Chapitre 78
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
— Hein ? Je suis la cause principale… ?
La confusion de Seras s’accrut.
Je pouvais clairement la lire sur son visage.
Schweiz baissa les yeux sur elle, la pitié peinte sur les traits.
— À en juger par ta réaction, on ne t’a rien dit à ce sujet, hein…
— C’est insensé… ! Pourquoi dites-vous que je suis la cause principale de l’invasion de Neia par Bakuos !?
Civit appela soudain :
— Schweiz.
Schweiz inclina légèrement la tête.
Il semblait que Civit lui laissait toutes les explications.
— La déesse Vysis te veut, Seras Ashrain.
Quoi ?
Cette foutue déesse… ?
Cette foutue déesse voulait Seras ?
Qu’est-ce que cela signifie ?
Seras paraissait, elle aussi, déconcertée.
— La déesse d’Alion… me voulait ?
— D’après ce que j’ai entendu, c’était quand un présage annonçant le Grand Empereur Démon est apparu. La déesse a exigé du roi Ortora qu’il t’offre à elle.
— Pourquoi la déesse me voudrait-elle—
— Ce Schweiz ne connaît pas la raison exacte. Cependant, la déesse a plusieurs subordonnés privés nommés “Apôtres de Vysis”. Ma conjecture est que l’avènement susdit du Grand Empereur Démon s’est confirmé.
— Mais cette histoire, de ce que j’en savais…
— J’ai entendu dire que le roi Ortora a fermement refusé.
— Mon roi a fait cela ? Ne me dites pas— qu’elle voulait juste se servir de ma vie pour trouver un prétexte à reprocher à mon roi, et s’en servir de motif… ?
Non, cette théorie cloche.
Si tel était le cas, ce ne serait que pure mauvaise foi.
Il doit y avoir d’autres raisons pour lesquelles le Saint Roi a voulu tuer Seras.
Une raison à son refus de la livrer.
Perdre la chef des Chevaliers Sacrés aurait-il été un coup trop rude pour le royaume ?
Non.
L’indice avait déjà filtré dans la conversation des Cinq Guerriers Dragons.
En particulier, le caractère du roi Ortora.
« Il est déjà cassé. »
« Délire profondément enraciné »
« Désirs lubriques »
« Un cadavre dont il sait qu’il est encore pur. »
Un attachement anormal à Seras.
N’est-ce pas là la raison ?
La raison pour laquelle le roi refusait de la remettre à d’autres.
Mais, une fois séparés trop longtemps, il envoya des assassins pour la tuer.
Le roi voulait garder Seras pour lui.
C’est ce que je pense.
Mais puisqu’elle ne pourra plus jamais revenir entre ses mains,
alors il aurait envisagé de la faire tuer.
Si elle ne devait jamais lui revenir…
Plutôt que de la livrer aux mains d’autrui—
il la veut morte.
De sa part, c’est tout à fait plausible.
Il est, à n’en pas douter, devenu un « vieux brisé ».
Enfin… si mon hypothèse est correcte.
Pour être honnête… il serait trop cruel de faire de Seras la principale cause de la chute de son pays.
Si quelqu’un doit vraiment en répondre, ce devrait être soit cette foutue déesse, soit l’ex-Saint Roi.
Schweiz tourna le regard vers le lointain Alion.
— On dit que s’il n’y a plus eu de guerres entre nations sur ce continent depuis longtemps, c’est grâce à l’existence de la déesse d’Alion.
Il se retourna de nouveau vers nous.
— La raison pour laquelle Bakuos n’a pas envahi Urza tout ce temps, c’est un accord de paix, obtenu grâce à la médiation de la déesse. Sur ce continent, l’influence de cette déesse est très forte.
Un accord de paix entre Bakuos et Urza.
Les clients en parlaient à la taverne de Mills.
C’est aussi pourquoi Urza ne craint pas une attaque de Bakuos.
— Mais Neia n’a pas seulement refusé l’exigence de la déesse ; Neia a ensuite ignoré tous les messages d’Alion… La suite, vous la connaissez, n’est-ce pas ?
Un accord n’a de sens que parce qu’une déesse le garantit.
À l’inverse, si la déesse retire son influence d’un endroit, cet endroit devient sans protection.
En d’autres termes, Bakuos a pu interpréter la disparition de l’influence de la déesse sur Neia comme un « feu vert » à l’invasion.
— Impossible…
Seras fut encore plus ébranlée.
— En d’autres mots, la déesse a perçu en toi une certaine utilité. Si l’on ajoute le cas du roi Ortora, même ta beauté irréelle pourrait…
Oban gloussa soudain.
