Chapitre 32
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 32
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* * *
« Elle est revenue ? »
Le duc posa de nouveau la question après avoir entendu le rapport murmuré par son aide.
Sa voix, assurée, résonna puissamment.
Assez fort pour que Gillian, penché sur son travail dans un coin du bureau, l’entende.
Gillian s’en rendit compte.
Il ne parviendrait pas à se concentrer sur son travail de toute la journée.
Son cœur, d’ordinaire calme, se mit à battre à tout rompre.
Ah. Alors, c’était ainsi que tout se terminait.
Étrangement, au lieu de s’emballer, son cœur se glaça.
Il n’éprouva ni gratitude ni soulagement à savoir sa petite sœur revenue saine et sauve.
Au contraire, son esprit se remplit de vide et de rancœur.
« C’était si facile, en fait. »
L’avait-elle tant tourmenté pour une affaire qui se réglerait si vite ?
Toute tension retombée, il se mit à regretter chaque instant qu’il avait perdu à s’inquiéter de cette histoire.
Une fois encore, Père avait eu raison.
Pourquoi ne l’avait-il pas compris, alors qu’il en avait été témoin pendant des années ? S’ils ne lui accordaient aucune attention, elle finirait par revenir sans faire de bruit.
Gillian retrouva son calme et esquissa un sourire paresseux.
Puis il retourna à son travail.
Comme si le retour de Vivette ne lui faisait ni chaud ni froid.
Le duc ne réagit pas autrement.
Il s’adossa à son fauteuil avec arrogance.
« A-t-elle dit qu’elle voulait me voir ? »
« Elle a demandé à Votre Grâce de lui accorder un peu de temps, car elle a quelque chose à vous dire. »
« Ah bon ? »
Appréciant le silence, le duc tapota le bureau du bout des doigts.
Après un bref instant de réflexion, il prit la parole.
« Comme vous le savez, je ne suis pas un homme oisif. »
« Bien entendu. »
« Conduisez-la au salon et faites-la patienter. Si elle a un tant soit peu de dignité, elle supportera bien cela. »
Il comptait la faire attendre exprès. Des heures, voire des jours.
Jusqu’à ce que sa fille pleure et le supplie de la recevoir.
Ce n’est qu’alors qu’elle comprendrait quelle était sa place et réfléchirait à ses actes.
Il devait lui donner une bonne leçon tant qu’il en avait l’occasion.
Le duc souleva tranquillement sa tasse de thé, pourtant déjà vide, et la porta à ses lèvres.
* * *
« Par ici, jeune dame. »
La servante de la maison principale accueillit Vivette avec un sourire radieux.
Elle avait l’habitude d’étirer la fin de ses phrases, mais aujourd’hui, elle les prolongeait à n’en plus finir.
Comme tout le monde dans la maison principale, cette servante n’aimait pas Vivette.
La principale raison était que son salaire avait été considérablement réduit après le récent incident.
« Tu es allée te plaindre à dame Fadde et tu m’as attiré des ennuis. Bien fait pour toi. »
La servante prenait un plaisir immense à voir Vivette épuisée, comme si le voyage de retour l’avait mise à rude épreuve.
Pourtant, elle ne laissa rien paraître.
Elle savait que Vivette Ashwilt elle-même devait être la plus gênée.
Inutile pour elle de se montrer méchante quand d’autres étaient prêts à rendre la vie de Vivette misérable.
Qui d’autre, sinon…
Les membres de la Maison Ashwilt, furieux contre elle.
« Regardez-moi ça. Ils ont envoyé directement au salon la fille qui s’est enfuie. »
Aussi raffiné et élégant que fût un salon destiné à recevoir des invités, il ne serait jamais aussi confortable que sa propre chambre.
S’ils se souciaient vraiment de leur fille, ils l’auraient d’abord envoyée dans sa chambre, dans l’annexe, et lui auraient dit de prendre un bon bain chaud.
Mais le duc n’en avait rien fait.
Il faisait mine d’être courtois, mais en réalité, c’était comme s’il avait obligé sa fille à rester debout là pour la punir.
Comme pour lui rappeler que c’était là sa place.
Après seulement quelques jours loin d’ici, elle ne pouvait même plus entrer dans sa propre chambre. Quelle humiliation.
