Chapitre 26
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 26
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* * *
« Mademoiselle, il y a un stand de pommes d’amour, là-bas. Et une confiserie de l’autre côté de la rue ! »
Dès que nous entrâmes dans le quartier commerçant, Lola promena avec avidité son regard d’un endroit à l’autre.
« Hum. »
Madame Fadde, en revanche, demeurait aussi hautaine que jamais.
« J’avais l’habitude d’aller à des rendez-vous avec des hommes tout à fait convenables, dans des restaurants comme celui-là. »
Elle semblait profondément absorbée par ses souvenirs d’autrefois.
Contrairement aux habitants, qui passaient sans nous accorder un second regard, nous avions tout l’air de touristes.
Nous étions toujours vêtues comme à Erenston, ce qui nous rendait sans doute encore plus étrangères aux yeux des gens.
Et comme nous étions des nobles sans le moindre escorte, nous devions ressembler à des proies idéales pour les pickpockets.
Comme de juste, un garçon mendiant, coiffé d’un bonnet de fourrure déchiré sur un côté, s’approcha de nous.
Sa peau semblait desséchée par une longue période de famine. Il se fondit dans la foule, puis, soudain…
« ! »
J’avais sans doute l’air de la cible la plus facile des trois. Sans hésiter, il tendit la main vers la bourse de cuir accrochée à mon côté.
Tout se passa en un instant.
« Hé. »
Il tenta naturellement de s’enfuir, mais je lui saisis fermement le poignet.
« Qu’est-ce que tu crois faire ? »
J’avais agi par réflexe.
J’étais moi-même un peu étonnée d’avoir attrapé un pickpocket en pleine fuite.
« Ça a vraiment marché ? »
Ma vitesse de réaction était stupéfiante. Bien supérieure à celle d’une personne ordinaire.
Le garçon se débattit pour se dégager, mais son bras ne bougea pas d’un pouce.
Un enfant chétif qui avait grandi en mourant de faim ne pouvait pas rivaliser avec ma force.
« Que se passe-t-il ? »
« Mademoiselle ! Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
Lola écarquilla les yeux et cria après le garçon.
« Tu es un pickpocket, n’est-ce pas ? Sais-tu seulement à qui tu as osé t’en prendre ? Quel manque de savoir-vivre ! »
Je ne l’arrêtai qu’une fois le visage du garçon devenu écarlate.
« Lola, pourquoi le provoquer ? Laisse tomber. Remettons-le à la garde municipale. »
« Ce serait préférable. »
À ces mots, le garçon changea d’expression.
« Lâche-moi ! »
Le visage furieux, il planta les dents dans mon bras et mordit de toutes ses forces.
« Aïe ! »
Ma prise se relâcha un bref instant, et le garçon s’enfuit au loin.
« Quel petit morveux ! Mademoiselle, poursuivons-le ! »
Je me frottai le bras endolori et secouai la tête.
« Tu crois qu’on peut rattraper quelqu’un d’aussi rapide ? »
Nous portions toutes les trois des robes et des chaussures à talons.
Impossible de rattraper un enfant dans ces conditions. Nous ne ferions que perdre du temps.
Je retins Lola.
« Laisse-le partir. Ce n’est pas comme s’il nous avait volé quelque chose. »
« Mais c’est révoltant ! Il vole déjà à son âge ! Vous ne trouvez pas, Madame ? »
Lola se tourna vers Madame Fadde comme pour en appeler à elle, mais celle-ci répondit froidement :
« À quoi t’attendais-tu ? C’est le quotidien à Plaford. »
Madame, qui était née et avait grandi dans cette ville, ne semblait pas le moins du monde troublée.
« Même avec une escorte, nous n’aurions pas rattrapé cet enfant. Laisse tomber. »
« Ah… »
« Nous allons être en retard pour la représentation. Ne devrions-nous pas nous dépêcher si nous voulons acheter des billets ? »
« Oh, c’est vrai ! Madame a raison. Mademoiselle, oubliez ça et allons-y ! »
Nous reprîmes notre marche, laissant derrière nous notre malaise.
Sans remarquer que quelqu’un nous suivait.
À peine entrées dans un quartier résidentiel plus calme, nous fûmes encerclées par une bande de voyous.
« Les voilà ! »
Le garçon mendiant s’en était sorti sans encombre et m’avait même mordu le bras. Pourtant, allez savoir pourquoi, il me désignait d’un air lésé.
« Cette femme a menacé de me livrer à la garde municipale ! »
Quelle façon détestable de parler.
Le garçon continua à déverser ses insultes. Il avait sans doute grandi dans la rue ; pour son âge, il avait un langage bien trop grossier.
À côté de lui se tenaient des hommes à l’air franchement peu recommandable, chacun armé d’une matraque en bois ou d’un outil.
N’importe qui aurait vu que nous étions en danger.
J’eus la bouche sèche.
« Alors… »
Un colosse, qui était assis nonchalamment au milieu de la route, se hissa sur ses jambes et s’avança vers moi en traînant sa masse.
