Chapitre 80
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Dochaa !
Gushaa !
Les Cinq Guerriers Dragons et les dragons qu’ils montaient s’écrasèrent au sol.
— Giiguueeehhh—…!?
Les dragons agonisants hurlèrent.
Tous étaient maculés de sang.
Sans doute parce que le sang avait jailli de leur corps pendant un moment alors qu’ils forçaient pour rester en vol.
Quiconque tente de bouger sous paralysie fait jaillir le sang violemment.
— Comme on pouvait s’y attendre du dragon monté par l’homme qu’on appelle le chevalier le plus fort du monde…
Je tentai d’adresser la parole à Civit.
Tous les dragons s’affaissèrent en me lançant des regards noirs.
Leur intention meurtrière suintait de leurs yeux.
— Vous brûlez d’envie de me tuer au point que c’en est insupportable, pas vrai ?
Les dragons étaient extrêmement mécontents, même alors que les Cinq Guerriers Dragons s’apprêtaient à partir.
Je donnai mes ordres.
— Pigimaru.
— Pigii.
— Prépare “ça”.
— Pii~ !
J’appelai Seras, encore sidérée.
Et…
— Qu… qu’est-ce que tu as fait !? Touka !?
La voix de Civit retentit tandis qu’il s’effondrait au sol.
Il tentait de se redresser.
Il était encore hors de portée de mon <Sleep>…
Ce serait trop risqué de m’approcher.
— Je te l’ai déjà dit.
répondis-je en prenant mes distances.
— Mon pouvoir est… assez spécial.
Je tendis un bras.
— <Poison>
Face aux Cinq Guerriers Dragons, je dois me préparer au pire.
Pas le moment d’utiliser un poison non mortel pour les laisser végéter.
Je vais le tuer, maintenant, en réglant mon poison sur létal.
— Nuu !? Guuaahhhh…!?
Schweiz gémit de douleur.
Oban enchaîna :
— Aaaggguauaahhh !? Impossible, c’est… ? L’état anormal Paralysie… !? Une technique du Système des États Anormaux… !? Improbable ! Tu as pu l’enchaîner sur nous tous… C’est impossible ! Guuaaahhh !?
Bushuuu !
Le sang jaillit du corps de l’homme bandé.
— —Gunnnnggghhh !?
Les bandages autrefois blancs se teintaient de rouge.
Il avait dû essayer de bouger de force.
Tous les membres des Cinq Guerriers Dragons gisaient maintenant au sol.
Impossible de savoir combien de temps il leur restait.
…Devrais-je passer à la combinaison avec <Sleep> une fois sûr qu’ils soient bien affaiblis ?
Je dois être certain au moment de les endormir.
— Touka… !
J’entendis une lance heurter le sol.
— …Comme on s’y attendait, ta renommée de “Plus Fort de l’Humanité” n’est pas usurpée.
Civit se releva.
Les trois autres ne montraient plus aucun signe de mouvement.
On aurait dit qu’ils avaient renoncé.
Mais Civit, comme je le pensais, surpassait les autres.
Tout son corps tremblait à répétition.
Il ne tenait debout qu’en s’appuyant sur sa lance, les jambes fermement campées pour ne pas s’écrouler.
Et, en se redressant, Civit avait énormément saigné.
— Pffuuhaa… !
Il cracha un caillot de sang.
Bichhaaaa.
Le caillot qu’il avait expectoré s’écrasa au sol et éclaboussa.
Des larmes de sang coulaient même de ses yeux.
Le Dévoreur d’Âmes avait essayé de bouger, sans succès.
Mais Civit, lui, parvenait à se mouvoir de force.
Civit brandit sa lance.
Je vais observer… Jusqu’où peut-il forcer son corps ?
Que se passera-t-il s’il emploie toute sa force ?
Bushuu !
Même si son bras droit pissait le sang, Civit serra sa lance avec véhémence.
Même en perdant son sang, Civit se prépara à lancer sa lance.
— …….
C’était moins une.
Si je m’étais approché à l’instant, mon cœur aurait pu être transpercé.
— …………
Gagner ou perdre, il me faut quand même tenter ce pari.
M’approcher et tenter <Sleep> ?
Ce n’est pas encore le moment que Pigimaru utilise “ça”.
Je me mis à courir.
Zaaannn !
Mais une silhouette s’interposa sur ma trajectoire.
— Seras… ?
