Chapitre 77
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
— D’abord, dis-moi ton nom.
— Hati Skoll.
— Je vois, un pseudonyme, hein…
Il l’a percé à jour sans effort.
— …Eh bien, oui.
— Donc, il doit bien y avoir une raison pour laquelle tu dois cacher ton vrai nom. On dirait que la princesse chevalier avait, elle aussi, quelque chose de ce genre.
— Civit-dono.
Schweiz s’interposa brusquement.
— Qu’y a-t-il ?
— Je n’arrive toujours pas à comprendre. Qu’est-ce qui, au juste, vous préoccupe tant chez ce garçon ?
— C’est étrange.
répondit Civit.
— Il n’avait pas l’air effrayé, même face aux Guerriers des Cinq Dragons.
— Vraiment ? De mon point de vue, on dirait plutôt qu’il sue de peur.
— Tu te trompes. Cette réaction n’a rien à voir avec la peur. Regarde bien. Ce ne sont pas les yeux de quelqu’un qui a perdu toute volonté de se battre. On dirait plutôt qu’il guette l’instant parfait pour frapper.
— Qu’est-ce qu’il pourrait bien tenter contre vous, Civit-dono ? Que pourrait-il faire ? Il n’aurait pas le temps d’achever la moindre incantation, et même s’il essayait de sortir un outil magique, vous pourriez l’appréhender aussitôt.
— Il sait que, s’il fait le moindre geste qui me déplaît, je le tuerai sur-le-champ. Et même dans une telle situation, il a souri et m’a montré qu’il voulait parler. Il ne s’est pas rendu, il ne mendie pas sa vie, il veut simplement converser. C’est une expérience plutôt rafraîchissante pour moi.
À l’explication de Civit, Schweiz sembla saisir un peu mieux.
Les lèvres de Civit se creusèrent d’un léger sourire.
— Quelqu’un de bien plus faible que moi tente pourtant, pour une raison ou une autre, de se frayer un chemin ici. Tout en sachant que l’on me surnomme “Le Plus Fort de l’Humanité”.
……………
Un homme habile à déduire.
Un regard d’observateur très aiguisé.
— Qu’en dis-tu, Schweiz ? Tu ne le trouves pas intéressant, maintenant ?
— …En effet.
— Un vent neuf vient de souffler ici, et je pense qu’il est trop tôt pour que le rideau tombe sur ta scène. J’aimerais poursuivre cet acte avec lui. Quant à Seras Ashrain—
Civit poursuivit sans détourner les yeux de moi.
— Elle ne m’intéresse plus en tant qu’adversaire. Vu sa réaction en me reconnaissant, je doute qu’elle puisse même s’approcher de me tuer…
— Il semble surtout que son cœur ait été fortement ébranlé en apprenant la véritable nature d’Ortora.
Leur conversation m’apporte aussi des informations précieuses.
Autant en tirer le maximum.
Cependant, rester muet n’est pas une option.
— ………………
Ceci dit…
Il me faut aussi quelque chose qui desserre leur vigilance à mon égard.
Je ne vois aucune ouverture chez Civit.
C’est un peu différent de ce Dévoreur d’Âmes.
…Je ne dois pas m’impatienter.
La moindre erreur de choix— et c’est fini.
— J’ai une question.
Je choisis mon moment et, jugeant l’instant venu, j’ouvris la bouche.
— Très bien. Dis-la.
— Tu cherches un adversaire capable de te satisfaire, n’est-ce pas ?
— Tu ne te trompes pas.
— Mais n’as-tu pas déjà combattu des êtres dont la force dépasse l’humain ?
— Je crois deviner où tu veux en venir, mais… Continue.
— Pour commencer, il y a le Grand Empereur Démon et son armée.
— Pour l’instant, il m’est assez difficile d’affronter l’Empereur Démon.
— Pourquoi ?
— Le problème, c’est Magnar.
Ce pays du nord dont j’avais déjà entendu parler…
La ligne de front contre l’armée du Grand Empereur Démon.
— Le roi de Magnar ne veut pas d’autres troupes sur son territoire. Même si sa Grande Forteresse a été brisée, tant que les Chevaliers du Loup Blanc vivent, ils refuseront les renforts étrangers autant que possible. Ils se méfient particulièrement de notre Bakuos, plus que des autres nations — surtout depuis que nous avons envahi Neia. Mais, pour être honnête, j’aimerais défier en duel le chef des Chevaliers du Loup Blanc.
