Chapitre 14
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 14
──────
« C’est catastrophique… ! »
Lola hurla en silence.
La vérité que tout le monde connaissait, sauf Vivette.
La vérité, c’était que l’ancienne duchesse avait provoqué l’accident survenu lors de la cérémonie du baptême, dix-sept ans plus tôt.
Et que Vivette avait perdu la capacité d’utiliser la magie pour le restant de ses jours.
Le secret que tous les habitants du domaine s’étaient employés à dissimuler pendant dix-sept ans venait d’éclater au grand jour.
À cause de ce maudit Harris Ashwilt.
« Comment peut-on être aussi irréfléchi ? »
Lola était furieuse, pour de bon.
Et, en même temps, elle fut assaillie par les regrets.
« Non. Ce n’est pas la première fois que le jeune maître se comporte ainsi. J’aurais dû empêcher la jeune dame de s’occuper de Madame, coûte que coûte, dès qu’elle a dit qu’elle voulait le faire ! »
Elle s’était vaguement doutée que les choses pourraient mal tourner.
Que cela finirait peut-être en désastre.
Malgré tout, elle n’avait pas réussi à l’arrêter.
Elle l’avait clairement vu.
Comme la jeune Vivette et l’ancienne duchesse étaient proches avant la cérémonie du baptême.
Aussi avait-elle été secrètement heureuse de voir Vivette prendre soin de Madame.
« La jeune dame a toujours tant aimé Madame. »
Mais cela n’avait duré que jusqu’à aujourd’hui.
Car Vivette venait d’apprendre toute la vérité.
Lola observait Vivette depuis longtemps.
Elle savait à quel point la jeune dame était obsédée par la magie.
Elle s’était même inscrite dans une académie de mages alors qu’elle n’avait pas la moindre trace de mana. Sa détermination n’avait donc rien d’ordinaire.
Enfant, il lui arrivait d’entendre des histoires étranges et de se lancer dans des expériences dangereuses.
Chaque fois qu’on la surprenait et qu’on la réprimandait, elle protestait doucement, les yeux brillants de larmes.
« Mais on m’a dit que ça me permettrait de devenir mage… »
Si cela avait pu réparer son cœur de mana abîmé, elle aurait sans doute bu du poison de son plein gré.
Sa douceur le dissimulait bien, mais Vivette était une personne effrayante.
Du moins, dès qu’il était question de magie.
Il y avait autre chose que les gens comprenaient mal au sujet de Vivette Ashwilt.
Beaucoup la prenaient pour une jeune dame d’une douceur et d’une fragilité infinies, à cause de son apparence angélique.
Mais c’était loin d’être vrai.
La force que renfermait ce petit corps dépassait l’imagination.
« Elle est juste gentille. Elle pourrait facilement donner une bonne leçon à ce pénible jeune parent qui passe son temps le nez dans ses grimoires… »
Lola marmonna pour elle-même, espérant que le jeune maître Harris s’en rendrait compte avant qu’il ne soit trop tard.
À Erenston, on disait :
« Les poings sont plus rapides que la magie. »
Heureusement, Lola n’en avait jamais été témoin.
Mais si Vivette se retrouvait face à la personne qui l’avait mise dans cet état…
Même Lola, l’une de ses servantes les plus proches, ne pouvait garantir que Vivette ne s’en prendrait pas à elle.
Non, il se passerait forcément quelque chose.
C’était bien pour cela qu’ils avaient caché Madame Fadde tout ce temps !
« Non ! Ma dame ! C’est un crime ! »
Alors que Lola s’apprêtait à retenir Vivette, dont les yeux devaient être presque fous de rage…
« Vraiment ? »
Vivette se contenta d’esquisser un sourire de travers.
Personne ne s’était attendu à cette réaction.
« Et alors ? »
On disait que lorsqu’on était trop bouleversé, on finissait par ne plus rien ressentir.
Vivette se montrait d’un calme effrayant.
Harris, lui, en resta décontenancé.
« Tu te laisses vraiment marcher dessus à ce point ? »
Harris s’écria, le visage rouge jusqu’à la racine des cheveux.
« Cette vieille sorcière t’a mise dans cet état ! Pourquoi tiens-tu tant à la défendre ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire par “dans cet état” ? »
« Tu me demandes vraiment parce que tu ne sais pas ? »
Il ricana, comme si c’était risible.
« Mon oncle, frère Gillian, et même le moindre domestique de la maison principale te méprisent. Tu dois même rester là à entendre ce genre de choses de la bouche d’un incapable d’une famille secondaire comme moi ! »
Pour une raison ou une autre, ses derniers mots avaient un goût amer d’autodérision.
