Chapitre 542
« Depuis ton retour de la Zone spéciale, elle s’est isolée. »
« Elle n’est toujours pas sortie ? » Lian marcha à ses côtés.
« Non. »
« Elle s’entraîne ? »
« Elle se prépare, plutôt. »
Il réfléchit quelques instants. C’était presque prévisible.
Seris n’était pas du genre à se reposer la veille de la cérémonie la plus importante de sa génération sous prétexte qu’« elle était déjà prête ».
Elle utilisait probablement toutes les ressources que sa famille avait préparées pour elle pendant son isolement.
Elle augmentait autant que possible ses caractéristiques grâce à ces ressources afin d’être dans les meilleures conditions pour la cérémonie.
Et sans compter que cette fille avait, comme lui, déjà connu sa Première Évolution.
Lian se demanda un instant à quoi avait ressemblé la Première Évolution de Seris, compte tenu de son talent, de ses ressources et de ses origines.
One était passé du rang de monstre Commun à celui de Déchu.
Après son Évolution, lui aussi avait amélioré ses principales compétences innées et, grâce à elles, avait pu augmenter autant que possible toutes ses caractéristiques en un mois.
La voie d’Évolution de Seris ? Impossible à prévoir, mais il ne doutait pas qu’elle deviendrait encore plus monstrueuse qu’avant.
« Tu la verras sans aucun doute demain », ajouta Aurelia.
Ils traversèrent l’un des vieux jardins du domaine.
De grands arbres projetaient leur ombre de part et d’autre du chemin, et entre eux se dressaient des statues de dragons de toutes les formes et de toutes les tailles.
Aurelia marcha quelques pas en silence, puis lui demanda :
« Au fait, que sais-tu de la Cérémonie de la Marque du Dragon ? »
« Plus ou moins. » Lian releva légèrement la tête.
« On présente la nouvelle génération, on récompense ceux qui ont accompli des exploits importants en explorant le nouveau Royaume en Ruine, puis on annonce l’héritier officiel. »
Elle acquiesça.
« C’est ça. »
Elle marqua une pause.
« Mais la cérémonie principale est un peu plus ancienne et plus complexe que ce qu’on raconte habituellement à l’extérieur de la famille. »
Lian la regarda. Aurelia désigna l’une des statues de dragon.
« Sais-tu pourquoi notre famille s’appelle Pendragon ? »
« D’après ce que je sais, les fondateurs de la famille ont chassé un dragon. »
« C’est exact, mais pas un dragon ordinaire. Plus précisément, un Démon. »
Lian lui accorda toute son attention, et Aurelia poursuivit :
« Ce Démon s’appelait le Démon de la Fin. Nos ancêtres l’ont affronté. »
Son ton était simple, mais la phrase ne l’était pas.
« Le combat n’a pas été bref. Beaucoup de fondateurs des premières branches de la famille y ont péri, mais ils ont fini par le tuer. »
Lian garda le silence quelques instants.
Tuer un Démon.
À présent, il comprenait mieux que bien des humains ce que cela signifiait.
Le souvenir du Démon de l’Éclipse était encore présent dans son esprit. Il savait parfaitement à quel point un Démon pouvait être puissant.
Et à sa connaissance, certains Démons étaient encore plus puissants.
De nos jours encore, il fallait mobiliser les forces les plus puissantes du monde pour chasser un être de Rang démoniaque.
Pourtant, les ancêtres de la famille Pendragon avaient réussi à en tuer un.
« Après la mort du Démon de la Fin, nos ancêtres ont récupéré de nombreux trophées sur son corps, mais le plus important était un artefact spécial. Quelque chose qui est devenu par la suite le fondement de l’une des traditions les plus importantes de la famille. »
« La Marque du Dragon, c’est ça ? » devina Lian.
« Exactement. C’est une sorte d’artefact de bénédiction. Bien sûr, le mot “bénédiction” n’est pas tout à fait juste, mais c’est l’explication simple qui s’en rapproche le plus. »
« Qu’est-ce qu’elle fait ? »
« Elle réagit aux membres de la famille. Presque tous les vingt-cinq ans, après l’ouverture d’un nouveau Royaume en Ruine, la famille choisit les personnes les plus importantes de la nouvelle génération. »
Pas n’importe quel jeune membre : seuls ceux qui étaient véritablement dignes de se présenter devant cet artefact étaient retenus.
Le talent, les exploits, le potentiel, les résultats dans le nouveau Royaume en Ruine, la place au sein de la génération : tous ces éléments entraient en compte dans le choix des personnes qui se présenteraient devant l’artefact.
Aurelia ajouta :
« Ensuite, ils se tiennent devant la Marque du Dragon et récitent le serment traditionnel de la famille. »
Lian l’écouta.
« L’artefact réagit au sang, au potentiel, aux capacités, à la voie de progression et à l’affinité de chacun, puis leur confère une Marque du Dragon. Mais elles ne se ressemblent pas toutes. »
Certaines étaient simples, d’autres rares, et certaines se distinguaient nettement des autres par leur qualité.
Et rien ne garantissait que deux génies d’une puissance presque égale recevraient des Marques du Dragon similaires.