Chassée même de l’annexe, elle était confinée dans un coin d’un minuscule salon.
Sa famille ne la traitait plus comme l’un des siens, mais comme une invitée.
« Le salon. »
Voir Vivette murmurer ces mots pour elle-même rendit la servante encore plus satisfaite.
« Veuillez rester ici jusqu’à ce que Son Altesse vous fasse appeler. »
La servante claqua la porte et ricana en s’éloignant.
La jeune dame avait enfin été complètement rejetée par sa famille !
Elle s’était moquée discrètement de Vivette un nombre incalculable de fois, mais jamais elle n’avait autant savouré une journée que celle-ci.
« Qu’est-ce qui vous fait rire ? »
Pourvu que le jeune seigneur Harris ne l’eût pas prise à partie en passant par là.
« Oh, jeune seigneur Harris. »
Ce n’était pas une servante insolente ; elle s’inclina donc respectueusement devant Harris, même s’il appartenait à une branche collatérale.
Mais Harris semblait contrarié, le visage fermé pour une raison inconnue.
« Vous ne savez pas lire l’ambiance ? »
« Pardon ? »
« Toute la maison est dans cet état, et vous êtes la seule à avoir l’air heureuse. Votre travail vous plaît tant que ça ? »
Je me sens déjà assez mal comme ça.
Harris s’en prenait à quelqu’un qui n’avait rien à voir avec sa mauvaise humeur.
La servante trouvait cela absurde.
Qu’est-ce qui clochait donc dans l’atmosphère de la maison ?
Depuis que cette femme qui semait le trouble un jour sur deux était partie, les lieux n’avaient jamais été aussi paisibles.
Même Son Altesse et le jeune seigneur aîné semblaient soulagés.
Les serviteurs de la maison principale avaient dû supporter Harris, qui errait d’un air morose depuis des jours.
Et il osait lui faire ce reproche ?
Mais elle n’était qu’une servante, tandis que Harris était un jeune seigneur de la maison.
C’était injuste, mais elle ne pouvait pas risquer de se faire renvoyer. Elle baissa donc silencieusement la tête.
« Je vous prie de m’excuser. »
« L’ambiance est déjà assez morose depuis le départ de ma sœur. Alors, gardons le silence, d’accord ? »
« Ah… Mademoiselle Vivette est revenue. »
« Quoi ? Quand ? »
« À l’instant. Elle est au salon. Ah ! »
La servante retint le jeune seigneur irréfléchi, qui s’était aussitôt dirigé vers le salon.
« Quoi ? »
« Son Altesse ne l’a pas encore reçue. »
« Elle vient d’arriver, non ? Il devrait déjà être là à discuter avec elle. »
« Son Altesse est occupée. Il n’a pas le temps de recevoir la jeune dame. »
« Alors, j’ai l’air oisif, moi ? C’est ça ? Parce que je traîne dans la maison sans rien faire ? »
Ce vaurien mal élevé cherchait ouvertement la dispute.
Il ne se comportait pas ainsi avec les autres serviteurs. Seulement avec elle.
La servante devinait à peu près pourquoi.
« Il a dû nous entendre parler dans le dos de mademoiselle Vivette l’autre jour. »
Nous l’avions maudite d’avoir puni toute la maison principale, la traitant de méchante et d’égoïste.
Plusieurs servantes de la maison principale s’étaient réunies pour bavarder sur les autres et alléger ainsi la fatigue de leur longue journée.
Mais cette agréable petite réunion avait pris fin avant qu’elles aient pu vraiment se lâcher.
De l’eau glacée s’était soudain déversée du plafond de la buanderie, comme un torrent.
Avoir les cheveux et les vêtements matelassés trempés en plein hiver était déjà terrible, mais le vrai problème était ailleurs.
Elles se trouvaient dans la pièce où l’on pliait le linge sec.
C’était le jour où la gouvernante les avait réprimandées parce que le linge qu’elles avaient passé la journée à laver n’avait pas séché à temps.
Elles avaient été les victimes de toute cette histoire, et pourtant Harris, qui leur avait versé de l’eau froide dessus, était encore plus furieux qu’elles.
