Chapitre 30
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 30
──────
* * *
Dame Fadde hésita longuement, même après notre retour à la maison, puis finit par prendre sa décision.
« Très bien. Fais comme tu veux. »
« Vraiment ? »
Mes yeux s’illuminèrent.
« Oui. J’ai peur que tu te blesses, mais… tu devrais faire ce que tu veux. Je te soutiendrai. »
Lola pouffa en me voyant sourire de toutes mes dents.
« Vous êtes si heureuse que ça, ma dame ? »
« Bien sûr. J’en ai envie depuis longtemps. »
« Vivette, si tu le souhaites, je peux te trouver un maître d’armes. Si ton seul objectif est d’apprendre… ce ne serait pas mieux ? »
« Ah, eh bien… »
Dame Fadde me fixa droit dans les yeux.
Puis elle s’adossa au canapé.
« … Non. Je crois comprendre, dans les grandes lignes, pourquoi tu tiens tant à rejoindre Iserwolf. »
« ? »
Elle n’ajouta rien.
J’ignorais ce qu’elle avait en tête, mais cela semblait clairement jouer en ma faveur.
Dame Fadde avait raison. Si je voulais seulement acquérir une compétence, il existait bien des moyens moins coûteux.
Mais je devais entrer dans la maison Iserwolf.
J’avais une vraie raison de ne pouvoir en parler ni à dame Fadde ni à Lola.
Je ne me sentais toujours pas en sécurité dans ce monde.
Il n’y avait pas de véritable médecine et l’hygiène laissait à désirer.
Pour l’instant, Vivette était en bonne santé, mais nul ne savait ce que l’avenir nous réservait.
Et dame Fadde aussi.
Elle s’était blessée à la tête dans l’accident de carrosse.
Son délire n’avait été que passager et elle s’était vite remise sur pied, mais…
Les dommages à son cerveau devaient forcément persister. Je ne pouvais pas baisser ma garde.
Si quelque chose arrive à ma famille, un hôpital ordinaire ne suffira pas. Je dois trouver un mage guérisseur à Erenston.
Les médecins ordinaires étaient tout droit sortis du Moyen Âge.
Et un gros problème se posait.
Les mages guérisseurs coûtaient plus cher que leur poids en or.
Dame Fadde et moi avions assez d’argent pour vivre comme des nobles, mais pas pour faire venir un mage guérisseur aussi facilement qu’on se rendait à l’hôpital en Corée.
Et les mages guérisseurs étaient si arrogants qu’ils ne se déplaçaient pas volontiers, même pour la plupart des nobles.
Dans ce cas, il me faut quelqu’un à qui demander de l’aide. Une personne d’un rang extrêmement élevé, qui fera venir un mage guérisseur sans hésiter.
Au minimum, quelqu’un du niveau du duc Ashwilt.
Ainsi, cette personne userait de son influence pour aider une subordonnée estimée.
La liste des candidats se réduisait considérablement.
La famille impériale, c’est exclu. Je n’ai aucune chance de m’y faire une place.
La famille impériale était extrêmement conservatrice.
Même en m’épuisant à gravir les échelons un à un, je doutais de pouvoir approcher l’empereur avant ma mort.
Je n’avais même pas terminé l’Académie. J’étais une femme qui avait quitté sa famille, une incapable issue d’une famille de mages, incapable d’utiliser la moindre magie.
La famille impériale m’accepterait-elle seulement ?
Mais la maison Iserwolf, c’est différent.
Le grand-duc Iserwolf était jeune.
Il n’avait hérité de son titre de son père que depuis peu.
Il n’avait pas encore pleinement assuré son autorité de grand-duc, d’où son besoin désespéré de gens compétents pour l’aider.
J’avais entendu dire que l’équilibre des pouvoirs au sein du grand-duché était terriblement instable.
Autrement dit, il y avait suffisamment de place pour que quelqu’un comme moi s’y glisse.
Si tout se passait bien, je pourrais attirer l’attention du grand-duc. Si tout se passait bien.
Je commencerai comme aspirante chevalière. Ensuite, si je me fais remarquer, eh bien… je pourrai peut-être obtenir un poste administratif.
Pourquoi ne pas postuler directement à un poste administratif ?
Parce que je n’avais personne pour me fournir une lettre de recommandation.
Sans diplôme de l’Académie, je n’avais aucune chance d’être embauchée.
J’ai beau y réfléchir, c’est le moyen le plus rapide.
Passer du rang d’aspirante chevalière à celui d’employée administrative ne serait pas facile non plus.
Mais je ne voyais pas d’autre moyen d’entrer au service du grand-duché.
Mon esprit s’éclaircit.
Même si ça paraît impossible, je dois le faire. Je dois penser à l’avenir.
