Chapitre 3
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 3
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Sauf événement inhabituel, le domaine Ashwilt était généralement calme.
D’abord, le domaine était immense, et les membres de la famille vivaient tous séparément.
Vivette n’étant pas l’héritière, elle résidait dans l’annexe. Harris vivait dans l’Aile Ouest, où son père avait passé son enfance.
Gillian, l’héritier désigné, vivait avec le duc dans la maison principale. Mais celle-ci ne se limitait pas à un seul bâtiment et était vaste à elle seule. Ni l’un ni l’autre n’était particulièrement bavard, si bien qu’ils ne faisaient jamais la conversation.
La seule personne qui troublait cette atmosphère, c’était Vivette.
Dès qu’elle apprenait que quelqu’un était rentré au domaine, elle accourait comme une alouette et engageait chaleureusement la conversation.
Avec Harris, qu’elle trouvait relativement facile d’approche, elle allait jusqu’à lui prendre le bras et à lancer : « Allons voir notre frère », avant de faire irruption sans hésiter dans le bureau où travaillait Gillian, qui avait de quoi intimider.
Tout le monde la trouvait agaçante quand elle les suppliait de passer du temps avec elle, mais nul ne pouvait nier que Vivette insufflait de la vie à la maisonnée.
Aussi, quand Vivette changea, tout le monde se mit à murmurer sur l’étrangeté de cette atmosphère soudain silencieuse.
Les domestiques de la maison principale furent les premiers à remarquer que quelque chose n’allait pas.
« La jeune dame Vivette est bien silencieuse, ces derniers temps. »
« C’est vrai. Ce n’est pas le genre à laisser passer un anniversaire morose sans réagir. »
« Vous saviez qu’elle n’a pas mis les pieds près de la maison principale depuis quelque temps ? »
N’avait-elle pas usé le seuil à force de venir cinq ou six fois par jour, disant qu’elle voulait voir son père ou tenir compagnie à son frère ?
« Mais elle n’a pas paru au petit déjeuner ni au dîner depuis des jours… »
« Elle vit dans l’annexe. C’est peut-être pour ça. Le jeune maître Harris ne se montre pas non plus, sauf si le duc le fait appeler. »
« La jeune dame Vivette serait-elle pareille au jeune maître Harris ? Le jeune maître Harris, lui, est occupé. Il doit se préparer à entrer à l’Académie… »
Une servante de l’annexe, qui s’occupait de Vivette, était également présente. Elle fronça ouvertement les sourcils en entendant la remarque qui rabaissait Vivette en la comparant à Harris.
Vivette était une bonne maîtresse, mais travailler à son service réservait souvent ce genre de moments.
Erenston était fondamentalement une société où l’on valorisait les capacités avant tout. Les aptitudes magiques y étaient particulièrement prisées, si bien que le système de classes était nettement moins rigide et plus libéral qu’ailleurs dans l’Empire.
C’est pourquoi beaucoup de gens méprisaient Vivette, qui jouissait d’un rang élevé mais ne possédait aucun talent magique.
En outre, Vivette était douce et gentille, ce qui faisait d’elle une cible facile pour les servantes cruelles.
« Hé, la jeune dame Vivette va à l’Académie, elle aussi ! »
Incapable de se retenir, la servante de l’annexe s’écria. Celle de la maison principale ricana.
« Mais elle est en congé. On dirait qu’elle n’a rien à faire, ces derniers temps. »
Dans l’Empire, il était normal qu’une noble dame n’ait pas grand-chose à faire. La broderie, la correspondance et autres petits passe-temps étaient considérés comme convenables.
Mais à Erenston, où les femmes comme les hommes travaillaient et étudiaient quel que soit leur rang, quiconque traînait sans rien faire ne tardait pas à se faire traiter de paresseux et d’inutile.
La servante de l’annexe le savait bien, et elle tremblait de colère.
Pourtant, elle ne parvenait pas à répondre. Si elle s’attirait l’antipathie de la maison principale, qui gérait les affaires du domaine, même les tâches les plus simples deviendraient difficiles.
La servante de l’annexe se leva sèchement et s’en alla.
* * *
Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis que j’avais coupé les ponts avec la maison principale.
Je m’appliquais à retrouver les souvenirs de Vivette.
