Chapitre 29
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 29
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« M-Mademoiselle, qu’est-ce que vous avez fait… ? »
Lola murmura précipitamment, d’une toute petite voix, mais personne ne l’entendit.
« J’ai… j’ai fait une bêtise. »
Je n’aurais jamais imaginé que ça irait si loin.
Comment un objet lancé depuis les gradins avait-il pu atteindre le beau milieu de l’arène ? Ce n’était qu’un bouquet, pas une balle.
J’avais du mal à y croire, même après l’avoir vu de mes propres yeux, mais il fallait que je trouve un moyen de réparer ça.
Le gladiateur au casque noir releva la tête.
Ah, il m’avait reconnue.
En même temps, tous les spectateurs des rangées voisines me fixaient.
« Je… je suis désolée ! »
Au moment où nos regards semblèrent se croiser, je me levai d’un bond.
Ma voix résonna dans l’arène, devenue silencieuse comme une tombe.
« Je suis vraiment désolée. Je ne l’ai pas fait exprès. »
La femme assise à côté de moi me saisit par la manche.
« Qu’est-ce que vous faites ? Comment une noble peut-elle présenter ses excuses à un gladiateur, qui n’est pratiquement qu’un roturier ? »
Elle jeta un coup d’œil au gladiateur, puis me chuchota à l’oreille :
« Vous n’avez pas à vous excuser auprès de quelqu’un comme ça. Rasseyez-vous. »
Elle avait presque l’air aimable, au début.
« Non, je devrais quand même m’excuser. Je l’ai frappé à la tête, tout de même. »
Alors que j’hésitais sur la réponse à donner, le gladiateur inclina légèrement la tête.
« Ah… il a accepté mes excuses. »
« Franchement, vous êtes désespérante. »
Ma voisine n’avait pas l’air ravie de mon comportement.
« … »
Peut-être parce que l’élan avait été brisé, le gladiateur ne poursuivit pas son discours.
Il se contenta de ramasser le bouquet tombé par terre et couvert de poussière.
Puis il le contempla longuement.
Comme s’il s’agissait d’un trophée de champion.
***
En fin d’après-midi, nous nous étions arrêtées dans un restaurant pour nous offrir un repas à l’extérieur, ce qui était rare.
« Mademoiselle, vous pensez encore à cette personne ? »
La voix de Lola me tira de mes pensées. Plus de la moitié du dessert aux fruits avait disparu.
Oh, il n’y avait plus de figues.
Déçue, je pris un autre morceau de fruit. Une prune européenne que je n’avais jamais goûtée dans ma vie précédente.
Hum, c’était bon aussi. Comme on pouvait s’y attendre d’un restaurant aussi cher, la qualité était excellente.
« Je m’en veux. »
« Je n’aurais pas dû vous pousser à le faire. Qui aurait cru que vous étiez si forte, mademoiselle ? »
« C’est vrai. Moi non plus, je ne le savais pas. »
Comment aurais-je pu m’y attendre ?
Autrefois, j’étais si frêle que je n’arrivais même pas à tenir la main de ma mère. Et après avoir changé de corps, j’avais lancé un bouquet comme une balle rapide.
« Ne vous en faites pas trop. Il a probablement pris ça à la légère. »
Lola dit cela tout en glissant discrètement quelques noix dans sa poche.
Madame Fadde prit enfin la parole, elle aussi.
« Ne vous tracassez pas autant. Vous avez l’air terriblement inquiète. »
« Je ne suis pas inquiète. J’ai simplement quelque chose en tête. »
« Quelque chose en tête ? Quoi donc ? »
« Ce n’est pas quelque chose dont je devrais parler ici… »
Comme on pouvait s’y attendre le dernier jour des vacances, les tables autour de nous étaient toutes occupées.
À la table voisine, des gens s’attaquaient à un gigot de porc rôti entier.
« On pourrait aller ailleurs ? »
« Je veux rejoindre la maison du grand-duc d’Iserwolf. »
Le silence tomba aussitôt.
Madame Fadde et Lola gardèrent le silence tandis que le thé que nous avions commandé refroidissait peu à peu.
« O-Où avez-vous dit que vous vouliez aller ? »
Quand Madame Fadde finit par répondre, son trouble était manifeste.
Elle sembla examiner un instant mon expression déterminée.
« … C-C’est à cause de cet homme ? Le champion ? »
« Oui. »
« ! »
Madame Fadde et Lola me regardèrent, horrifiées, tandis que je gardais un air sérieux.
Je pouvais encore tout revoir très clairement.
Chaque détail à couper le souffle, tandis que l’air froid emplissait mes poumons.
Le casque noir étincelant sous le soleil brûlant de midi.
Il était sans égal.
Au point d’attirer le regard de quelqu’un qui avait vécu une vie complètement à l’opposé.
Pour la première fois depuis mon retour à la vie, je ressentais un désir aussi intense que sa présence.
Son corps.
Je le voulais.
