Chapitre 10
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Malfoid
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Je n’ai pas besoin d’une famille ◈
Épisode 10
──────
* * *
Aile, la domestique personnellement affectée au service de la dame de l’annexe, dormait paisiblement, les jambes étendues.
Du moins, jusqu’à ce qu’une domestique de garde, bien moins expérimentée qu’elle, la réveille.
Il était assez tard pour qu’on soit plus près de la nuit que du matin. Tirée du lit presque de force, Aile en voulait profondément à Vivette d’avoir fait réveiller les domestiques endormies.
Jusqu’à ce qu’elle aperçoive la dame de l’annexe, endormie derrière elle.
« M-Mademoiselle ! Cette personne… ? »
À la question de la domestique à côté d’elle, un sourire glacial — qu’elle ne lui avait encore jamais vu — apparut sur le visage de Vivette.
« Je l’ai trouvée agrippée dangereusement à la rambarde du balcon et je l’ai ramenée à l’intérieur. Sans ça, elle serait tombée. »
« … »
« Et vous aussi. »
« Mademoiselle… ! »
Plusieurs domestiques protestèrent timidement contre les paroles cruelles de Vivette.
L’ancienne Vivette n’aurait jamais pu dire une chose aussi terrible. Elle n’aurait même pas osé.
Mais leur maîtresse n’était plus un ange. Surtout pas avec les gens dont la négligence avait failli coûter la vie à quelqu’un.
« Qui est responsable de cette dame ? »
Ah, merde.
En jurant intérieurement, Aile leva lentement la main, comme plusieurs autres domestiques affectées au service de la dame.
La dame de l’annexe n’avait plus toute sa tête, mais, en journée, il était relativement facile de s’occuper d’elle.
La nuit, en revanche, elle errait dans les couloirs comme une folle et laissait même échapper des rires sinistres.
On a beau lui répéter de ne pas le faire, elle n’écoute pas. Qu’est-ce qu’on est censées faire d’autre ? Il ne nous reste qu’à faire semblant de ne rien voir et à aller nous coucher.
Il y avait pas mal de domestiques affectées à son service, et se relayer pour les gardes de nuit n’aurait pas été impossible. Mais Aile n’en avait pas envie.
Qui le saurait, si elle allait se reposer ? De toute façon, personne ne la remercierait de passer la nuit à s’occuper de la dame.
Elle n’y avait pas réfléchi longtemps.
Puis, par hasard, mademoiselle Vivette avait surpris la dame de l’annexe, abandonnée au beau milieu de la nuit.
Quelle poisse.
Alors qu’elle maugréait intérieurement et levait lentement la main avec plusieurs autres domestiques de l’ancienne annexe, le visage de Vivette se contracta.
Cette douce jeune dame n’avait jamais laissé paraître son mécontentement.
« Pourquoi ? Vous m’en voulez de ne pas avoir fermé les yeux sur cette affaire ? »
Leur ressentiment se lisait-il sur leurs visages ? Les domestiques reculèrent devant cette question qui visait juste.
« Je sais que l’annexe manque de personnel. Je sais que vous avez beaucoup plus de mal que celles de la maison principale. Mais vous auriez au moins dû faire de votre mieux pour vous occuper de cette dame. »
Parce que…
« C’est une malade. »
Quelqu’un qui ne pouvait pas prendre soin d’elle-même.
Quelqu’un qui n’avait d’autre choix que de dépendre de la bienveillance d’autrui.
Ceux qui n’avaient jamais été malades ne pouvaient pas comprendre qu’une personne souffrante, que la personne chargée de veiller sur elle soit son enfant biologique ou une employée, en soit réduite à scruter l’humeur de cette dernière.
Je n’ai jamais voulu en parler à qui que ce soit. C’était trop humiliant.
C’était pour cette raison que Choi Eunseo avait refusé presque toute proposition d’aide et prétendu que tout allait bien.
Parce qu’elle savait que son corps ne lui permettrait pas de vivre de façon autonome, elle s’était obstinée à ne dépendre de personne, comme un mécanisme de défense.
Pour dissimuler son mal-être, elle s’était peu à peu montrée brusque. Elle était devenue quelqu’un de froid, un peu cynique en toute circonstance.
Oui. Dans une situation pareille, cette personnalité est plus utile.
Si elle avait été ne serait-ce qu’à moitié aussi émotive que Vivette, elle aurait déjà eu les larmes aux yeux.
C’était pour cela que les gens avaient vu en Vivette une proie facile. Sa famille comme la plupart des domestiques du domaine.
