Chapitre 4
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 4
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La servante de Gillian était aussi stricte et impassible que son maître.
Notre Lola, elle, ne faisait que sourire ; les servantes finissaient peut-être par ressembler à leurs maîtres, elles aussi.
« Le jeune maître Gillian m’a demandé de vous dire de ne pas hésiter à lui faire savoir si vous souhaitiez recevoir quelque chose en cadeau. »
La servante s’inclina poliment et attendit ma réponse, mais rien ne me vint à l’esprit.
J’avais pratiquement chassé la personne envoyée par le duc ; il était donc normal que je renvoie aussi la servante de Gillian.
J’allais refuser lorsque Lola s’empressa de suggérer quelque chose avant que je puisse parler.
« Jeune dame, demandez-lui de vous emmener à un récital. Vous attendiez avec impatience celui de clavecin du festival du Nouvel An. »
Encore le clavecin. Je n’avais aucun intérêt pour un récital, mais sortir seule avec ce jeune maître si sévère me tentait encore moins.
La servante de Gillian marmonna alors dans sa barbe :
« Notre jeune maître est très occupé… »
Le visage de Lola se rembrunit aussitôt et elle s’exclama : « Hé ! Qu’est-ce que tu insinues ? »
« Q-Quoi ? Non, ce n’est pas ce que je voulais dire… »
« La jeune dame a passé son anniversaire toute seule. Il ne peut pas lui consacrer ne serait-ce qu’une journée, plus tard ? Peu importe à quel point il est occupé ! »
La servante de Gillian fronça les sourcils, furieuse que Lola parlât mal de son maître.
Mais comme elle-même n’avait pas vraiment fait ce qu’il fallait, elle ne pouvait pas se mettre en colère tout en observant ma réaction.
« Ça suffit, toutes les deux. »
Je m’interposai entre les deux servantes.
« Je ne veux pas non plus faire perdre son temps à quelqu’un d’aussi occupé. Diane, tu ferais mieux de rentrer. »
« Mais, jeune dame, et votre cadeau… ? »
« Je n’en veux pas. »
La servante de Gillian pâlit.
Craignant qu’elle ne pense que son lapsus m’avait offensée, j’ajoutai rapidement : « Je ne souhaite rien en particulier, et j’aimerais simplement que cette année se déroule tranquillement. »
La servante de Gillian s’inclina et dit qu’elle avait compris. Même en s’éloignant, elle ne cessait de se retourner, comme si quelque chose chez moi lui semblait étrange.
Ma réaction avait dû être très inhabituelle.
Dans cette demeure, l’anniversaire de Vivette avait toujours été une affaire presque aussi bruyante que le festival du Nouvel An ou celui de la Fondation.
Non pas qu’on le célébrât en grande pompe, mais Vivette, elle-même, en faisait tout un plat.
Elle parlait avec enthousiasme des cadeaux qu’elle voulait, des plats qu’on servirait et même des décorations qui orneraient la maison ce jour-là.
Ce n’était pas tant qu’elle désirait vraiment ces choses. Elle disait simplement ce qui lui semblait convenir pour égayer l’atmosphère de la maison grâce à sa fête d’anniversaire.
Les souhaits candides d’une jeune fille faisaient plaisir à ceux qui les entendaient.
*Cette fois, le moment tombait simplement mal. Le duc Ashwilt était justement sous pression.*
Les mêmes paroles et les mêmes gestes pouvaient passer pour d’adorables enfantillages lorsque le duc était de bonne humeur, ou pour des caprices immatures lorsqu’il ne l’était pas.
Et quand Vivette se taisait, le duc la trouvait encore plus désagréable.
« Pourquoi ne souris-tu pas au moins ? Tu pourrais au moins faire plaisir à regarder. »
Ces caprices d’enfant étaient peut-être les efforts de Vivette, qui n’avaient jamais été récompensés.
Quant à moi, je n’avais aucune intention d’essayer d’égayer l’atmosphère de la maison avec des gestes qui ne m’attireraient que des réprimandes.
Le jour du dîner organisé pour célébrer l’entrée de Harris à l’Académie et l’anniversaire de Vivette, je passai toute la journée dans ma chambre, comme d’habitude.
* * *
Ce ne fut qu’après le coucher du soleil que je me préparai sans me presser.
À l’idée de passer longtemps dans un cadre inconfortable, je ne pus m’empêcher de râler.