La force de maîtriser à mains nues un adversaire armé d’une lame.
Un corps robuste, capable d’exécuter chaque mouvement exactement comme je le voulais.
La détermination de sortir une arme étrange et d’être certaine de l’emporter.
Je voulais tout cela.
Je l’aurais. Cette force.
« Je veux devenir forte. Pour que personne ne puisse plus jamais m’ôter ma liberté. »
« V-Vivette. »
Madame Fadde caressa sa tasse de thé, comme pour l’apaiser.
« Cette personne semble vous avoir fait forte impression. »
« Oui. »
Pour une raison ou une autre, leurs deux visages s’assombrirent.
« O-Oui. Eh bien… à votre âge, ça arrive facilement. »
Madame Fadde but une petite gorgée de thé, comme si de rien n’était, mais elle était loin d’avoir l’air sereine.
Sa tasse tremblait légèrement.
« Mais comment comptez-vous rejoindre Iserwolf ? »
« Ils recrutent des candidats pour l’ordre de chevalerie du grand-duc. »
C’était ce que l’homme avait annoncé un peu plus tôt.
« Je voudrais postuler, Madame. »
« Un ordre de chevalerie ? Vous voulez dire que vous voulez devenir chevalière ? Dans la maison du grand-duc ? »
« Pas forcément. »
« Alors ? »
« J’ai toujours voulu apprendre l’escrime. »
Je n’avais plus besoin de me contenter de regarder.
J’étais libre. Libre de la maladie, de ma famille et des limites imposées par le temps et l’argent.
« Vous comptez postuler dans un ordre de chevalerie uniquement pour apprendre l’escrime ? »
« Oui. Si je suis retenue comme candidate, je suivrai vingt semaines d’entraînement. Ensuite, je pourrai décider si je veux intégrer l’ordre ou non. »
Bien sûr, même si le corps de Vivette était fort, j’échouerais probablement avant d’avoir terminé ces vingt semaines.
Mais même si, par miracle, je tenais jusqu’au bout, je n’intégrerais tout simplement pas l’ordre.
« Vous en savez beaucoup. Où avez-vous entendu parler de tout ça ? »
« Par ce gladiateur. »
Une fois le tournoi d’arts martiaux terminé, les spectateurs s’étaient déversés dehors en masse.
Par hasard, j’avais aperçu cet homme à l’extérieur de la salle d’attente.
Il avait retiré son casque et enfilé une chemise blanche impeccable.
Sans même m’en rendre compte, je m’étais dirigée vers lui pour lui parler.
« Ah, excusez-moi ! »
L’homme, qui portait un élégant chapeau noir tiré bas sur son visage, tressaillit.
Avant que le gladiateur ait le temps de se retourner, deux hommes portant des épées à la ceinture se placèrent devant moi.
« Le personnel de l’arène ? »
Je me forçai à sourire pour leur montrer que je ne leur voulais aucun mal.
« Vous êtes bien le champion ? Je voulais m’excuser encore une fois pour tout à l’heure. »
« Que voulez-vous dire ? »
L’un des hommes qui me barraient la route m’interrogea d’une voix grave, comme pour m’ordonner de partir.
« Je l’ai frappé à la tête avec un objet que j’ai lancé. »
« Quoi ? Non ! »
L’homme s’avança vers moi à grands pas.
« Vous l’avez frappé ? »
Le gladiateur prit alors la parole en abaissant encore son chapeau.
« Reculez. »
C’était bien sa voix.
Calme, comme une brise.
« Mais elle dit qu’elle vous a frappé ! »
« Elle m’a simplement lancé un bouquet pour me féliciter. Un gladiateur dont le métier consiste à se faire taillader et transpercer ne va tout de même pas se plaindre d’avoir reçu des fleurs lancées par une jeune dame. »
« Ah… un bouquet… ? »
L’employé qui avait mal compris se gratta la nuque, gêné.
Le gladiateur s’approcha de moi.
Il était si grand que, si j’avais été derrière lui, il aurait caché tout mon corps.
Alors que je vacillais devant sa carrure imposante, il se fit soudain plus petit.
Le champion s’était incliné devant moi.
Comme par magie, son chapeau resta solidement fixé sur sa tête sans tomber.
« Je suis très touché qu’une personne aussi noble présente ses excuses pour une chose aussi insignifiante. »
Il n’était absolument pas nécessaire d’en faire autant.
Ce n’est qu’alors que je repensai à la femme assise à côté de moi dans l’arène.
« Elle avait dit que les gladiateurs ne valaient pas mieux que des roturiers. »
Je le constatai de mes propres yeux.
À Plaford, les classes sociales étaient terriblement cloisonnées.
« Je devrais vous remercier comme il se doit d’avoir soutenu un simple gladiateur comme moi, mais je vous prie de m’excuser : cet homme de basse extraction est occupé et ne peut vous accorder beaucoup de son temps. »
Son ton était excessivement poli et solennel.
