Chapitre 6
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 6
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* * *
« Résistance à la magie. »
Après avoir demandé à Lola de garder le silence sur les agissements déplacés des gens de la Tour des Mages, qui avaient fouillé notre maison, je repassai en revue les souvenirs liés à cette capacité.
Vivette ne semblait pas beaucoup l’apprécier.
Aussi élevée fût sa résistance à la magie, elle ne l’aidait absolument pas à en utiliser.
La seule fois où cette capacité lui avait été réellement utile, c’était lors de son entrée à l’Académie d’Erenston.
L’examen d’entrée de l’académie évaluait aussi bien les résultats théoriques que les épreuves pratiques, comme la maîtrise des sorts, et les aptitudes magiques.
Comme Vivette ne pouvait pas utiliser la magie, elle était incapable de faire quoi que ce soit dans la plupart des épreuves.
Elle avait pourtant obtenu, comme il sied à une fille de la Maison Ashwilt, d’excellentes notes en théorie.
Grâce à sa résistance à la magie exceptionnelle, qui compensait toutes ses autres faiblesses, elle fut admise sans difficulté.
« La résistance à la magie ? Pourquoi tester une chose aussi inutile ? »
Certains parents qui n’aimaient pas Vivette protestèrent. Contrairement à autrefois, où la magie de combat était très recherchée, prétendaient-ils, une telle capacité n’avait aucun sens en ces temps de paix.
« Ah, je comprends. C’est la fille du duc Ashwilt. C’est injuste ! Une fille incapable d’utiliser la magie a été admise à l’académie à la place de mon enfant. »
« Même si elle a été admise, qu’est-ce qu’elle peut bien faire ? À part son excellent résultat en résistance à la magie, elle ne vaut pas mieux que quelqu’un dépourvu de toute aptitude magique. »
La polémique, selon laquelle son admission n’était guère différente d’une tricherie, avait commencé deux ans plus tôt.
Mais une fois inscrite, Vivette arriva encore et encore en tête de sa promotion.
Vivette étudiait l’ingénierie magique à l’École de magie.
Outre les principales disciplines que constituaient la magie de combat et la magie pratique, les études magiques comprenaient aussi des domaines comme l’ingénierie magique, qui regroupait notamment la fabrication d’objets magiques et le travail des pierres de mana.
Les mages dont le talent était incertain choisissaient souvent cette spécialité, car elle ne demandait qu’une quantité très limitée de mana.
Les recherches en ingénierie magique faisaient appel à des pierres de mana plutôt qu’au mana de la personne elle-même ; la quantité de mana dont elle disposait importait donc peu.
Comme elle maîtrisait la théorie sur le bout des doigts, Vivette obtenait d’excellentes notes. Au moins, c’était une enfant prête à travailler jusqu’à l’épuisement.
Mais le fait d’être première de sa classe n’avait rien d’éclatant.
Les souvenirs de Vivette étaient aussi pitoyables et monotones que ceux de Choi Eunseo.
Le désespoir que lui inspirait sa constitution, ou les efforts colossaux qu’elle déployait pour atteindre ne serait-ce que le niveau d’un mage ordinaire.
Et les ricanements et les moqueries qu’elle essuyait en chemin. Voilà tout ce qu’il y avait.
« Quand le printemps arrivera, je devrai retourner à l’académie. Il faut que j’en finisse avant ça. »
Je comptais me désinscrire.
Ce serait pénible d’aller à l’académie avec Harris Ashwilt, qui allait entrer en première année, et surtout…
Vivette était bel et bien incapable d’utiliser la magie. Même si elle achevait une année de plus et obtenait son diplôme sans encombre, elle ne pourrait jamais tirer parti de sa spécialité. Même les ingénieurs magiques avaient besoin d’un peu de mana.
À l’académie, elle pourrait peut-être s’en sortir grâce à la théorie, mais le monde professionnel serait bien moins indulgent.
« Je ne peux pas gâcher une année entière de ma précieuse vie. »
Je me mis aussitôt à rédiger ma demande de désinscription.
