Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 28
──────
L’homme fronça les sourcils, comme si cela pouvait l’aider à mieux entendre.
« Quoi ? Je n’ai pas entendu. »
« Les gens derrière vous sont gênés. »
« Je ne vous entends pas. »
Mais il ne semblait vraiment pas comprendre.
« Ouah ! »
À peine eus-je ouvert la bouche que des acclamations tonitruantes éclatèrent au moment idéal.
Le premier combat avait commencé sans prévenir, ni même être annoncé.
Quelle organisation à l’arrache.
Peut-être était-ce vraiment une arène minable et peu professionnelle, comme l’avait dit cet homme.
Je n’étais pas venue en m’attendant à de l’élégance, de toute façon. Je décidai que ce n’était pas important, mais l’homme à côté de moi reprit la parole.
« Alors, jeune dame, qu’avez-vous dit tout à l’heure ? »
À cet instant, deux femmes se frayèrent un chemin parmi les spectateurs assis à côté de lui.
« Poussez-vous ! Vous savez qui je suis ? »
« Si vous êtes des roturiers, comportez-vous comme tels et allez vous asseoir avec les roturiers ! »
Waouh. Combien de fois pouvait-on caser le mot « roturier » dans une seule phrase ?
L’une portait une robe rose, l’autre une robe jaune. À chacun de leurs mouvements, les bijoux cousus sur leurs vêtements scintillaient à la lumière.
C’étaient de jeunes dames si richement vêtues que cela en devenait ridicule. À première vue, elles semblaient être sœurs.
Elles venaient de prendre les places de personnes arrivées avant elles, sous prétexte qu’elles étaient nobles ?
C’était absurde.
Je compris alors pourquoi ces places incroyables étaient restées libres.
Apparemment, il existait une règle tacite selon laquelle seuls les nobles s’asseyaient aux premiers rangs de l’arène.
Mais prendre des places déjà occupées allait trop loin.
« Excusez-moi ! »
J’allais protester quand la dame assise à côté de Lola, qui se reposait tranquillement les yeux fermés, murmura à voix basse :
« Regarde ailleurs. Il faut savoir laisser couler. »
« … »
« Tu ne t’es pas attiré des ennuis tout à l’heure en te laissant emporter ? »
…J’avais failli mourir.
Décidément, il était difficile de me comporter comme d’habitude dans cette ville.
Je me forçai à me retenir et détournai le regard, mais la femme qui avait pris la place ne cessait de me fixer.
Puis elle se tourna brusquement vers l’homme et exigea :
« Rick ! De quoi parliez-vous avec cette fille, tout à l’heure ? »
« Qu’est-ce que j’ai fait ? »
« Je vous ai vus chuchoter tous les deux de mes propres yeux ! »
« C’est vrai, futur beau-frère ! Comment avez-vous pu faire ça à ma sœur ? »
Ah, franchement. Quel cirque.
L’homme qui s’était donné tant d’airs devant Lola et moi ne parvenait pas à placer un mot sous la pression des deux femmes.
Pathétique.
J’ignorai le vacarme à ma droite et détournai la tête.
« Ça ne va pas, Rick. Pousse-toi. Je veux m’asseoir là-bas. »
La noble dame échangea sa place avec son fiancé et insista pour s’asseoir à côté de moi.
Pendant tout le premier combat, elle ne cessa alors de me jeter des coups d’œil.
Quelle fatigue.
Cette journée était décidément placée sous le signe de la malchance.
Mon soupir fut noyé par les acclamations et le combat suivant commença.
* * *
« Madame, comment s’appelait le gladiateur ? C’était trop bruyant, je n’ai pas entendu. »
« Conrad la Hache d’acier. »
C’était le nom d’un mercenaire du Sud, dont l’arme de prédilection était une hache à deux mains.
Conrad avait déjà remporté un deuxième combat. Il brandit sa hache au-dessus de sa tête et la fit tournoyer.
« Bouh ! »
Au milieu des acclamations et des huées qui nous entouraient, Lola pencha la tête.