Je vis dame Fadde enseigner de nouveau à Lola la magie de nettoyage.
Mon foyer, celui sur lequel je pouvais compter.
J’ouvris discrètement la porte de derrière et me glissai dans le jardin.
Dès l’aube demain, je présenterai ma candidature aux chevaliers d’Iserwolf.
Avant ça, je devais demander son avis à quelqu’un du métier.
Je traversai jusqu’à la maison d’en face et frappai à la porte.
* * *
« Ma dame, qu’est-ce que c’est ? »
Lola réagit en voyant le document que j’avais reçu du chevalier d’à côté.
« Ça ? C’est un formulaire pour rejoindre l’ordre. Je le remplirai et le déposerai demain. »
« C’est tout ? Il n’y a pas grand-chose à écrire. »
Lola le retourna discrètement, mais il n’y avait rien au verso.
« Il suffit vraiment d’indiquer son nom, sa date de naissance, son adresse actuelle et son sexe ? »
« Si tu as fait des études ou de l’expérience, tu peux l’ajouter dans l’espace libre. Mais je n’ai rien de tout ça. »
Je brandis le formulaire.
Dame Fadde et Lola regardèrent d’un air étrange l’espace à remplir, qui occupait plus de la moitié de la page.
Elles devaient probablement penser la même chose.
Elle va échouer, non ?
Mais ce n’était pas la peine de s’inquiéter.
D’après Adam, Iserwolf ne recalait personne lors de l’examen des dossiers.
Le lendemain de la clôture des candidatures, les postulants étaient réunis pour passer une épreuve physique de base.
La plupart de ceux qui n’avaient pas les aptitudes nécessaires pour devenir chevaliers étaient éliminés à cette étape.
On repérait ceux qui manquaient de force, d’endurance ou qui avaient d’autres problèmes physiques.
Ensuite, au cours de la période d’entraînement, on en éliminait encore beaucoup, par étapes.
Même dans le meilleur des cas, un peu plus d’une centaine de candidats seulement survivait aux vingt semaines d’épreuves.
Honnêtement, je ne pense pas que j’en ferai partie.
Ce n’était de toute façon pas mon but ultime.
« Les candidats qui possèdent d’autres talents exceptionnels peuvent être sélectionnés pour différents services en cours de route. »
Adam Pollix était un chevalier en activité.
Personne ne connaissait mieux que lui les méthodes de recrutement des chevaliers dans les maisons nobles.
« Ils peuvent être affectés à la stratégie militaire ou envoyés au service de l’intendance. C’est pour ça qu’ils recrutent largement. »
L’une ou l’autre de ces options valait mieux que de devenir chevalier à part entière.
Si une guerre éclatait dans les territoires et que la malchance me poursuivait, je risquais de mourir encore une fois.
Quoi de plus stupide que de trouver un travail pour payer les frais d’hôpital, et d’y laisser sa peau ?
Je dois protéger ma propre vie.
Je ne mettrais jamais les pieds sur un champ de bataille. Jamais.
« Ça, ce n’est pas un problème. Le vrai souci est ici. »
Je désignai un coin du formulaire et Lola me demanda, déconcertée :
« Mon nom ? Qu’est-ce qu’il pourrait bien y avoir à redire sur votre nom ? »
« Il faut inscrire ici son nom légal. Pas de diminutif, pas de surnom d’enfance, et impossible d’omettre son nom de famille. »
Et c’était précisément là que le bât blessait.
Ashwilt.
« Voilà, ma dame. »
Tandis que je remplissais le formulaire qu’Adam m’avait donné, son expression changea dès que j’écrivis mon nom de famille.
« Ashwilt ? Vous voulez dire les Ashwilt que je connais ? »
Il en resta les yeux écarquillés.
« Vous connaissez ma famille ? »
« Qui, à Plaford, ne connaît pas la maison Ashwilt ? »
Il s’exclama presque, puis sembla se rappeler quelque chose.
« Attendez, alors cette dame aussi… »
« C’est la doyenne de la maison Ashwilt. »
« J’ai donc traité une personne pareille de sorcière. Ha ha… »
Il avait l’air à moitié fou, comme s’il allait se mettre à pleurer.
« Attendez, vous vous appelez Vivette Ashwilt… Bon sang. »
« Pourquoi moi aussi ? »
« Je savais que ce nom me disait quelque chose. Vous êtes la dame à qui notre commandant a prêté serment. Je n’ai pas reconnu quelqu’un comme vous… Qu’est-ce que je vais faire ? »
Vivette avait-elle vraiment un chevalier lié à elle de cette façon ?
