Chapitre 563
C’était le Démon de la Fin.
À chacune de ses inspirations, des milliers de chaînes se tendaient et le bruit du métal résonnait dans tout le monde-prison.
Grrrrrrrr…
Ce seul grondement suffisait à faire vibrer faiblement les os de la poitrine de Lian.
Le monde entier avait affirmé que cette créature avait été tuée des siècles plus tôt. Les livres d’histoire disaient la même chose.
Les rapports de la Fédération, des chercheurs et des grandes familles, jusqu’au décompte des créatures de Rang démoniaque chassées, reposaient tous sur cette même affirmation.
Pourtant, la créature censée représenter l’une des plus grandes victoires de l’histoire humaine respirait juste devant eux.
« C’est peut-être mon imagination, mais je ne pensais pas que ce serait vraiment la Fin elle-même. Quand je la regarde, j’ai l’impression de contempler la Fin : la fin de toute chose, la fin du monde, la fin du temps et la fin de l’existence.
— J’ai l’impression que rien ne peut exister après cette créature, parce qu’elle est la Fin. »
Seris se tenait à ses côtés. Elle ne le contredit pas, car elle ressentait exactement la même chose, comme s’ils contemplaient la fin de tous les concepts.
Sa main droite serrait trop fort la poignée de son épée, tandis qu’elle fixait le dragon.
Peut-être comparait-elle les images qu’elle s’était forgées depuis l’enfance à ce qu’elle voyait à présent.
Les héros Pendragon, le dragon mort, la victoire, la fierté… La réalité qui se dressait devant eux était quelque peu différente.
« Au moins, tes ancêtres ont réussi à le vaincre », dit Lian.
La jeune Pendragon lui jeta un bref regard, et leurs yeux se croisèrent pendant quelques secondes.
« Bref, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
Lui non plus ne voulait en aucun cas laisser ce Démon être libéré. Mieux valait empêcher sa libération au plus vite.
Elle ne répondit pas et se tourna simplement de nouveau vers l’avant. Après quelques pas, sa main se desserra légèrement autour de la poignée de son épée.
La Marque ancestrale du Dragon s’illumina de nouveau.
La jeune fille s’arrêta.
La lumière faiblit.
Puis, lorsqu’elle fit un demi-pas vers la droite, elle s’intensifia de nouveau.
Seris fixa un étroit passage entre deux immenses piliers.
« Par là. »
Lian la suivit sans poser de question. Plus ils avançaient, plus une partie de la structure du sceau se dessinait clairement.
Il remarqua alors quelque chose qui détonnait : un fil d’argent très fin qui courait le long de l’une des chaînes noires.
Sans la lumière dorée de la prison, qui l’éclairait précisément sous cet angle, il serait peut-être passé totalement inaperçu.
Il s’approcha.
[Séquence Véritable]
Son regard se concentra sur la structure. Malheureusement, les informations n’apparurent pas devant lui sous la forme d’une simple fenêtre : cette compétence ne lui fournirait pas toujours une réponse toute prête.
Elle lui permettait toutefois de distinguer les tracés. La structure principale de la chaîne était presque impossible à comprendre : des milliers de couches, chaque ordre superposé au précédent et des milliers de voies de Mana reliées entre elles.
Une œuvre que plusieurs générations des plus grands experts Pendragon avaient probablement créée, puis perfectionnée.
Mais le fil d’argent n’en faisait pas partie. Il reposait plutôt au-dessus du réseau.
Il n’imposait pas sa présence : on aurait dit qu’il empruntait les tracés du sceau lui-même, avec une précision encore supérieure. Chaque fois qu’un ordre doré traversait la chaîne, le fil d’argent semblait en enregistrer une partie.
Comme s’il copiait la structure, puis renvoyait au réseau une version presque identique, avec une infime modification.
Lian fronça les sourcils. Cette logique lui était familière.
Non pas parce qu’il l’avait déjà vue, mais parce qu’il avait passé plusieurs heures à entendre parler d’un certain artefact. Ce fichu truc agissait exactement comme le Miroir aux Mille Visages.
Seris se tint à ses côtés et observa le fil pendant plusieurs secondes.
« Le Firmament primordial ?
— On dirait bien. »
Si une telle structure provenait vraiment de la même technologie, alors, peut-être que cette fois, la réponse se trouvait bien sous leurs yeux.
Le fil d’argent glissa le long de la chaîne, et ils le suivirent.
Plus ils avançaient, plus la prison ressemblait aux vestiges d’un ancien champ de bataille plutôt qu’à une structure construite après coup.
La première chose qu’ils découvrirent fut des centaines d’épées, plantées dans un sol noir, brisées et calcinées.
Il n’en restait parfois que la poignée ; d’autres laissaient encore courir une faible lueur le long de leur tranchant.
Les noms de nombre d’entre elles étaient gravés sur leur base : Pendragon… encore Pendragon… et encore.
Lian contempla l’une des lames brisées. Ce n’étaient pas des décorations : quelqu’un s’était battu ici, et quelqu’un y était mort.
Un peu plus loin, une immense pièce d’armure gisait au sol.