— Si Civit lance sa lance dans cet état, je pourrai peut-être la dévier… Et sinon, mon corps fera bouclier.
— Seras, je sais que ton cœur a été rudement éprouvé, mais ça va—
— Nous en avons déjà parlé.
coupa Seras.
— À présent, je suis la garde de Touka-dono.
— …Pardon.
— C’est trop tôt, Touka-dono.
— Hein ?
— Je ne vous ai pas encore remercié de nous avoir ouvert cette voie de survie—
Bushuu !
— Guuuhhh… !?
Le sang jaillit à nouveau du corps de Civit.
Au bout du compte, la contre-attaque de Civit—
— Gguuwaaahhh…—!?
Mon inquiétude inutile s’évanouit.
Il n’avait pas pu lancer sa lance.
« Le Plus Fort de l’Humanité » tomba à genoux, puis s’immobilisa.
Sous ses yeux, le sang forma une flaque.
Cette flaque s’élargissait lentement.
Je ne pus que m’étonner.
— Personne n’avait jamais subi ma combo paralysie + poison et réussi à bouger autant.
C’est dire la puissance de Civit.
— Si je l’avais affronté “à la régulière”, je ne pense pas que j’aurais gagné.
J’ai bien fait d’économiser <Paralyze> pour ne l’utiliser qu’au moment où il donnerait sa pleine mesure.
Frouisse, frouisse—
Je sentis une « racine » ramper depuis ma nuque jusqu’à ma tempe.
Je ne dois pas me relâcher.
Rester prêt jusqu’à ce que l’ennemi meure.
J’attendis donc la mort de mes ennemis empoisonnés.
C’est un combat à base de <Poison>.
Ce n’est pas un duel que l’on conclut par un coup final.
— Guuuu… Guuugggaahhh—unngghhh—…
Le premier à succomber fut l’homme bandé.
Le fait d’avoir forcé à bouger avait précipité sa mort.
Hein ?
— Qu’est-ce que… ?
Soudain, le corps de l’homme bandé émit une lumière intense.
Aussitôt après…
Bashuuu !
Un épais rayon de lumière jaillit vers le ciel, comme pour le transpercer.
Mais il disparut aussitôt.
Seras, perplexe, murmura :
— Qu’est-ce que c’était… à l’instant ?
J’avançai une hypothèse.
— Sans doute un signal.
— U- Un signal ?
Par exemple, un signal pour prévenir quelqu’un de sa mort.
Ou pour indiquer la position de l’ennemi qui l’a tué.
Sous ces bandages…
Peut-être un sceau déclenché automatiquement ?
Comme ce jour-là, où l’on avait trouvé cet œuf noir enveloppé d’un tissu dans les ruines…
Un signal qui pointe l’ennemi, à l’instant de la mort.
À l’origine, pour que Civit accoure dès qu’ils tombent ?
Civit ne laisserait pas « s’échapper » un ennemi capable d’abattre les Cinq Guerriers Dragons.
— Alors, qui va accourir, cette fois… ?
Un rugissement monta du lointain.
Plusieurs rugissements se rapprochaient.
Des rugissements de dragons.
Plusieurs — non, au moins vingt dans l’essor.
Peut-être davantage encore.
Il devait y avoir une autre unité des Chevaliers du Dragon Noir en réserve ailleurs.
Je voyais bien la raison :
Civit avait dû les disposer autour pour resserrer au maximum le « périmètre de sa scène ».
— ………..
Ce pilier de lumière servait donc de balise…
— Touka-dono, q- que devrions-nous faire ? Et si on se cachait dans la forêt… ?
Creak… Rip— (craquement… déchirure)
— Si les Cinq Guerriers Dragons meurent, ils ne vont peut-être pas s’approcher “simplement” d’ici…
Je veux éviter de quitter les lieux dans ces conditions.
S’ils ont un sort de soin, ou quelque technique comparable ?
Ce serait très embêtant s’ils réussissaient à secourir Civit et les autres.
— Je dois au moins rester jusqu’à m’assurer que les Cinq Guerriers Dragons restants meurent.
Approcher Civit demeure dangereux.
Un rat acculé est le plus dangereux.
Je me rappelai les Ruines d’Élimination.
Acculé pour de bon, quelqu’un peut faire surgir une force insoupçonnée.