« En plus, vous êtes employées ici. Votre travail consiste à servir cette dame. Vous auriez dû le faire correctement. »
« … »
« Admettons que la dame soit sortie sur le balcon par accident. Mais comment voulez-vous que je ferme les yeux sur des domestiques qui abandonnent leur maîtresse sur un sol froid pour aller dormir ? »
Ah, ça commence à m’agacer.
Aile, qui faisait plus ou moins figure de meneuse parmi les domestiques de l’ancienne annexe, jura intérieurement.
Elle ne dit rien aux domestiques de la maison principale qui l’ont négligée, mais elle nous réprimande sans raison. Ce n’est pas comme si elle était proche de cette dame.
Pourquoi prenait-elle le parti de cette dame plutôt que le leur, à elles qui la connaissaient depuis si longtemps ?
Peut-être qu’elles étaient toutes deux ignorées, et que Vivette éprouvait une certaine solidarité avec elle simplement parce qu’elles vivaient sous le même toit.
Mais Aile ne pouvait pas se permettre de montrer un tel mépris. Vivette avait passé toute sa vie à déchiffrer les gens ; elle percevait leurs émotions avec une précision effrayante.
Mieux valait viser le point faible de Vivette.
Mademoiselle Vivette est affectueuse et a le cœur tendre. Si je verse quelques larmes et me plains de nos difficultés, elle laissera tomber.
Les gens comme elle étaient souvent plus touchés par un bourreau qui savait jouer la comédie que par une victime silencieuse.
« J-Je sais. Nous avons eu tort ! »
Il lui suffisait de faire mine de regretter et de jouer sur les émotions de Vivette.
« Mais nous aussi, nous avons beaucoup de mal. Jusqu’au mois dernier, nous étions de simples domestiques. Puis la dame a eu un accident de carrosse et s’est retrouvée dans cet état, et du jour au lendemain, nous avons dû nous occuper d’une malade. »
Tout en parlant, elle épia discrètement l’expression de la jeune dame.
« Qu’est-ce que tu veux dire, un accident de carrosse ? »
Ça avait pris, au moins en partie ! Elle l’écoutait. Aile poursuivit sans hésiter.
« C’était le lendemain d’une grosse chute de neige. Nous avions beau la supplier de ne pas sortir à cause du froid, la dame s’est mise en colère et a insisté pour partir. Elle était sévère et faisait très peur. »
Aile souligna discrètement combien il avait été difficile de servir cette dame.
« Abrège. Et ensuite ? »
« Le carrosse a dérapé sur la route enneigée et verglacée, puis s’est renversé. »
« Quoi ? »
« On a réussi à soigner ses autres blessures, mais elle s’est apparemment gravement blessé la tête. On dit que même la magie de guérison ne peut pas réparer les blessures à la tête. »
À ce moment-là, Aile reprit son air accablé et renifla plusieurs fois.
« Mademoiselle ! Nous sommes terriblement tristes de ce qui est arrivé, nous aussi. Mais nous ne savons vraiment pas quoi faire. Nous ne nous sommes jamais occupées de quelqu’un auparavant ! Dites-nous ce que nous devons faire, je vous en prie ! »
Vivette sembla réfléchir un instant. En l’observant, Aile sourit intérieurement.
Bien. J’en ai peut-être un peu trop fait à la fin, mais je crois qu’elle a marché. Que peut-elle faire si on lui dit qu’on n’y arrive pas ?
Vivette Ashwilt avait été élevée avec douceur. Elle savait peut-être prendre en pitié les malades, mais elle n’avait pas la moindre idée de la façon de s’occuper d’eux.
Elle se contenterait donc probablement de leur dire de ne pas recommencer et laisserait les choses suivre leur cours.
« Qu’a dit la maison principale ? »
« Pardon ? »
« Si vous n’y arrivez pas, ils devraient affecter des professionnels à ce service. »
« N-Nous avons aussi demandé, mais… On nous a répondu qu’il n’y aurait pas de personnel supplémentaire pour l’annexe. »
En somme, on les ignorait parce qu’elles étaient à l’annexe.
Aile se moquait bien que cette jeune dame aille protester auprès de la maison principale. Là-dessus, elle disait vrai.
Mais ferait-elle vraiment tout un scandale à la maison principale ? Risquerait-elle de s’attirer la haine du duc alors qu’on lui en interdisait déjà l’accès ?
Tout ça pour une pauvre dame malade ?
Voyant que Vivette gardait le silence, Aile haussa les épaules.
Quelle moins que rien.
