Chapitre 11
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Malfoid
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◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 11
──────
La servante ne put poursuivre.
« Han ! Quoi ? Je n’arrive plus à parler ! »
Tandis qu’elle remuait les lèvres sans émettre un son et tournait précipitamment la tête, la fidèle servante de Vivette se tenait là.
Lola avait lancé un sort pour ôter la voix d’Aile.
Les autres servantes qui connaissaient la magie furent tout aussi stupéfaites de voir Lola réduire Aile au silence. Vivette, cependant, fut simplement surprise par l’apparition de Lola.
« Lola ? Je leur avais dit de ne pas te réveiller. »
Lola lui adressa un grand sourire et répondit avec désinvolture qu’elle s’était levée tôt.
Pendant qu’elles échangeaient encore quelques banalités, les servantes s’efforcèrent désespérément de briser le sort de mutisme, mais en vain.
Lola était l’une des rares mages talentueuses du domaine. Elles pouvaient difficilement s’opposer à quelqu’un comme elle.
« Demoiselle, inutile de faire durer les choses. Je vais dénoncer ces filles à la gouvernante en chef et les faire renvoyer. »
« Vas-y. »
Lola l’affirma avec détermination, et Vivette acquiesça sans hésiter.
Elle ne se demanda même pas ce qu’Aile avait tant tenu à révéler.
Ainsi, tout fut réglé en un instant. Le secret du domaine resta enfoui sous la neige.
* * *
L’aile ancienne de l’annexe était la partie la plus vieille du domaine Ashwilt.
La magie la préservait, si bien qu’elle n’était pas dangereuse, mais elle pouvait parfois donner la chair de poule.
C’était un vestige d’une époque révolue.
Ses couleurs passées la distinguaient nettement des autres bâtiments.
Une vieille chouette blanche était sculptée sur ses piliers de pierre, et ses tapisseries représentaient les mythes anciens de la région d’Erenston.
C’était exactement le genre d’endroit où aurait pu vivre une sorcière comme la Dame de l’Annexe.
« Je n’aurais jamais cru mettre les pieds dans le repaire d’une sorcière. »
Enfin, à bien y réfléchir, tout le domaine Ashwilt était peuplé de mages et de sorcières.
« Oh là là, regardez-moi l’état de cet endroit. »
« Nous avons vraiment bien fait de les renvoyer, demoiselle. »
L’aile ancienne était dans un tel désordre que toutes mes servantes durent accourir pour la nettoyer.
J’avais décidé de m’y installer désormais.
« Nous aurions dû faire nettoyer cet endroit par ces filles avant de les mettre à la porte. Vous voilà toutes obligées de faire leur travail. »
« Ce n’est rien, demoiselle. C’est ici que vous allez vivre. »
« C’est même un honneur. »
Les servantes agitèrent les mains pour me dire de ne pas m’en faire.
Vivette avait au moins été heureuse ici. Heureusement.
« Merci à toutes. »
« Mais, demoiselle, l’annexe principale est bien plus grande et plus agréable. Ne vaudrait-il pas mieux y installer madame ? Cet endroit est trop vieux et n’a pas été entretenu… »
« J’y ai pensé aussi. »
Un lieu familier serait sans doute plus réconfortant pour une malade.
Vivre ici pourrait même lui rappeler de vieux souvenirs.
Un grand boum !
Depuis le matin, des domestiques transportaient les meubles de ma chambre jusque dans l’aile ancienne.
Il n’y avait que des servantes dans l’annexe, alors j’avais emprunté quelques domestiques robustes à la maison principale. Le duc Ashwilt n’allait tout de même pas se montrer mesquin pour si peu.
La Dame de l’Annexe faisait elle aussi partie de sa famille. Puisqu’elle en était arrivée là parce qu’on l’avait négligée, il en portait une bonne part de responsabilité.
Mais si cela était vrai pour le duc, les domestiques qu’on avait tirés du lit à l’aube semblaient, eux, d’un autre avis.
Depuis leur arrivée, ils jetaient les meubles au sol dans un fracas assourdissant, le visage renfrogné.
Ils lâchaient même parfois un juron à voix basse.
« Ils ne se rendent pas compte que je suis juste là ? »
Ils boudaient quoi qu’on leur dise, comme de jeunes frères qu’on aurait tirés du lit un dimanche matin pour les obliger à déménager des meubles. C’était ridicule.
Alors que j’envisageais de leur faire une remarque, Lola, qui était brièvement retournée dans ma chambre, s’avança vers eux à grands pas.
« Messieurs, vous avez bientôt fini ? Hmm, vous semblez particulièrement traîner des pieds aujourd’hui. Vous n’étiez pas comme ça quand vous travailliez à la maison principale. »
Tous les domestiques la regardèrent.
