Chapitre 23
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 23
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« Même les agents immobiliers sont en congé pour le Nouvel An ! »
Dame Fadde l’annonça d’un ton enjoué.
C’était la conclusion à laquelle nous étions parvenues après avoir arpenté les rues de Plaford pendant des heures.
Après tout, c’était idiot de croire que nous trouverions une maison aussi vite.
Il était regrettable que nous soyons arrivées pendant les festivités, mais il nous fallait un endroit où loger le temps de chercher une maison.
« Alors, restons quelques jours dans une auberge. »
Mais j’avais négligé un détail : le Nouvel An était une fête nationale majeure.
Les nobles venus de tout le pays affluaient donc dans la capitale comme des vagues pour assister au banquet donné par l’empereur.
Ceux qui en avaient les moyens logeaient chez des amis ou dans une résidence qu’ils possédaient dans la capitale. Les autres réservaient une chambre à l’auberge, même à prix exorbitant.
Ils ne voulaient pas s’attirer les foudres de l’empereur en manquant le banquet impérial.
Et le banquet du Nouvel An était l’occasion rêvée pour les jeunes nobles et les jeunes femmes de trouver un bon parti.
C’était la période la plus chargée de l’année.
Sans compter ceux qui cherchaient à profiter des festivités pour passer une nuit avec quelqu’un.
En bref, qu’elles soient bon marché ou coûteuses, il ne restait aucune auberge convenable pour des nobles.
… J’avais choisi le mauvais moment pour partir. J’aurais peut-être dû attendre un peu au lieu de me précipiter dehors.
« À ce rythme, on va finir par dormir dans la rue. »
« Dormir à la belle étoile ? Ma dame, nous avons une voiture. »
Alors que je commençais à me demander si nous allions vraiment devoir passer la nuit dans la voiture, Dame Fadde prit soudain la parole.
« Ne t’inquiète pas. Il y a une maison tout près où j’ai vécu avant de me marier. »
Si elle avait une maison dans le coin, pourquoi ne l’avait-elle pas dit plus tôt… ?
Avant même que j’aie le temps de m’interroger, Dame Fadde prit les devants et s’expliqua :
« Elle est petite et plutôt mal située. Je l’ai achetée après avoir quitté ma famille sans rien, mais elle fera l’affaire pour quelques nuits. »
« Vraiment ? Pourquoi ne pas avoir vendu une maison aussi vieille ? »
« L’immobilier coûte moins cher à Plaford qu’à Erenston. Je n’en tirerais pas grand-chose, même en la vendant. J’en avais assez qu’on me traîne d’un endroit à l’autre pour m’en occuper, alors je l’ai laissée à l’abandon. »
Hein ?
Elle l’avait laissée à l’abandon parce que ça l’ennuyait ?
Ça ne ressemblait pas du tout à Dame Fadde.
Nous ne nous connaissions pas depuis longtemps, mais elle avait l’air du genre à examiner soigneusement jusqu’à la plus petite plante en pot.
Et pourtant, elle avait laissé de côté un bien aussi important qu’une maison, sans même la vendre.
J’étais curieuse, mais je me tus. Je ne voyais pas ce que j’aurais à gagner à fouiner.
En quittant la rue principale pour nous diriger vers un quartier résidentiel isolé, Dame Fadde nous décrivit en détail à quel point notre futur logement était étroit et délabré.
Apparemment, il était plus petit qu’un débarras du domaine Ashwilt.
« Je l’ai laissée à l’abandon pendant vingt ans. Elle doit être couverte de poussière et de crasse. J’espère seulement que les planches n’ont pas pourri et que le plancher ne s’est pas effondré. »
Mais, contrairement à son terrible tableau, la maison qui apparut devant nous était une charmante demeure à deux étages, tout droit sortie d’un conte de fées.
Elle avait même une petite écurie sur le côté, ainsi qu’un jardin.
Les mauvaises herbes y montaient toutefois jusqu’à la taille d’un enfant.
Je sentais que nous allions beaucoup aimer cette maison.
« Madame, avec quelques réparations, cette maison sera tout à fait habitable. »
« C’est vrai ! Elle est si jolie. »
« … »
Pour une raison que j’ignorais, Dame Fadde fixait d’un air absent l’endroit où aurait dû se trouver le portail.
Comme nous nous attardions devant la maison, incapables de nous résoudre à entrer, je sentis quelqu’un nous épier depuis la maison voisine. Un homme semblait nous observer avec attention.
