Chapitre 547
Des oiseaux s’envolèrent de toutes les tours qui les entouraient, tandis que les drapeaux se tendaient sous la vague d’air qui balaya le terrain.
Et, à cet instant précis, le sixième anneau s’illumina. Sa lumière dorée brillait encore plus fort que celle des cinq précédents.
Des lettres bien plus grandes qu’auparavant apparurent au-dessus de l’autel.
[Marque ancestrale du Dragon.]
[Sixième grade.]
Pendant peut-être deux secondes, personne ne réagit.
Même certains anciens, qui avaient probablement vécu des décennies, restèrent à fixer l’autel.
Puis le bruit s’éleva.
D’abord dans la section des Pendragon… puis sur tout le terrain, les applaudissements déferlèrent comme une vague immense.
On entendait des milliers de mains s’entrechoquer et des cris qui scandaient le nom de Seris.
Même certains représentants extérieurs se levèrent, sans chercher à cacher leur admiration.
Seuls les Vorhelm, les membres des cinq autres grandes familles et quelques représentants des douze associations anciennes restèrent assis.
Ils n’avaient pas à applaudir qui que ce soit. Et puis, applaudir le génie d’une famille rivale n’avait aucun sens.
Lian continua de regarder le centre de l’autel. La lumière de la Marque du Dragon pénétra dans la main de Seris, et des lignes dorées apparurent sur le dos de sa main droite.
Elles étaient toutefois bien plus complexes que les Marques qu’il avait vues auparavant.
Une tête de dragon, un corps qui s’enroulait autour d’une partie de sa main et deux ailes déployées dont les fines lignes s’étendaient presque jusqu’à son poignet.
L’espace d’un instant, la Marque sembla prendre vie et ses lignes dorées s’animèrent. Puis elles s’immobilisèrent lentement.
L’image du dragon dans le ciel s’effaça elle aussi peu à peu, et les lumières redescendirent.
Seris retira sa main de la Marque.
Rhaenar esquissa un sourire presque imperceptible. Bien sûr, il n’était pas surpris ; on aurait dit qu’il venait de voir se confirmer ce qu’il attendait.
Isolde, en revanche, ne cacha pas sa satisfaction : la fierté se lisait clairement dans ses yeux.
Seris les regarda d’abord tous les deux, puis inclina légèrement la tête.
Son regard se déplaça ensuite vers la section de sa famille, puis parmi les invités, avant de revenir une nouvelle fois sur Lian.
Cette fois, personne ne pouvait prétendre que c’était une coïncidence. Elle le regardait droit dans les yeux. Il soutint son regard, un sourire à peine visible aux lèvres.
Il était trop discret pour que tout le monde le remarque de loin, mais Seris le vit. L’expression froide de son visage s’adoucit légèrement, l’espace d’un instant.
Et cela suffit à faire renaître l’hostilité dans les yeux de plusieurs jeunes Pendragon qui l’avaient observée pendant toute la cérémonie.
Lian sentit le regard meurtrier de Caelen, même depuis l’autre côté du terrain, mais n’y prêta aucune attention.
Les applaudissements ne durèrent pas longtemps : la cérémonie devait continuer. Seris s’éloigna du centre de l’autel, mais resta près de la Marque.
Rhaenar se leva.
Tout le monde savait quelle étape importante restait à venir. Les résultats des Marques étaient désormais connus ; il était temps d’annoncer l’héritier de la nouvelle génération.
Le maître de cérémonie se retira à son tour. À partir de là, le Patriarche prendrait lui-même la parole.
Mais avant même qu’il ait pu parler, une voix s’éleva depuis la section de l’une des grandes familles et l’interrompit.
« Arrêtez la cérémonie ! »
Presque toutes les têtes se tournèrent en même temps. Les gens voulaient voir quel idiot avait osé interrompre un Céleste avant qu’il ne prenne la parole.
La section des Valemont, l’une des six grandes familles.
Un homme d’âge mûr aux cheveux gris foncé venait de crier. Il portait une tenue officielle bleu sombre ornée du symbole d’une tour blanche.