Puis ils se mirent à chuchoter entre eux, à peine assez fort pour qu’on les entende.
« Ce n’était même pas notre travail, à la base. Ils devraient nous remercier d’être venus les aider. »
« Si quelqu’un m’aidait à faire quelque chose que je n’avais pas la force de faire, je me dépêcherais au moins de lui apporter un jus de fruits. »
« Comment peut-elle savoir si on travaille dur ou pas ? Elle n’a jamais touché un brin d’herbe de ses mains. »
Lola ricana devant leur insolence manifeste.
« Alors, il y avait donc pas mal de gens à la maison principale qui méritaient d’être renvoyés. »
« Mademoiselle la servante, qu’est-ce que vous venez de dire ? »
« Pourquoi vous nous parlez comme ça ? »
Quand j’entrai précipitamment dans la pièce, alors que l’atmosphère s’envenimait, Lola tenait mon vitrine d’une seule main.
La spécialité de Lola : la magie d’allègement.
Même les étudiants de l’académie peinaient à maîtriser une magie aussi avancée, mais Lola y arrivait les yeux fermés.
Ce n’était pas qu’elle possédait des pouvoirs magiques exceptionnels. Elle s’était simplement entraînée sans relâche à lancer ce sort-là.
Les enfants des familles riches apprenaient la magie comme une discipline académique, mais les servantes ne s’exerçaient généralement qu’à quelques sorts pratiques. L’allègement en faisait partie.
Les domestiques, qui l’ignoraient, restèrent bouche bée.
« C-ce n’est pas possible de soulever ça à la seule force des bras… »
« Si vous n’arrivez pas à le soulever parce que vous êtes trop faibles, je vais le faire pour vous. Tenez, prenez-le et portez-le. »
Lola tendit nonchalamment le lourd meuble au domestique qui se tenait devant, comme si elle lui offrait un panier de pique-nique.
Les meubles alignés contre le mur furent soulevés et passés aux domestiques en un rien de temps.
« La pièce au bout du couloir ! Si vous vous trompez, vous êtes morts ! »
Intimidés, les domestiques obéirent à Lola sans réfléchir.
Que les hommes aient quitté la pièce ou non, Lola ne regardait que les meubles alignés contre le mur.
« Demoiselle, vous comptez vraiment vivre ici ? Avec madame ? »
« Oui. »
À ma réponse calme, les yeux de Lola s’illuminèrent.
« Alors, vous n’en avez pas vraiment envie, vous non plus, pas vrai ? Si vous ne voulez vous occuper d’elle que parce que vous vous sentez responsable en tant que membre de la même famille, vous n’êtes pas obligée. »
« Pourquoi pas ? »
« En fait, c’est votre parente, mais vous n’avez pas une goutte de sang en commun. »
« Nous vivons quand même sous le même toit, non ? Même sans lien du sang, la famille reste la famille. »
« Demoiselle… Je ne veux simplement pas que vous souffriez pour rien. »
« Ça va, Lola. Je crois que je me sentirai mieux ainsi. »
« Vous êtes trop gentille… »
Je ne suis pas gentille, Lola.
C’est juste un traumatisme.
Si j’avais renvoyé ces servantes, c’était parce que je me souvenais de la négligence de la personne qui s’occupait de moi lorsque j’étais malade.
Et si je faisais ça, maintenant, c’était parce que j’avais passé toute mon enfance à craindre que ma famille m’abandonne à cause de ma maladie.
« Ah… Vivette se montrait-elle aussi gentille avec les domestiques pour cette raison ? »
Peut-être se reconnaissait-elle en ceux qui étaient vulnérables au sein de la maisonnée.
Vivette avait été une maîtresse bienveillante. Mais cela ne tournait pas toujours à son avantage.
La gentillesse, c’était aussi s’exposer aux mépris des autres.
Seuls les gens de l’annexe rendaient la gentillesse par la gentillesse. Les autres domestiques, eux, me traitaient souvent avec mépris, comme ils l’avaient fait un peu plus tôt.
« Ces domestiques ne vont pas se plaindre à leurs supérieurs juste parce qu’on les a réprimandés, si ? »
« Leur supérieur, c’est tout au plus le maître d’hôtel. Je leur suis supérieure. »
« Et s’ils vont se plaindre au jeune maître Gillian ou au duc ? »
« Le duc, qui ignore sa propre fille, écouterait des domestiques ? »
« C’est vrai. »
De plus, le duc m’avait interdit l’accès à la maison principale. Il ne m’avait pas interdit d’en faire venir les domestiques.
Il n’allait tout de même pas me reprocher d’en emprunter quelques-uns.
