Chapitre 22
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 22
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Contrairement au duc, qui poursuivait ses tâches malgré la fuite de sa fille, ses frères étaient hors d’eux.
Cette fois, même Gillian ne parvenait pas à rester indifférent.
Au lieu de s’affairer à accueillir les invités qui affluaient au début de chaque année, les deux jeunes seigneurs passaient des heures à arpenter l’annexe, la partie la plus reculée du domaine, sans jamais s’asseoir.
« Si j’avais su que ça arriverait… »
Gillian marmonna pour lui-même.
« Je n’aurais pas dû dire ça. »
Le problème, c’était de savoir ce que « ça » désignait au juste.
Il y avait bien trop de choses pour lesquelles il pouvait s’en vouloir. Il ignorait quelles paroles lui ayant échappé avaient poussé Vivette à partir.
Était-ce parce qu’il avait pris le parti de Harris contre elle ?
Oui, c’était peut-être ça. Vivette avait toujours été jalouse d’eux deux.
Ou peut-être l’avait-il trop longtemps négligée.
Il avait été occupé, n’avait pas passé de temps avec elle et n’avait fait que lui lancer des remarques acerbes. Il était naturel qu’elle en ait été blessée.
Peut-être était-ce parce qu’il l’avait empêchée de prendre soin de la vieille femme malade alors qu’elle le voulait.
C’était une bouderie puérile, mais, après tout, c’était Vivette.
« Elle était instable depuis un moment, non ? »
Si cela avait été Harris, ou l’un des autres enfants de la branche collatérale, quelque chose serait arrivé depuis longtemps, dans de telles circonstances.
Gillian le reconnut avec calme.
Il avait remarqué que quelque chose n’allait pas chez sa petite sœur, mais avait remis la question à plus tard parce qu’il était occupé. En tant que responsable, c’était sa faute.
Harris semblait croire que l’astucieuse dame Fadde avait entraîné la pauvre Vivette dans cette affaire, mais Gillian ne voyait pas les choses ainsi.
Dame Fadde n’était qu’un élément extérieur apparu soudainement. La blâmer pouvait être satisfaisant, mais ça ne résoudrait rien.
Il fallait trouver la cause de tout ça. Bien sûr, il avait fait tant de choses qu’il y avait des causes et des déclencheurs partout. Il devait tout de même trouver la véritable raison.
« Mais que ferai-je une fois que je l’aurai trouvée ? Rien ne changera. Même si ce genre de situation se reproduit encore et encore, je ne changerai pas. »
Gillian se connaissait bien.
Des incidents semblables s’étaient produits plus souvent quand Vivette était petite, et pourtant, il suffisait de voir le frère qu’il était devenu.
Il était né avec ce tempérament. Que pouvait-il faire contre sa propre nature ?
Il tenait de son père. Vivette et lui étaient naturellement opposés.
Et il n’y en avait toujours eu qu’une seule à souffrir.
Un rire moqueur lui échappa. Chaque fois qu’il se retrouvait face à Vivette, il avait l’impression d’être une personne abominable. Il détestait cette sensation.
Comme toujours, Gillian chassa vite ces émotions contradictoires.
À leur place, il se concentra sur une pensée utile.
« J’aurais dû agir avec plus de prudence quand j’ai chassé dame Fadde. »
Ce n’était pas grave. Il lui suffisait de reconnaître ses erreurs et de les corriger.
Il était encore en train d’apprendre, après tout. Il ne deviendrait jamais un héritier incompétent.
Bien sûr, même s’il devenait un dirigeant exceptionnel, cela n’effacerait pas le fait que sa petite sœur avait quitté la maison.
L’annexe était sombre, à peine éclairée. La chambre de Vivette, celle de la véritable maîtresse des lieux, l’était davantage encore.
Pourtant, cette obscurité était réconfortante, comme tant de nuits de son enfance.
Soudain, une vive lumière inonda la pièce. Gillian fronça les sourcils.