De quoi lui donner envie de hurler.
« Bon sang. À partir de maintenant, je ferai attention à fermer les fenêtres avant de bavarder. »
La servante n’eut d’autre choix que de feindre des regrets sincères.
« Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je vous prie de m’excuser. »
Ces excuses injustes et humiliantes n’atteignirent pas les oreilles de Harris.
« Alors, sœur Vivette est là-dedans. »
S’il ouvrait la porte et entrait, il la verrait aussitôt.
Mais rien ne l’y obligeait.
L’idée d’entrer et de lui faire face le mettait mal à l’aise.
Sa sœur était revenue de son plein gré dans ce domaine misérable. Voilà tout.
Partir et revenir étaient ses choix à elle ; elle n’aurait donc rien à lui reprocher.
Elle n’aurait d’autre choix que de l’aimer comme elle l’avait toujours fait.
Et pour la suite… eh bien, tout finirait par s’arranger d’une façon ou d’une autre.
Il avait l’impression qu’il lui suffisait de rester allongé, les bras ouverts, pour que leur relation brisée se répare d’elle-même.
Cela avait toujours été ainsi.
La seule qualité de Vivette n’était-elle pas sa capacité à renouer sans effort même les liens les plus distendus ? Elle trouverait bien une solution toute seule.
Si elle voulait redevenir proche de lui.
Quoi qu’il en soit, apprendre que sa sœur était revenue dissipa la tension accumulée au cours des quinze derniers jours.
Il devrait aller se reposer, maintenant.
* * *
Je fixai attentivement la vieille horloge murale du salon du domaine Ashwilt.
« Quelle heure est-il ? »
Cette horloge extravagante ne donnait même pas l’heure.
À la Maison Ashwilt, il fallait lui insuffler du mana pour l’allumer avant de pouvoir consulter l’heure.
Ce n’était pas une horloge ordinaire, mais un modèle coûteux alimenté par le mana. La laisser allumée en permanence en gaspillerait, alors on ne l’activait qu’en cas de besoin.
C’était comme devoir toucher son smartphone pour faire apparaître l’heure.
Autrement dit, sans mana, je ne pouvais même pas regarder l’heure dans cette maison.
Pour Vivette, cela n’avait jamais été un problème.
Elle ne pouvait rien faire seule dans toute la maison, mais elle était née avec une cuillère en argent dans la bouche.
Elle avait donc des servantes.
Des gens prêts à tout faire au moindre de ses mots.
« À quoi bon ? Je ne peux même pas regarder l’heure sans l’aide de quelqu’un. »
Toutes les lampes fonctionnaient au mana ; je ne pouvais donc même pas allumer la lumière.
Impossible de me laver les mains : je ne pouvais pas ouvrir l’eau.
C’était comme si j’étais redevenue Choi Eunseo, dans ma vie précédente. Pas très différent de la vie d’une patiente.
Les serviteurs qui déblayaient la neige tout à l’heure m’avaient maudite dans mon dos, persuadés que je ne les entendais pas.
Ils avaient dit que ça devait être confortable de vivre entièrement grâce aux efforts des autres.
Ce n’était pas confortable. Et je n’étais pas heureuse.
Comparée à Erenston, Plaford faisait presque penser au Moyen Âge, mais les quelques jours que j’y avais passés avaient été bien meilleurs.
Au moins, là-bas, je n’avais pas eu les mains et les pieds liés.
Tout comme les mages considéraient Vivette comme une femme incapable de se débrouiller correctement, je voyais cette horloge comme un objet parfaitement inutile.
« Même une horloge me méprise parce que je n’ai aucun talent. Elle ne veut même pas me donner l’heure. »
Cela dit, elle était jolie à regarder.
Même à l’arrêt, elle valait largement son prix.
« … »
Je m’ennuyais. On m’avait laissée seule ici pendant des heures.
Pourquoi, sinon, serais-je en train de me battre avec une horloge ?
Quelle heure pouvait-il bien être ?
Le soleil était presque couché, mais le duc n’avait pas l’intention de me recevoir ni de me renvoyer.
Qu’est-ce qu’il mijotait ?
« Dame Fadde va s’inquiéter si je passe la nuit ici. »
Elle se demanderait peut-être si le duc m’avait arrêtée.