« C’est vous, les dames, qui vous en êtes prises à mon fils ? »
Lola lui répondit sans hésiter :
« C’est vous qui avez élevé votre enfant comme ça ? »
« Quoi ? Ha ! »
Le colosse se tourna vers ses subordonnés et éclata de rire.
« Hé, qu’est-ce qu’elle raconte, celle-là ? »
« On dirait qu’elle n’a peur de rien, chef. »
« On lui fracasse le crâne ? »
« Ils savent vraiment trouver des mots bien cruels. »
Étaient-ils sérieux ou cherchaient-ils seulement à nous effrayer en faisant les durs ?
Je comptai lentement leurs effectifs.
Est-ce que je pouvais les battre ?
Non, est-ce que je pouvais seulement m’enfuir ?
Si nous ne pouvions pas toutes nous échapper, alors au moins Madame Fadde…
« Hé. »
Tandis que je réfléchissais, le grand homme s’arrêta devant moi.
« Pourquoi tu ne dis rien ? On m’a dit que c’était toi qui avais cherché des noises à mon fils. »
Il était à moitié chauve, et son visage était aussi terrifiant que le reste de sa personne.
Se servir de son visage pour intimider les gens, c’est de la triche, bon sang.
Derrière lui, le garçon mendiant lâcha un petit rire moqueur.
Je trouverais bien un moyen de livrer ce morveux à la garde municipale.
Le colosse baissa les yeux sur moi, un sourire narquois aux lèvres.
« Tu as peur, hein ? »
Je me forçai à sourire.
Mes paroles ne furent pas particulièrement polies.
« Pourquoi est-ce que j’aurais peur ? Je comptais les cheveux qu’il te reste sur le crâne. »
La provocation fit mouche ! Le colosse se mit en colère.
On aurait dit un volcan sur le point d’entrer en éruption.
« Petite salope… »
Le géant chauve m’envoya aussitôt son poing.
Son coup était si puissant que je l’entendis fendre l’air ; il y mettait tout son poids.
« Je dois retourner sa force contre lui. »
Mon esprit s’emballa en une fraction de seconde.
Mon corps agile, celui qui avait attrapé le poignet du pickpocket par réflexe, esquiva son poing tout aussi instinctivement.
Dans le même mouvement, je balayai sa cheville avec le bas de mon corps.
Une tentative maladroite, du genre de celles qu’un débutant ayant appris quelques rudiments d’arts martiaux pouvait faire.
La différence de poids était déterminante. La plupart des techniques ne fonctionnaient pas contre quelqu’un d’aussi grand.
Et encore moins une technique aussi rudimentaire.
Mais cela n’était vrai qu’à force ordinaire.
Or, la force de Vivette Ashwilt, une femme, était tout sauf ordinaire. Voilà tout.
L’instant d’après, le géant s’étala lamentablement sur la route.
Le sol était couvert de cailloux ; il avait dû se faire très mal.
Le colosse poussa un hurlement, et les cris fusèrent parmi les voyous.
« Chef ! »
« Père ! »
« Waouh, quand on a autant de force, même les techniques bizarres fonctionnent. »
Ce n’était pas parce que je savais me battre. C’était uniquement grâce à la force de ce corps.
La force avait toujours compté davantage que la technique.
Comme dans ma vie précédente : j’avais regardé encore et encore des vidéos de personnes qui marchaient, je les avais étudiées à la perfection, mais j’étais incapable de marcher, parce que mon corps trop faible ne suivait pas.
Je pouvais l’affirmer sans hésiter. J’avais étudié tous les mouvements du corps humain.
Savez-vous à quel moment la cheville se plie quand on marche ?
De combien de degrés le genou fléchit-il ?
Comme les gestes qui venaient naturellement aux autres ne m’étaient pas naturels, je devais rivaliser en apprenant les principes qui se cachaient derrière la technique.
Sans tenir compte de l’efficacité énergétique, mon corps faible ne pouvait exécuter aucun mouvement.
À l’époque, j’avais aussi étudié les mouvements des athlètes. Bien sûr, c’était seulement pour me distraire.
Comme je ne pouvais pas les reproduire avec mon propre corps, je les regardais pour assouvir mon envie de faire du sport.
Mais j’avais beau les mémoriser, cela ne servait à rien si je ne les avais jamais imités ne serait-ce qu’une fois.
Voilà pourquoi ma technique, tout à l’heure, avait été si maladroite.
Je connaissais les gestes, mais j’étais incapable de les reproduire parfaitement. À vrai dire, c’était gênant.
« Mais j’ai réglé ça à la force pure ? J’ai jeté ce colosse à terre juste avec ma force ? »
Ce n’était même pas une technique.
J’avais simplement remporté une épreuve de force contre ce géant.
Les voyous me fixaient, hébétés.
Je le sentais instinctivement : je devais en finir tant qu’ils étaient décontenancés. Si je baissais ma garde, je le regretterais.
Faire tomber le géant avait été un pur réflexe.
Mais frapper le voyou le plus proche de moi, ça, je l’avais décidé moi-même.
Sinon, ils continueraient à nous attaquer.
Clac !