Comme si un grand noble s’adressait à l’Empereur…
« Ce n’est pas la peine ! J’étais simplement heureuse de vous voir et je vous ai parlé sans réfléchir. Je suis désolée de vous avoir retenu si longtemps. Au revoir. »
J’étais gênée et, puisqu’il avait dit être occupé, je m’apprêtais à partir.
« Attendez, mademoiselle. »
Si seulement il ne m’avait pas arrêtée.
« Oui ? »
« Comment avez-vous su que c’était moi ? »
Le gladiateur examina sa tenue de la tête aux pieds.
« Je suis habillé tout à fait différemment de quand je combattais. »
« Je savais simplement que c’était vous. »
« Pourquoi ? »
« Vous étiez le seul gladiateur à marcher avec autant de dignité. »
« … Vous avez remarqué ma démarche ? »
Il semblait surpris.
Même cette expression lui donnait un air distingué, comme à un grand noble.
Un bref silence s’installa entre nous.
« Vous appartenez à la maison Iserwolf. »
« Oui, c’est exact. »
« Cet ordre de chevalerie accepte vraiment n’importe qui ? »
« Tous les quelques ans, nous organisons une vaste campagne de recrutement de candidats. »
Sa voix posée et discrète résonna dans le couloir désormais désert.
« Iserwolf a besoin de nombreuses personnes talentueuses. Nous serions donc ravis de recevoir les candidatures de toute personne intéressée. »
Plus encore que les renseignements sur le recrutement de l’ordre de chevalerie, qui m’intriguaient, sa voix avait quelque chose de doux.
Le gladiateur prit gentiment le temps de tout m’expliquer, sans changer de posture.
« Hé, jeune dame. Pourquoi posez-vous des questions à notre gladiateur à ce sujet, si ça ne vous intéresse pas ? »
L’employé de l’arène qui se tenait à côté de nous m’interpella.
« Ça m’intéresse. »
« Quoi… ? »
« Je vais postuler chez les chevaliers d’Iserwolf. »
« ! »
Le gladiateur releva légèrement la tête.
L’employé s’écria, incrédule :
« Ce n’est pas parce qu’ils ont dit que n’importe qui pouvait postuler qu’ils le pensaient au pied de la lettre ! »
« C’est pourtant ce qu’il a dit. »
« Il faut au moins savoir tenir une épée avant qu’ils daignent examiner votre candidature ! »
L’employé en fit tout un drame.
Je ne voyais pas pourquoi il prenait ça autant à cœur, puisque les chevaliers d’Iserwolf se chargeraient eux-mêmes de la sélection.
Il avait peut-être vécu quelque chose de similaire par le passé. Il semblait vraiment s’y investir.
« À cause de candidates nulles comme vous, chaque fois, on doit… ! »
« Assez. »
Le gladiateur leva la main pour l’arrêter.
« Hum ? Un gladiateur peut parler comme ça à un employé ? »
Tandis que je me posais la question, le gladiateur s’inclina de nouveau, brièvement.
Puis il prononça exactement ces mots :
« La maison Iserwolf recrute des chevalières si elles en ont les capacités. Nous serions donc ravis que vous postuliez. Toutefois, le corps des mages recrute lui aussi en ce moment ; les mages auraient donc intérêt à postuler auprès de lui. »
Le chapeau, trop raffiné pour un gladiateur, me resta en tête.
« Il m’a prise pour une mage. »
Probablement à cause de la couleur de mes cheveux.
Dans bien des cas, avoir les cheveux blancs dès son jeune âge signifiait qu’on était mage.
Il y avait généralement deux possibilités.
On appartenait à la maison Ashwilt, ou bien on était extrêmement doué.
Le mana exerçait une sorte de pression sur le corps humain.
C’était pourquoi une exposition prolongée faisait blanchir les cheveux.
Les mages ordinaires atteignaient rarement ce stade ; leurs cheveux blanchissaient donc le plus souvent avec l’âge.
« Les puissants mages, comme le maître de la Tour des Mages, ont les cheveux blancs même lorsqu’ils sont jeunes. »
Il était donc fort possible que cet homme m’ait prise pour une mage très puissante. C’était bien plus probable que de croire qu’une membre de la maison Ashwilt était venue assister à un tournoi d’arts martiaux dans la capitale.
Mais tout de même…
Il fallait être mage ou bien connaître ce milieu pour savoir cela.
Comment un simple gladiateur, un roturier, pouvait-il être au courant ?
« Même dans la capitale, on a rarement l’occasion de rencontrer des mages. »
Et les mages étaient toujours moins nombreux qu’on ne le croyait.
Les imposteurs qui se faisaient passer pour des mages étaient légion.
J’en étais un exemple. J’avais les cheveux argentés, mais je n’étais pas mage.
Je me contentai d’enrouler autour de mes doigts les mèches innocentes de mes cheveux.
« Postuler dans le corps des mages ? Même pas en rêve. »
Je postulerais chez les chevaliers d’Iserwolf.
Comme candidate.
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