« Je ne me souviens pas que le commandant m’ait prêté serment. »
« Ce n’était pas officiel, mais notre commandant l’a fait de son propre chef. »
« Quoi ? »
« Beaucoup de chevaliers de la garde de la capitale vous admirent, ma dame. Mais vous ne les rencontrez jamais, alors… hum, c’est un peu glauque, mais c’est peut-être leur façon de se réconforter. Bien sûr, moi, je n’en fais absolument pas partie. »
… Vivette était vraiment populaire. En dehors d’Erenston, du moins.
Apparemment, se faire traiter de sorcière n’avait pas d’importance quand on était belle.
Je laissai échapper un rire sans joie, et Adam s’agita.
« Ah, ce n’est pas le moment. Ma dame, non, dame Vivette. Pourquoi me vouvoyez-vous ? Je vous en prie, tutoyez-moi. »
« Quoi ? Non, ça va. Vous êtes toujours un chevalier. Je dois vous témoigner du respect. »
« Si mon supérieur vous entend continuer à me parler ainsi, je vais me faire réprimander. Les chevaliers ne sont considérés que comme des nobles de second rang. »
« De toute façon, j’ai quitté cette maison. Ma famille et moi sommes des étrangers à présent, alors ça ne pose pas de problème. »
« Des étrangers ? Qu’est-ce que ça veut dire… ? Non, peu importe votre situation, vous portez toujours ce nom. Je vous en prie, mettez-vous à l’aise. »
Adam insista tant et si bien que je finis par accepter, de plus en plus agacée.
Il resta longtemps sous le choc d’apprendre qu’une membre d’une famille ducale habitait juste à côté de chez lui.
C’était compréhensible. Il n’y avait que quelques nobles de haut rang titrés dans tout le pays.
La capitale regorgeait de nobles, mais un simple chevalier de la garde en croisait rarement.
Un comte passait déjà pour un grand seigneur ; un duc, c’était une tout autre affaire.
Il est beaucoup trop respectueux. Ça me fait de la peine pour lui.
Après avoir peiné à reprendre ses esprits, Adam releva prudemment la tête.
« Mais il y a quelque chose qui m’intrigue. »
« Quoi donc ? »
« Pourquoi la fille d’une maison ducale voudrait-elle rejoindre le grand-duché ? »
Je marquai une pause.
« C’est étrange ? Le grand-duc est plus haut placé qu’un duc. »
« C’est vrai en termes de rang, mais la maison Ashwilt n’est-elle pas exceptionnelle, même parmi les maisons ducales ? La famille impériale elle-même la traite comme une maison grand-ducale… »
Adam laissa sa phrase en suspens.
« Pourquoi vouloir entrer comme chevalière dans une maison rivale… Vu de l’extérieur, ça paraît un peu suspect. »
Suspect ?
Je me frottai le menton.
« Ce serait toujours suspect si j’avais rompu avec ma famille ? »
« Je n’y croirais pas. Je vous ai vue vivre loin d’eux pendant plusieurs jours, donc pour moi, c’est différent, mais les gens d’Iserwolf ne le savent pas. Vous figurez toujours dans les registres de la famille. »
« Hum. »
« Ma dame, savez-vous quel est le rang moyen des candidats qui postulent auprès d’une maison grand-ducale ? »
« Il ne doit pas y avoir beaucoup de nobles de haut rang. Tout au plus, peut-être des enfants de barons ? »
Adam poussa un bref soupir avant de répondre.
« La plupart sont de jeunes hommes issus de familles nobles sans titre. Il y a aussi pas mal de fils de familles qui sont chevaliers depuis des générations. À votre avis, que se passera-t-il si une jeune dame d’une maison ducale se joint à eux ? »
Ce serait un peu gênant.
Non, très gênant.
« Vous vous ferez énormément remarquer. La maison grand-ducale affirme traiter tous les candidats sur un pied d’égalité, mais je ne l’ai jamais vue le faire comme elle le prétend. »
Adam baissa les yeux sur le formulaire.
« Si vous ne réglez pas ce problème… vous risquez de vous sentir mal à l’aise, ma dame. C’est ce qui m’inquiète. »
Il n’avait pas tort.
Les choses n’allaient certainement pas se dérouler sans accroc.
Le duc Ashwilt pourrait l’apprendre et venir me chercher, en faisant tout un scandale.
Le grand-duc Iserwolf pourrait même me livrer à la maison Ashwilt.
Et même si rien de tout cela n’arrivait, je resterais une étrangère parmi les candidats.
Dans ce cas, je dois d’abord régler ce problème.
Je regardai Lola et dame Fadde droit dans les yeux.
« Je dois me débarrasser de cette partie-là. »
« Quoi ? »
« Ma dame ? »
« Puisque j’ai déjà rompu les liens avec eux, je n’ai pas besoin de traîner leur nom de famille comme un boulet, si ? Je vais régler la question de mon inscription au registre familial. »
Ce fut une soirée particulièrement exaltante.
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