L’artefact évaluait autre chose que leur puissance actuelle. En fait, même après toutes ces années, personne ne savait encore sur quel véritable critère il se fondait pour accorder ses bénédictions.
« Pendant des générations, la personne qui recevait la Marque du Dragon la plus élevée était presque toujours choisie comme héritière. »
« Mais cette fois, vous avez déjà choisi Seris. » Lian remarqua aussitôt la différence.
« Oui », répondit Aurelia sans la moindre hésitation. Son sourire était différent, cette fois : il trahissait davantage de fierté.
« Même sans la Marque du Dragon, Seris est le joyau de cette famille. »
Son ton ne laissait aucun doute.
« Personne ne doute vraiment qu’elle recevra demain la Marque la plus élevée de cette génération. »
La confiance de la famille en cette fille était vraiment d’un tout autre niveau.
Le jeune Vorhelm se demanda un instant quelle réaction il provoquerait s’il se tenait lui-même devant un tel artefact.
Bien sûr, il n’avait pas le sang des Pendragon, alors il ne se passerait probablement rien, ou… Il chassa cette pensée et, après quelques pas de plus, demanda :
« Je n’ai jamais lu cette partie dans les livres. »
« Quelle partie ? »
« Le Démon de la Fin, le fait que la Marque provienne de ses dépouilles… Ça ne vous dérange pas de me raconter tout ça ? »
« Pas du tout », répondit Aurelia avec naturel.
« Ce n’est pas confidentiel ? »
« Les détails le sont. »
La femme joignit les mains derrière le dos.
« Mais pas la vérité générale. Les membres importants des six grandes familles, certaines des douze anciennes associations et beaucoup d’Éveillés de haut rang sont au courant. »
Lian acquiesça. C’était logique.
Si une bataille d’une telle ampleur avait eu lieu et que plusieurs fondateurs importants y avaient péri, il aurait été presque impossible de dissimuler l’événement tout entier pendant plusieurs siècles.
Elle poursuivit d’un ton plus enjoué :
« Bien sûr, la cérémonie ne tourne pas uniquement autour de la Marque du Dragon. Les six grandes familles, les douze anciennes associations, les familles alliées, les entreprises, les syndicats, les représentants politiques et tous ceux qu’il vaut la peine d’inviter viennent aussi pour leurs propres raisons. »
« Alors, la moitié de la cérémonie se déroule à huis clos », ajouta Lian après un instant de réflexion. Il était facile de deviner ce qu’elle voulait dire.
Aurelia sourit.
« Bravo. »
Des contrats commerciaux.
Le partage ou l’échange des ressources provenant du nouveau Royaume en Ruine.
Des alliances de chasse, des investissements conjoints.
Des accords sur les zones d’exploration et les relations politiques : voilà pourquoi tant de puissances se déplaçaient.
« Et, bien sûr, les mariages », ajouta Aurelia.
Le jeune Vorhelm tourna légèrement les yeux vers elle. Le sourire de la femme était devenu beaucoup trop innocent… cette remarque n’était pas anodine.
« Notre Patriarche actuel a lui aussi commencé à envisager d’épouser sa femme actuelle lors d’une cérémonie presque identique. »
Du coin de l’œil, elle observait Lian. Elle surveillait clairement sa réaction.
Il réfléchit quelques instants.
« Je ne pensais pas que même l’héritière des Pendragon se mariait dans le cadre d’un mariage arrangé. »
« Pourquoi ? »
« Je pensais qu’une personne dans cette position en aurait moins besoin. »
Puis il s’interrompit.
Non.
À y regarder de plus près, c’était même l’inverse.
« Mais ça se tient. »
« Ah ? » La femme se demanda quel raisonnement il avait suivi.
Lian regarda le chemin devant eux.
« Quand on choisit un héritier, il ne détient pas encore tout le pouvoir du Patriarche. Il a le nom, il a le titre, mais il doit encore rallier une partie de la famille à sa cause. »
Une grande famille étrangère pouvait lui apporter des choses qui auraient pris des années à bâtir.
De l’influence, de l’argent, des relations, du soutien politique et même, au besoin, un soutien militaire indirect.
Il poursuivit :
« Si l’héritière des Pendragon épouse quelqu’un d’une autre grande famille, le pouvoir interne de votre famille ne diminue pas, mais votre influence à l’extérieur est multipliée. »
Le sourire de la femme s’élargit.
« Pour vous, épouser quelqu’un d’une autre grande puissance n’est pas une faiblesse, c’est un investissement. »
« Bravo. » Aurelia applaudit lentement deux fois.
Lian ne releva pas.
« Donc, non seulement votre famille n’a aucun problème avec un mariage politique pour l’héritière, mais en plus, elle l’encourage. »
« Exactement. Presque tous les héritiers des dernières générations ont soit épousé directement quelqu’un d’une autre grande puissance, soit vu leur famille utiliser leur mariage pour conclure une alliance importante. » Elle acquiesça.
Il pensa aux Vorhelm. Leur philosophie était presque à l’opposé.
Les mariages politiques existaient aussi dans sa famille, mais les Vorhelm détestaient dépendre des autres.
La famille préférait que ses factions internes soient assez puissantes pour que l’héritier n’ait pas besoin de s’appuyer sur une puissance extérieure afin d’assurer sa position.