Chapitre 499
Kain contempla la scène devant eux pendant quelques secondes.
Le fracas du métal contre le métal, les explosions de Mana et les cris des blessés montaient jusqu’au sommet de la pente.
La matrice défensive provisoire qui entourait le camp était fissurée en plusieurs endroits, et sa lumière faiblissait un instant chaque fois qu’une attaque la frappait.
« Je ne voulais pas dire qu’on les trouverait en plein combat, dit-il en fronçant légèrement les sourcils.
En contrebas, dans le col, une quarantaine d’humains natifs affrontaient les Éveillés.
Leurs mouvements n’évoquaient pas non plus ceux d’un groupe de chasseurs rassemblés au hasard : ils étaient organisés.
Trois d’entre eux repoussaient la ligne de front, plusieurs autres avançaient sur les flancs, tandis que les archers créaient des ouvertures pour permettre à leurs compagnons de se rapprocher du camp par l’arrière.
Il était impossible de connaître leur niveau au simple fait qu’ils étaient humains, mais, à en juger par leur aura et leur présence, ils ne dépassaient probablement pas le niveau 30.
Deux présences plus puissantes se distinguaient toutefois, ainsi qu’un homme qui semblait diriger le groupe et pouvait être de niveau 30.
Pour les groupes d’Éveillés qui travaillaient dans cette zone, ce n’était pas une petite troupe.
L’issue du combat le confirmait.
L’un des Éveillés était tombé à genoux et pressait une main contre son flanc ensanglanté.
Un autre homme essayait de le tirer derrière une charrette renversée, tandis que deux natifs approchaient par le côté, armés de lances.
Un peu plus loin, la paroi de la matrice trembla de nouveau.
BOUM !
Une fissure lumineuse apparut à sa surface.
L’un des guerriers natifs passa par l’ouverture et abattit son épée sur un Éveillé qui se tenait derrière.
Personne ne chercha à négocier, et aucun des deux camps ne semblait avoir l’intention de battre en retraite.
Le jeune Vorhelm n’observa la scène que quelques secondes de plus.
« Allons-y. »
One s’élança presque aussitôt.
Les six énormes pattes de la fourmi frappèrent le sol, et chaque pas soulevait derrière elle une masse de terre et de petits cailloux.
Plusieurs Éveillés de la Terre remarquèrent rapidement l’immense créature qui descendait la pente.
Ils eurent d’abord peur ; l’un d’eux pointa même son arme sur One, mais lorsqu’il vit Lian et Kain sur son dos, il baissa la main.
À leur direction d’arrivée et à l’équipement de Kain, il était évident qu’ils n’étaient pas des ennemis.
Les natifs remarquèrent eux aussi leur présence.
Deux d’entre eux tournèrent brièvement la tête, mais le combat ne leur laissa pas le temps de s’attarder.
L’Enfant de la Lumière sauta du dos de One avant que la fourmi n’atteigne tout à fait le camp.
Une lumière blanc doré se rassembla autour de sa paume droite.
Au même instant, l’un des guerriers natifs lança sa lance sur un Éveillé blessé, qui n’avait plus aucune chance d’esquiver.
Kain bougea la main, et un trait lumineux passa entre ses doigts.
CLANG !
L’attaque lumineuse frappa directement le corps de la lance, déviant l’arme en plein vol ; elle retomba à plusieurs mètres de là.
L’Éveillé blessé fixa Kain, les yeux écarquillés.
« Bouge ! » cria-t-il, puis, sans attendre de réponse, il rassembla de nouveau la lumière autour de ses deux mains.
Le natif qui avait lancé la lance courut droit sur lui.
Kain tendit la paume.
BOUM !
Une onde lumineuse comprimée frappa la poitrine de l’homme et le projeta à plusieurs mètres.
L’armure qui protégeait son torse se fissura, mais, au même instant, un natif qui se tenait un peu plus loin se figea complètement.
C’était comme s’il venait d’assister à l’impossible !
Il ne regardait pas Kain, mais la lumière autour de ses mains, et pendant plusieurs secondes, il oublia même le combat qui faisait rage autour de lui.
Ses pupilles se rétrécirent.
« Cette lumière… »
Un autre guerrier, qui portait de longs vêtements sous son armure, l’entendit.
Il tourna la tête et jeta un coup d’œil à Kain. Son expression changea.