« Pourquoi ce dîner improvisé ? »
Lola, qui choisissait une robe de soirée pour moi, avait dû mal comprendre mon marmonnement. Elle s’efforça de prendre un ton doux.
« Pour quelle autre raison, jeune dame ? Tout le monde a été très occupé et n’a pas pu s’en occuper plus tôt… Et vous êtes si aimée que, bien sûr, vous méritez qu’on vous célèbre autour d’un délicieux dîner. »
Si aimée.
Pourquoi ces mots me dérangeaient-ils autant aujourd’hui ? Était-ce parce qu’ils me rappelaient celle que j’avais été autrefois ?
J’avais changé en grandissant, mais, petite, je ne comprenais pas pourquoi j’étais si obsédée par l’affection de ma famille.
Un enfant malade craignait que, sans l’amour de ses parents, on l’abandonne et qu’il finisse par mourir.
C’était l’instinct de survie de la petite Choi Eunseo.
*Mais plus maintenant.*
Que l’amour superficiel de la famille ducale existe ou non, cela ne changeait rien au fait que Vivette était la fille de la Maison Ashwilt.
Même si on la rayait du registre familial parce qu’elle était incapable, elle avait un corps sain, assez robuste pour vivre seule.
Contrairement à la Corée, l’Empire de Brotilonde ne connaissait pas de crise de l’emploi, et les loyers y étaient plutôt bas.
*Vivette avait reçu une éducation sérieuse ainsi que des leçons de magie ; elle trouverait donc facilement du travail dans une maison noble de rang inférieur.*
Autrement dit, rien ne m’obligeait à rester ici et à accepter ce traitement.
C’était peut-être pour cela que je me sentais rebelle. Je fis exprès d’arriver avec un peu de retard.
« Pourquoi es-tu si en retard ? Tout le monde ici est occupé. »
Comme d’habitude, c’était un reproche inutile. Je n’étais même pas si en retard.
C’était sans doute la façon qu’avait le duc de saluer les gens. Il ne savait pas dire quoi que ce soit avec gentillesse.
Le duc et Gillian, qui avaient dû quitter le bureau de la maison principale uniquement pour le dîner, consultaient l’heure avec impatience, comme s’ils ne pouvaient tolérer qu’un seul instant s’écoule inutilement.
*S’ils tenaient tant à leur temps, pourquoi avoir organisé tout ça ?*
En prenant place, j’observai discrètement le visage du duc et crus comprendre.
*Il doit se sentir au moins un peu coupable de ce qui s’est passé ce jour-là.*
Une fois tout le monde installé, le duc Ashwilt prit la parole.
« Comme vous le savez tous, Harris a réussi son examen d’entrée. Et l’anniversaire de Vivette tombait le même jour. »
Même dans son toast, je n’étais qu’une pensée après coup.
« Félicitations à vous deux. Mangeons. »
Le duc n’était pas bavard ; son toast s’arrêta donc là. Le reste de la famille se mit aussitôt à manger.
Et ce fut tout.
« Qu’en est-il des documents que nous avons demandés à la Tour des Mages ? »
« Ils ont dit qu’ils nous contacteraient d’ici demain. »
« Bien. »
Le duc et Gillian parlaient encore affaires.
« Harris, quand tu auras fini l’Académie, tu devras suivre ton frère et m’aider dans mon travail. Apprends bien à ses côtés. »
« Oui. »
« Ha ha, avec mon fils et mon neveu solidement installés de part et d’autre, je me sens vraiment rassuré. »
Le duc sourit, satisfait.
« Il lui faudra encore longtemps avant de pouvoir vraiment se rendre utile. »
« Tu es dur, mon frère. »
À les entendre, on aurait dit une famille si chaleureuse.
À condition de faire comme si je n’existais pas.
Ils s’entendaient si bien sans moi. Et je n’avais personne à qui parler. Vivette aurait maladroitement essayé de se joindre à la conversation familiale, d’une façon ou d’une autre.
*Je ne suis pas très sociable. Je devrais être reconnaissante quand ils ne me parlent pas.*
De toute façon, je n’avais aucun lien avec qui que ce soit dans cette famille.
Je continuai à manger seule, en silence.
Soudain,
« Votre Grâce ! »
L’aide du duc se précipita dans la salle à manger.
