Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 18
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« M-M-M-Madame ? »
Les domestiques de la maison principale, qui avaient fait irruption à l’aube, le lendemain, restèrent bouche bée.
La dame de l’annexe, qui aurait dû être assise sur son lit, le regard vide, se tenait raide à l’entrée, agitant doucement son éventail, l’air mécontent.
Ils devaient être décontenancés. En temps normal, ils auraient dû séparer de force la dame de moi, la faire monter dans une voiture et l’envoyer à la campagne.
Ils s’étaient sans doute attendus à ce que je leur oppose une résistance farouche : ils n’avaient amené que des domestiques baraqués, réputés pour leur force.
Ils avaient dû croire qu’ils pourraient facilement maîtriser les jeunes femmes dont j’avais la charge.
S’ils se permettaient d’agir ainsi, c’était parce qu’ils ne pensaient pas que Vivette se mettrait en colère pour quelques brutalités.
Vivette avait été trop gentille. Avec sa famille comme avec les domestiques.
Mais tous leurs plans avaient été déjoués par une seule personne.
Dame Fadde, qui était censée avoir l’esprit absent, avait les idées plus claires que quiconque dans l’assistance.
Les domestiques avaient l’air d’avoir vu un fantôme.
Quand Dame Fadde haussa vivement un sourcil, ils détournèrent discrètement les yeux.
La réputation de Dame Fadde dans la maison principale était légendaire, et même ces hommes adultes ne pouvaient pas l’ignorer.
Voyons voir, que vont-ils faire ?
J’observai la scène avec intérêt. Puis,
« Mademoiselle Vivette ! Qu’est-ce qui se passe, au juste ? »
Visiblement effrayé par la vieille dame sévère, l’un des domestiques reporta son attention sur moi, qui étais restée silencieuse.
J’avais donc l’air plus facile à gérer.
Le domestique m’agaçait, mais je fis semblant de ne pas comprendre et demandai :
« Il y a un problème ? »
« N-non ! Vous savez, mademoiselle. Nous devions escorter la dame à Velmaden aujourd’hui… »
Le domestique aux cheveux hirsutes se gratta la tête, incapable de cacher son embarras.
« Cette situation nous met aussi dans l’embarras, mademoiselle. »
Franchement, qu’est-ce qu’ils s’attendaient à ce que je fasse ?
Qu’est-ce qu’ils voulaient que je fasse ?
De toute façon, je n’y pouvais rien.
Qu’étais-je censée faire contre le retour à la raison de Dame Fadde ?
Vivette avait laissé les domestiques de la maison principale prendre trop de libertés. Elle s’empressait toujours de se montrer prévenante et de régler des problèmes qui ne la concernaient pas. Tss.
Naturellement, dès qu’un problème survenait, ils venaient chercher Vivette. Comme un enfant qui rejetait sur sa mère la responsabilité de ses propres erreurs.
C’était sans doute pour cela qu’ils s’étaient instinctivement plaints à moi, cette fois encore.
Mais ils avaient oublié un détail, l’espace d’un instant.
Dame Fadde avait entendu toute notre conversation.
« À vous entendre, mon rétablissement semble vous causer bien des ennuis. Pourquoi ? Vous vouliez que je me laisse docilement entasser dans cette misérable charrette à marchandises ? »
La voix aiguë de la vieille dame résonna sèchement à mes oreilles.
« N-non, madame ! Ce n’est pas ce que nous voulions dire… »
« Poussez-vous. C’est cette voiture que je suis censée prendre ? »
Deux chevaux renâclaient devant une voiture d’apparence assez solide.
Franchement, elle avait l’air bon marché, même de loin. Très bon marché.
Ce n’était certainement pas une voiture digne d’une noble dame, encore moins de l’épouse d’un duc.
Surtout pas de celle de la Maison Ashwilt, qui régnait sur les mages.
« Ha ! »
Dame Fadde examina la voiture délabrée de haut en bas.
« Cela fait bien longtemps que je n’ai pas vu de voiture tirée par des chevaux vivants plutôt que par du mana. Où avez-vous bien pu trouver ça ? »
Elle était sincèrement stupéfaite.
Les voitures à chevaux étaient rares à Erenston, pour des raisons d’hygiène.
Si des chevaux parcouraient les rues en grand nombre, ils ne tarderaient pas à les souiller de leurs excréments.