« …Toutes les haches ne sont-elles pas en acier ? »
« Eh bien, Conrad a probablement trouvé que ça sonnait bien. Ne sois pas trop dure avec lui. »
« C’est drôle. Tu as entendu le nom de son adversaire ? »
« Non. Mais c’était la personne qu’on a vue tout à l’heure. Celle qui a affronté le géant lors du quatrième combat. »
J’avais été impressionnée par la parfaite projection par-dessus l’épaule qu’elle avait exécutée sur quelqu’un qui semblait peser deux fois son poids.
« Waouh, comment tu t’en souviens ? »
Lola ouvrit de grands yeux et observa le gladiateur qui quittait l’arène.
Elle semblait bien décidée à mémoriser son apparence.
« Ils portent tous les mêmes casques et les mêmes armures, alors je n’arrive pas à les distinguer. Et ils ont tous la même tête, en plus… »
« Pfft ! »
Le jeune homme assis devant Lola éclata de rire, puis se retourna vers nous, comme s’il venait de se rendre compte de sa bourde.
« Quoi ? Pourquoi il réagit comme ça ? »
Lola avait toujours l’air candide, mais je croyais savoir pourquoi.
Tous ceux qui s’étaient réunis ici devaient être des passionnés, alors ils savaient forcément distinguer les gladiateurs.
J’avais entendu dire que les fans reconnaissaient les casques et les armures de chacun, jusqu’aux motifs gravés sur leurs armes.
C’était comme les amateurs de sport de ma vie antérieure qui reconnaissaient, de loin, des joueurs qui se ressemblaient tous.
Et puis, ce n’était ni du football ni du baseball, où plusieurs personnes jouaient ensemble. Les combattants entraient deux par deux. Évidemment qu’on arrivait à les reconnaître.
Lola, qui montrait clairement qu’elle était débutante, avait donc dû paraître adorable.
« Madame, je suis bizarre ? Comment les gens font pour les distinguer ? »
Elle disait ça alors qu’elle avait mémorisé des dizaines de motifs de robes et de dentelles.
« Moi non plus, je ne les reconnais pas à leur apparence. »
« Alors comment ? »
« À leurs habitudes. »
« Leurs habitudes ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Je désignai le lancier qui faisait tournoyer sa lance avec une adresse éblouissante.
« Regarde ce lancier. Son épaule ne pivote pas assez, tu ne trouves pas ? Alors il compense en sollicitant trop ses muscles profonds. Il a dû se blesser à l’épaule il y a longtemps. L’autre gladiateur incline légèrement le corps vers la gauche. C’est peut-être lié à son jeu de jambes. C’est avec ce genre de détails que je les distingue. »
« Tu vois tout ça ? Moi, je n’y comprends rien… »
Lola marmonna d’un ton qui laissait penser qu’elle n’était pas seulement impressionnée, mais aussi épuisée.
« Je crois que ce serait plus rapide de mémoriser leurs casques. »
Quoi qu’en dise Lola, je m’amusais bien. J’avais depuis longtemps oublié ce qui m’avait contrariée tout à l’heure.
C’est amusant.
En regardant les combattants se concentrer sur leurs affrontements, j’avais l’impression de courir moi aussi librement dans l’arène.
Bien que mes jambes eussent été immobilisées dans un fauteuil roulant, j’avais l’impression de courir à toute allure.
Bien que les muscles qui me permettaient de respirer s’affaiblissent peu à peu, j’avais l’impression de remplir mes poumons d’air frais.
J’avais entendu parler de gens qui mettaient des casques de réalité virtuelle à des vaches enfermées dans des enclos pour leur montrer de vastes prairies verdoyantes.
C’était exactement comme moi.
Je faisais du rêve de quelqu’un d’autre ma réalité, me laissais baigner d’espoir, puis retombais sans fin.
« … »
D’ordinaire, après avoir poussé aussi loin mon imagination, je revenais à la cruauté du réel.
La télévision s’éteignait et je me rendais compte que rien n’avait changé.
J’étais toujours allongée sans bouger dans mon lit, incapable même de me retourner.
Mais pas aujourd’hui.
