Chapitre 13
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 13
──────
Machinalement, je suivis du bout des doigts la ligne noire.
Celle de Gillian était bleue, tout comme celle de Harris.
Parmi les membres de cette génération, mon nom était le seul à ne pas briller.
« Comme si ça me disait que je ne pouvais même pas vraiment porter le nom Ashwilt. »
Je baissai les yeux vers l’arbre généalogique.
Mais la couleur de la ligne ne changea pas.
C’était l’arbre généalogique d’une grande maison ducale. Il ne pouvait pas se tromper.
« Alors, c’est moi qui me suis trompée sur quelque chose. »
Et si Vivette n’était pas la fille biologique du duc ?
Les enfants adoptés étaient représentés par des lignes noires.
J’envisageai sérieusement cette possibilité, puis laissai échapper un petit rire.
« Impossible. Le duc Ashwilt n’aurait jamais adopté une enfant incapable d’utiliser la magie. »
Même s’il l’avait adoptée bébé, il aurait aussitôt annulé l’adoption après l’accident de son cœur de mana.
C’était la seule chose dont j’étais certaine.
À présent encore, j’étais sa fille biologique, mais il m’avait pratiquement abandonnée.
« Alors, ça ne peut être que ça. »
Si Vivette était vraiment de cette famille, c’était la seule explication possible.
Vivette n’avait pas reçu un baptême en bonne et due forme.
Cette cérémonie consistait à insuffler le mana propre à une famille dans le corps de ses nourrissons.
Le mana particulier de la famille était gravé dans le cœur de mana du bébé, qui pouvait ensuite manier ce mana.
C’était pour cela que les membres d’une même famille possédaient un mana aux propriétés similaires.
Au lieu d’être transmis par le sang, il s’agissait plutôt de quelque chose que l’on transmettait après la naissance.
Si les Ashwilt avaient conservé leurs cheveux argentés pendant des siècles, c’était en partie génétique, mais surtout parce que la famille en avait fait une caractéristique.
C’était pour cela que ces beaux cheveux argentés, si rares, se faisaient d’autant moins fréquents qu’on s’éloignait de la lignée directe.
Vivette, elle, était apparemment née avec les cheveux argentés.
Quoi qu’il en soit, tout cela exigeait d’abord un cœur de mana en bon état.
Et celui de Vivette ?
« Son cœur de mana a été endommagé le jour de la cérémonie du baptême. »
Voilà pourquoi mon nom était écrit en noir.
La déduction était parfaite.
C’était tout à fait possible.
Mais quelque chose me tracassait.
« Alors pourquoi Gillian a-t-il parlé comme si mon baptême s’était déroulé normalement ? »
N’avait-il pas dit que j’étais liée à la famille par la magie, tout comme lui ?
… Il n’avait quand même pas menti simplement pour préserver notre relation.
« Il n’avait pas l’air de mentir. Il le croyait vraiment. »
Les Ashwilt étaient des gens perspicaces. Il leur aurait suffi d’y réfléchir un peu pour avoir des soupçons.
Non, il était logique de se poser la question. Comment quelqu’un pouvait-il conclure un pacte magique avec sa famille si son cœur de mana était endommagé ?
Pourtant, aucun de mes proches n’en avait jamais parlé.
« C’est évident. Quelqu’un les a bel et bien trompés. »
Arion Ashwilt.
Le père de Vivette et l’actuel duc Ashwilt avait annoncé cela sans ciller.
Malgré l’accident, le baptême de Vivette avait eu lieu normalement et elle était officiellement membre de cette famille.
Il l’avait même caché à son héritier.
Mais pourquoi ? Avait-il craint que la famille méprise Vivette ?
« Alors que c’était lui qui avait négligé sa fille. »
J’étais partagée.
Mais mes pensées, elles, étaient claires.
Dans cette situation, il y avait une chose que je devais savoir.
Si nous étions reliés par une ligne noire, celle-ci pouvait aussi être coupée.
Ce lien n’avait rien d’inévitable.
Sur l’arbre généalogique, le pacte magique avec la famille restait intact même après la mort.
Mais moi, j’en étais complètement libre.
Autrement dit, une fois les démarches administratives prévues par la loi impériale accomplies, je pouvais même être radiée du registre familial.
« Mais pas maintenant. Je dois d’abord m’occuper de Madame Fadde. »
Je me ressaisis vite.