« Attendez ! »
Sa voix couvrit les cris du champ de bataille, et plusieurs membres du groupe se tournèrent instinctivement vers lui.
L’homme fit un pas en avant et observa plus attentivement la lumière autour des mains de Kain.
« Ne le tuez pas ! »
« Qu’as-tu vu ? » Le chef du groupe, qui semblait être le natif le plus puissant sur place, se tourna aussitôt vers lui.
« La lumière de ce barbare étranger… Elle porte la marque de la Divinité de la Lumière ! » L’homme semblait toujours incapable de croire ce qu’il voyait.
Le commandant fronça les sourcils, comme s’il ne comprenait pas comment un étranger pouvait manier un pouvoir lumineux marqué par leur déesse.
Comment une chose pareille pouvait-elle seulement être possible ?
Mais soudain, une idée lui traversa l’esprit et ses yeux s’écarquillèrent légèrement… C’était vrai, quelques mois plus tôt, un rapport avait fait état de barbares étrangers ayant réussi à voler la larme de leur déesse dans un temple abandonné.
« Ce barbare… serait-ce le même voleur ? » murmura-t-il.
Lian, qui venait de descendre du dos de One, fixa calmement le visage de l’homme.
Un voleur ?
Il fut lui aussi quelque peu surpris. Qu’est-ce qui distinguait la lumière de Kain de celle d’un utilisateur ordinaire de l’élément Lumière ?
Seuls les fidèles de la Divinité de la Lumière pouvaient-ils s’en apercevoir ?
Et il n’était pas difficile de comprendre ce qu’ils entendaient par « voleur ».
Son esprit remonta rapidement plusieurs mois en arrière : dans les mêmes ruines où il avait sauvé Kain, il y avait aussi eu deux natifs.
Il en avait capturé un, mais l’autre s’était échappé. Il était donc normal qu’il ait averti les autres membres de son peuple que la larme de la Divinité de la Lumière avait été absorbée par un étranger.
La nouvelle qu’un étranger était entré dans un temple en ruines consacré à la Divinité de la Lumière et en avait emporté la larme ne pouvait naturellement pas rester secrète.
Le regard du commandant natif resta fixé sur Kain un instant, puis il prit sa décision.
« Nous le voulons vivant ! Les autres n’ont aucune importance ! »
« C’est le voleur que nous cherchons depuis si longtemps ! »
La formation entière changea.
Trois natifs qui affrontaient les autres Éveillés se replièrent aussitôt et se tournèrent vers Kain, tandis que deux autres s’approchaient par le côté.
Un homme sortit également quelque chose de sa ceinture.
Des anneaux noirs reliés par de fines chaînes, dont la surface était parcourue de marques de Mana.
À première vue, il s’agissait d’une sorte d’entrave.
Kain concentra la lumière autour de ses deux mains et lança un bref regard à Lian.
« Je crois qu’ils en ont après moi.
— Évidemment. Ils ont l’air d’avoir compris que c’est toi qui as volé la larme de leur dieu.
— Hé ! Je n’ai rien volé, c’est leur dieu qui m’a choisi ! En quoi serait-ce ma faute ? »
Le jeune Vorhelm ne releva pas. Mieux valait mettre fin à cette situation au plus vite.
Le premier natif passa à l’attaque. Pour son niveau, il n’était pas lent : il parcourut la distance en quelques pas seulement, et la main qui tenait l’anneau d’entrave se tendit droit vers Kain.
Mais Lian s’interposa entre eux sans utiliser la moindre compétence, en s’appuyant uniquement sur sa vitesse brute.
L’assaillant ne comprit même pas comment Lian avait pu se retrouver devant lui alors qu’il se tenait à plusieurs mètres.
Le jeune Vorhelm referma la main sur son poignet. L’homme tenta de se dégager… mais son bras ne bougea pas.
Lian fit pivoter son poignet, et le corps de l’assaillant suivit le mouvement malgré lui. Son pied quitta le sol et… BOUM !
Son visage s’écrasa contre la pierre.
Lian posa aussitôt son autre main derrière sa nuque et exerça une brève pression maîtrisée. Le corps de l’homme se relâcha et s’effondra, inconscient.
Les natifs échangèrent des regards et déglutirent.
L’un des leurs venait de se faire assommer aussi facilement… ?