C’était pourquoi les mages circulaient généralement dans des voitures à mana, et la Maison Ashwilt ne possédait pas même un seul cheval.
Le duc avait personnellement trouvé des chevaux pour le dernier voyage de la dame. Quelle délicatesse.
Je comprends mieux pourquoi ils avaient traîné au lieu de l’envoyer immédiatement à la campagne. Une maison comme celle des Ashwilt n’aurait même pas besoin d’une journée pour tout emballer et préparer.
La raison était évidente.
La faire voyager en voiture à chevaux plutôt qu’en voiture à mana, même pour son dernier voyage, revenait à refuser de la traiter comme une mage.
Les gens d’ici semblaient éprouver un immense sentiment de supériorité à l’idée d’être des mages.
Pouvait-on imaginer une insulte plus aristocratique ? Surtout envers quelqu’un qui n’avait plus toute sa tête.
Mais alors qu’ils avaient pris leur temps avec arrogance, la dame s’était complètement rétablie.
S’ils s’étaient dépêchés ne serait-ce qu’un peu, elle se serait réveillée à la campagne.
Ils venaient de perdre à jamais l’occasion de la chasser de leurs propres mains. Bien fait pour eux.
Dame Fadde s’adressa aux domestiques d’une voix glaciale, telle celle d’un prédateur.
« Vous moquez-vous de moi parce que je suis une demi-mage ? »
Une demi-mage ?
Je me demandai si elle parlait de quelqu’un né d’un mage et d’une personne ordinaire, quand l’air devant moi s’illumina.
« Hum, hum ! »
« Hk, hhk ! »
Un mana rouge dense se répandit de toutes parts. Son intensité était environ dix fois supérieure à celle de la veille, quand elle s’était emportée contre moi.
Les domestiques suffoquaient, accablés par la douleur. Je n’étais pas affectée, protégée par ma résistance à la magie.
Était-ce pour cela qu’elle avait testé ma résistance à la magie de tant de façons, hier ?
Elle avait manifestement essayé d’augmenter le mana jusqu’à la limite de ce que je pouvais supporter sans ressentir le moindre désagrément.
« Madame ? »
Tout de même, n’était-ce pas un peu trop intense ? Ce domestique était sur le point de s’évanouir.
Quand je regardai la dame, ses yeux brillaient d’un éclat froid. Ils étaient bel et bien rougeoyants, et pourtant elle paraissait plus glaciale que quiconque dans la Maison Ashwilt.
Je comprenais, maintenant. Les servantes ne l’avaient pas qualifiée de plus effrayante que le duc sans raison.
C’était bien ça. Sous son vernis de dignité aristocratique, Dame Fadde avait un tempérament aussi féroce que le duc Ashwilt.
En fait, pour ce qui était de l’impitoyabilité, elle le surpassait peut-être.
Enfin, n’importe qui finirait par devenir comme ça après avoir vécu vingt ans dans cette maison. Comment ne pas être furieuse ?
Malgré tout, je tentai de l’arrêter, pour la forme. Les domestiques étalés par terre, les mains serrées contre la poitrine, me lançaient des regards suppliants.
« Madame, ça suffit. »
Elle n’était peut-être pas si en colère au départ, car elle retira bientôt son mana. La brume rouge qui flottait dans le jardin se dissipa peu à peu.
Alors que notre situation s’était désormais apaisée, la confusion gagnait tout le domaine.
« À l’attaque ! Une attaque magique ! Trouvez d’où elle vient ! »
« Ça venait de là-bas, Intendant en chef ! »
Toute la propriété fut sens dessus dessous après cette attaque magique soudaine.
Persuadés qu’on les avait attaqués de l’extérieur, les servantes et les intendants de la maison principale accoururent.
L’Intendant en chef Greg arriva en hâte, après avoir lancé un sort d’accélération sur eux, et cria aux domestiques étendus dans la poussière.
« Que signifie tout cela ? Il y a eu une attaque ? Où est l’intrus… ? »
« C’est moi. »
À cette voix calme, l’intendant en chef, qui criait avec agitation, se retourna lentement.
D’ici, j’entendis Greg déglutir.
« Ah… Madame. Vous vous êtes réveillée… ? »
Au moins, l’intendant en chef comprit vite la situation. Après avoir brièvement échangé un regard avec les domestiques couchés dans la poussière, Greg baissa la tête.
« Je vois. »
Greg se montrait bien plus respectueux qu’avec moi.
