Chapitre 75
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
<Point de vue du Saint Roi>
Ortora Stramius.
Nous étions autrefois le roi qui avait régné sur le Saint Royaume de Neia.
À présent, nous faisons un cauchemar.
Les rêves rappellent parfois les expériences vécues dans le passé.
C’était à l’époque où nous avions encore l’énergie de bouger nos jambes…
Le Saint Royaume de Neia.
L’Empire Bakuos.
Il existe un ensemble de ruines s’étendant à la frontière entre ces deux pays.
Un jour, des monstres aux yeux dorés commencèrent à déborder de ces ruines.
Nos deux nations décidèrent de traiter ce problème ensemble.
À cette époque, l’empereur de Bakuos conduisait lui-même ses troupes.
Ne voulant pas paraître inférieur, nous avons nous aussi conduit les nôtres jusqu’aux ruines.
C’était lorsque l’armée du Saint Royaume de Neia arriva en retard.
Nous commençâmes à douter de ce que nous voyions.
Le Dieu du Mal dont parlent les légendes aurait-il foulé ce monde ?
Au début, nous pensions halluciner.
Les yeux rouges du garçon brillaient vivement.
Ses cheveux blancs étaient baignés dans le sang des monstres.
Ce qui frappait le plus chez lui, c’était son expression : on aurait dit qu’il se délectait du combat.
Peu à peu, les monstres commencèrent à l’éviter.
Ces monstres aux yeux dorés étaient pourtant réputés pour leur férocité.
Et le garçon se mit à les invectiver alors qu’ils fuyaient.
« Pourquoi !? Pourquoi ces foutus monstres aux yeux dorés, synonymes de férocité, agissent-ils de manière aussi honteuse !? Pourquoi ne me faites-vous pas face !? N’avez-vous donc aucune fierté en tant que monstres féroces !? »
Un garçon trempé du sang des monstres qu’il a vaincus.
Sa voix était emplie de désespoir.
Elle sonnait comme un cri saturé de pathos.
Ce garçon désirait un “ennemi”.
Nous ne l’avons compris que plus tard.
Puis, le garçon sembla enfin nous remarquer.
Je m’en souviens encore aujourd’hui.
Le moment où ses yeux rouges croisèrent les nôtres.
Ses yeux exprimaient de l’attente, espérant que la personne la plus forte d’un royaume soit son roi.
Le garçon se mit à marcher vers nous, le roi d’un pays.
Pourtant, personne ne l’arrêta.
Non — personne ne pouvait l’arrêter.
Le garçon nous fixait de ses yeux rouges brûlant d’esprit combatif.
Mais cette flamme disparut en un instant.
« Tsk, juste un menu fretin. »
La voix du garçon trembla tandis que son expression se détournait.
Il semblait profondément déçu.
Le garçon leva les yeux vers nous.
Il tendit la main vers nous, perchés sur notre cheval.
« Donnez-le-moi. »
Le garçon parla d’un ton sinistre mais sérieux.
« Donnez-moi l’homme le plus fort de votre pays, espèce de salaud. »
Bam ! Thud !!!
— —Ahh… Haaa… Haa….. ngh !
Nous bondîmes hors du lit.
Ma chambre était silencieuse et déserte.
Nous vivons dans un manoir au bord d’un lac, au sud du territoire impérial.
L’ex-Saint Roi Ortora vit désormais ici en reclus.
Après avoir capitulé devant Bakuos, c’est devenu notre nouvelle “résidence”.
Si l’on va vers le nord, on trouve l’endroit où se dressait jadis le Saint Royaume de Neia.
L’ancien château royal est maintenant sous le contrôle des Chevaliers du Dragon Noir.
L’empereur leur a cédé la majeure partie du territoire de Neia.
(Les Chevaliers du Dragon Noir…)
Je vois encore ce garçon dans mes rêves.
(Ce garçon est devenu le chef des Chevaliers du Dragon Noir, maintenant… Ahh, quelle horreur…)
Nous desserrâmes la robe autour de notre poitrine.
Beaucoup de sueur collait à notre corps après ce sommeil agité.
Sans doute à cause de ce cauchemar.
(Ahhh…)
Nous étions submergés.
Nous couvrîmes notre visage de nos deux mains.