« Grand frère. Allume quelques lampes. »
C’était Harris, qui entrait dans la pièce.
Contrairement à Gillian, dont le sommeil était agité depuis des jours, son jeune cousin avait l’air plutôt en forme.
Ce n’était pas dans les habitudes de Harris, qui venait généralement se plaindre dès que Vivette lui déplaisait ne serait-ce qu’un peu.
Avait-il l’esprit plus solide en temps de crise ?
Gillian s’était demandé pourquoi quelqu’un au cœur plus tendre que du pudding avait l’air si calme. Il en comprit la raison.
Harris était simplement trop occupé à échafauder un autre plan extravagant pour que son esprit dispersé fonctionne correctement.
« Une fois les vacances terminées, je devrais sérieusement me mettre à sa recherche. Elle aussi attendra qu’on la retrouve. »
Parfois, Gillian enviait cette insouciance et cette légèreté d’esprit.
Sans remarquer que Gillian le regardait, incrédule, Harris bomba le torse.
« J’aimerais partir à sa recherche tout de suite, mais il me reste des anciens de la famille à saluer. Et je dois aussi attendre Père. »
« Ton père. »
Las de penser à Vivette, Gillian changea de sujet.
« Il vient cette année ? »
« Euh, probablement ? »
Il n’en avait pas l’air certain. Ce qui signifiait que Milox ne viendrait pas, c’était entendu.
Le sachant, Gillian esquissa un sourire amer. Harris, lui, se gratta l’arrière de la tête avec un sourire niais.
« Il est venu quand Vivette s’est inscrite, non ? Cette fois, c’est moi qui m’inscris. Il viendra, tu ne crois pas ? »
« Vivette… »
Gillian ravala les mots qui lui venaient : leur oncle avait toujours témoigné une affection particulière à Vivette.
Milox Ashwilt, le frère d’Arion cadet de cinq ans et le père de Harris, séjournait rarement sur le territoire.
Il avait laissé son jeune fils à son frère aîné avant de partir au loin. De temps à autre, alors qu’ils commençaient à se demander s’il était mort puisque personne ne parvenait à le joindre, il revenait et jouait avec les enfants.
Par « enfants », il fallait essentiellement entendre Vivette.
Il aimait particulièrement sa nièce.
Il voyageait seul, avec presque aucun bagage, mais rapportait toujours toutes sortes de cadeaux à Vivette. En revanche, il était distant avec son propre fils.
Gillian ignorait pourquoi il tenait tant à la fille de son frère aîné, mais ce n’était pas étonnant.
D’autres membres de la famille trouvaient eux aussi Vivette, douce et gentille, plus attachante que Gillian et Harris, tous deux brusques et exceptionnellement grands.
À vrai dire, ils la prenaient plutôt en pitié parce qu’elle était sans défense.
Ses proches adoraient ouvertement Vivette comme s’il s’agissait d’un animal de compagnie.
Vivette, qui avait passé sa vie à déchiffrer les gens, n’avait pas pu manquer de remarquer qu’ils la prenaient pour une proie facile.
Pourtant, elle faisait semblant de ne rien voir et leur adressait le doux sourire qu’ils attendaient.
Cette affection n’en était pas moins de l’affection. Elle avait dû être heureuse de la recevoir.
Mais Milox était différent.
Gillian pouvait affirmer sans hésiter qu’il était le mage le plus franc de tout Erenston.
Bien qu’il fût mage, Milox Ashwilt préférait l’escrime à la magie, et ses poings aux épées.
Avec son tempérament impétueux, il était compréhensible qu’il trouvât adorable une petite fille aussi douce et charmante.
Quand Harris, encore petit, se cachait craintivement de son père, un grand gaillard bourru qu’il connaissait à peine, Vivette, elle, grimpait hardiment sur ses genoux.
Mais avec le temps, Harris devint celui qui faisait pitié.
