Chapitre 17
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Malfoid
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 17
──────
* * *
« C’était bel et bien du délire. »
Je m’y étais un peu attendue, alors je ne fus pas particulièrement surprise.
Après avoir vérifié par tous les moyens à ma disposition, je constatai que sa mémoire, ses facultés cognitives et son aptitude à mener une vie quotidienne étaient tout à fait normales.
Je n’étais pas médecin, mais il était impossible de qualifier cela de démence.
« Madame, soustrayez sept à cent, puis encore sept. »
« Vous me faites passer un test ? Je vous ai dit que j’allais bien ! »
« Madame, si vous trouviez une canne perdue, comment chercheriez-vous son propriétaire ? »
« Vraiment, tu reprends ce que je t’ai appris quand tu étais petite. Tu ne t’en souviens probablement même pas. »
Dame Fadde ne s’était pas montrée coopérative, ce qui avait pris un peu de temps, mais cela confirma le diagnostic.
Elle avait complètement récupéré.
« Je suis heureuse que vous vous soyez rétablie sans encombre. Félicitations. »
J’eus beau lui sourire, dame Fadde se contenta de me fixer.
« C’est vraiment toi qui as veillé sur moi ? »
« Lola et les servantes ont fait presque tout le travail. »
« Et tu m’as sauvé la vie quand j’ai failli mourir ? »
« Vous l’avez échappé belle. Si cela n’était pas arrivé, je n’aurais pas renvoyé vos servantes. »
« Je ne te demanderai rien de plus à ce sujet. Tu m’as traitée avec beaucoup d’égards. Je tiens à m’excuser de t’avoir mal jugée, même si ce n’était que pour un instant. »
La dame semblait perdue dans ses pensées. Elle le fut encore davantage quand je lui annonçai que je partirais pour la campagne dès le lendemain.
Elle avait dû être profondément bouleversée en découvrant que la Maison Ashwilt, dont elle croyait qu’elle la protégerait au moins par devoir, l’avait abandonnée.
La voir ainsi raviva ma colère.
« Elle n’a peut-être pas leur sang, mais elle reste leur mère. Comment ont-ils pu abandonner leur propre mère ? »
Après tout, le duc était prêt à se débarrasser de sa fille biologique dès lors qu’elle ne lui était plus utile. Peut-être était-ce tout naturel.
« Non, c’est peut-être mieux ainsi. J’aurais pu hésiter si le duc s’était montré ne serait-ce qu’un peu gentil, mais ce n’est plus le cas. »
Le duc avait abandonné sa mère ?
Alors, moi aussi, j’abandonnerais le duc, mon père.
Le calcul était limpide. Parfaitement digne des Ashwilt.
« Vivette Ashwilt. »
Je relevai la tête en entendant la Dame de l’annexe m’appeler.
Elle avait déjà maîtrisé ses émotions et retrouvé toute la dignité d’une noble dame.
« Tu m’as sauvé la vie et tu as pris mon parti contre la famille. Pour te remercier, je souhaite te rendre la pareille. »
« Vous n’avez pas à vous sentir redevable. Je n’ai fait que mon devoir envers ma famille. »
La dame esquissa un sourire.
« Mais y avait-il quelqu’un d’autre dans ce domaine qui ait fait son devoir ? »
« Ah ah ah… »
Je ne sus quoi répondre et me contentai d’en rire.
« Je ne dis pas cela à la légère. Y a-t-il quelque chose que tu désires ? Dis-le-moi. Je t’accorderai volontiers tout ce que je peux, quitte à te donner tout ce que je possède. »
« Vraiment ? »
« Bien sûr. »
Les occasions comme celle-ci étaient rares.
Je n’avais pas agi dans l’espoir d’être récompensée, mais je ne pouvais rêver meilleur moment pour poursuivre mon objectif.
« Dans ce cas, Madame, je veux quitter cette maison. »
« Hum ? »
Dame Fadde parut très surprise par mes paroles.
« Non, attends. Qu’as-tu dit ? Tu veux quitter la maison ? »
« Mademoiselle ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
Même Lola, à côté de moi, en fut bouleversée. Je ne lui en avais pas parlé à l’avance.
« J’avais prévu de quitter le domaine Ashwilt sans le dire à personne, dès que dame Fadde serait réveillée. »
D’après l’arbre généalogique, je n’étais pas liée par le contrat magique ; c’était donc tout à fait possible.
J’avais seulement hésité parce que je partirais sans rien.
Mais si la dame m’aidait, les choses seraient bien plus faciles.
« Tu veux devenir indépendante ? »
« C’est plus que ça. Je veux rompre complètement tout lien avec la Maison Ashwilt. »
« Pourquoi donc ? »
La dame semblait sincèrement perplexe.