« Pourquoi tu te mets en colère ? »
« Tu as vécu l’enfer toute ta vie, et tu aimes toujours cette femme ? Quoi, tu aimes n’importe qui du moment que cette personne fait partie de ta famille, parce que tu meurs d’envie qu’on t’aime ? »
Vivette baissa la tête et laissa échapper un petit rire moqueur.
« Pourquoi Madame serait-elle responsable ? C’est la faute de Père, de frère Gillian et de toi. »
« … Quoi ? »
« C’est vous qui m’avez méprisée, traitée froidement et dit des choses cruelles. Pourquoi rejeter vos torts sur Madame, qui n’a rien fait de mal ? »
Elle rejeta en arrière ses cheveux argentés, si caractéristiques des Ashwilt.
« Si les domestiques de la maison principale me traitent avec désinvolture, c’est la faute de Père. Si j’ai été mise à l’écart à l’académie, c’est parce que mon frère ne m’a pas protégée. »
« Pourquoi tu accuses mon oncle et frère Gillian ? Tout ça, c’est à cause de cette femme… »
« Harris Ashwilt. Madame est la seule membre de la famille qui ne m’ait jamais calomniée ni critiquée. »
« Non… »
« C’est normal que j’aie envie de protéger quelqu’un comme elle, non ? »
Comme si elle le poussait à bout en refusant d’entendre raison, Harris agrippa le devant de ses vêtements.
« C’est justement ça ! Cette femme nous a rendus comme ça. Si tu avais eu le moindre talent, tu crois que mon oncle t’aurait traitée ainsi ? »
« Tu veux donc dire qu’on ne m’a pas aimée parce que j’étais incapable ? »
« C’est évident, non ? Si tu avais eu des aptitudes magiques, rien de tout ça ne serait arrivé… ! »
Être traité différemment en fonction de ses aptitudes magiques.
Pour lui, c’était simplement l’ordre naturel des choses.
Il avait grandi au sommet de la société d’Erenston, où les aptitudes passaient avant tout.
Mais lorsque sa sœur retroussa les lèvres comme pour se moquer de lui, il fut déconcerté.
« Eh bien, dans ce cas, c’est toi qui aurais été malheureux à ma place. »
« ! »
Harris comprit aussitôt ce qu’elle voulait dire.
Le talent inné de Vivette pour la magie avait été extraordinaire.
Sans l’accident, elle serait devenue une grande mage, bien au-delà de quelqu’un comme Harris.
Et c’est Harris lui-même qui aurait été le vilain petit canard de la famille.
« Elle méprise mes aptitudes magiques. »
Il serra le poing.
Vivette ne l’avait jamais méprisé auparavant.
Il comprit pourquoi elle avait brusquement changé d’attitude.
« Elle me méprise parce que je ne suis pas arrivé premier à l’examen d’entrée de l’académie. Même ma sœur Vivette ! »
Il éprouvait du ressentiment. C’était injuste.
Il savait depuis longtemps que son oncle et son frère seraient déçus s’il n’obtenait pas de bons résultats.
Mais Vivette…
Il avait cru que sa sœur l’accepterait tel qu’il était, quoi qu’il arrive.
« Harris ! Ce n’est pas grave. Tu as été formidable, tout à l’heure. »
Elle avait toujours été comme ça, depuis la mort de sa mère.
Mais elle avait changé.
Quelques jours plus tôt encore, elle se serait extasiée sur sa deuxième place et l’aurait réconforté.
Au lieu de ça, elle lui avait répondu froidement.
Et maintenant, elle avait l’air prête à se battre avec lui pour de bon.
… Il fallait étouffer ça dans l’œuf.
Comme ça, sœur Vivette perdrait courage et recommencerait docilement à lui témoigner de l’affection.
« Je t’avais prévenu, mais tu n’as pas voulu m’écouter. Maintenant, débrouille-toi tout seul. »
Il lui tourna le dos, affichant un air glacial pour qu’elle le voie bien.
Puis il s’éloigna sans se retourner.
Jusqu’à ce que l’entrée de l’Aile Ouest apparaisse dans son champ de vision.
Et personne ne le retint.
* * *
Après le départ précipité de Harris, seul un silence glacial subsista dans le jardin d’hiver.
J’avais répondu à Harris sans rien laisser paraître, mais c’était moi qui étais la plus troublée.
La « méchante femme qui m’a tout pris » dans les souvenirs de Vivette se tenait devant moi.
