Chapitre 543
Chaque alliance étrangère était elle aussi soigneusement encadrée, afin qu’aucune autre famille ne puisse gagner trop d’influence au sein de la structure Vorhelm.
Les Pendragon ?
Ils semblaient considérer les alliances extérieures non comme une menace, mais comme un moyen d’étendre leur influence.
Deux grandes familles aux philosophies complètement différentes : impossible de dire laquelle avait raison.
On pouvait penser que les Pendragon avaient la bonne approche, mais les Vorhelm n’avaient rien à leur envier en matière de pouvoir, et leur nom jouissait d’une bien plus grande réputation.
« C’est pour ça que vous soutenez les mariages de vos héritiers », dit Lian.
« C’est presque devenu une tradition. » Aurelia hocha la tête.
Puis ils firent quelques pas en silence.
« Mais Seris, c’est différent. Avant, beaucoup d’anciens pensaient même qu’il vaudrait mieux qu’elle ne se marie jamais. »
« Pourquoi ? » Il fut un peu surpris.
« Parce qu’elle est le joyau de la famille. »
La réponse était simple, mais elle avait sa logique, et Aurelia s’expliqua.
« Nous n’avons jamais voulu marier Seris à une autre famille pour les voir ensuite prétendre que le plus grand talent de notre génération leur appartenait désormais. »
« Et bien sûr, cette fille n’a jamais montré le moindre intérêt. »
Cette partie correspondait davantage à ce que Lian savait de Seris. Pour elle, se battre et devenir plus forte semblaient être les principales raisons de vivre.
« Nous pensions tous que la seule chose qu’elle voulait, c’était atteindre les sommets. »
Il ne répondit rien ; il pouvait tout à fait imaginer Seris ainsi.
Aurelia esquissa un sourire malicieux.
« Mais qui aurait cru que cette fille… » Elle laissa sa phrase en suspens.
Lian attendit quelques pas, mais elle n’ajouta rien.
« Quoi, cette fille ? »
« Laisse tomber. »
« C’est vous qui avez commencé. »
« Je me suis trompée. » Aurelia rit avec légèreté.
« Quoi qu’il en soit, demain, elle recevra probablement encore beaucoup de demandes en mariage. »
Elle secoua la tête d’un air désolé.
« Beaucoup de gens pensent encore avoir leur chance, mais Seris ? D’après ce que je sais d’elle, elle va tous les mettre en pièces. » Elle n’avait même pas besoin d’y réfléchir.
Ils firent encore quelques pas, puis Aurelia ajouta d’une voix très basse, sans le regarder :
« Sauf un. »
À cet instant précis, elle s’arrêta sans rien expliquer de plus.
Un bâtiment indépendant se dressait devant eux : une maison de deux étages, avec une vieille façade en pierre, de hautes fenêtres et un petit jardin tout autour.
« Nous y sommes. » Aurelia afficha une expression parfaitement innocente.
Lian la regarda quelques secondes. Elle savait exactement ce qu’elle avait fait.
Elle avait interrompu sa phrase au moment où elle pensait que cela le ferait le plus réfléchir. Malheureusement, elle s’était quelque peu méprise à son sujet.
Ce genre de choses n’occupait pas la moindre place dans son esprit, et il avait compris ce qu’elle voulait dire avant même qu’elle le précise.
Aurelia lui tendit le petit objet qui servait de laissez-passer pour le bâtiment.
« Tant que tu es l’invité de la famille, cet endroit est à toi. À demain. »
Elle fit demi-tour et s’éloigna le long du chemin de son pas léger habituel.
« Cette famille est vraiment bizarre. » Lian la regarda s’éloigner quelques secondes, puis murmura ces mots. Il avait cru que seuls les Vorhelm avaient un problème de jugement, mais il semblait que ce n’était pas le cas.
À l’intérieur, le logement ressemblait davantage à une maison complète qu’à ce qu’il aurait attendu d’une maison d’hôtes.
Au rez-de-chaussée se trouvaient un petit salon avec une cuisine, un bureau et une salle de bains.