Ce qui l’agaçait, c’était seulement d’avoir été réveillée pour une broutille pareille.
« Je vois. Vous avez dû avoir du mal, vous aussi. »
Dissimulant son sourire victorieux, Aile poursuivit d’une voix larmoyante.
« Non, c’est la dame qui a dû souffrir bien davantage, et nous, nous nous sommes montrées si immatures… »
« Si vous n’avez pas les compétences nécessaires pour vous occuper de cette dame, il existe une solution. Vous pouvez démissionner. »
« … Quoi ? »
Vivette prononça ces mots, puis lui adressa un doux sourire.
« Vous êtes toutes renvoyées. Toutes, depuis là-bas jusqu’à vous. »
« Mademoiselle ! »
« Comme rien ne s’est encore produit, je ne vous ferai pas couper les poignets. Partez sans faire d’histoires. Et ne comptez pas sur moi pour vous écrire des lettres de recommandation. »
Même les domestiques qui se tenaient derrière elle pâlirent.
Il n’était pas facile de trouver un emploi aussi avantageux. Même travailler dans le coin le plus reculé du domaine Ashwilt était considéré comme une meilleure expérience que servir dans la maison principale d’un autre domaine.
Aile serra légèrement le poing.
Elle avait cru Vivette innocente, mais elle cachait donc un visage aussi cruel ? Cette petite garce sournoise… !
Enfin, ses véritables sentiments lui échappèrent.
« … Vous croyez vraiment que les choses se passeront comme vous le souhaitez ? »
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
« L’annexe manque de personnel en ce moment. Si vous nous renvoyez toutes, qui s’occupera de la dame ? »
« C’est vrai ! Même si vous ne nous aimez pas, vous n’aurez pas d’autre choix que de nous garder pour l’instant ! »
Lorsqu’Aile s’avança, les autres domestiques se mirent à renchérir, l’une après l’autre.
Depuis que Vivette était tombée en disgrâce, la maison principale ne voulait plus dépenser d’argent pour l’annexe.
Ces domestiques si fières de la maison principale ne viendraient pas ici de leur plein gré, et Vivette, qui ne pouvait pas quitter l’annexe, n’avait aucun moyen de les y contraindre.
L’Aile Ouest, isolée du reste, rechignait déjà à transférer du personnel, et il en allait de même ailleurs.
Il était temps que cette jeune dame accepte la réalité et apprenne à maîtriser sa colère.
Elle devait bien savoir, elle aussi, à quel point les gens sans pouvoir avaient rarement le luxe d’exprimer leurs émotions.
Humph. Même si nous refusons, elle devra nous supplier de rester. Et si ça tourne mal, elle se ridiculisera à s’occuper d’une vieille dame sénile.
Les domestiques prirent de l’assurance, mais leur aplomb ne dura pas.
Car Vivette fit cette déclaration :
« Oh, inutile de vous inquiéter pour ça. Dame Ashwilt va venir vivre avec moi. Je m’occuperai d’elle moi-même. »
« … Pardon ? »
Avait-elle bien entendu ? Qu’est-ce que cette jeune dame irréfléchie racontait ?
Bien sûr, il était évident qu’elle ferait faire le sale travail aux autres domestiques de la nouvelle annexe. Mais elle allait tout de même accueillir une malade sénile chez elle.
La plupart des jeunes dames nobles ne voudraient même pas s’approcher d’une telle personne.
« Mademoiselle ! Je vous dis cela pour votre bien, mais vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point ce sera difficile. »
« C’est vrai ! Laissez les choses comme elles sont. Nous ferons mieux, promis. S’il vous plaît ? Ce ne serait pas plus sûr, et meilleur pour la dame ? »
Elles faisaient mine de la supplier tout en la menaçant à demi-mot, mais…
« Eh bien. N’importe qui ferait mieux que vous. Au moins, les autres n’iront pas se coucher alors que la dame dont elles ont la charge est encore éveillée. »
Elles allaient vraiment se faire mettre à la porte.
Dans ces circonstances, Aile devait agir, si elle et ses collègues ne voulaient pas partir les mains vides.
« Ah, comme vous êtes si gentille, mademoiselle, vous nous en voulez peut-être d’avoir négligé la dame. Mais vous changerez d’avis quand vous entendrez ça. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Il lui restait un dernier espoir.
Un secret qu’elle avait gardé par égard pour les autres domestiques du domaine, et par loyauté envers la dame dont elle s’occupait — le dernier vestige de loyauté qu’elle lui devait encore.
« Cette dame, autrefois… ! »
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>