À cet instant, je pouvais courir là-bas.
Parce que j’avais un corps capable de courir, de respirer et de réaliser tout ce dont je n’avais fait que rêver jusque-là.
Même si ce n’était pas le corps de Choi Eunseo, mais celui d’une autre.
Ah. Pourquoi n’y avais-je jamais pensé ?
« Ouah ! »
Le gladiateur que j’observais finit par battre le lancier adverse et remporta la victoire.
Cette personne est vraiment douée. Elle passera aussi au tour suivant ?
Alors que je contemplais silencieusement l’arène, les combattants suivants firent leur entrée.
L’un d’eux était un homme musclé qui tenait une grande épée étincelante.
Son adversaire, en revanche, était étrange.
Cette personne est vraiment bizarre.
La plupart des gladiateurs, même lourdement armurés, laissaient au moins leurs yeux à découvert.
C’était ainsi qu’ils montraient leur visage et gagnaient en popularité.
Quand leur agilité était leur force, certains ne portaient même pas de casque.
Mais cet homme était différent.
Il portait un casque noir qui lui recouvrait entièrement le visage, mais sous le cou, il était encore moins couvert que moi.
À mes yeux, le vêtement qui lui protégeait à peine les articulations ne pouvait même pas être qualifié d’armure.
Tout au plus, c’était une protection.
On aurait dit qu’il ne l’avait mise que parce qu’il ne pouvait pas combattre complètement nu.
Le tissu fin lui collait à la peau.
Ses muscles se devinaient ainsi sous l’étoffe.
Il avait un beau corps. Non, il avait le plus beau corps de tous les combattants jusqu’ici.
Peut-être à cause de cela, les dames nobles qui bavardaient à côté de moi entrouvrirent lentement la bouche.
« Oh, ces vêtements… »
Lola semblait plus troublée par lui que par les gladiateurs qui combattaient parfois torse nu.
Elle n’était pas la seule. Des commentaires fusèrent de tous côtés.
« Il est fou ? À moins de vouloir mourir, qui entre dans un combat à l’épée presque sans armure ? »
« Il a peut-être dépensé tout son argent pour le casque et n’a pas pu s’acheter d’armure ! Qu’est-ce qu’on fait ? »
« Il ne tiendra pas une minute. »
La foule s’agita encore davantage en découvrant son arme.
« Un bâton en bois ? Comment il compte affronter une grande épée avec ça ? »
« Il croit que c’est un entraînement ? »
« Il va encore y avoir un mort aujourd’hui ! Cause du décès : l’arrogance ? »
« Bouh ! »
Les réactions négatives fusaient de toutes parts.
Mais l’homme qui attirait tant l’attention se tenait simplement droit, à sa place.
Une belle posture.
J’admirai sa position irréprochable.
Je n’avais jamais vu quelqu’un bouger sans la moindre mauvaise habitude physique.
Le casque qui dissimulait jusqu’à une seule mèche de cheveux le rendait encore plus mystérieux.
Au point que la sœur cadette, célibataire, agrippa sa sœur aînée et la secoua violemment sans quitter l’arène des yeux.
« Grande sœur, grande sœur, on devrait le prendre sous notre patronage ? »
« Quoi ? Toi ! »
La jeune dame jeta un regard prudent à son fiancé avant de réprimander sa sœur cadette.
Je reconnaissais qu’il était séduisant.
Surtout quand le combat commença.
L’homme, qui n’avait pas bougé jusque-là, changea soudain du tout au tout et traversa l’arène presque en volant.
Ses mouvements étaient précis, réfléchis et efficaces.
Le bâton qu’il serrait fermement entre ses mains semblait capable de résister à n’importe quelle arme sans se briser.
Je compris : sa supériorité était écrasante.
Il aurait pu mettre fin à ce combat à sens unique sur-le-champ, s’il l’avait voulu.
Mais il ne le fit pas.
Il était capable de donner l’impression que son adversaire se débrouillait bien, sans le blesser sérieusement.
Quand l’écart de niveau était trop grand, un combat devenait ennuyeux. Ce gladiateur s’efforçait d’éviter cela.