— La Chevalière Sainte-chan là-bas, on peut dire que c’est la plus belle femme du pays. Ou plutôt, Civit-chan. Tu n’es pas, toi, intéressé par elle en tant qu’homme ?
— Disons que je l’apprécie comme une œuvre d’art. Toutefois, le miel le plus suave que je recherche ne se trouve que dans les adversaires puissants que j’affronterai. Les seuls êtres que je peux qualifier de “beaux”, ce sont les forts que j’ai combattus.
— Fumu… Mais je me demande si ta beauté exceptionnelle n’a pas le pouvoir de rendre fous ceux qui détiennent l’autorité… La famille royale de Neia a dû en faire les frais.
— …Qu’en est-il de la princesse ?
demanda Seras.
La question semblait un peu abrupte.
A-t-elle réagi au mot « royale » ?
Schweiz demanda en retour :
— Parles-tu de la princesse Cattleya ?
Seras renvoya une autre question, dans une voix où perçait l’incertitude :
— Est-elle saine et sauve… ?
— Eh bien, elle deviendra l’épouse de Civit-dono, tôt ou tard.
— … !
Civit prit la parole :
— C’est un ordre que j’ai reçu de Sa Majesté l’Empereur… Un mariage nécessaire à la stabilité de notre domination sur le territoire de Neia.
— …La princesse est donc…
— C’est une femme assez volontaire, ce qui a le don de me stimuler un peu. Cela dit, je ne ressens toujours pas ce qu’on appelle l’attrait du sexe opposé. J’aurais préféré croiser le fer avec toi, la Chevalière Princesse.
Civit Gartland.
N’est-il vraiment intéressé que par les puissants ?
— Cependant, Seras Ashrain mourra de toute façon dans cette pièce. J’imagine qu’on devrait au moins envoyer sa tête à Cattleya.
— Kuh… à la princesse, un tel acte—
— Tais-toi. Les faibles comme toi n’ont qu’à se résigner.
coupa net Civit.
— —Quoi ?
— J’en ai fini de discuter avec toi. Si tu veux haïr quelqu’un, hais donc ta propre faiblesse, qui t’empêche d’emporter la victoire ici.
Civit jeta un coup d’œil à Seras et conclut :
— Il n’y a rien de plus terne qu’un individu qui feint de pouvoir gagner. Parfois, même ceux qui acceptent leur mort sans résister sont loués, car ils ont su recevoir une fin digne. Je méprise ceux qui fuient par peur. Même faibles, s’ils continuent de me faire face— alors là, je les apprécie énormément.
Tandis que le soleil se couchait derrière lui, Civit sourit.
— Inutile de préciser… que l’idéal reste d’affronter quelqu’un qui a le pouvoir de me tuer.
Mes cartes étaient déjà prêtes.
— …………..
La voie s’est enfin ouverte— celle que je voulais.
La voie vers ma survie.
— Toutefois, attendre ici jusqu’au coucher complet du soleil est trop ennuyeux. As-tu déjà un plan, garçon ?
— Civit Gartland. Désires-tu vraiment un ennemi capable de menacer ta vie ?
— Tu ne te trompes pas.
………….
Ne pas s’impatienter.
Rester calme.
Ne commettre aucune erreur dans mes choix.
— Dans ce cas, et si j’essayais ?
— Tu serais l’ennemi capable de menacer ma vie… ? Mais que pourrais-tu faire ? Non— que caches-tu ? D’où te vient une telle assurance, alors qu’il est évident que tu es bien plus faible que nos Cinq Guerriers Dragons ? À t’entendre, ce ne sont pas de vaines fanfaronnades. Je vois que tu as des convictions. Tu caches quelque chose… n’est-ce pas ?
— C’est comme tu l’as deviné. J’ai encore quelques secrets.
— Si tu dévoiles ton secret, je te tuerai de cette lance. Prépare-toi, garçon.
J’expirai lentement, profondément.
Après une pause, je parlai :
— Si je ne me trompe pas, tu as dit que ceux qui possèdent la puissance la plus explosive grâce aux bénédictions divines sont ceux qui se rapprochent le plus de ta position de Plus Fort ?
Un sourcil de Civit tressaillit à mes mots.
— Comme tu le souhaites, je vais révéler le secret que je cachais.
J’adressai un sourire en coin à Civit.
— Mon vrai nom est Touka Mimori.
Ce sera sans doute la carte qui fera s’ouvrir la porte—
— Et je suis un Héros venu d’un autre monde.