Tandis que de petits épisodes injustes liés à sa famille me revenaient par bribes, je passais en revue les souvenirs qui pourraient m’être utiles quand je partirais.
Il ne semblait pas y en avoir beaucoup, vu qu’elle avait vécu en noble dame.
« Jeune dame, vous êtes devenue si silencieuse… »
Lola marmonnait en me regardant passer mes journées plongée dans mes pensées.
Je faisais les exercices appris pendant ma rééducation et cherchais des livres utiles, mais même cela constituait une vie bien calme selon les critères de Vivette.
Aujourd’hui, comme d’habitude, j’avais terminé ma séance d’exercice biquotidienne et m’apprêtais à consacrer un peu de temps à revisiter mes souvenirs.
« Jeune dame ! »
À cet instant, Lola se précipita dans ma chambre, affolée.
« Qu’y a-t-il, Lola ? »
« L’intendant en chef de la maison principale est ici ! »
Quoi ? De la maison principale ?
J’ignorais de quoi il s’agissait, mais c’était sûrement une corvée.
Rien que d’y penser, je me sentis épuisée, mais je lui fis tout de même signe.
« Dis à l’intendant de venir. »
L’intendant en chef, Greg, m’annonça quelque chose d’inattendu.
« Vous voulez faire quoi ? »
« Son Altesse souhaite réunir tout le monde pour dîner au domaine, afin de célébrer l’admission du jeune maître Harris à l’Académie et votre anniversaire. »
« Mon anniversaire, c’était il y a longtemps. »
Plus important encore, comptaient-ils donc régler la question de mon anniversaire en le mêlant à la fête célébrant l’admission de mon jeune cousin ?
« C’est leur façon de sauver les apparences pour moi, et de me faire comprendre que je devrais me joindre à eux ? »
« Bien sûr, votre anniversaire est passé, mais Son Altesse souhaite tout de même le célébrer. »
« … »
« I-il a également dit qu’il vous offrirait un cadeau d’anniversaire pour l’occasion… Jeune dame ? »
La veille et le jour de mon anniversaire, il avait été furieux. Et maintenant, pas même un mot d’excuse ?
C’était assez exaspérant.
Pourtant, je ne voulais pas voir un tiers se démener à cause de son odieux maître, alors je décidai de laisser tomber sans discuter davantage.
« Très bien. Et donc ? »
« Si vous désirez quelque chose, je vous prie de me le dire. N’importe quoi. »
Une offre sans sincérité, qui signifiait qu’il n’avait même pas l’intention de réfléchir au choix d’un cadeau.
Tout à fait ce à quoi je m’attendais de la part du duc.
Je lui servis donc une réponse tout aussi peu sincère.
« De l’argent. »
« Pardon ? »
« Si je veux quelque chose, je l’achèterai moi-même. »
Il restait un duc ; il me donnerait sans doute une généreuse somme. Je comptais en faire bon usage et la mettre de côté pour assurer mon indépendance, le moment venu.
« V-vous ne désirez rien, là, tout de suite ? »
« Non. »
« Vraiment ? »
« J’ai dit non. Pourquoi insistez-vous ? »
« Eh bien… parce que ça ne peut pas être vrai. »
L’intendant en chef sortit un parchemin qui voletait et se mit à lire une liste de cadeaux possibles qu’il avait préparée.
« Donc, ce n’était pas une question ouverte. C’était un choix multiple. »
Apparemment, il y avait une réponse qu’ils attendaient.
« Que diriez-vous d’un bâton lumineux ? »
Un bâton lumineux ? Une lampe de poche ?
Je fouillai dans les souvenirs de Vivette et me rappelai cet appareil magique peu pratique.
Quoi qu’il en soit, je ne voulais pas d’une lampe de poche pour mon anniversaire.
« Sinon, que diriez-vous d’un bracelet en pierre de mana fonctionnel ? »
Au mieux, « fonctionnel » signifiait qu’il améliorait l’efficacité magique ou renforçait la résistance à la magie pour protéger son porteur.
C’était inutile à Vivette, qui ne pouvait pas utiliser la magie.
Et pourtant, Vivette possédait des bracelets en pierre de mana. Beaucoup. Sa boîte à bijoux en était pleine à craquer.
« J’en ai plein dans ma chambre. »
À mesure que je refusais chaque proposition, l’intendant en chef penchait la tête.