La dame avait failli en tomber à la renverse, persuadée que le duc risquait de me saisir et de m’enfermer dès qu’il me verrait.
Si je ne rentrais pas de toute la journée, elle finirait par intervenir.
« Si cela arrive… »
La servante entra alors, poussant un plateau et frappant légèrement à la porte.
« Son Altesse dit qu’il risque d’être en retard et vous demande donc de dîner en attendant. »
Dîner ? Ils ne m’avaient même pas proposé de thé et m’avaient renvoyée dès l’entrée, et maintenant, ils m’offraient le dîner ?
« …Je ne connais pas très bien les usages, mais est-il normal de dîner dans un salon ? »
Le salon ne servait-il pas à prendre le thé ?
S’ils voulaient vraiment m’offrir un repas, la bienséance aurait voulu qu’ils m’invitent dans la salle à manger.
À condition que je sois une invitée.
Et s’ils souhaitaient me traiter comme un membre de la famille, ils auraient aussi dû m’envoyer dans la salle à manger.
« Veulent-ils me traiter comme une membre de la famille ou comme une invitée ? »
Enfin, peu importait. J’agirais comme une invitée.
Je me levai avant même que tous les plats aient été posés sur la table.
« Jeune dame ? Veuillez manger sans tarder. »
« Non. Il n’est pas poli de rester chez quelqu’un jusqu’à une heure tardive, n’est-ce pas ? Puisque c’est l’heure de dîner, je devrais comprendre le message et partir. »
« Chez quelqu’un ? »
« Ce n’est pas chez moi, si ? N’est-ce pas ce que vous vouliez me faire comprendre ? »
Je haussai les épaules devant la servante, qui en était restée bouche bée.
« S’ils me considéraient encore comme leur fille, ils ne me feraient pas dîner au salon. Je m’en vais. »
« Non, jeune dame ! Où allez-vous ? La Maison Ashwilt vous sert un repas. »
Je jetai un regard à la servante.
Son ton se voulait décontenancé, mais son expression la trahissait.
La moquerie était évidente. Elle se fichait de moi.
Je lui adressai un grand sourire.
« Vous me servez ? Je suppose que la Maison Ashwilt donne à ses invités le même repas qu’à ses servantes. »
« Ah. »
« Je ne vous remercierai pas. »
J’ouvris la porte à la volée et sortis sans hésiter, pour tomber nez à nez avec l’homme qui se tenait dans le couloir.
L’aide du duc Ashwilt.
J’ignorais pourquoi il montait la garde ici, mais je passai calmement devant lui.
« Jeune dame ? Où allez-vous ? »
« Dîner. »
« Ce sera difficile. Son Altesse et les jeunes seigneurs dînent dans la salle à manger de la maison principale. »
Je relevai le menton comme si je ne comprenais pas, et l’aide s’interrompit, embarrassé.
« Ah… Vous n’allez pas là-bas ? Dans ce cas, la salle à manger de l’annexe ? Si c’est celle de l’annexe… Non, cela n’ira pas non plus. Quoi qu’il en soit, vous ne pouvez plus y entrer. Ce n’est plus votre résidence. »
« Alors, quoi ? »
« Il me semble que la maison principale vous a préparé un repas à part. Même si cela peut être désagréable, pourriez-vous le prendre au salon, je vous prie ? »
« Cela ne conviendra pas. »
Je répondis d’un air détendu, avec un léger sourire.
« Les repas se prennent en famille. »
L’aide me regarda avec incrédulité.
« Pourquoi vous montrez-vous si déraisonnable ? Vous croyiez que vous resteriez de la famille pour toujours ? C’est vous qui nous avez abandonnés la première, et vous osez encore parler de famille ? »
Il me parlait comme s’il me réprimandait.
Malgré tout, il demeurait poli ; je ne pris donc pas la peine de le lui faire remarquer et m’éloignai.
« Jeune dame ! »
L’aide m’appela à plusieurs reprises, mais je ne me retournai pas et ne m’arrêtai pas.
Je sortis ensuite par l’entrée de la maison principale.
Le soir tombait ; je devais donc rentrer.
Je devais rentrer et dîner avec ma « famille ».
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