Chapitre 21
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 21
──────
En fin d’après-midi, le jour où la voiture de Vivette partit.
Harris, déjà d’humeur massacrante, reçut la visite d’un homme envoyé par le duc.
« J’ai reçu l’ordre d’emmener le jeune maître Harris à la résidence de Plaford avant le souper. »
« Pourquoi moi ? »
« C’est le réveillon du Nouvel An. Vous devez assister aux festivités. »
Baissant les yeux vers la tête ronde de l’assistant, Harris demanda à contrecœur :
« Et Vivette ? Elle est sortie et n’est toujours pas rentrée. Vous ne devriez pas aller voir ce qu’elle fait, elle aussi ? »
Il avait dit cela uniquement parce qu’il voulait que l’assistant s’interpose dans la sortie des deux femmes.
Mais l’assistant lui répondit tout autre chose.
« Mademoiselle Vivette n’y assistera pas. »
« Quoi ? Pourquoi ? »
Vivette aime les rassemblements mondains.
Elle semblait particulièrement apprécier les banquets impériaux où se pressait une foule de gens.
Tss. Évidemment. Il y a plein de gens sans pouvoirs, comme elle.
Vivette y était extrêmement populaire. Elle recevait même parfois des demandes en mariage. Refuser les invitations à danser relevait presque du travail à plein temps.
Le duc emmenait rarement Vivette aux banquets, de peur qu’une foule de vauriens ne s’agglutine autour d’elle.
Mais le réveillon du Nouvel An était différent : tous les membres de chaque famille âgés de plus de douze ans devaient y assister ensemble.
On attendait d’une grande maison noble qu’elle se rende au banquet du Nouvel An au complet et y affiche son harmonie familiale.
Si une seule personne manquait à l’appel, la famille était incomplète. Et l’incomplétude était un péché, n’était-ce pas ce que le duc avait répété d’innombrables fois ?
C’était aussi pour cela que Vivette avait été détestée.
« Mademoiselle Vivette n’assistera plus aux réunions de famille. Ce serait fâcheux qu’elle ternisse la réputation de la famille sans raison. »
« Quoi ? Espèce de petit bâtard, tu as fini de parler ? »
Harris l’empoigna par le col.
À la différence de la douce Vivette, il ne savait pas retenir sa colère quand elle montait. Et il ne savait pas non plus rabrouer quelqu’un froidement, comme son noble frère Gillian.
Tout ce qu’il avait appris, c’était à écraser les gens de son autorité et à se servir de la magie. Aussi la température de la pièce grimpa-t-elle brusquement, comme si des flammes venaient d’y jaillir.
« Ce n’est pas mon avis ! C’est Son Altesse le duc qui l’a dit ! »
Soulevé haut dans les airs par Harris, l’assistant ne put que battre des jambes en protestant.
Mais Harris, déjà hors de lui, ne l’écoutait pas.
« C’est vrai que Vivette est un peu moins douée que Gillian et moi. Mais ça ne donne pas à une ordure comme toi le droit de le dire. »
« J-je suis désolé. »
« Ne me parle pas de la réputation de la famille. Je sais bien que tu ne vaux pas la moitié de Vivette. »
Quand Harris le relâcha, l’assistant s’étrangla, les larmes aux yeux. Harris n’éprouva pas la moindre pitié pour lui.
Harris entra dans le vestiaire, refusa même l’aide de son valet et grommela en s’habillant tout seul.
« À partir de maintenant, il ne restera plus que nous trois ? C’est ridicule. Vous croyez vraiment que c’est possible ? »
Harris le savait. Au sein des quatre membres de la Maison Ashwilt, le centre n’était pas le duc, mais Vivette.
Chacun avait bien une ou deux récriminations à formuler, mais, à la fin, ils faisaient ce qu’elle disait. Qu’est-ce que cela pouvait être, sinon le centre du groupe ?
Surtout, sans elle pour arrondir les angles, il ne voyait pas comment la maisonnée pourrait fonctionner correctement.
« La Maison Ashwilt avec seulement trois personnes froides ? Qui pourrait envier une famille pareille ? »
Il avait beau y réfléchir, sa famille avait été mieux ainsi. Avant que Vivette ne se mette à agir bizarrement.
Finalement, même s’il reprochait à Vivette d’avoir provoqué tout ça, Harris se prépara docilement à partir.
Il espérait que Vivette était enfermée dans sa chambre, déprimée. Mais elle était sortie s’amuser avec cette femme.