Il passait chaque mois de l’année à attendre son père, et rien d’autre.
Comme il ne savait jamais quand son père reviendrait, il traînait toujours dans la maison principale, guettant l’arrivée d’une lettre.
Pourtant, lorsque le jour du retour de son père finissait par arriver, il se contentait de rester à distance. Il n’arrivait même pas à lui agripper le pantalon pour le supplier de ne pas repartir. Pourquoi était-il comme ça ?
Peut-être que Vivette était pareille. Peut-être que tout le monde avait ses faiblesses.
Gillian détourna le regard.
« Ah, au fait. »
Harris prit la parole avec précaution.
« Et si Père découvre que Vivette est partie quand il arrivera et se met à sa recherche ? »
« … »
« On devrait le cacher aux autres membres de la famille, mais on peut dire la vérité à Père, non ? Tu ne crois pas, grand frère ? »
« Oui. »
« N’est-ce pas ? On devrait demander à Père de la retrouver. C’est un mage compétent, il la retrouvera tout de suite. »
« Harris. »
« Hein ? »
Gillian l’interrompit d’un ton ferme.
« Ne la cherche pas. Tu n’as pas entendu ce que mon père a dit ? Fais comme si tu n’étais au courant de rien. Jusqu’à ce qu’elle revienne d’elle-même. »
« Pourquoi ? »
« Qu’on perde la tête, qu’on fasse tout un scandale et qu’on parte à sa recherche, c’est exactement ce qu’elle veut. Tu vas vraiment danser au rythme qu’elle nous impose ? »
« Et alors, si c’est le cas ? Ce qui compte, c’est de la retrouver ne serait-ce qu’un jour plus tôt. »
« Harris Ashwilt. »
Même quand Gillian prononça son nom à voix basse, Harris se contenta de le regarder, perplexe.
« Donne-lui ce qu’elle veut. Fais comme si tu ne pouvais pas t’en empêcher. Alors elle rentrera. Qu’est-ce qu’il y a de si difficile ? »
« On a fait ça toute notre vie. On lui a pratiquement accordé tout ce qu’elle voulait. Ça ne l’a pas assez gâtée pour qu’elle parte de la maison ? »
Gillian s’efforça de garder la tête froide en s’expliquant.
« Je comprends ce que tu ressens, mais attends encore un peu. Le temps arrangera les choses. On pourra se réconcilier ou faire autre chose après. »
« Est-ce qu’il y aura seulement un après ? »
Harris poussa un bref soupir, le visage empreint de mécontentement.
Son oncle avait affirmé avec assurance que Vivette reviendrait avant la fin des vacances du Nouvel An.
Mais si la vie se déroulait toujours comme on le voulait, pourquoi sa sœur était-elle partie ? Pourquoi son père, qui avait quitté la maison, ne l’avait-il pas emmené avec lui ?
Harris avait fait de sa sœur le substitut de son père qui l’avait abandonné.
Pendant plus de dix ans, Vivette Ashwilt avait comblé le vide laissé par son père et lui avait donné la tendresse d’une mère. Mais elle ne pourrait jamais remplacer ce qui lui manquait vraiment.
Maintenant que même cela avait disparu, il avait l’impression de ne plus pouvoir le supporter.
Sa poitrine était oppressée, douloureuse.
Que ce soit son père ou Vivette, il espérait revoir bientôt au moins l’un des deux.
« Sinon, sur quoi suis-je censé m’appuyer pour vivre ? »
Harris chassa l’angoisse qui venait de le saisir.
Ça irait. Son père reviendrait bientôt.
Milox Ashwilt avait un tempérament plusieurs fois plus emporté que celui de son frère aîné, le duc Arion. S’il apprenait que sa nièce adorée avait disparu, son frère aurait beau tenter de l’arrêter, il partirait à sa recherche et la ramènerait.
Alors, tout s’arrangerait.
Ce ne serait peut-être pas entièrement réglé, mais tout de même.
