Chapitre 34
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 34
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« Alors, la maison Ashwilt n’est qu’un fardeau pour toi. Attends. Intendant en chef ! »
Après m’avoir fusillée du regard un instant, le duc tâtonna sur son bureau et fit appeler l’intendant en chef.
Greg, dont dame Fadde avait essoré jusqu’à la dernière goutte d’énergie quelques jours plus tôt.
Mais Greg ne vint pas seul. Gillian le suivait de près, comme son ombre.
« Vous m’avez fait appeler, Votre Grâce ? »
Le duc ne prêta aucune attention à son fils qui s’invitait dans cette confrontation tendue et se laissa lourdement retomber dans son fauteuil.
« Intendant en chef, faites comprendre à cette enfant. Les Ashwilt ne peuvent jamais rompre leurs liens. Dites-lui que son fantasme d’être renvoyée par moi n’est qu’un vain rêve. »
Gillian fronça les sourcils et l’interrogea sèchement.
« Père, qu’est-ce que cela signifie ? Elle a déclaré vouloir rompre les liens avec nous ? »
Le duc ne répondit pas. Il fixa simplement Greg et lui fit signe du menton de s’exécuter.
Greg prit un air qui semblait dire : « Cette femme a donc encore causé des problèmes », puis s’attela aussitôt à la tâche.
« Mademoiselle, laissez-moi vous expliquer. La famille Ashwilt… »
Tandis que l’intendant en chef parlait, je ne quittai pas le duc des yeux.
Nos regards se croisèrent. Ses yeux bleus, si semblables aux miens, m’étaient profondément antipathiques.
« … c’est pourquoi vous seule souffririez d’une rupture avec la famille. Dès que vous en serez exclue, vous ne recevrez plus le mana de la famille. Votre système de mana s’effondrera alors peu à peu et, finalement… »
« Vous mourrez. »
La voix glaciale du duc sembla me frôler la nuque.
« Si vous voulez mourir, je ne vous en empêcherai pas. Faites comme bon vous semble. Mais sachez-le : plus vous agirez ainsi, plus nous vous mépriserons. »
« Mademoiselle. »
L’intendant en chef baissa sur moi un regard implacable, sans ciller, aussi sombre que celui d’un vampire.
« Veuillez céder, même maintenant. Si vous tenez à la vie. »
Pourquoi cela ressemblait-il davantage à une menace qu’à un conseil ?
Mais une menace pareille ne pouvait pas marcher sur moi.
« Vous me prenez tous pour une idiote ? »
Le coin de ma bouche se retroussa en un rictus moqueur.
« Je sais tout. Je ne mourrai pas, même si je romps les liens avec vous. Je suis une “ligne noire” sur l’arbre généalogique. »
Une ligne noire.
Les personnes réunies ici savaient sûrement mieux que quiconque ce que cela signifiait au sein de la maison Ashwilt.
La couleur d’un lien incertain, que l’on pouvait nouer ou rompre à sa guise.
Une fois effacé le lien particulier qui unissait les mages partageant le même mana, il ne restait entre nous que la relation ordinaire de parents à enfant au sein d’une famille noble.
Dans ce cas, on pouvait rompre les liens. Sans difficulté.
De temps à autre, la rumeur courait à Plaford qu’un enfant avait été chassé par sa famille noble.
Qui disait que je ne pouvais pas être l’un d’eux ?
Ce n’était rien, comparé aux décennies qu’il me restait à vivre.
La honte d’être renvoyée ne durerait qu’un instant, tandis que je profiterais de ma liberté le reste de ma vie.
Je n’avais aucune raison d’hésiter. Aucune.
Le duc fut très décontenancé.
Mais Gillian était encore plus bouleversé. Il ne chercha même pas à le cacher.
« Vivette est une ligne noire… ? »
Cela montrait à quel point le duc avait réussi à garder le secret.
Il l’avait caché jusqu’à la personne concernée, moi, et à son propre fils, l’héritier.
Ses pensées devaient être en plein chaos.
La petite sœur avec laquelle il avait vécu toute sa vie avait-elle en réalité été adoptée ? N’était-elle pas la fille biologique du duc ?
Il devait se poser les mêmes questions que moi, la première fois que j’avais vu l’arbre généalogique.
Mais Gillian était intelligent ; il ne s’attarderait pas longtemps sur la question.