« Ah… Veuillez m’excuser de vous interrompre pendant votre repas. »
« Ce n’est rien. Est-ce urgent ? »
« Une princesse impériale ! »
Le visage de l’aide rayonnait de joie tandis qu’il annonçait la nouvelle à la hâte.
« Oh ! Une fille ? »
« Son Altesse le prince impérial doit être ravi. Il voulait une petite sœur depuis si longtemps. »
Harris et Gillian s’exclamèrent à tour de rôle.
L’impératrice Natalie, que l’empereur avait épousée tard dans sa vie, était enceinte.
Elle se comportait étrangement depuis quelques jours et venait enfin d’accoucher.
« C’est une bonne nouvelle. »
Le duc fit tourner le vin dans son verre.
« Une fille, c’est le bonheur d’une maison. La voir faire sa mignonne vous fait oublier le travail. Ce sont de petites enchanteresses. »
« Sa Majesté l’impératrice a décidé d’organiser immédiatement une célébration, et il semblerait qu’elle souhaite que des mages viennent lui offrir leurs bénédictions ! »
Quand un enfant mage naissait, des mages venaient lui offrir leurs bénédictions. Une fois l’enfant un peu plus âgé, on organisait une cérémonie de baptême.
La bénédiction d’un mage n’avait aucun effet particulier. Il s’agissait apparemment d’une coutume des mages transmise depuis l’Antiquité.
*Est-ce sans danger de faire ça à un nouveau-né ? Ce serait terrible si les invités lui transmettaient des microbes nocifs…*
Ayant passé près de la moitié de ma vie à l’hôpital, je m’inquiétai en silence. Dans ce monde, on ne semblait pas encore très bien connaître l’hygiène ni la médecine.
Peut-être que la magie de guérison réglait ce genre de problème. Dans ce cas, ce ne serait pas bien grave.
« Sa Majesté l’impératrice doit s’intéresser à la culture des mages. »
Le duc Ashwilt sourit, satisfait. La fierté se lisait aussi sur le visage des autres membres de la famille.
Le duc œuvrait à renforcer la position des mages dans l’empire. C’était une occasion à saisir pour lui.
« Nous sommes déjà prêts, alors nous partons immédiatement. Prévenez le portail. »
En voiture, Erenston se trouvait à plusieurs jours de la capitale, mais le portail au centre de la ville leur permettrait de s’y rendre rapidement.
« Mon oncle, je viens aussi ? »
« Oui, nous irons tous. Ne sommes-nous pas les maîtres d’Erenston ? »
Le duc parla avec assurance.
*Le maître de la Tour des Mages et le maire d’Erenston seraient horrifiés d’entendre ça.*
Pourtant, comparés à la Maison Ashwilt, ils avaient véritablement peu de pouvoir.
Au lieu d’accorder de l’importance à un poste qui changeait à chaque génération, les gens se concentraient sur une famille.
La Maison Ashwilt ne s’effondrerait pas, même au bout de mille ans. Tous ses membres étaient doués en magie et, curieusement, obéissaient à leur famille sans broncher.
« Euh, Votre Grâce… »
« Qu’y a-t-il ? »
« Je vous prie de m’excuser, mais seuls les mages ont été invités à la célébration de la naissance de Son Altesse impériale. On dit que si une personne dépourvue de pouvoirs magiques lui offre une bénédiction, Son Altesse pourrait elle aussi devenir dépourvue de magie… »
« Ha. »
« Vous devrez laisser dame Vivette ici. »
C’était une superstition amusante. Mais la famille impériale y croyait, ce qui posait problème.
*Il y a un mage du côté maternel de l’impératrice ; ils espèrent peut-être que la princesse manifestera elle aussi des pouvoirs magiques.*
La salle à manger resta silencieuse un instant.
« Hum, nous n’y pouvons rien. »
Le duc ne tarda pas à se décider.
« Alors, nous autres partirons. Vivette, prends ton temps et mange tranquillement toute seule. C’est ton anniversaire. Ah, tu peux aussi manger nos portions. »
Le duc fit apporter devant moi son assiette de steak à peine touchée, puis disparut avec son fils et son neveu.
Comme il l’avait dit, le duc avait fière allure avec son fils à sa gauche et son neveu à sa droite.
Je devais le reconnaître. Ces trois-là formaient une famille parfaite aux yeux de tous.
Si parfaite qu’ajouter ne serait-ce qu’une personne de plus aurait peut-être suffi à tout gâcher.
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