« La famille Ashwilt ne tient-elle pas à toi, au moins ? »
« Si, mais seulement quand je leur obéissais. »
« Le monde extérieur est une véritable jungle. Tu ne sais donc pas à quel point la protection de la famille est rassurante ? »
« Je ne sais pas. Ces derniers temps, nous n’avons même plus d’ingrédients. La maison principale réduit de plus en plus son aide. »
« Des ingrédients ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Madame, ces derniers temps, mademoiselle arrive à peine à préparer un ragoût avec des légumes-feuilles rongés par les insectes. La maison principale… »
Lola, qui se tenait derrière moi, intervint brusquement, mais ne put poursuivre.
Les yeux de dame Fadde étaient devenus rouges.
« Comment ces salauds osent-ils s’en prendre à ce que mange ma petite-fille ? »
« Hiii ! M-Madame, je vous en prie, arrêtez ! Mademoiselle est dépourvue de pouvoirs ! »
Lola poussa un cri aigu.
Dans le couloir, j’entendis d’autres servantes s’agiter et courir dans tous les sens, prises de panique.
Quant à moi, je ne ressentis absolument rien.
« Comme je le pensais. »
La dame avait laissé s’échapper une quantité de mana hautement toxique.
C’était une preuve de plus que le corps de Vivette ne percevait pas du tout le flux de mana.
Même les gens ordinaires réagissaient au mana nocif, mais la résistance magique de Vivette était étrangement élevée : elle ne pouvait même pas sentir la plupart des manas dangereux.
Mais ce n’était pas forcément une bonne chose.
Même si un mage venu pour m’attaquer se trouvait tout près, je serais incapable de le détecter.
« Ah, pardonne-moi. Est-ce que ça va, Vivette ? »
« Oui, je vais bien. Ce n’est pas grand-chose. »
« Pas grand-chose ? »
Ah. Avais-je paru impolie, alors qu’il s’agissait du mana de la dame ?
J’allais lui expliquer que ce n’était pas ce que je voulais dire quand elle marmonna :
« J’avais entendu dire que ta résistance magique était exceptionnelle. C’était donc vrai. »
« Oui. »
« C’est étrange. »
« Étrange ? »
« Si ta résistance est si élevée, pourquoi ton cœur de mana s’est-il brisé lors du baptême ? »
« ! »
Je ne m’attendais pas à ce que la dame évoque cet accident la première.
Mais elle avait raison.
On pouvait dire que j’étais encore un bébé à l’époque, et plus faible qu’aujourd’hui.
Pourtant, à ma connaissance, Vivette avait déjà une résistance magique supérieure à celle de la plupart des adultes.
Comment une petite quantité de mana pur, soigneusement choisie par une adulte de la famille pour éviter de faire du mal au bébé, avait-elle pu provoquer un tel résultat ?
Cela n’avait aucun sens.
Il y avait une raison pour laquelle dame Fadde s’était sentie lésée tout ce temps.
« Je te le dis au cas où tu te poserais la question, mais je n’ai pas commis la moindre erreur pendant ce baptême. »
Dame Fadde s’exprima d’un ton ferme.
« Mais je ne pense pas non plus qu’il y avait quelque chose qui clochait chez toi. À l’époque, submergée par mon sentiment d’injustice, je t’ai reproché ton manque de talent… Pourtant, maintenant que je vois combien ta résistance magique est élevée, je crois m’être trompée. »
« Bien sûr. Un accident ne s’appelle pas ainsi sans raison. »
Pour l’instant, je m’attachai à la calmer. Nous pourrions examiner les détails plus tard.
« Vous n’avez pas à vous en inquiéter, Madame. Ce n’était pas votre faute. »
« Merci de me dire cela. J’ai passé toute ma vie à attendre d’entendre ces mots. »
Le soupir attristé de dame Fadde me troubla.
« L’état émotionnel influe aussi sur le rétablissement… »
Heureusement, c’était une noble dame. Elle avait appris à maîtriser ses émotions, au point que c’était devenu un réflexe, et se calma rapidement.
« Mais revenons à notre sujet. Veux-tu vraiment quitter la famille ? La protection des Ashwilt est probablement plus importante que tu ne le crois. »
« Je veux vivre libre, même si je dois renoncer à cette protection. »
Je fouillai dans les souvenirs de Vivette et lui racontai tout ce que j’avais subi.
Je le jure : puisque j’étais une tierce personne et non Vivette elle-même, je décrivis les faits avec une objectivité absolue.
Lola, qui avait le sang chaud, ajouta ses propres commentaires à mes côtés. Bientôt, les deux femmes étaient furieuses de ce qui m’était arrivé.
« À ce que je vois, ce salaud d’Arion ne retrouvera la raison que lorsqu’il aura perdu sa fille ! »
« C’est exactement ce que je dis, Madame ! Aidez mademoiselle à quitter cette maison, je vous en prie ! »
Dame Fadde, je pouvais comprendre, mais Lola, pourquoi tu t’en mêlais ?