Grâce à ses techniques spectaculaires, il captiva toute la foule.
Même avec des mouvements aussi amples, il ne laisse aucune ouverture.
Ou peut-être les avais-je simplement manquées dans cet instant fugace.
J’aurais voulu enregistrer la scène devant moi pour la revoir encore et encore.
Mais je ne le pouvais pas. Certains moments de la vie ne se produisent qu’une fois.
Une scène aussi fabuleuse se présenterait-elle jamais à nouveau ? Un instant qui me ferait oublier les limites du corps humain.
Cette personne va gagner.
Comme je l’avais prédit, il remporta plusieurs autres combats d’affilée et triompha.
« Waouh, il a vraiment gagné presque sans armure. »
« Les autres devraient aussi enlever la leur. »
« Non, lui, il est tout simplement exceptionnel. Ça se voit. Comment il s’appelle, déjà ? Vous l’avez entendu ? »
Le champion s’avança au centre de l’arène.
Pour recevoir l’honneur d’entendre son glorieux nom annoncé.
Mais seul le nom de la maison qui le parrainait fut annoncé.
Le gladiateur au visage dissimulé ne révéla même pas son identité.
« Tss, quel dommage. Il était forcément parrainé par une maison. »
« S’il s’agit de la maison du grand-duc d’Iserwolf, ils ne vont pas laisser leur gladiateur leur échapper. »
Les maisons nobles parrainaient souvent des gladiateurs prometteurs, alors tout le monde semblait trouver cela normal.
« Hii ! »
Les jeunes dames poussèrent des cris aigus dès qu’il ouvrit la bouche pour prononcer son discours de victoire.
Puis…
Plouf.
Un bouquet vola jusqu’à l’autre bout de l’arène.
Et il n’y en eut pas qu’un ou deux. Les jeunes dames se mirent à lancer des bouquets dans l’arène.
Quoi ? Ce n’est pas un opéra, alors pourquoi…
Alors que je ne savais plus où donner de la tête, Lola me tendit soudain quelque chose.
« Pourquoi tu as des fleurs ? »
« Un marchand de fleurs passait dans les gradins, alors j’en ai acheté. Vous devriez en lancer un aussi, madame ! »
« Ah, non. Je ne crois pas que je devrais le lancer. »
Ce n’était même pas une coutume. Je n’étais toujours pas sûre qu’il soit convenable de jeter des fleurs à quelqu’un dans une arène de gladiateurs.
« Madame, si vous ne le lancez pas maintenant, il faudra le jeter. »
Lola insista.
Mais Lola avait pris la peine d’y penser. Elle serait déçue si je ne le lançais pas.
Après un instant d’hésitation, j’acceptai le bouquet.
Trois ou quatre fleurs blanches étaient soigneusement rassemblées dans ma main.
La pluie de bouquets n’avait toujours pas cessé.
La plupart s’écrasaient lamentablement avant d’avoir parcouru la moitié de l’arène.
Je me demandai si le gladiateur victorieux les remarquerait seulement, d’aussi loin.
Quel dommage, après que tous ces gens avaient acheté des fleurs pour les lui offrir.
Je devrais lancer le mien plus loin.
Je fixai attentivement l’arrière de la tête du champion et évaluai la distance.
Alors que le glorieux vainqueur était au beau milieu de son discours,
Fffuit. Le bouquet quitta ma main.
« Si vous voulez devenir forts, venez à Iserwolf. »
Sa voix était claire et juvénile.
Plus douce qu’une brise.
« La maison grand-ducale a besoin de nombreux jeunes talents prometteurs. »
C’est alors que cela arriva.
Bonk !
Le bouquet que j’avais lancé frappa le champion en plein à l’arrière du crâne.
Je sentis tout mon sang quitter mon visage.
Tout le monde se tut, comme si on venait de jeter un seau d’eau sur la foule, et les spectateurs se tournèrent vers les gradins d’où venait le bouquet.
Ils étaient stupéfaits.
« … »
Alors le champion, qui avait vaincu des dizaines de gladiateurs, tourna lentement la tête vers nous.
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