* * *
« Je rentre ? »
Je fis le tour de l’annexe ; le début de soirée était déjà arrivé.
« Je me suis tellement amusée à marcher que j’ai perdu la notion du temps. »
Pendant ma rééducation, j’avais dû me forcer à faire de l’exercice, mais il semblait que j’aimais plutôt bien bouger.
Une fois indépendante, je pourrais peut-être m’adonner à l’escrime ou au tir à l’arc pour le plaisir.
Près du mur, à l’entrée de l’annexe, j’aperçus une silhouette pâle.
Ce n’était pas un fantôme, mais ça n’en valait guère mieux.
« Harris Ashwilt ? »
C’était Harris, le cousin de Vivette, de deux ans son cadet.
Contrairement aux autres membres taciturnes de la famille, il avait un tempérament vif. Indifférent, il n’en s’entendait pas moins bien avec sa cousine aînée quand l’envie lui en prenait. C’était la personne à laquelle Vivette s’était le plus accrochée.
Un fier mage qui entrerait à l’Académie d’Erenston au printemps.
Ses cheveux blanc argenté, emblématiques des Ashwilt, étaient si froids qu’ils en paraissaient presque bleus. Son maintien élégant et arrogant trahissait ses origines ducales.
Pourtant, ce jeune noble était accroupi sous le mur, le visage enfoui dans ses genoux.
« Pourquoi quelqu’un qui reste d’habitude enfermé dans sa chambre est-il venu jusqu’ici ? »
Était-il venu exprès pour me chercher ? Je fronçai les sourcils et lui demandai :
« Qu’est-ce que tu fais là ? »
Pris au dépourvu par ma question, Harris releva lentement la tête et me regarda sans un mot.
Ce ne fut qu’après avoir croisé son regard que je compris mon erreur. Je n’aurais pas dû lui parler. Il n’aimait pas beaucoup Vivette.
« Sœur, tu pourrais au moins te tenir correctement jusqu’à mon entrée à l’académie ?
— Je ne veux pas que les gens de l’académie disent que tu es ma sœur.
— S’il te plaît, ne fais pas comme si tu me connaissais à l’académie, sœur. »
Voilà tout ce que cet enfoiré lui avait dit.
Vivette l’avait encouragé avant même qu’il passe l’examen, s’enthousiasmant pour lui et disant qu’il entrerait peut-être premier.
Si ç’avait été Gillian, il aurait cruellement brisé le moral de Harris pour son insolence. Mais, malheureusement, aux yeux de Vivette, cela ne comptait même pas comme de l’impolitesse.
Il l’appelait « sœur » et lui parlait toujours poliment. Rien que pour ça, elle lui en était reconnaissante.
« Traite-moi au moins assez bien pour que je ne sois pas humiliée devant les domestiques. » Vivette avait prié en silence et s’était sentie soulagée.
« Quel sale type. Je n’ai qu’à faire comme si je ne l’avais pas vu et passer mon chemin. »
Je me remis résolument en marche, mais des pas retentirent derrière moi.
Harris Ashwilt me suivait.
« Sœur. »
« … »
« Pourquoi tu t’en vas ? Tu m’as vu. »
J’essayai de l’ignorer comme si je ne l’avais pas entendu, mais un éclair jaillit derrière moi.
« Qu’est-ce que c’était ? »
Quand je me retournai, une immense colonne de lumière fendait le pâle ciel d’hiver.
Le rayon jaillissait de la main de Harris, ou, plus précisément, du petit cercle magique dessiné dans sa paume.
Le cercle magique était blanc argenté, comme les cheveux traditionnels de la Maison Ashwilt, et si froid qu’il en paraissait presque bleu.
« Il vient d’utiliser la magie pour attirer mon attention ? »
La colonne lumineuse était bien plus éclatante que les LED de ma vie passée, et pourtant elle ne m’éblouissait pas du tout.
Était-ce encore grâce à la résistance à la magie de Vivette ?
Malgré tout, une colonne de lumière créée par magie était merveilleuse. J’en venais presque à regretter de ne pas être mage, moi aussi.