Je ne devais pas oublier pourquoi j’étais venue. Je cherchais à découvrir qui était Madame Fadde.
Si je ne me dépêchais pas, on pouvait la renvoyer à la campagne dès ce mois-ci.
Dans l’espoir d’en apprendre assez pour affronter le duc, j’examinai attentivement l’arbre généalogique.
J’ignorais où se trouverait le nom de Madame Fadde, mais j’espérais le trouver tout près.
Le poids de la famille que le duc avait effacée n’en serait que plus lourd.
Mais le nom de Madame Fadde se trouvait à un endroit inattendu.
« Hmm ? »
Beaucoup plus près que je ne l’avais imaginé.
* * *
Je regagnai l’annexe à l’aube.
Après tous les secrets révélés la veille au soir, j’étais à moitié sonnée.
« Dire que Madame Fadde était ma grand-mère… »
Elle paraissait avoir à peu près le même âge que le duc, aussi ne l’avais-je jamais imaginé.
Madame Fadde Ashwilt était l’ancienne duchesse, ce qui faisait d’elle la belle-mère du duc actuel.
La seconde épouse de l’ancien duc, qu’il avait prise après la mort de sa première femme.
Mais quelle fichue famille avait donc cet arbre généalogique ?
« Il n’y a décidément rien de normal chez les Ashwilt. »
Au milieu de mon trouble, la voix de la domestique me parut particulièrement forte.
« Mademoiselle ! Où étiez-vous passée ? »
Dès que Lola m’aperçut, elle s’affola.
Je ne pouvais pas lui dire que j’étais allée à la résidence principale ; je lui donnai donc une réponse évasive.
« Je me promenais un peu, cette nuit. Pourquoi ? Il s’est passé quelque chose ? »
« Venez par ici. Vite ! »
Comme si elle n’avait pas le temps de s’expliquer, Lola me saisit le bras et m’entraîna.
Elle me conduisit à la chambre où séjournait Madame Fadde.
« Est-ce qu’il lui est arrivé quelque chose ? »
La chute que je redoutais tant avait-elle fini par se produire ?
Mon cœur se serra.
Mais alors…
« Hein ? »
Quand je m’approchai, je vis Madame Fadde assise sur le lit, en train de manger.
« Vous mangez toute seule, maintenant ? Sans l’aide des domestiques ? »
« Oui, elle s’est mise à manger toute seule, comme ça, d’un coup. »
Jusqu’à la veille au soir, quelqu’un devait la nourrir.
Avait-elle pu se rétablir autant en une nuit ?
Non, la démence pouvait-elle seulement s’améliorer ?
Quelque chose clochait.
Son repas terminé, Madame Fadde se leva brusquement et se dirigea vers la porte.
« Madame, où allez-vous ? »
Mais elle ne répondit pas.
« Elle ne répond pas très bien aux questions, mademoiselle. »
« Je vois. Suivons-la pour l’instant. Ce serait terrible qu’elle tombe. »
Mes inquiétudes se révélèrent infondées. Madame Fadde marchait sans aucun problème.
Les mages guérisseurs avaient entièrement réparé sa jambe blessée grâce à la magie.
Avant l’accident, elle était encore relativement jeune, autour de cinquante ans ; c’était peut-être normal.
« Madame, veuillez ralentir ! »
Les domestiques qui la suivaient de part et d’autre étaient plus affolées qu’elle.
Les bras croisés, je les regardai déambuler dans le jardin d’hiver.
« Il y a quelque chose qui cloche. »
« Pardon ? Qu’entendez-vous par là ? »
« Lola, je ne pense pas que Madame Fadde souffre de démence. »
« De démence ? »
Lola pencha la tête sur le côté.
Ah. Ici, on appelait peut-être ça la sénilité ?
« Je ne crois pas qu’il s’agisse de sénilité. Je pense plutôt à un état confusionnel aigu. »
À première vue, les deux se ressemblaient, mais ils étaient bien différents.
J’en avais vu d’innombrables cas dans ma vie précédente.
Des patients atteints de démence, d’autres en état confusionnel aigu, ceux qui développaient cet état en plus de leur démence, ceux dont l’état confusionnel évoluait en démence, et ainsi de suite.
Je savais les distinguer dans une certaine mesure.