* * *
« Ah, voici la capitale de l’Empire ! »
À peine entrés dans Plaford, Lola s’exclama, les yeux brillants.
« Je suis née à Erenston, alors je pensais ne jamais mettre les pieds dans la capitale de toute ma vie. Merci de m’avoir emmenée, mademoiselle ! Et vous aussi, madame. »
Elle avait une endurance remarquable pour quelqu’un qui avait conduit la calèche toute la nuit. Lola regardait les rues animées au petit matin.
Le soleil montait peu à peu dans le ciel, entre des bâtiments bien plus bas que tout ce qu’on trouvait à Erenston.
La première fois que j’étais sortie dans les rues d’Erenston, je n’avais pas vraiment eu l’impression d’entrer dans un autre monde. Plaford, c’était différent.
L’architecture, à elle seule, et les vêtements que les gens portaient pour le festival étaient nettement différents de ceux d’Erenston.
Même en étant généreuse, la ville avait au moins trois ou quatre siècles de retard sur Erenston.
Si la capitale où vivait l’Empereur était comme ça, le reste de l’Empire devait être encore pire.
La vue de jeunes mendiants errant au milieu de la place m’oppressa le cœur.
« Lola, tu es vraiment sûre de ne pas vouloir rentrer ? »
J’avais grandi en voyant toutes sortes d’horreurs dans ma vie précédente, alors j’y étais habituée. Mais Lola avait dû grandir choyée, dans une famille de mages à l’abri du danger.
« Oh, qu’est-ce que vous racontez ? Je resterai à vos côtés jusqu’au bout, mademoiselle. »
« À long terme, il vaudrait peut-être mieux pour toi de rester au service de la maison ducale. Pour ta situation aussi. Si nos finances se dégradent, j’ignore ce qu’il adviendra de ton salaire. »
« Mademoiselle, ne dites pas ça ! »
Je le pensais tout à fait sérieusement, mais Lola répondit sur le ton de la plaisanterie.
« Je vous suivrai quand même, mademoiselle. Si vous êtes ma maîtresse, mes conditions de travail sont pratiquement garanties. »
Mais je n’étais pas la Vivette dont elle se souvenait…
Je me sentis soudain coupable envers Lola.
« Et puis, mademoiselle, la vie est incroyablement bon marché à Plaford ! Même si vous me payez très peu, je pourrai survivre. »
« Plaford est la capitale. Les nobles les plus éminents de l’Empire vivent ici. Comment le coût de la vie pourrait-il être bas ? »
D’après les explications de Lola, les prix à Plaford ne représentaient peut-être qu’un cinquième de ceux d’Erenston.
Mais c’était uniquement en comparaison avec Erenston, bien sûr.
Dès qu’un article ou un service était associé à la « magie », son prix était multiplié par dix, voire davantage.
Comme il sied à la capitale de l’Empire, le coût de la vie y était exorbitant par rapport à celui de n’importe quelle autre ville du continent. Mais il n’arrivait pas à la cheville de celui d’Erenston.
Chaque mage était plus riche que la plupart des familles nobles.
Et la dame Fadde qui se tenait devant nous était l’épouse de l’ancien chef de la plus prestigieuse famille de mages de l’Empire.
« Quel soulagement. Au moins, je n’aurai pas à m’inquiéter du loyer. »
Alors que je calculais grossièrement notre budget et le prix de l’immobilier à Plaford, un rire moqueur retentit à côté de moi.
« Vous vous inquiétez de choses bien étranges, les enfants. Vivette, tu es la fille de la Maison Ashwilt et mon héritière. Comment se fait-il que tu te préoccupes aussi d’argent ? »
« Ah… »
« Assez de pensées inutiles. Suivez-moi. Nous devons d’abord trouver une maison. »
Lola et moi échangeâmes un regard stupéfait, puis nous empressâmes de suivre dame Fadde.
« Madame ! Attendez-nous ! »
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