Trois inconnues qui traînaient dans un quartier tranquille, cela avait forcément de quoi éveiller les soupçons.
Mais nous n’y pouvions rien. Il n’était pas si simple d’entrer dans cette maison.
Comment allait-on s’y prendre ?
La porte d’entrée était entièrement dissimulée derrière un épais rideau de lierre.
Je devrais emprunter une faucille aux voisins.
Il fallait d’abord entrer.
Ensuite, nous devions tout nettoyer avant le coucher du soleil et déballer nos affaires…
À cette pensée, Dame Fadde se mit à avancer en silence.
Elle se déplaçait avec l’élégance d’une noble, sans faire le moindre bruit, même en marchant dans l’herbe.
Oui, elle ne faisait absolument aucun bruit ni aucune lumière.
Mais quand Dame Fadde arriva au portail, l’épaisse masse de mauvaises herbes qui nous bouchait la vue avait disparu sans laisser de trace. Seuls quelques brins d’herbe tendres gisaient, flétris, sur le sol.
Lorsqu’elle franchit le portail, un chemin s’ouvrit dans l’herbe jusqu’à la maison.
Le jardin, qui était à l’état sauvage, devint net et bien rangé en un instant.
Une échelle, un tabouret bas, des paniers et d’autres objets qui se trouvaient sous le mur du jardin apparurent alors. Tous étaient charmants. Pas une seule chose n’était laide.
Je le répète : cette maison était vraiment belle et chaleureuse.
« Espèce de sorcière ! »
Un cri tremblant retentit derrière nous.
L’homme avait l’air d’avoir la trentaine.
Le jeune homme d’en face, qui peignait sa clôture tout en nous jetant des coups d’œil, tremblait, son pinceau à la main.
« Vous avez fait disparaître toutes ces mauvaises herbes en passant devant ! C’est bien le genre de chose qu’une sorcière ferait, non ? »
Il était grossier dès notre première rencontre. Le genre d’homme qui vous faisait froncer les sourcils sans même que vous vous en rendiez compte.
Dame Fadde, devenue une meurtrière de mauvaises herbes pour avoir simplement nettoyé le jardin avec sa magie, tourna lentement la tête vers lui.
« Tu es toujours aussi bruyant, Adam Pollix. »
« Vous connaissez mon nom ! Qui êtes-vous ? »
« Une sorcière, comme tu l’as dit. »
« Ne dites pas n’importe quoi ! Mais qui êtes-vous donc… ? »
Le jeune homme resta bouche bée quand Dame Fadde déverrouilla la porte d’entrée d’un geste désinvolte.
« Attendez… Vous seriez la sorcière qui vivait autrefois à côté ? »
Il s’approcha pour examiner le visage de Dame Fadde, mais je lui barrai le passage.
« Pourquoi ne reculez-vous pas un peu ? »
« Reculer ? Devant cette sorcière ? »
« Et évitez les insultes. C’est ridicule, non ? Vous décorez votre maison avec de la peinture vendue à la Tour des Mages, et vous traitez quelqu’un de sorcière en face. »
Ce ne fut qu’à cet instant que le jeune homme sembla me remarquer. Il me dévisagea de la tête aux pieds et fronça les sourcils.
« Qui êtes-vous ? Pourquoi une gamine se mêle-t-elle de ce qui ne la regarde pas ? Vous aussi, vous êtes une sorcière ? »
« Désolée, mais je n’ai aucun pouvoir. En revanche, elle est mage. Vous n’allez tout de même pas vous en prendre à moi alors que deux mages vous regardent ? »
« Ha ! Qu’est-ce que vous avez dit ? »
« Je vous demande si vous comptez baisser la main que vous venez de lever. »
Plus précisément, ce n’était pas sa main, mais le pinceau qui dégoulinait de peinture brune.
Je ne savais pas quelle habitude il avait prise pour lever la main dès qu’il s’énervait un peu.
Je vois exactement à quel genre d’homme j’ai affaire.
Le jeune homme fixa sa main levée, l’air absent.
Il commença à la baisser, mais son tempérament dut reprendre le dessus, car il ricana en me lançant :
« Et alors, si je le fais ? On dirait qu’il n’y a que des femmes qui vivent ici. Si vous ne voulez pas vous faire rosser dans ce quartier, vous feriez mieux de vous tenir à carreau. »
Son sourire suffisant était exaspérant. D’ici, je voyais les poings de Lola trembler.