Je comprenais enfin, à peu près, pourquoi tout le monde avait paru mal à l’aise quand j’avais annoncé que je prendrais soin de Madame Fadde.
Mais alors ?
Le passé était le passé, le présent était le présent.
Je fis ce qu’il fallait faire sur le moment. J’emmenai Madame à l’intérieur.
« Vous devez avoir froid. Rentrons. »
Tandis que j’enroulais mon écharpe autour du cou de Madame, Lola prit la parole avec précaution.
« Euh… ma dame… »
« Qu’y a-t-il ? »
« Vous n’êtes pas en colère ? Madame, autrefois… »
« Ce n’est rien. Elle ne l’a pas fait exprès. C’était un accident. »
Ayant pris possession de ce corps, je n’avais pas vraiment de raison d’être en colère.
La magie m’était encore étrangère.
Qu’étais-je censée ressentir parce que je ne pouvais pas l’utiliser ?
À vrai dire, c’était comme si l’on m’annonçait que quelqu’un m’avait accidentellement coupé les ailes dans le dos quand j’étais bébé.
Ça ne m’aurait pas réjouie, mais je n’en aurais pas été profondément bouleversée non plus. On pouvait vivre sans voler.
Mais Vivette, qui avait grandi dans cet environnement, devait le vivre autrement.
Elle était née avec un talent extraordinaire pour la magie, mais ses ailes avaient été brisées avant qu’elle ait pu lancer le moindre sort.
Malgré tout… c’était un accident.
Un accident inévitable.
Tout le monde était à plaindre. La petite-fille qui avait perdu son avenir, la grand-mère devenue coupable d’avoir ruiné la vie de sa petite-fille, et chaque membre de la famille qui avait dû assister à la scène.
« Je comprends pourquoi le duc déteste Madame Fadde. C’est elle qui a fait ça à sa fille. »
Sa femme s’était même effondrée et était morte sous le choc. Comment aurait-il pu ne pas être dévasté ?
Mais Madame aussi me faisait de la peine.
D’après Lola, après la cérémonie du baptême, le duc et l’ancien duc s’étaient violemment disputés.
Le duc actuel avait exigé que Madame Fadde soit sévèrement punie, affirmant qu’il ne pouvait pas laisser passer cette affaire. L’ancien duc s’était emporté.
Les hommes Ashwilt ne pardonnaient jamais à ceux qui faisaient du mal aux femmes qu’ils aimaient.
Même si cette personne était leur propre parent ou leur enfant.
La guerre froide entre le père et le fils avait duré longtemps, et ils ne s’étaient jamais réconciliés.
Car l’ancien duc était mort.
Peu après, Madame Fadde avait été pratiquement enfermée dans l’annexe.
Sa réputation avait déjà été fortement entachée par la cérémonie du baptême.
Et elle avait ensuite été contrainte de passer le reste de ses jours cloîtrée dans l’annexe.
« Elle pourrait m’en vouloir, à moi aussi. Sans moi, elle aurait pu vivre confortablement et être bien traitée tout ce temps. »
Je poussai un long soupir.
« Je veux voir Père. »
J’avais beau y réfléchir, c’était la seule solution.
Je ne voulais pas affronter le duc, ni faire le premier pas, mais je n’avais pas le choix.
Si je voulais que Madame ait un avenir paisible, je devais ravaler ma fierté.
« Je suis la seule personne concernée qui ait le droit de pardonner à Madame Fadde. Même si c’est ridicule de parler de pardon. »
Ce n’était qu’un accident. Comme un enfant qui se blesse parce que sa grand-mère a commis une erreur en le gardant.
C’était bien trop triste qu’une famille rompe les liens pour une chose pareille.
Et suffisamment de temps avait déjà passé.
J’allais vraiment bien. Je comptais donc lui dire de cesser de brandir son épée contre Madame.
Ce n’est qu’en faisant le premier pas que je pourrais mettre fin à la guerre froide entre le duc et Madame.
« On appelle ça une guerre froide, mais le duc est plus puissant et occupe une position supérieure. À y regarder de près, c’est presque de la maltraitance à sens unique. »
Et je ne voulais pas de ça.
« Je veux que Père cesse de détester Madame. J’espère qu’ils pourront se réconcilier, même maintenant. »
« Ma dame, ce sera difficile. Ce ne sont pas des sentiments qui se sont accumulés en un jour ou deux. »
« Malgré tout, je dois faire ma part. Pas vrai ? »
Je souris doucement à Lola, qui semblait inquiète.
« Veuillez dire à Père que j’aimerais le voir. »
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>