« Oh. »
À mon petit cri de surprise, Harris bomba le torse et afficha un large sourire.
« Je l’ai même réduite, parce que je pensais que ça pourrait effrayer les gens. »
Tu as vu comme je suis fort ? Allez, dis-moi que je suis fort.
Son regard disait clairement qu’il voulait que je m’extasie et le félicite.
Mais il s’adressait à la mauvaise personne. Malheureusement, j’avais pris possession du corps de sa cousine aînée, et je n’étais pas très douée pour les compliments. J’avais même plutôt mauvais caractère.
Pourtant, il ne bougea pas d’un pouce et attendit simplement que je réponde.
« On dirait qu’il ne me laissera pas passer si je ne le félicite pas. »
Après réflexion, je lui servis un compliment succinct, d’un ton professionnel.
« Ouais. Tu es doué. »
C’était déjà bien plus généreux que tout ce que le duc ou Gillian auraient pu lui dire.
Une lueur de déception passa sur le visage de Harris, comme s’il demandait : C’est tout ?
L’immense colonne de lumière disparut aussitôt. Harris passa une main dans ses cheveux blanc argenté et reprit d’un ton égal :
« Sœur, j’ai fini deuxième à l’examen d’entrée. »
Je m’étais demandé pourquoi il m’attendait. Il était venu se vanter ?
« Même quelqu’un d’une branche collatérale est arrivé deuxième. Les Ashwilt sont vraiment impressionnants. »
Tous les aspirants mages de l’Empire avaient dû passer cet examen, et il s’était classé deuxième parmi eux.
Mais Harris n’avait pas l’air heureux. Un silence gêné s’installa entre nous, puis il lança d’une voix blessée, comme un enfant qui boude :
« Sœur. Pourquoi tu ne me consoles pas ? »
Le consoler ? Mais pourquoi ?
Il fallait donc être consolé parce qu’on arrivait deuxième à un examen ?
« Mon oncle n’avait pas l’air satisfait. Mon frère m’a passé un savon, en me demandant pourquoi je n’avais pas fait un peu plus d’efforts. »
Il baissa simplement les yeux, l’air amer.
« On dirait que même la deuxième place ne suffit pas aux Ashwilt. »
Alors à quel point avaient-ils dû détester Vivette, qui n’était même pas capable d’arriver deuxième ?
« Et il me demande de le consoler, à moi qui ne peux même pas utiliser la magie ? »
Égoïste jusqu’au bout. Un vrai Ashwilt.
Je pris la parole d’une voix dénuée d’émotion.
« Harris, je ne vais pas te consoler. »
« Quoi ? Pourquoi ? »
Le jeune homme, dont le visage gardait encore quelque chose d’enfantin, fronça les sourcils.
« Tu es venu me chercher parce qu’il n’y avait personne d’autre pour te consoler, pas vrai ? J’étais la seule personne de cette maison à comprendre ce que tu ressentais.
— Il n’arrivait pas à nier. Même si Gillian tenait à son petit frère, les affaires de cœur étaient une autre histoire.
Harris Ashwilt avait gagné l’approbation de Gillian, mais jamais son affection.
C’était l’inverse de Vivette, qui avait reçu de l’affection, aussi malavisée fût-elle, mais n’avait jamais été reconnue.
Dans cette maison désolée, ils auraient pu combler les manques l’un de l’autre. « Moi aussi, c’est pareil. Quand je suis déprimée, j’ai envie de pouvoir m’appuyer sur quelqu’un. Mais tu ne m’as jamais écoutée.
— Si je te console avec de gentilles paroles, tu feras comme si rien ne s’était passé et tu m’ignoreras de nouveau. Même si je sais que ça me fera mal de te voir t’éloigner, je n’ai plus l’intention de prendre ton parti. »
Quand Vivette allait mal, il s’enfuyait parce qu’il ne voulait pas écouter ses plaintes.
Je parlai d’un ton ferme.
« Je ne suis pas un refuge jetable. Ne t’approche pas de moi si tu n’as pas l’intention de rester à mes côtés. »
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