« Je ne crois pas que nous ayons à nous tenir à carreau. »
Une voix grave et glaciale s’éleva.
Tous les sons autour de nous se turent, ne laissant que cette voix résonner dans le vide. Elle était si sinistre qu’on aurait vraiment dit celle d’une sorcière.
Dame Fadde, qui se tenait à la porte à une vingtaine de pas de nous quelques instants plus tôt, se retrouva soudain à nos côtés.
Le jeune homme parut décontenancé un instant, mais se ressaisit rapidement.
« Hmph ! Vous croyez qu’une vulgaire sorcière me fait peur, à moi qui ai fait l’école des chevaliers ? »
« Tu devrais avoir peur si cette sorcière est née dans une famille noble. »
L’atmosphère s’alourdit soudain. Le jeune homme se figea, clignant des yeux à toute allure.
« U-une noble ? C’est un mensonge, pas vrai ? Ne cherchez pas à me duper ! »
Malgré tout, son hésitation était évidente.
« Cela te paraîtrait-il plus clair si je faisais venir l’administrateur local ? »
« L-l’administrateur local se soucierait vraiment d’une chose pareille ? »
« Tu le sauras si tu vas le voir toi-même. »
« M-mais… vous êtes vraiment une noble ? »
« Tu continues à me tutoyer. »
La voix du jeune homme se fit de plus en plus faible.
Dame Fadde esquissa un sourire.
« Tu sais quelle peine encourt un roturier qui insulte ou agresse une noble, n’est-ce pas ? »
« J-je veux dire… je suis désolé. »
« Tu as dit avoir fait l’école des chevaliers, mais tu as l’air de savoir à quel point les nobles sont redoutables. »
« Vous ne pourriez pas laisser tomber ? En souvenir du bon vieux temps, quand on était voisins ! »
« Tu te souviens de moi ? »
« Bien sûr ! Vous êtes la grande sœur d’à côté qui m’aidait à faire mes devoirs d’arithmétique ! »
Grande sœur ?
Peut-être avait-il vraiment reconnu Dame Fadde. Le jeune homme parlait avec assurance, et la façon dont il s’adressait soudain à elle était bien plus familière.
« Ah bon ? Je ne suis pas cette fille. »
« A-alors… »
« Tu te souviens du coup de balai que tu as reçu, à sept ans, après avoir barbouillé notre mur ? »
« ! »
« Tu es toujours aussi grossier et désagréable. Tu veux une nouvelle leçon, comme à l’époque ? »
Le jeune homme pâlit. Après avoir présenté ses excuses à plusieurs reprises à Dame Fadde et à moi, il courut se réfugier chez lui.
Dame Fadde se retourna, rouvrit la porte sans effort et parla comme si de rien n’était :
« Quand on est une jeune femme à Plaford, toutes sortes de gens essaient de vous marcher sur les pieds. »
La porte d’entrée s’ouvrit dans un doux grincement.
« Ne crois pas que c’est de la lâcheté, Vivette. Que tu invoques le nom de ta famille ou que tu menaces de lancer un sort, ne laisse jamais les gens te prendre de haut. Ce genre de choses se reproduira encore et encore. »
« Oui. Ne t’inquiète pas. Je suis prête à affronter ça. »
Dame Fadde me regarda un instant dans les yeux, puis lâcha un petit rire.
« Enfin, peut-être que je m’inquiéterais si tu étais encore l’ancienne Vivette. Mais aujourd’hui, je ne suis honnêtement pas très inquiète. Quand je repense au courage dont tu as fait preuve en tenant tête à ton père… »
Sur ces mots, elle entra dans la maison sombre. Bientôt, l’intérieur s’illumina.
Heureusement que Dame Fadde est là.
Un léger sentiment de soulagement m’envahit.
* * *
Le ménage et le rangement ne nous prirent pas longtemps.
Lola était devenue experte dans toutes sortes de tâches ménagères au cours de ses années de service, et elle fit disparaître la moindre poussière avec du mana en un rien de temps.
Je n’avais qu’à la suivre et à déposer les bagages que Dame Fadde sortait de son sous-espace là où cela me semblait approprié.
« Ah ! M-ma dame ! »
Quand je passai avec une armoire en chêne doré dans les bras, Lola accourut, affolée.