« Ha ! Quelles sottises racontes-tu ? »
Le duc retrouva son calme plus facilement que prévu.
« Tu serais une ligne noire ? Comme c’est amusant. Tu as reçu le baptême, même s’il était imparfait. Tu es indéniablement une Ashwilt. »
Il se montrait aussi ferme qu’avant.
Si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux, j’aurais pu me laisser duper.
« Ha ha, Votre Grâce. Le mensonge ne vous va pas bien. Inutile de prétendre le contraire. Je suis venue ici en sachant tout. »
« … À ce qu’il semble. »
Le duc me dévisagea, puis sembla comprendre qu’il ne servait à rien de nier. Il gronda d’une voix menaçante :
« Très bien. Même si c’est vrai, cela ne signifie pas que tu peux rompre tes liens avec la maison Ashwilt. »
« Pourquoi pas ? »
« Que peux-tu faire si je refuse ? »
Le duc Ashwilt sourit avec décontraction, tel un démon aguerri dans les flammes de l’enfer.
Pourtant, contrairement à son expression placide, ses yeux étaient emplis de venin.
Son aura oppressante était si intense qu’elle semblait s’amplifier, jusqu’à prendre une forme visible.
Des flammes bleu pâle, presque blanches, semblaient jaillir autour de lui.
« Pas du venin. Du mana toxique. »
J’avais laissé passer la dernière fois, et pourtant, il déversait de nouveau son mana nocif devant moi.
« Il compte encore m’écraser par la force ? »
Non content d’être impossible à raisonner, il était violent.
Je sentais que je ne pourrais jamais me rapprocher de quelqu’un comme lui.
N’était-il pas naturel que je veuille rayer une telle personne de mon registre familial ?
« Vivette Ashwilt, les parents peuvent renier leurs enfants, mais les enfants ne renient pas leurs parents. Comptes-tu défier l’ordre naturel ? »
« Mais Votre Grâce a rompu les liens le premier. »
« Qui ça ? Moi ? »
« Oui. Vous avez de fait abandonné dame Fadde, votre mère inscrite sur le registre familial. »
« Quel rapport avec tout ça ? »
« Bien sûr que ça en a un. Père a abandonné sa propre mère, alors pourquoi ne pourrais-je pas abandonner mon père ? Mettez-vous à ma place. »
Bang !
Le duc abattit un dossier sur le bureau.
« Tu ne gagneras rien à me provoquer. Sais-tu ce que je pourrais te faire ? »
Quand la logique le coinçait, il recourait à la violence. Quand les mots lui manquaient, il passait aux menaces.
S’il savait qu’elles ne serviraient à rien, il ne gaspillerait pas son énergie ainsi.
« Tu sais seulement comment fonctionne la loi entre parents et enfants ? Enfin, une enfant aussi simplette que toi, qui ne connaît rien au monde, ne peut pas le savoir. »
Le duc renifla, comme s’il allait m’expliquer tout cela avec bienveillance.
« Même si un enfant veut être radié du registre familial, c’est impossible sans l’accord de ses parents. Tu peux intenter un procès, mais je doute que tu puisses me battre. »
« C’est vrai. Si l’affaire allait au procès. »
Le duc était un homme extrêmement influent, même à Plaford.
Sans sa protection, je n’étais qu’une simple citoyenne.
De plus, s’il s’agissait de rompre des liens familiaux, le tribunal ne statuerait jamais en ma faveur.
Quel tribunal voudrait voir une famille se déchirer ?
Que quelqu’un ait souffert dans cette famille ne le préoccupait pas.
« Et dire que le duc est réputé à Plaford pour chérir sa fille. Le tribunal me ferait passer pour une femme ingrate et me condamnerait. »
Je ne devais donc absolument pas laisser l’affaire aller au procès.
Je devais trouver un moyen d’obtenir son accord.
Bien sûr, cela ne semblait pas très probable non plus.
Le duc me fusillait du regard, comme s’il ne me laisserait jamais partir, quoi que je fasse.
« Tu n’auras pas gain de cause. Ta seule existence est déjà une honte pour cette famille. Je ne veux pas ajouter à cela le scandale de ton exclusion. »
Un désaccord avec sa fille n’était peut-être pas fatal pour lui, mais cela deviendrait certainement un point faible.