Gregor Valemont, le chef de la délégation envoyée sur place.
L’un de ses gardes se tenait à ses côtés.
Le garde avait perdu ses couleurs, et il était évident qu’il venait d’annoncer une nouvelle à Gregor quelques secondes plus tôt.
L’atmosphère du terrain changea en un instant et le chaos s’installa. Personne n’était assez stupide pour croire que quelqu’un avait simplement perdu la tête.
Si quelqu’un — surtout un représentant d’une grande famille — avait osé interrompre un Céleste avant qu’il parle, c’est qu’il s’était forcément passé quelque chose.
Rhaenar ne fronça même pas les sourcils, comme si l’affront lui était indifférent. Il tourna simplement les yeux vers Gregor.
« Que s’est-il passé ? »
Son ton demeurait aussi calme que d’habitude.
Mais tous les présents savaient qu’on ne pouvait pas interrompre une telle cérémonie sans raison et s’en tirer comme ça.
Gregor descendit de sa section d’un pas rapide.
« Un problème ? »
Sa voix était lourde d’une colère contenue.
« L’un des membres de ma délégation a été tué dans votre ville il y a moins de dix minutes ! »
Un murmure immédiat parcourut le terrain, et plusieurs représentants se tournèrent vers leurs propres gens.
Lian lui-même parut surpris.
« Où ? » demanda Rhaenar. Toute sérénité avait disparu de sa voix ; ses yeux étaient désormais aussi froids que les profondeurs de l’océan.
« Dans le logement que votre famille nous a fourni elle-même. »
Cette fois, plusieurs membres éminents de la famille Pendragon changèrent eux aussi d’expression. Les logements officiels des invités, dans cette zone, étaient entièrement placés sous la protection des Pendragon.
Un meurtre dans la rue, c’était une chose. Un meurtre dans les logements officiels d’une grande famille, c’en était une autre.
Gregor poursuivit.
« Aucun sceau de sécurité n’a été brisé, et aucune alerte d’intrusion n’a été enregistrée. »
Sans se lever, Isolde tourna la tête vers l’un des commandants près de la scène, lui adressa quelques mots brefs, et celui-ci partit aussitôt.
Trois groupes de sécurité quittèrent discrètement le terrain.
« La cause du décès est-elle connue ? » demanda le Patriarche.
Cette fois, Gregor garda le silence quelques secondes, la mâchoire crispée. Puis il détourna les yeux du Patriarche et les porta lentement vers une autre section du terrain.
Stormheart.
Les membres de cette famille comprirent presque aussitôt pourquoi il les regardait.
L’un de leurs anciens fronça les sourcils.
« Les miens ont inspecté les lieux. Les traces de Mana qui subsistent sur le corps sont sans équivoque : c’est l’une de vos compétences qui a été utilisée. »
« Pèse tes mots, Gregor. » Un membre de Stormheart se leva.
« Ferme-la ! Tu crois qu’on ignore que vous complotez dans notre dos à cause des mines du nord, dans les territoires récemment acquis au Royaume Céleste ? »
Un silence absolu s’abattit sur les lieux. Tous se regardèrent, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer.
Lian promena son regard d’une section à l’autre.
Valemont.
Stormheart.
Les membres des deux familles avaient maintenant adopté une attitude tout autre qu’il y a quelques secondes.
Certains agrippaient fermement les accoudoirs de leur siège ; d’autres fixaient directement leurs adversaires.
Quelques représentants des douze associations anciennes échangèrent de brefs chuchotements avec leurs compagnons.
Rhaenar ne dit rien pendant plusieurs secondes. Parmi toutes les personnes présentes, il était peut-être le seul à être resté parfaitement aussi calme qu’avant, malgré la froideur qui émanait désormais de lui.
Il regarda d’abord Gregor, puis Stormheart, avant de balayer lentement l’ensemble du terrain du regard.
Lorsqu’il prit la parole, sa voix n’était pas forte, mais tout le monde l’entendit.
« À partir de maintenant, personne ne quitte Verendal. »