Chapitre 71
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
J’ai attendu un moment, espérant qu’elle finirait par arriver en retard.
Cependant, aucun signe de Seras.
Il est maintenant presque 15 h 30.
Elle avait pourtant dit qu’elle reviendrait au plus tard vers 13 h.
[…]
Je commençai à trouver que son retard devient vraiment anormal.
La nuit dernière, Seras était venue dans ma chambre exactement à l’heure convenue.
Elle semblait être quelqu’un de très stricte concernant la gestion de son temps.
Je parla à Pigimaru, dissimulé sous ma cape.
— Qu’en penses-tu ?
— Piii… Pyuuuu~…
Pigimaru pousse un faible gémissement.
— Tu crois qu’elle a rompu notre promesse et qu’elle est partie sans rien dire ?
— Pyiii~
Sa couleur devient rouge.
La couleur de la négation.
Mais cette teinte est très pâle.
On dirait qu’il s’était vraiment attaché à elle.
— Bon… Il est trop tôt pour conclure qu’elle a rompu notre promesse avant même de vérifier la situation actuelle.
— …Pii ?
— Tant que je ne l’ai pas vue—
Ou vu le corps de Seras…
— … il se peut qu’il se soit passé quelque chose.
Je dois confirmer moi-même ce qui s’est produit.
Il y a aussi une certaine importance à juger la vérité de mes propres yeux.
— À ton avis, quelle décision a-t-elle prise ?
— Pii ?
— Si tu penses qu’elle a simplement disparu en silence, crie deux fois. Si tu penses que c’est autre chose, crie une seule fois.
— Pii.
Je n’ai pas entendu de deuxième cri de Pigimaru.
— On est restés ici un bon moment, entourés de beaucoup de monde. Allons-y.
Nous nous sommes mis en marche.
— J’ai comme le pressentiment que je vais perdre ce pari.
Mais d’autres questions me trottent encore dans la tête.
À ce stade, je ne pense pas que Seras ait vraiment un motif pour me tromper et disparaître soudainement.
Si elle ne voulait pas m’accompagner, elle aurait pu refuser dès le départ ma proposition d’être ma garde.
Aurait-elle vraiment changé d’avis à cause de son identité maintenant que je la connaissais ?
Si elle craignait tant les ennuis que cela pourrait lui causer, elle aurait dû quitter Mills bien plus tôt, avant même notre rencontre.
Elle n’aurait pas eu besoin de perdre son temps à traiter avec moi.
…Ou bien, avait-elle prévu de disparaître après avoir reçu les 300 pièces d’or ?
J’ai encore des doutes à ce sujet.
Il y a aussi la Pierre du Dragon Azur que je lui ai donnée hier soir.
Elle m’avait dit quelque chose à propos de la manière dont ce genre de gemme pouvait circuler sur le marché.
— Je ne pense pas que la Pierre du Dragon Azur soit quelque chose qu’on puisse vendre librement sur le marché.
En d’autres termes, Seras connaissait probablement l’existence d’un marché noir.
Elle savait comment revendre la pierre pour en tirer de l’argent.
Si elle voulait fuir Mills au plus vite tout en cachant son identité…
Alors, elle aurait pu partir la nuit ou très tôt le matin, la Pierre du Dragon Azur en main.
Il est même possible que l’argent qu’elle gagnait ne soit pas réellement destiné à ses frais de voyage pour Jonato.
Mais dans ce cas, elle aurait sûrement tenté de rejoindre une grande ville pour échanger ou encaisser ses gains à la banque.
Si elle atteignait la capitale d’Urza, elle pourrait facilement les transformer en argent liquide.
Mais surtout…
— Si elle avait planifié de me tromper depuis le début, elle a fait bien trop d’actions inutiles.
D’après mon expérience d’acteur, le jeu de Seras à ce moment-là aurait été bien trop mauvais.
Même les meilleures actrices laissent toujours transparaître une faille dans leurs yeux…
Quoi qu’il en soit, je veux confirmer moi-même si quelque chose lui est arrivé.
Je tentai de visualiser l’emplacement du manoir du marquis, d’après les rumeurs que j’ai entendues.