Mon poing le frappa de plein fouet à la tempe.
« Argh ! »
Il s’écroula de tout son long et perdit connaissance.
« Mademoiselle ! »
Lola, trop choquée pour prononcer un mot, poussa enfin un cri.
« J-j’ai frappé quelqu’un ? À la tête ? »
J’étais moi-même assez stupéfaite.
C’était la première fois de ma vie que je donnais un coup de poing. Et à quelqu’un qui ne m’avait même pas attaquée le premier.
Mais je n’avais pas le temps de culpabiliser.
Il y avait des gens que je devais protéger. Deux personnes !
Face aux gens qui m’étaient chers, la morale et l’éthique n’étaient que des luxes.
« Venez donc ! »
Je criai. Les voyous tressaillirent.
Fff ! Boum !
Tous les poils de mon corps se hérissèrent.
Un poignard bleu brillant passa à côté de moi et se planta dans le mur.
« Ah, quel dommage. J’aurais pu la tuer. Cette jeune dame n’est pas mal. »
Celui qui affichait un sourire narquois était le colosse de tout à l’heure. Allez savoir comment, il s’était déjà relevé.
Il tenait encore plusieurs poignards à la main.
Ah, les attaques à distance posaient problème…
« J’étais à deux doigts de mourir, non ? »
Cette pensée me tendit de nouveau.
Pouvais-je maîtriser quelqu’un qui lançait des couteaux, en utilisant seulement ma force ?
Sans la moindre véritable technique ?
« Non. Je vais perdre, c’est certain. »
Une sueur froide me coula dans le dos.
« Alors crève ! »
Le géant fonçait sur moi, un couteau à la main. Comment étais-je censée l’arrêter avec ma seule force ? Je n’en avais aucune idée.
« Je vais vraiment mourir ! »
Juste au moment où ma vue commençait à s’assombrir…
Flash !
Une lumière éclatante m’aveugla. Au même instant, quelqu’un me saisit par la taille et m’attira contre lui.
Boum !
En un instant, les environs de l’endroit où je me tenais furent dévastés.
Comme si une petite bombe avait explosé.
Lorsque la lumière s’évanouit, tous les voyous se tordaient sur le sol en vomissant lamentablement.
« Qu’est-ce que… »
« Vivette, est-ce que tu vas bien ? »
L’auteure du sort d’attaque était, bien entendu, Madame Fadde.
Lola avait déjà dressé un solide bouclier autour de nous trois.
Je commençai par évaluer la situation.
« Voilà pourquoi Madame n’était pas intervenue. Elle préparait un sort à large portée. »
Et Lola avait lancé un sort de protection sur nous trois pour nous mettre à l’abri pendant ce temps.
Tout se serait réglé de lui-même si j’étais restée tranquille. Il n’était donc pas étonnant qu’elles aient été surprises quand j’avais frappé ces voyous.
Enfin, comment aurais-je pu le savoir si elles ne m’expliquaient rien ?
Elles étaient toutes les deux mages et savaient ce que l’autre faisait. Moi, je n’en savais rien.
« Tu te prends pour qui, à foncer comme ça ? »
Madame me réprimanda, mais je ne pus rien répondre.
J’avais vraiment failli mourir.
« Tu as dû avoir terriblement peur. À cause de ces vauriens… »
Madame Fadde claqua la langue.
« Ils devront rester alités une semaine. Voilà ce que donne la magie de combat. Même lancée à faible puissance, elle peut tuer. »
« Elle peut tuer ? »
Je désignai le garçon mendiant, effondré dans un coin et pris de toux.
« Alors, cet enfant aussi… ? »
Madame Fadde acquiesça.
« Partons avant que d’autres membres de leur bande n’arrivent. Inutile de blesser quelqu’un d’autre. »
« Oui. »
La tension retombée, mes jambes se mirent à trembler. Lola me soutint.
« Mademoiselle, qu’est-ce qui s’est passé, tout à l’heure ? »
Elle m’interrogea à voix basse.
Je cherchais une réponse vague quand un groupe de chevaliers accourut au loin, soulevant un nuage de poussière.
« Halte ! Garde municipale ! »
Ils échangèrent un regard et s’arrêtèrent devant nous.
« Ils arrivent une fois que tout est terminé. »
Alors que je me disais que tout cela manquait un peu de panache, Madame s’avança.
« Je vais vous expliquer. »
Quand il comprit que Madame était une noble, le chevalier s’inclina brièvement.
Ils écoutèrent attentivement jusqu’à ce qu’elle ait terminé son récit.
Mais le chevalier qui se tenait en tête n’était pas facile à gérer. Il se caressait tranquillement la moustache.
« Ainsi, vous avez utilisé de la magie d’attaque en pleine ville, sans autorisation. »
« C’était de la légitime défense. N’était-ce pas justifié ? Ils avaient des couteaux. »
« La magie est plus puissante que les couteaux. Répondre par la magie à des gens qui s’étaient contentés de vous menacer avec des poignards était un peu excessif. »
Qu’est-ce qu’il racontait, celui-là ?
Mon visage se durcit aussitôt.
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