtiment.
« Ô Seigneur ! À toi ! J’adresse mes remerciementsss !! »
« Pour m’avoir donné Siloéééé !!!! »
Une nuit sombre.
Une nuit noire comme l’encre.
Même s’ils croisaient un Fantôme de deux mètres quarante ou se faisaient emporter par un tigre…
Pour les enfants du Seigneur, ce n’était que la nuit.
Une nuit ordinaire.
Notes de bas de page :
Le passage final du chant du camp est une parodie de « Siloé », un chant gospel coréen.
Rejoignez notre Discord sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>