Il ne ressentait donc pas la moindre culpabilité à se rendre au banquet impérial sans elle, avec seulement les deux autres.
Non, il ne s’était jamais senti coupable. Cela avait toujours été comme ça, même lorsqu’ils assistaient, enfants, aux réunions des sociétés de magie et aux rassemblements de leurs proches.
Vivette était toujours restée à la maison à attendre le retour de sa famille, et le simple fait de savoir qu’elle s’y trouvait le rassurait.
Pourtant, maintenant qu’elle avait un peu grandi, elle comptait elle aussi quitter la maison et passer du temps avec d’autres gens.
Il trouvait cela cruel, et décevant.
Priant pour que la sortie de Vivette soit incroyablement, horriblement ennuyeuse, Harris entra dans la salle de banquet.
De si mauvaise humeur, il ne dit rien au duc ni à Gillian au sujet de Dame Fadde qui avait retrouvé ses esprits, ou de Vivette qui était partie avec elle. La nouvelle bouleversa la Maison Ashwilt un peu plus tard.
* * *
« V-Votre Altesse ! Votre Altesse le duc ! Mademoiselle Vivette a disparu ! »
À peine le duc eut-il franchi l’entrée principale que Greg, l’intendant en chef, se précipita vers lui, manquant de trébucher. Il répéta le message qu’il avait transmis à plusieurs reprises par l’appareil de communication, l’air sur le point de fondre en larmes.
« Que voulez-vous dire, disparue ? »
Une voix grave, lente et pleine d’arrogance s’éleva des lèvres du maître.
« C’est exactement ça. Elle s’est volatilisée ! Sans laisser la moindre trace. »
« Exprimez-vous clairement. Je ne comprends pas un mot de ce que vous racontez. »
Mais l’intendant en chef, submergé par la panique, ne fit que répéter des mots décousus.
Bam ! Le duc reposa son verre d’eau à moitié vide sur le bureau, comme s’il le jetait.
« Ça suffit. C’est ma fille qui a disparu, pas la vôtre. »
Face à cette attitude désinvolte, l’intendant en chef n’eut d’autre choix que de se taire.
Même Greg, qui n’était qu’un employé, tremblait du bout des doigts à la disparition de l’enfant du duc. Pourtant, son propre père n’avait pas l’air le moins du monde troublé.
« Vous avez dit qu’elle était partie hier après-midi et qu’elle n’était pas rentrée. »
« O-oui ! »
« Alors elle n’est tout simplement pas encore rentrée. »
« … Pardon ? »
« Vous êtes devenu idiot, vous aussi ? Cette sotte rentre simplement tard parce qu’elle a fait la bravache. Croyez-vous que je sois allé la chercher ne serait-ce qu’une fois ? »
« Ah… »
Greg sentit ses forces l’abandonner. Abattu, il ne trouva rien à répondre.
« En quoi la sottise de cette enfant est-elle nouvelle ? Alors pourquoi tenez-vous tant à m’en parler ? »
« Eh bien… »
« Vous êtes en train de critiquer ma fille indirectement, en disant qu’elle est stupide et qu’elle ne fait que sourire ? »
« Absolument pas ! Je m’inquiétais seulement pour mademoiselle Vivette… »
« Cela ne fait qu’un jour. »
Vivette n’avait passé qu’une nuit hors de la maison.
Il n’y avait absolument aucune raison de s’inquiéter à Erenston, une ville réputée pour sa sécurité.
C’était la fille du duc. Elle avait sûrement emporté beaucoup d’argent. De quoi s’inquiéter ?
« Elle était restée tranquille pendant un bon moment, et voilà qu’elle provoque un incident pareil. En pleine période de festivités du Nouvel An, qui plus est. N’est-ce pas, intendant en chef ? »
« À vrai dire… »
« Ça suffit ! Inutile d’en dire davantage. Si cette enfant avait vraiment l’intention de m’échapper, aurait-elle choisi le début de la nouvelle année ? On dirait qu’elle le fait exprès pour que je le remarque. Inutile de s’en préoccuper davantage. »
« Vous voulez dire que la fugue de mademoiselle Vivette n’est que du cinéma ? »
« N’est-ce pas la seule chose qu’elle sache à peu près faire ? »
Comme s’il n’avait plus aucun intérêt pour l’affaire, le duc prit une plume et se mit à parcourir des documents sans se soucier de rien.