Le duc avait le sang chaud et favorisait clairement certains de ses enfants, mais il n’était pas mesquin.
« Vivette ! »
À cet instant, une voix tonitruante retentit depuis l’étage inférieur.
Je crus qu’il s’agissait du duc Ashwilt, mais ce fut Gillian qui apparut.
Nous nous étions disputés quelques jours plus tôt, et je n’avais aucune envie de le voir, même de loin. Pourtant, il avait débarqué sans prévenir.
« Ne me dites pas qu’il vient faire toute une histoire parce que j’ai emprunté quelques domestiques à la maison principale ? »
« Jetez cette femme dehors. »
« Qu’est-ce qui te prend, tout à coup ? »
« Ha. J’ai appris que tu avais décidé de vivre avec Fadde Ashwilt. »
Alors, madame s’appelait Fadde.
J’étais soulagée de l’apprendre enfin.
« Et alors ? »
« C’est une mage. Mais elle est sénile, et elle perd souvent la tête. Et si elle se mettait à lancer des sorts sur toi ? »
Les mages atteints de troubles mentaux ou de démence représentaient un grave problème pour la société des mages.
Ils pouvaient lancer des sorts sans discernement, et leurs formules étaient généralement anormales, loin des pratiques établies.
Si la formule magique était normale, un mage de rang supérieur pouvait au moins la contrer. Mais si la formule elle-même était déformée, il n’y avait aucun moyen d’y remédier.
« Et alors ? Nous sommes sa famille. Nous devrions prendre encore plus soin des gens comme elle. »
Je n’arrivais pas à croire qu’il ne comprenait pas.
« Est-ce qu’on doit s’occuper de cette vieille femme juste parce que c’est notre famille ? Tu crois qu’on n’a que ça à faire, à force de devoir s’occuper de toi, Vivette ? »
« Alors, je le ferai. »
« Ha ! Toi ? »
« Oui. Tu m’as toujours considérée comme inutile à cette maisonnée, pas vrai ? Je vais profiter de l’occasion pour me rendre un peu utile. Je m’occuperai de madame. »
Bien sûr, ce n’était pas pour cette raison que j’avais décidé d’aider madame Fadde.
Je ne supportais tout simplement pas de voir une personne sans défense abandonnée par sa famille.
« Tu ne comprends pas parce que tu n’as jamais reçu de sort en pleine figure. On t’a trop ménagée, pas vrai ? Et si elle t’attaquait ? »
« Alors, j’encaisserai le coup. »
« Quoi ? »
À ma déclaration pleine d’assurance, le visage de Gillian s’assombrit.
« Tu pourrais mourir. »
« Je ne mourrai pas. »
« Tu es impuissante. Tu es si faible que tu ne peux même pas vaincre une simple servante. »
« Tu sais bien que je résiste à la magie. Je m’en sortirais mieux que toi si tu intervenais, mon frère. »
Gillian parut vraiment vexé.
« Et alors ? Tu ne ressens la douleur que si tu meurs ? Tu te fiches d’être blessée tant que tu ne meurs pas ? »
« … Tu m’as fait du mal, toi aussi, mon frère. »
« Quoi ? »
Par tes paroles et tes actes. Ces blessures invisibles étaient profondes.
Gillian pinça les lèvres.
Les gens de cette maison avaient la fâcheuse habitude de se taire dès que les choses tournaient à leur désavantage.
« … Si je t’ai fait du mal, je m’en excuse. Mais moi aussi, je traversais une période difficile. »
Je détournai vivement le regard.
« Mais là, c’est sérieux. Si tu es blessée, tu crois que père épargnera cette femme ? »
« Oui, je pense qu’il l’épargnerait sans problème. Il ne saurait même pas que je suis morte. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Tu as dit qu’il avait décidé de ne plus recevoir aucune nouvelle de moi, même si je mourais, tombais malade ou subissais quelque chose. Alors pourquoi tu me dis ça, maintenant ? »
« … Qu’est-ce que tu veux ? »
Gillian fronça les sourcils, l’air contrarié.
« Si tu me demandes ce que je voulais autrefois, je pense que tu le sais déjà très bien. Et maintenant, ce que je veux, c’est vivre en paix avec des gens qui ont besoin de moi. »
« Ha… »
« Ne t’approche pas de l’annexe. Tu me détestes, pas vrai ? Alors, ne viens pas voir quelqu’un que tu détestes pour lui faire ce genre de scène. »
Gillian se mit à hurler comme un fou.
« Bon sang, fais ce que tu veux ! »
Puis il partit en trombe.
Dès le lendemain, le maître d’hôtel de la maison principale vint me rendre visite.
Avec une nouvelle que je n’avais pas envie d’entendre.
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