« C’est étrange. Je suis certain que ce sont des choses que vous m’avez réclamées à plusieurs reprises. Non, que vous chantiez presque à tue-tête vouloir… »
« Ah bon ? »
Au vu des traces laissées par sa vie, Vivette semblait plutôt modeste. J’avais du mal à croire qu’une personne comme elle ait supplié pour obtenir des bijoux et des objets magiques.
De plus, il n’y avait pas une seule chose sur cette liste que Vivette ait sincèrement désirée.
Quand elle lui demandait de lui acheter quelque chose, le duc, un père qui n’avait que l’argent à donner, le faisait sans trop réfléchir. Vivette semblait s’être sentie aimée grâce à cela.
Le duc trouvait plus commode de dépenser de l’argent que d’offrir du temps ou de l’affection. Ces cadeaux étaient entièrement pensés pour celui qui les offrait.
« À titre personnel, je vous recommande un clavecin. Cela fait longtemps que vous n’en avez pas joué, n’est-ce pas ? »
Je ne savais pas jouer du clavecin. Je ne savais même pas jouer du piano. Je secouai de nouveau la tête.
« J-jeune dame. »
« Quoi ? »
« Pardonnez-moi de vous le dire, mais, comme vous le savez, Son Altesse est très préoccupée ces derniers temps par la situation dans la capitale. »
« Et alors ? »
« Je me disais que vous pourriez vous exercer sur le clavecin que vous recevrez et lui jouer un nouveau morceau. »
« … »
« Je suis certain que cela lui ferait plaisir. »
Vivette n’aimait pas jouer d’un instrument.
Elle s’était entraînée avec acharnement uniquement parce que le duc voulait qu’elle en fasse un passe-temps.
Il devait penser qu’un élégant instrument à clavier convenait à une jolie fille qui n’avait aucun talent exceptionnel, et qu’il ne lui ferait pas honte quand il se vantait de sa fille auprès des autres.
« Surtout, aucun de mes frères et sœurs n’est doué en musique. Personne ne me comparerait à eux. Je ne recevrais que des compliments. »
« Je déteste jouer d’un instrument. »
« Pardon ? »
« J’ai abandonné le clavecin. »
« M-mais, si soudainement… »
Vivette n’ayant jamais exprimé son aversion pour quoi que ce soit, l’intendant en chef semblait déconcerté.
Vu avec quelle insistance l’intendant en chef poussait, le plus sûr aurait été d’accepter le clavecin.
Mais je n’en avais pas envie. Et voir un instrument neuf et brillant qui ressemblait à un piano risquait de me faire pleurer.
L’intendant en chef ne me demanda pas pourquoi j’avais arrêté. Il ne se souciait que de son propre travail.
« A-alors, quel cadeau souhaitez-vous ? »
« J’ai dit que je voulais de l’argent. Ou débrouillez-vous. »
« Vous n’aimez rien de ce qui figure sur la liste ? »
Quand je le fixai, l’intendant en chef cessa de poser des questions et se hâta de partir comme s’il fuyait.
Je le suivis du regard, les sourcils froncés, puis me laissai tomber sur le canapé. Avoir affaire aux gens de la maison principale était épuisant.
« Voilà que j’ai un rendez-vous inutile. »
Un dîner avec la famille ducale. Rien que d’y penser, j’avais l’impression de faire une indigestion.
Et comme il s’agissait d’un dîner, on servirait sûrement des plats lourds et gras, qui avaient l’air difficiles à digérer.
C’était peut-être parce que mes muscles abdominaux s’étaient affaiblis quand je vivais sous l’identité de Choi Eunseo et que je souffrais souvent d’indigestion.
Je n’arrivais toujours pas à me résoudre à manger de la viande ; je me nourrissais surtout de légumes et de soupes légères.
Je me demandais s’il y aurait seulement quelque chose que je puisse manger sur la table.
« Jeune dame ! Jeune dame ! »
Je prenais un peu de repos quand j’entendis de nouveau la voix de Lola. Je l’avais envoyée hors de la chambre.
« Qu’y a-t-il, Lola ? »
« La servante du jeune maître Gillian est arrivée. Dois-je la laisser entrer ? »
Je poussai un profond soupir.
« Cette fois, c’est Gillian. »
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