Il devait s’incliner devant son statut d’ancienne duchesse.
Dame Fadde baissa les yeux vers l’intendant en chef, qui avait perdu toute combativité.
« Intendant en chef, j’imagine que vous avez beaucoup de choses à me dire. »
« Tout cela venait des ordres de Son Altesse. Pourquoi aurais-je eu de mauvaises intentions en les exécutant ? »
« Vous avez laissé s’installer un précédent où l’on chasse les anciens de la famille dès qu’ils tombent malades ? »
« Je vous prie de m’excuser, mais aucun membre de la famille ne s’est opposé aux volontés de Son Altesse. À l’exception de mademoiselle Vivette. »
« Alors, même après tout ce temps, on me traite encore comme une étrangère. Ils ont dû penser qu’il n’était pas nécessaire de me considérer comme un membre de la famille. »
L’intendant en chef baissa la tête en silence, mais son regard trahissait son mécontentement.
Vous l’avez bien cherché, devait-il penser.
Après ces mots, Dame Fadde s’avança d’un pas décidé vers lui.
« Intendant en chef, savez-vous pourquoi je vous ai volontiers confié mes pouvoirs, en tant que seule maîtresse de cette demeure ? »
« C-c’est… »
« C’était en partie à cause de ce que j’avais fait, mais aussi parce que je n’avais rien à redire sur vos compétences. Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Les domestiques de la maison principale n’ont même pas appris à respecter leurs supérieurs et se montrent d’une insolence ahurissante. Et les provisions destinées à cette enfant n’arrivent jamais à temps. »
Dame Fadde me désigna.
« Quel bel état que celui de cette demeure. Je n’aurais jamais dû abandonner mon rôle de maîtresse de maison. »
« Ah, mademoiselle vous l’a dit ? Qu’elle avait été traitée injustement par la maison principale ? »
L’intendant en chef me lança un regard blessé. J’y lus des émotions désespérées, parmi lesquelles la trahison et le ressentiment.
Et moi…
« Oui. »
Je réduisis en miettes toutes les attentes de Greg.
Qu’avaient-ils fait de bien pour espérer quoi que ce soit de moi ? La bouche de l’intendant en chef s’ouvrit de stupéfaction.
« Mademoiselle ! Comment pouvez-vous dire des choses aussi blessantes ? Les enfants de la maison principale vous ont si bien traitée ! »
« Si vous comptiez dire ça, vous n’auriez pas dû vous faire prendre en train de médire sur moi dans mon dos. »
« E-enfin, on dit que même le roi est insulté en son absence. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir comprendre, mademoiselle. »
« Ces domestiques l’ont fait juste devant moi. »
« C-c’est vrai ? Bande de salauds ! »
L’intendant en chef réprimanda maladroitement les domestiques qui se tenaient en rang, la tête basse.
N’importe qui voyait bien que c’était une comédie destinée à m’apaiser. Impossible que nous ne nous en rendions pas compte.
« Silence ! Si ma petite-fille le dit, alors c’est ainsi. De quel droit un simple intendant se mêle-t-il de cela ? »
Dame Fadde cria.
« Inutile de faire durer les choses. Suivez-moi tranquillement à la maison principale. Je vais extirper toutes vos parties pourries jusqu’à la racine. »
L’intendant en chef n’avait aucune raison de s’opposer à elle.
Dame Fadde s’était tenue à l’écart pendant plus de dix ans à cause de moi, mais elle était l’ancienne duchesse.
Le poste de duchesse étant vacant, c’était à elle, à l’origine, de superviser cette demeure.
Si elle déclarait vouloir reprendre son autorité, même le duc n’aurait d’autre choix que de céder.
Elle possédait à la fois une grande puissance magique et l’autorité légitime.
Dame Fadde emmena l’intendant en chef et les domestiques hors de l’annexe.
Ce jour-là, une purge insoutenable allait balayer l’immense et arrogante maison principale.
Bien sûr, personne ne verserait réellement de sang. Il y aurait simplement une longue série de renvois.
Alors que je m’apprêtais à la suivre, la dame se retourna vers moi et esquissa un petit sourire.
« Inutile de vous en mêler. Je vais m’occuper de ça, alors allez faire vos bagages. »
Son sourire, contrairement à celui d’avant, était empreint d’une profonde affection, et je m’arrêtai sans réfléchir.
« Nous partons aujourd’hui. »
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