En tant que servante du domaine, je m’étais attendue à ce qu’elle tente de m’empêcher de partir.
Quelques instants plus tôt, elle avait été sous le choc et m’avait demandé ce que je voulais dire. Mais peut-être que ses anciens sentiments avaient refait surface en l’entendant maudire la famille de Vivette.
Était-elle si heureuse à l’idée que je quitte la maison ?
Ou alors, elle ne comptait tout de même pas m’accompagner ?
« Vivette. »
Après s’être raclé la gorge pour reprendre contenance, la dame poursuivit :
« J’ai toujours su que les Ashwilt étaient sans cœur. Cela me fait mal d’avoir perdu vingt ans à fuir la vérité, en me répétant qu’ils ne pouvaient pas être comme ça. »
« Madame… »
« Cet incident m’a fait comprendre qu’ils n’organiseraient même pas de funérailles quand je mourrai. Ils confieraient cette tâche à un seigneur local sans venir eux-mêmes, puis hériteraient sans vergogne du reste de mes biens. »
Dame Fadde eut un rire méprisant.
« Ton grand-père m’a laissé une belle fortune. Je n’y ai jamais touché, je l’ai seulement mise de côté. Je ne voulais pas laisser à la légère les biens des Ashwilt quitter la famille. J’aimais la Maison Ashwilt. Mais plus maintenant. »
Dame Fadde sourit d’un air triomphant, presque joyeux.
« Pas un sou n’ira à ce salaud d’Arion. Vivette, je te donnerai tout. Deviens mon héritière. »
« V-votre héritière ? »
C’était plutôt déconcertant.
Je voulais une aide qui me permette de me débrouiller seule, pas une fortune colossale !
Et si cette fortune venait de l’héritage que l’ancien duc avait laissé à l’ancienne duchesse, c’était en somme l’argent des Ashwilt.
Je voulais partir parce que je ne supportais plus la Maison Ashwilt, mais emporter avec moi la fortune de la famille me semblait un peu…
« Considère cela comme la récompense pour m’avoir sauvé la vie. »
Malgré tout, cela me gênait encore…
« Et comme le prix à payer pour prendre soin de moi jusqu’à ma mort. »
Quoi ?
« Vivette, viens avec moi. Vivons ensemble et faisons comme si nous étions une famille. Cela me suffira, même si ce n’est qu’une comédie. Plutôt que de rester avec eux et de mourir seule. »
« … »
Pour être honnête, j’étais déconcertée.
C’était la première fois que je lui parlais vraiment, et elle me demandait déjà de devenir sa famille.
En plus, il était question d’une grosse somme d’argent. Ce n’était pas une décision facile à prendre.
« Bien sûr, tu pourras devenir indépendante de moi plus tard. Tu pourras aussi partir après ton mariage ! J’ai vécu seule jusqu’à présent, après tout, alors ça m’est égal. »
Voyant que j’hésitais, la dame s’empressa d’ajouter :
« Deviens simplement mon héritière. C’est seulement pour apaiser ma culpabilité, alors ne te sens pas obligée. Je crois que ça me permettra de partir l’esprit plus tranquille. »
… Apparemment, je n’étais pas assez froide pour refuser à quelqu’un qui m’en disait tant.
Ou peut-être que, malgré tout ce que j’avais vécu, la famille restait précieuse à mes yeux.
« D’accord, Madame. Venez avec moi. »
Voilà ce que je lui dis en prenant ses mains dans les miennes.
Derrière nous, Lola en eut même les larmes aux yeux et sautilla sur place.
« Oui, Madame. Vivons toutes les trois heureuses ensemble ! Je prendrai bien soin de vous. »
… Lola, pourquoi tu t’incluais dans le lot ?
Je ne savais pas comment nous nous étions retrouvées à former un groupe de trois, mais nous passâmes un moment à préparer l’avenir.
« Ah, et Madame, si cela ne vous dérange pas, j’ai encore une demande à vous faire. »
« Dis-moi ce que tu veux. »
J’affichai un sourire entendu.
« Ceux de la maison principale ont vraiment dû faire la loi à nos filles pendant tout ce temps, pas vrai ? »
Nous pouvions simplement partir, mais les servantes de l’annexe, elles, étaient différentes.
À quel point devaient-elles en vouloir à la maison principale ?
Même si nous partions, je ne serais pas satisfaite tant que nous n’aurions pas mis la maison principale sens dessus dessous.
C’était aussi nécessaire pour leur avenir.
On ne pouvait pas laisser les domestiques sans nulle part où aller, ni les maltraiter, simplement parce que les personnes qu’ils servaient étaient parties.
C’était le début de la contre-attaque de l’annexe.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>