L’étage comptait également plusieurs chambres et un balcon donnant sur la partie est de Verendal.
Lian s’assit au bord du lit. La journée avait été longue.
Le matin, il était dans la capitale ; quelques heures plus tard, il se trouvait à Verendal et avait rencontré un Céleste, Rhaenar Pendragon.
Il appuya légèrement la tête contre le mur. Cet homme l’intriguait plus qu’il ne l’aurait cru.
Pas à cause de sa puissance : la présence d’autres personnes puissantes n’avait rien d’extraordinaire à ses yeux. C’était sa personnalité qui avait retenu son attention.
La personnalité de cet homme était complètement différente de celle de son père.
Au bout d’un moment, il se leva et s’approcha de la fenêtre.
La nuit tombait lentement sur la ville. Les lumières s’étaient allumées et des gardes patrouillaient le long des remparts.
Différents groupes de forces armées parcouraient les grandes avenues.
Les grands invités venus du monde entier se trouvaient déjà à quelques kilomètres de lui : les six grandes familles, les douze associations anciennes et probablement les personnes les plus puissantes du monde.
Le Patriarche Pendragon était lui aussi tout près. Pourtant, un léger malaise persistait. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait un mauvais pressentiment.
Il sentait que le lendemain ne se déroulerait pas sans heurts.
Il observa les rues silencieuses quelques secondes. Peut-être qu’après avoir passé tant de temps dans le Royaume en Ruine, il s’était trop habitué au danger.
Peut-être que la prophétie de la Région Un l’occupait encore l’esprit sans raison, ou peut-être que tout ce qu’il avait appris aujourd’hui l’avait poussé à trop analyser la situation.
Mais cela ne le fit pas baisser sa garde. Son instinct ne l’avait jamais trompé jusque-là ; s’il avait un mauvais pressentiment, quelque chose allait sans aucun doute se produire.
Il expira lentement.
Quoi qu’il en soit, il était à Verendal, le domaine des Pendragon, l’un des territoires privés les mieux protégés de la Terre.
Presque toutes les grandes puissances de l’humanité étaient réunies ici pour la cérémonie.
Et l’un des rares humains à avoir achevé les cinq Évolutions vivait à proximité.
Dans un tel endroit, qu’est-ce qui pouvait bien arriver de mal ?
Il n’avait pas de réponse.
Le lendemain matin, le son de la première cloche se répandit dans tout Verendal avant même le lever complet du soleil.
Ding.
Quelques secondes plus tard, une deuxième cloche lui répondit depuis un autre quartier de la ville, puis une troisième. Bientôt, les différentes tours s’éveillèrent les unes après les autres.
Lian ouvrit les yeux. La lumière du matin avait filtré dans la chambre à travers les rideaux. Il se leva et alla à la fenêtre.
La ville avait changé depuis la veille au soir.
Des drapeaux Pendragon flottaient au sommet de toutes les tours, et les grandes avenues étaient ornées de symboles draconiques.
Depuis les premières heures du jour, des carrosses officiels se dirigeaient vers le centre de la ville.
On apercevait dans les rues des membres de la famille en tenue de cérémonie, et les forces de sécurité étaient deux fois plus nombreuses que la veille au soir.
Il se changea et quitta le logement.
Dès qu’il posa le pied sur le chemin de pierre à l’extérieur, l’une des plus hautes tours du centre de Verendal s’illumina d’une lueur dorée.
Une lumière paisible qui monta du pied de la tour jusqu’à son sommet.
Puis un son se répandit dans la ville.
Il ressemblait tant au rugissement d’un dragon gigantesque que plusieurs oiseaux s’envolèrent un instant des toits voisins.
Mais Lian ne vit aucune créature dans le ciel : ce n’était qu’un vieil écho.
Quelques secondes plus tard, la voix officielle du réseau public de la ville fut diffusée par les différentes tours.
« À tous les membres de la famille, aux invités et aux représentants des puissances alliées… »
Le drapeau au dragon se déploya dans le vent matinal.
« La Cérémonie de la Marque du Dragon va commencer. »