« Je ne lui ai pas encore lancé la Magie de réduction du poids ! Vous allez vous faire mal ! »
« Ce n’est rien. Si je la porte, c’est parce que j’en suis capable. »
« Vous êtes si forte. Comment avez-vous pu la soulever… ? »
Cette force étonnait Lola.
Au début, je pensais que toutes les personnes en bonne santé étaient simplement aussi fortes. Ce ne fut qu’en voyant la réaction des servantes que je compris que j’étais — ou plutôt, que Vivette était — exceptionnellement forte.
Vivette avait tant d’endurance et une telle résistance qu’elle n’avait jamais été maladive.
Elle avait vraiment tout pour elle. C’en était presque agaçant.
Alors que je grommelais contre l’injustice de la vie, mon regard se posa sur Dame Fadde, qui sortait des bagages de son sous-espace pour les ranger.
… Non. Vivette n’avait pas une seule personne dans sa famille qui se comportait comme un membre de sa famille.
Comparée à elle, Choi Eunseo, qui avait passé plus de vingt années entières entourée des siens dans un foyer heureux, avait eu de la chance.
Au moins, je décidai de reconnaître ce fait.
* * *
« Ma dame, encore un peu sur le côté. Non, plus à droite ! Encore un peu… »
Au signal de Lola, je poussai contre le mur un canapé de style erenstonien, sculpté dans de l’ébène.
Je le faisais à la place de Lola, qui n’avait plus de mana et ne pouvait plus utiliser la Magie de réduction du poids.
« Un instant, ma dame. »
Lola cessa de me guider, se baissa sous le canapé et tendit la main pour en retirer quelque chose.
« Je crois que c’était coincé dessous. »
« Qu’est-ce que c’est, Lola ? Un bijou ? »
« On dirait un ornement pour cheveux… Il se porte comme ça. »
Ce que Lola avait ramassé était une épingle à cheveux dorée.
Elle avait la forme d’un papillon et était ornée d’une pierre verte aux reflets doux.
Elle était vieille, mais n’avait rien perdu de son éclat. Au contraire, son âge lui donnait un air encore plus sacré.
« C’est du péridot. Qu’il est beau. Que fait-il ici ? »
« Dame Fadde a dû le perdre en le portant. Donne-le-moi, je vais le lui apporter. »
« Dame Fadde portait ça ? J’ai du mal à l’imaginer. »
« Hmm. »
Lola avait raison.
Cet ornement délicat et gracieux ne correspondait pas du tout à l’image de Dame Fadde.
J’avais du mal à imaginer Dame Fadde avec cette épingle dans les cheveux.
Peut-être qu’elle appartenait à quelqu’un d’autre.
* * *
Tard dans la nuit, Fadde Ashwilt se tenait près de la fenêtre du salon de la vieille maison où elle était revenue après tant d’années. Elle tenait l’épingle à cheveux en péridot à la lumière de la lune.
Les deux personnes qui lui avaient remis cet objet troublant semblaient étrangement ravies, et leurs bavardages descendaient parfois de l’étage.
Il fut un temps où les rires de jeunes filles résonnaient naturellement dans cette maison aussi.
Il y avait longtemps, très longtemps. Plus de vingt ans.
Fadde se perdit dans ses pensées.
Au même moment, un jeune homme faisait courir ses doigts avec précaution sur une pierre précieuse vert sombre.
Un péridot bon marché.
Une pierre à un prix idéal pour qu’un jeune garçon puisse l’offrir sans se sentir gêné.
À condition que ce garçon soit le fils aîné de la maison Ashwilt et que la destinataire soit sa petite sœur adorée.
C’était son premier cadeau.
Mais on l’avait retrouvé dans un tiroir qui ne gardait plus la chaleur de Vivette.
Une nuit, alors que son inquiétude grandissait de jour en jour, Gillian fouilla la chambre de sa sœur.
Il comprit que Vivette n’avait emporté aucune des choses précieuses auxquelles elle tenait.
En particulier celles qui étaient liées à la famille Ashwilt.
Pourquoi avait-elle laissé celle-ci derrière elle ?
Était-ce pour me faire regretter ?
Alors qu’elle savait que je n’étais pas du genre à regretter quoi que ce soit.
Mais pourquoi…
Gillian laissa retomber son bras.
Sa main serrait toujours la pierre verte.
Pourquoi… ?
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