Le centre de son plastron était complètement écrasé, et il ne restait rien à l’intérieur.
De l’autre côté, l’un des piliers principaux de la prison était brisé en son milieu.
Lian leva la tête. Sur un mur éloigné, cinq marques étaient visibles.
Il crut d’abord à des fissures, mais en remarquant leur écartement, il comprit qu’il s’agissait de marques de griffes laissées par un monstre qui avait frappé le mur.
Une seule de ces marques mesurait près de cent mètres de long.
Il ralentit un instant.
Le Démon de la Fin avait autrefois été libre ici et avait combattu. À l’origine, ce monde n’était pas une prison construite à l’avance.
C’était un champ de bataille sur lequel les ancêtres des Pendragon avaient ensuite bâti le sceau. Chaque chaîne, chaque pilier et chaque anneau doré avait été placé sur une ancienne blessure.
Cette famille ne s’était pas contentée d’enfermer le Démon dans une cellule : elle avait transformé en prison le lieu même où il avait été vaincu.
Le Noyau de l’Éclipse pulsa de nouveau.
Boum.
Lian s’arrêta. Cette fois, la réaction ne venait pas du Démon de la Fin lui-même. En chemin, il avait senti la présence du Rang démoniaque dans chaque recoin de la prison.
Sa pression était partout, mais cette pulsation venait de plus loin.
Seris leva elle aussi la main presque au même instant. Sa Marque ancestrale du Dragon s’illumina davantage, et ils regardèrent tous deux dans la même direction.
Inutile de parler.
Ils se remirent en marche, accélérant le pas tandis que les fils d’argent se multipliaient.
Un.
Trois.
Dix.
Peu à peu, ils s’étaient répandus sur les chaînes comme des veines étrangères, tous dirigés dans la même direction. Au bout du chemin, le sol s’interrompait.
Devant eux flottait une immense plateforme noire, au-dessus de la mer de Brume rouge. Il n’y avait aucun pont, mais lorsque Seris s’avança, sa Marque brilla et un chemin doré jaillit du vide.
Ils le traversèrent.
À mesure qu’ils approchaient, le Noyau de l’Éclipse réagissait avec toujours plus de force.
Au centre de la plateforme se trouvait le cœur de la prison. Des milliers d’anneaux dorés tournaient dans des directions différentes autour d’un noyau noir.
Certains étaient horizontaux, d’autres verticaux, et d’autres encore formaient des angles qui troublaient l’esprit lorsqu’on les fixait trop longtemps.
Chaque fois que deux anneaux se croisaient, un réseau de symboles dorés se formait entre eux, puis disparaissait.
Toute la prison était alimentée depuis cet endroit.
Et, au beau milieu de tout cela, se trouvait un petit objet argenté.
À première vue, il en paraissait presque ridicule : une graine de la taille d’un bout de doigt, à la surface lisse et brillante.
Pourtant, des milliers de fils d’argent partaient de cette même graine.
Ils s’étaient infiltrés dans les anneaux, les chaînes, les voies d’énergie et même certaines lignes dorées sous leurs pieds.
Lian comprit au premier coup d’œil : c’était le centre. Quelle que soit la chose qui avait infecté la prison, elle se répandait depuis cet endroit.
Seris tira son épée. Le bruit de la lame quittant son fourreau résonna avec une netteté inhabituelle dans l’immense espace de la prison.
Le jeune Vorhelm fit lui aussi un pas en avant, puis… s’immobilisa.
Il sentit que quelque chose les observait, mais son instinct ne l’avertissait de rien.
Quelque chose clochait.
Si une créature vivante les attendait en embuscade, même bien plus forte que lui, son instinct lui aurait généralement au moins signalé le danger.
Ici ? Rien.
Mais cette impression d’être observé ne disparaissait pas.
Seris remarqua son arrêt un instant plus tard. Elle détourna les yeux de la graine et regarda dans la même direction que Lian.
Derrière les anneaux dorés, plus loin, on ne distinguait d’abord qu’une ombre fine. Puis l’un des anneaux tourna et une lumière dorée passa dessus.
Le visage de quelqu’un apparut un instant : de longs cheveux argentés, une peau pâle, un corps mince et deux longues oreilles qui dépassaient de sa chevelure.
Mais ce n’était pas une Pendragon. Ce n’était même pas une fichue humaine.
La créature se tenait immobile parmi les lumières de la prison, et ses yeux reflétaient l’or des anneaux comme la surface d’un miroir.
Lian ne cligna même pas des yeux.
Dans son esprit, tous les visages de ceux qui s’étaient accusés mutuellement depuis le matin se rassemblèrent un instant.
Stormheart, Vorhelm, le Firmament primordial, les six grandes familles, les Douze Guildes anciennes.
Tout le monde cherchait un traître dans le camp adverse.
Tout le monde croyait qu’une des puissances de la Terre avait lancé le jeu. Or, derrière le cœur corrompu de la prison, se tenait une femme Elfe d’Argent.
À cet instant, une vérité simple et humiliante s’imposa à lui : aucune de ces puissances ne contrôlait le jeu.
Depuis le début, elles n’étaient toutes que des pions dans cette partie.