Dans notre tête surgit le visage du chef des Chevaliers Sacrés.
(Seras…)
Elle quitta le château avant que les Chevaliers du Dragon Noir n’atteignent la capitale.
J’ai entendu dire qu’elle était encore en fuite.
(Je ne regrette pas de t’avoir laissé partir… Je ne le regrette pas, mais—)
Je n’arrive pas à cesser de m’inquiéter pour elle.
Est-elle en sécurité à présent ?
(Non…)
Un gémissement étouffé s’échappa de notre bouche.
Des profondeurs de notre cœur, un regret surgissait.
(J’ai peut-être fait le mauvais choix à ce moment-là. Ahh, si j’avais su que cela arriverait… nghh !)
Nous ouvrîmes soudain les yeux en grand.
(Même de force, j’aurais dû la garder dans mes bras… nghh !)
Cependant, notre fille n’autorisait aucun homme à approcher Seras.
Elle n’avait fait aucune exception, même pour son propre père et roi, Ortora.
La chef des Chevaliers Sacrés, Seras, était un fruit défendu pour les hommes.
À l’origine de cela se trouvait l’idée de notre fille.
Nous ne pouvions voir Seras qu’en public.
Même le temps et le lieu où nous, le roi, pouvions la rencontrer étaient limités.
Malgré que ce soit notre propre enfant, nous n’étions pas à l’aise avec notre fille.
Non, on peut même dire que nous en avions peur.
C’est pourquoi nous n’avions pas interféré concernant Seras.
(Ahh…)
Chaque fois que j’y repense, ma poitrine se serre douloureusement.
Ses membres dessinaient de belles lignes pleines de séduction.
Ses lèvres lisses et rosées.
Ses seins opulents qui mettaient à mal les tissus qui les contenaient.
Sa voix claire qui caressait doucement vos oreilles.
Son parfum délicat et féminin.
Elle était devenue une personne à la fois fière et magnanime.
Et ce qui parachevait tout cela, c’était son visage d’une beauté parfaite…
L’ensemble de Seras Ashrain avait ranimé en ce vieux roi mourant l’instinct d’un mâle vigoureux.
(Ahh… je déteste ça…)
Je craignais qu’elle n’appartienne à un autre.
Nous en avions sincèrement peur.
(Nous sommes le roi qu’elle sert… celui à qui elle a dévoué son épée. Elle est donc notre possession… Quand j’étais roi, j’aurais dû lever cette interdiction pour moi-même. Ces désirs brûlants et ces passions tourbillonnant dans mes pensées, je les aurais savourés comme je savoure la Seras de mes fantasmes… Je me répète cela sans cesse…)
Nous ne pouvions que nous voir pleurer.
(En face de Seras, qui pouvait voir à travers les mensonges, nous avons toujours dû jouer le rôle du bon roi avec un soin extrême… mais en réalité, nous n’étions qu’un lâche…)
Seras a disparu quelque part maintenant.
Ma fille, Cattleya, l’a guidée pour qu’elle puisse s’échapper.
J’étais conscient qu’elle agissait ainsi.
Je le savais déjà mais… je l’ai laissé faire.
(À ce moment-là, je pensais que Seras finirait entre les mains des gens de Bakuos. Oui… Je garderai simplement l’existence de Seras Ashrain comme un doux souvenir nostalgique d’un vieil homme mourant…)
Je me surpris à agripper fortement les draps.
Cela montrait l’intensité de mes sentiments.
(Cependant—)
— Comme je le pensais, ça ne va pas.
Nous ne le permettrons pas.
Nous ne l’accepterons pas.
(En y pensant, elle serait tout de même souillée par d’autres hommes s’ils l’attrapaient— Comment puis-je apaiser cette angoisse… nngh !)
Cependant, nous ne retirerons pas la main déjà tendue.
Si elle est quelqu’un que nous ne pouvons posséder…
(Ahh ! À ce rythme, un autre homme pourrait me la voler ! Si cette souffrance devait durer éternellement… nngh !)
Notre tête tomba sans force.
— Seras…
Nous joignîmes les mains.
Comme en prière.
— Ce sera peut-être ma dernière requête… je t’en supplie…
Nous fîmes sortir une voix puissante mais rauque de notre gorge desséchée.
— S’il te plaît, va mourir et disparais de ce monde… !