Contrairement à la démence, qui s’aggravait lentement, l’état confusionnel aigu apparaissait soudainement.
Après un accident grave.
Et la démence ne s’améliorait pas d’un coup comme ça. Jamais.
En outre, les symptômes s’aggravaient la nuit par rapport à la journée.
« Les symptômes de Madame Fadde ressemblent bien trop à un état confusionnel aigu. »
« Euh, mademoiselle… Mais est-ce si important ? »
Après que je me fus donné la peine de tout lui expliquer, Lola se contenta de se gratter la nuque.
Bien sûr, ce genre de chose n’avait pas d’importance dans une société de mages.
Un mage guérisseur doué pouvait soigner n’importe quelle blessure en un instant.
Inutile de s’embarrasser du processus fastidieux consistant à interroger et examiner un patient.
Il n’y avait donc pas besoin d’établir un diagnostic, et le nom de la maladie importait peu.
Pourquoi se soucier du nom d’une maladie si l’on pouvait de toute façon la guérir ?
Pourtant, même cette magie de guérison miraculeuse avait un défaut.
Elle ne fonctionnait pas sur les maladies mentales ou cognitives.
Le corps de Madame Fadde ne portait plus la moindre blessure, mais ses facultés mentales ne s’étaient pas améliorées.
« C’est très important. Un état confusionnel aigu peut s’améliorer. »
« Quoi ? Vraiment ? »
Je hochai la tête.
« J’ai même vu des gens retrouver un état normal en moins d’une semaine. »
Le problème, c’était que je ne pouvais pas déterminer si Madame Fadde souffrait de démence ou d’un état confusionnel aigu.
Je n’étais pas médecin. Impossible de le savoir en me contentant de la regarder.
Attends… un médecin ?
Mais oui. Je pouvais en consulter un.
Les mages guérisseurs ignoraient peut-être le nom des maladies, mais les médecins ordinaires, qui ne dépendaient pas de la magie, le connaissaient sans doute.
« Lola, y a-t-il des médecins dans les environs ? Pas des mages guérisseurs. De vrais médecins. »
« Il n’y en a pas. »
« Vraiment ? »
« Oui. Ils sont bien moins compétents que les mages guérisseurs, alors il n’y en a aucun à Erenston ! Il faudrait sortir de la ville pour en trouver un. »
Je devais donc partir du principe que je n’en trouverais pas.
Je ne pouvais même pas quitter l’annexe sans faire attention à mes gestes, alors sortir de la ville…
Tout ce que je pouvais faire, c’était veiller sur Madame Fadde en espérant qu’elle irait mieux.
Comme ma famille l’avait fait dans ma vie précédente.
« … Grande sœur ? »
À cet instant, une voix familière se fit entendre tout près.
C’était Harris Ashwilt, un autre membre de la famille de ce corps.
Contrairement à Madame Fadde, il était réellement de mon sang.
Ce n’est qu’alors que je remarquai que nous nous étions retrouvées, je ne savais comment, plus près de l’Aile Ouest que de l’annexe.
L’annexe et l’Aile Ouest étaient assez proches, mais Harris restait enfermé dans l’Aile Ouest ; nous nous croisions donc rarement.
À moins que Vivette n’aille le voir elle-même.
« Tu ne pourrais pas venir me voir de temps en temps, toi aussi ? »
Vivette avait beau le supplier, il ne l’avait jamais écoutée une seule fois de toute sa vie.
Ce sale type n’avait donc pas à me dire ça.
« Ha ! Je me demandais pourquoi tu ne venais plus. Tu as changé de camp pour cette femme, en me laissant tomber ? »
Son visage trahissait une indignation parfaitement sincère.
« Nous vivons sous le même toit. Il n’y a pas de camp à choisir. On s’entend tous bien, c’est tout. Et ne l’appelle pas “cette femme”. C’est ta grand-mère. »
Les deux sourcils de Harris se haussèrent d’un coup.
« Quoi ? C’est notre grand-mère ? »
Sa voix était si forte qu’elle en devenait menaçante.
Madame Fadde et les domestiques commencèrent elles aussi à s’approcher, tout en nous observant avec prudence.
Son expression changea du tout au tout.
« Ah. Je me demandais bien qui elle était. »
Son attitude passa de la plaisanterie cruelle à la malveillance.
« C’est elle, la femme qui a détruit ton cœur de mana ? »
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>