Au même moment, un deuxième arriva par la gauche et lança un coup d’épée précis vers le cou de Lian… mais celui-ci déplaça simplement la tête de quelques centimètres.
Le tranchant de la lame passa à côté de sa peau. Les yeux de l’assaillant s’écarquillèrent un instant, puis, avant qu’il ait le temps de réagir, le poing du jeune Vorhelm lui percuta le ventre.
Bien sûr, il n’avait pas utilisé toute sa force brute. S’il avait frappé de toutes ses forces, il ne serait resté personne à interroger.
THUD !
L’air quitta les poumons de l’homme. Sa bouche s’ouvrit, ses pieds décollèrent du sol et, lorsqu’il retomba… il avait perdu connaissance.
Le troisième assaillant passa aussitôt à l’attaque, mais garda ses distances et lança une courte lance sur Lian.
Elle filait à bonne vitesse.
Mais Lian leva la main.
CLANG.
La lance s’arrêta dans sa paume.
Les Éveillés autour d’eux oublièrent un instant leurs propres combats.
Lian observa l’arme dans sa main, la saisit par l’autre bout et la lança.
Le natif recula instinctivement, mais la lance ne le toucha pas.
BOUM !
Elle frappa la pierre juste à côté de son pied.
Plus de la moitié de sa hampe s’enfonça dans le sol, et l’homme la fixa un instant.
Puis il releva lentement la tête… Lian se tenait devant lui.
« Qu… »
Deux doigts touchèrent le côté de son cou. Ses yeux se révulsèrent et son corps s’effondra.
Le jeune Vorhelm ne s’arrêta même pas.
« Bon… pourquoi ai-je l’impression que ce salaud est devenu plus fort ? Hé, One, qu’est-ce que tu fichais hier ? » Kain lui jeta un regard à plusieurs mètres de là, puis tourna les yeux vers la fourmi qui était venue se placer à ses côtés.
Mais l’immense fourmi l’ignora complètement et resta concentrée sur son maître.
« Je n’arrive pas à croire qu’une créature aussi impressionnante que toi s’appelle One… Tu ne trouves pas ça trop bête ? Et si je t’appelais Empereur divin de toutes les fourmis, à partir de maintenant ? »
One le fixa sans réagir pendant un instant, puis ouvrit la bouche et sembla pousser quelque chose comme un soupir… avant de s’éloigner.
« Hé ! Où tu vas ? »
Mais Kain n’eut pas le temps de se préoccuper de la fourmi qui s’éloignait : deux autres assaillants se dirigeaient vers lui.
Contrairement à Lian, il garda ses distances. La lumière autour de sa main gauche s’étira et se resserra autour de son avant-bras en une couche compacte.
Il dévia du même bras le coup de poing du premier assaillant, puis posa son autre paume contre sa poitrine.
BOUM !
La lumière explosa et projeta l’homme à plusieurs mètres. Au même instant, un deuxième natif arriva sur le côté, armé d’une épée courte.
Au lieu de l’affronter de front, Kain tira un fin rayon sur le sol juste devant ses pieds.
La pierre explosa et l’assaillant perdit l’équilibre. Kain fit alors un pas en avant et le frappa au flanc d’un coup de lumière.
THUD !
L’homme fut projeté vers le bord du pont.
« C’est tout ? Vous voulez m’attraper avec une force pareille, bande de faibles ? Je comprends mieux pourquoi votre dieu m’a choisi. » Kain éclata de rire.
À cet instant, trois autres natifs se ruèrent sur lui de trois directions différentes.
Le premier portait un anneau d’entrave, le deuxième une épée et le troisième une lance. Kain intensifia la lumière autour de ses mains.
Mais avant même qu’ils n’entrent dans sa portée d’attaque, quelque chose passa entre eux.
Le premier ne sentit qu’un bref coup sous la mâchoire.
THUD !
Sa tête bascula en arrière.
Le deuxième vit un poignet apparaître devant son visage l’espace d’un instant.
BOUM !
Son corps heurta le sol.
Le troisième n’eut même pas le temps de voir l’attaque.
THUD !
Tous trois tombèrent presque au même moment.
Et Lian se tenait entre eux.
Kain resta silencieux quelques secondes, puis la lumière autour de sa main faiblit.
« J’imagine que… merci ? » Il les regarda de nouveau tous les trois. Les pauvres types n’avaient même pas compris ce qui leur était arrivé…