— Alors, pourquoi ne pas le faire ? N’es-tu pas le plus fort du continent ? Tu ne peux pas faire ce que tu veux ?
— Même ainsi, je dois tenir compte de ma position de chef des chevaliers. Je ne peux pas dire que je sois d’une loyauté exemplaire envers Sa Majesté l’Empereur. Je dois considérer la maison Gartland — et cela m’empêche d’agir de façon déraisonnable, surtout si cela affecte la diplomatie. Bien sûr, c’est regrettable à mes yeux.
Schweiz ajouta :
— Les relations entre nations sont très complexes. Même nous, Chevaliers du Dragon Noir, les plus puissants du monde, nous ne pourrions pas vaincre si nous devions affronter toutes les armées à la fois.
Si, par exemple, Civit se mettait à tuer les grands guerriers étrangers à sa guise…
Bakuos risquerait de subir les représailles de toutes ces nations.
Ainsi, sa propre maison lui sert de chaîne…
Fumu…
Même le plus fort n’est pas sans entraves.
En d’autres termes, c’est parce qu’il est coincé qu’il brûle d’envie d’“adversaires”.
Je posai alors :
— Et Alion ?
— Hmm ?
— As-tu tenté d’affronter la déesse d’Alion ?
Son attitude face à cette foutue déesse — ça m’intéresse.
— La déesse Vysis, hein… Je n’ai pas l’intention, pour l’instant, de me mettre les dieux à dos. Notre Bakuos et Alion entretiennent des liens étroits. Disons que, personnellement, je n’aime pas cette déesse… Mais—
L’éclat dans les pupilles de Civit s’intensifia.
— J’ai de grands espoirs envers ces Héros extraordinaires qu’elle a convoqués.
Les Héros de la classe 2-C.
Comme prévu, ils m’intéressent aussi.
— Le Saint de Jonato, l’Empereur Fou de Mira, le “Tueur de Dragons” d’Urza… ce sont des adversaires séduisants. Mais, comme on pouvait s’y attendre—
Civit eut un léger sourire.
— Ce sont les héros d’un autre monde qui possèdent le plus grand potentiel explosif, grâce à leurs bénédictions divines. Ils sont peut-être ceux qui s’approchent le plus de ma position de Plus Fort. Je crois — et j’attends — qu’ils seront les ennemis jurés de ce Civit Gartland.
Je vois.
Cet homme, Civit Gartland…
— Mais crois-tu que la déesse te permettra d’affronter les héros ?
— Si les héros accomplissent leur tâche de vaincre le Grand Empereur Démon, je pense que la déesse l’autorisera, au moins une fois. Bien sûr—
D’un ton presque guilleret, Civit continua :
— Si le Grand Empereur Démon venait à écraser les Chevaliers du Loup Blanc de Magnar, à exterminer les Héros d’Alion, à déchirer cette déesse en huit morceaux et à marcher sur nos Chevaliers du Dragon Noir — alors, je les accueillerai.
Une fierté absolue, suintant de ses paroles.
Peu lui importe qui est l’adversaire, tant qu’il a survécu en étant le plus fort.
Son seul désir est d’affronter la puissance.
Mais sa position l’empêche de combattre librement qui il veut.
Civit ne sait que faire… de sa force, qui fait de lui le Plus Fort.
À ce moment-là—
— En parlant d’Alion… Seras Ashrain n’avait-elle pas un lien profond avec eux ?
murmura Civit pour lui-même.
La Seras désespérée leva les yeux.
Elle paraissait furieuse.
— Que veux-tu dire ? J’aurais un lien profond avec Alion… ?
Hein ?
Quoi ?
Seras réagissait comme si elle n’en avait aucun souvenir.
Civit poussa un bref soupir.
— Tu étais censée être un tribut pour les morts. Je vais t’expliquer, à toi l’ignorante, pourquoi le Saint Royaume de Neia a été détruit.
Civit poursuivit, sans montrer grand intérêt pour le sujet :
— Pendant très longtemps, notre Bakuos n’a pas attaqué Neia. Puis, soudain, Bakuos a changé de politique et a envahi Neia… Et la cause principale de tout cela, c’est toi, Seras Ashrain.