Si Seras pouvait enfiler son Habit Spirituel, je lui aurais demandé de les contenir, mais…
— Seras, enfuis-toi. Et, désolé de ne pas t’avoir expliqué plus tôt—
— Je reste.
dit Seras d’une voix résolue.
Puis, sur un ton plus léger :
— En échange, je compterai sur cette Pierre du Dragon Azur comme récompense, d’accord ?
Elle a finalement pas mal de cran.
Et se remet plus vite que je ne le pensais ?
— Compris. Tu peux compter dessus.
Un dragon noir arriva enfin.
— Schweiz-sama !?
Le dragon de tête s’immobilisa dans le ciel.
— Qu’est-ce qui s’est passé ici !?
Le chevalier cria, restant hors de ma portée…
Il ne descendrait pas imprudemment, hein…
Mais celui qu’il appelait, Schweiz, ne pouvait répondre.
— Aslan… !
Ce fut la voix de Civit qui lui lança l’appel.
Le chevalier nommé parut désemparé.
— Quooi~ !? C- Civit-sama… !? Hein !? Impossible !? Ê- Êtes-vous blessé !?
Voir Civit blessé semblait inconcevable pour son subordonné.
Civit cracha du sang et hurla vers le ciel :
— Ça risque d’être dur, mais… Guahaaa !? Tuez-les depuis le ciel ! Ne vous approchez pas imprudemment… ! Gardez vos distances et abattez-les— !
Il ne pouvait déjà plus bouger.
Mais il lui restait assez de force pour crier…
— Quoi qu’il arrive ! Tuez ces deux-là… !
Bouger en paralysie, c’est frôler la mort.
Pourra-t-il mourir avant que la jauge ne s’épuise ?
Il restait du temps avant la fin de la paralysie…
— Frouisse—
— Pii !
Le signal de Pigimaru.
Je distinguai autour de mes yeux plusieurs « racines ».
La vraie nature de ces « racines » : ce sont des parties du corps de Pigimaru.
Parfait…
La connexion est établie.
Deux problèmes avec cette capacité :
Le premier, c’est le temps nécessaire pour atteindre cet état.
Le second, c’est l’absorption monstrueuse de PM pendant l’activation.
Et ces « racines » qui envahissent mon visage alertent l’ennemi qui remarque le changement.
Donc impossible de l’utiliser pendant ma discussion avec Civit.
Je vois mes PM baisser à vue d’œil.
Voilà pourquoi je ne pouvais pas l’activer avant notre conversation.
Pire : j’aurais pu tomber en syncope, PM à zéro, en plein échange.
Bref, ce « pouvoir » que Pigimaru a obtenu via l’Amplificateur de Monstres n’est bon que pour des combats très courts.
Dans mon champ de vision, Seras demanda :
— Touka-dono, v- votre apparence… ?
— Ne t’en fais pas. J’emprunte juste la force de Pigimaru. Tu n’as pas à t’inquiéter.
Les dragons noirs suivants se rassemblaient dans le ciel.
Je reniflai.
— Funnn… On dirait que ta compagnie s’agite…
Le premier chevalier arrivé s’échinait à expliquer la situation aux autres.
Voir ceux qu’ils croyaient les plus forts — les Cinq Guerriers — gisant au sol, attisa leur trouble.
Rien d’étonnant.
Civit Gartland à genoux dans son propre sang : trop improbable pour eux.
— Qu’est-ce que vous… regardez… ? Tuez… les…
Civit n’avait même plus la force de crier.
Il avait trop bougé malgré la paralysie.
Il était à bout.
Sa voix n’atteignait plus les chevaliers.
À vue d’œil, ils ne réagissaient pas.
— …………
Bon—
— Fais-les tomber, Pigimaru.
— Pigii !
— Seras.
— O- Oui.
— Si quelque chose est lancé depuis le ciel, tranche-le. Et reste en alerte tant que ces Cinq Guerriers Dragons respirent.
— Oui !
Levant les yeux, Seras mit son épée en garde.
— Laissez-moi faire.
Nyururiii~
De multiples excroissances jaillirent de l’arrière de ma nuque, l’une après l’autre.
— Nyuruu, nyurruuu, nyorruuu—
Vu de l’extérieur, on dirait que des ailes me poussent.
Je fixai les renforts des Chevaliers du Dragon Noir amassés dans le ciel.
— Alors—
En alimentant de mon énergie magique…
— il est temps d’une conclusion parfaite.
C’est parti.