« Mon orgueil souffre d’avoir percé à jour la comédie de cette enfant. Faites comme si vous ne saviez rien jusqu’au bout, intendant en chef. Je n’ai rien entendu à son sujet. »
Greg aurait voulu se retirer sur-le-champ. Si l’affaire pouvait être traitée comme si rien ne s’était passé, il ne pouvait rêver mieux.
Mais le duc, qui s’était remis au travail, lui posa une question.
« À propos, qu’en est-il de l’envoi de Fadde Ashwilt à Velmaden ? »
« Cela a échoué. »
« Quoi ? »
Le front du duc se plissa, alors qu’il était resté calme même en apprenant la fugue de sa fille. Greg s’empressa de lui donner l’explication qu’il avait préparée.
« Nous n’avons pas eu le choix, puisque Dame Fadde a retrouvé ses esprits ! Elle a refusé de partir et a même eu recours à la force… »
« Elle a retrouvé ses esprits ? Cette femme ? »
Le visage du duc se voila de méfiance. À moins que Vivette n’ait eu recours à quelque ruse, il était impossible de rendre ses esprits à une vieille femme devenue sénile.
Le duc s’efforça de ne pas penser à sa fille. Il en allait de même pour Fadde, cette femme.
Il avait accompli d’innombrables exploits au cours de sa vie, mais il devait forcément rester des affaires inachevées.
Ces deux femmes étaient les plus encombrantes d’entre elles, et il voulait désormais s’en débarrasser.
« Oui, eh bien… Si elle a retrouvé ses esprits, cette femme ne partira jamais de son plein gré. Alors, est-elle dans l’annexe ? »
« Non. »
« Ne me dites pas qu’elle est dans la maison principale ? »
« Non. Dame Fadde est partie avec mademoiselle Vivette. »
« Elle est partie ? Toutes les deux ensemble ? »
« Pour être précis, elles sont sorties ensemble hier après-midi et ne sont toujours pas rentrées. »
« Vous avez perdu la tête ? Vous les avez laissées partir ? »
Le duc se leva brusquement de son bureau.
Des objets tombèrent et s’éparpillèrent sur le sol dans un vacarme, mais ce n’était pas le moment de s’en soucier.
Fadde et Vivette Ashwilt.
Elles étaient pratiquement des ennemies mortelles qui n’auraient jamais dû se rencontrer.
Toutes deux avaient perdu le reste de leur vie à cause de l’autre. Le duc lui-même les avait tenues à l’écart pendant dix-sept ans, par crainte des conséquences.
Et maintenant, malgré tous ses efforts, elles s’étaient rencontrées de leur propre chef. Elles étaient même parties côte à côte. C’était impossible.
« Vous n’avez pas à vous inquiéter ! Elles s’entendaient bien. »
« Quoi ? »
Le duc fronça les sourcils.
« Comment ces deux-là pourraient-elles bien s’entendre ? »
« J-je ne le comprends pas non plus ! »
Le duc tapota nerveusement le bureau du bout des doigts.
Si Fadde Ashwilt est mêlée à tout ça, peut-il vraiment s’agir d’une simple sortie ? Qu’est-ce qu’elle manigance ?
Le fait que Fadde ait quitté le domaine de son plein gré était au moins une bonne nouvelle.
Mais que se passerait-il si elle préparait quelque chose avec sa fille ?
Elle avait découvert son projet de l’envoyer dans un coin perdu de la campagne. Avec son tempérament exécrable, impossible qu’elle reste tranquillement les bras croisés.
Ses pensées s’embrouillèrent. Mais pas longtemps. Le duc ne tarda pas à prendre une décision.
« Ignorez-les. »
Le regard du duc Ashwilt, Arion Ashwilt, retrouva son expression impassible.
« Quoi qu’elles soient parties faire, ignorez-les. Ce n’est que leur ultime tentative désespérée. Après ça, elles n’auront plus la force de faire des bêtises. »
« Votre Altesse, êtes-vous vraiment certain que tout va bien ? »
« Pourquoi cela n’irait-il pas ? Je sais que cette enfant sera agaçamment saine et sauve. Je vous le garantis. Tout au plus, elle reviendra en rampant dans les trois jours, en pleurant et en implorant mon pardon. »
Pourtant, un jour passa, puis deux, puis les trois jours qu’il avait garantis, et elles ne revinrent pas.
C’est à peu près à ce moment-là que les frères de Vivette découvrirent un mot dans sa chambre.
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