Les gens feraient semblant de ne pas s’en soucier devant lui, mais riraient dans son dos. Cela devait terriblement l’inquiéter.
Le duc ne s’était jamais soucié que Vivette soit maltraitée à l’Académie ou que les serviteurs colportent des ragots sur elle derrière son dos.
Pourtant, sa propre réputation lui paraissait assez précieuse pour qu’il garde près de lui une fille qui le haïssait.
« Vivette, ne va pas dans le monde entier couvrir notre famille de honte. Même si tu ne sers à rien, reste ici, où tu ne serviras à rien. »
« Est-ce vraiment quelque chose qu’un père peut dire à sa fille ? »
Le duc, qui ne choisissait que les paroles les plus absurdes, poursuivit avec une assurance imperturbable :
« Alors ne fais rien et reste tranquillement enfermée dans cette maison. Comme avant. »
C’est alors que des chevaliers en armure légère firent irruption.
Sans permission, ils ouvrirent les portes du bureau à la volée, si violemment qu’on aurait dit qu’elles allaient sortir de leurs gonds. Ils se rangèrent derrière moi, à quelques pas seulement.
« Qu’est-ce que vous faites ? »
Le duc ne répondit pas. Il se contenta de rire brièvement.
« Tu crois que je suis resté sans rien faire tout ce temps parce que je ne pouvais pas recourir à la force ? Te maîtriser et te garder ici ne serait rien. »
« Est-ce une menace ? Vous dites que vous allez m’emprisonner ? »
« T’emprisonner ? »
Le duc claqua la langue, sans chercher à dissimuler combien il prétendait être blessé.
« Je te montre la bonté de te laisser retourner dans ta chambre, à l’annexe, et vivre tranquillement avec les nouvelles servantes que je choisirai. »
« De force. »
« Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Si je te laisse comme ça, tu vas couvrir cette famille de honte partout où tu iras. »
J’eus l’impression que les chevaliers derrière moi s’étaient rapprochés.
Pendant un instant, je crus sentir la froide garde d’une épée contre mon dos.
« Vivette, tu crois que ton exclusion mettrait fin à tout ? Si cela arrivait dans une maison ducale, surtout dans la maison Ashwilt, le scandale se répandrait dans tout l’Empire en un rien de temps. Puis-je laisser la réputation de la famille, bâtie pendant près de mille ans, toucher le fond à cause d’une seule personne comme toi ? »
« Vous avez donc l’intention de me faire taire. »
« Pourquoi poser la question ? Arrête de faire semblant de ne pas comprendre. »
Les chevaliers s’approchèrent lentement de moi.
Tout en guettant la réaction du duc, ils me saisirent le bras avec précaution.
« Qu’est-ce que vous faites ? Emmenez la jeune dame immédiatement. »
Ce ne fut qu’après l’ordre sévère du duc que le chevalier à ma gauche me tira doucement en arrière, comme s’il promenait un chien.
Mais je ne me laissai pas entraîner aussi facilement.
Mes pieds étaient fermement ancrés au sol du bureau, comme s’ils y avaient pris racine.
Le chevalier, qui s’attendait sans doute à m’emmener sans difficulté, fronça les sourcils, déconcerté.
Je le regardai calmement et lui demandai :
« Vous comptez me traîner comme ça jusqu’à ma chambre, à l’annexe ? »
Peut-être gêné par le sous-entendu, le chevalier répondit avec embarras :
« Je vous prie de ne pas le prendre ainsi. Je ne fais que suivre les ordres du duc. »
« Vivette, ne complique pas les choses pour les chevaliers. Tu ne devrais pas abuser de ton autorité sous prétexte qu’ils sont tes subordonnés. »
Le duc s’immisça dans la conversation d’un air suffisant.
Le visage calme, je laissai échapper un petit rire tranquille.
« Votre Grâce, savez-vous ce qui arrivera si je suis retenue ici et que je ne peux pas rentrer chez moi ? »
« Qu’est-ce que ça peut me faire ? »
Retenant un rictus, je lui répondis calmement, pour qu’il m’entende bien :
« Dame Fadde compte vendre sa participation dans “Deus” à votre rival. »
« Quoi ? »
L’intendant en chef et Gillian en restèrent bouche bée.
En un instant, la situation se renversa.
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