— Je crois qu’il est un peu à l’écart de Mills…
………
Mais mon esprit n’arrivait pas à cartographier correctement la zone avec ces simples ouï-dire.
Je connais très mal cet endroit.
Aucun repère évident ne me vient à l’esprit.
— Devrais-je acheter une carte détaillée des environs de Mills ?
C’est alors que je m’apprêtais à mettre un pied vers la rue principale pour acheter cette carte que…
— Hé, t’as entendu !? L’histoire de cette femme qui a trouvé le fameux Oeil du Dragon Sakazuki !
Mes pas s’arrêtèrent.
Une foule s’était rassemblée sur la place de la rue principale.
On dirait qu’une nouvelle soudaine vient d’éclater.
— Oui, j’ai entendu aussi ! Qui aurait cru que c’était en fait la princesse chevalier en fuite dont on parlait au guilde !?
——
Ne me dites pas que… son identité a été révélée ?
[…]
Qu’est-ce qui s’est passé, bon sang ?
Je tendis l’oreille.
Un homme commença à raconter l’histoire à d’autres arrivants.
Certains adorent être les premiers à partager la dernière rumeur.
Peut-être est-ce simplement dans la nature humaine.
— Vous voulez savoir ? Il paraît que Seras Ashrain s’est rendue au manoir du marquis pour recevoir sa récompense pour l’Oeil de Dragon Sakazuki, mais il y avait un mage employé par le marquis, célèbre pour sa capacité à briser les techniques d’Illusion. Et son déguisement magique a été brisé !
— Un type capable de briser les Illusions ? Incroyable ! Il paraît que son visage correspondait exactement à celui du portrait de l’ancienne chef des Chevaliers Saints qu’on a vu circuler à la guilde !
— Hein !? Les elfes peuvent vraiment utiliser des Illusions qui changent leur apparence !?
— Alors c’était bien elle, la Chevalier Sainte !
Parmi eux, il semblait y avoir un mercenaire présent lors de la réunion de préparation de l’expédition près des ruines.
— D’après ce que j’ai entendu, elle se serait enfuie en direction de la Forêt Sombre !
— Attends, attends ! Ça veut dire qu’on peut toucher la grosse prime si on la capture !?
— Ouais !!! En route pour la Forêt Sombre ! C’est la chasse à la Chevalier Sainte !
C’est à ce moment-là que—
— Arrêtez tout de suite !
Celui qui cria ainsi était le mercenaire présent à la réunion.
Un autre mercenaire, frustré, lui sauta presque dessus.
— Hein ?! Qu’est-ce que tu racontes, espèce d’idiot ?! Cette femme a pris l’Oeil du Dragon Sakazuki lors du raid ! Je dois au moins récupérer la récompense pour moi-même !
— J’ai dit que vous deviez tous vous calmer, bordel ! Vous êtes trop pressés !
— Hein !? Tu veux dire que les soldats du marquis sont déjà à sa poursuite ? Et alors ? Si je la capture avant eux, la récompense sera pour moi !
— C’est pas ça le problème !
— Hein !? Et c’est quoi, ton foutu problème alors ?!
— On vient d’apprendre que les Chevaliers du Dragon Noir sont descendus dans la ville la plus proche — celle où la Chevalier Blanche serait passée ! Ils la poursuivent ! Alors imprimez bien ça dans vos cervelles : ce n’est pas un terrain de jeu pour nous ! Non… c’est un terrain où nous n’avons pas notre place !
— Et alors !? On est des mercenaires, non ? On sait se battre ! À part l’armée privée du marquis Harclay, qui d’autre peut nous barrer la route ? D’autres groupes vont débarquer peut-être ? Hein !?
— C’est que—
— GYIIIIIIEEEGGGGAAAAAAHHHH— !
Un cri aigu et strident déchira le ciel.
Le hurlement retentit au-dessus d’eux.
Tous ceux qui se trouvaient sur la place levèrent la tête d’un même mouvement.
Un dragon noir volait dans le ciel.
— Gugyyaaeee ! Gyyooeeeh ! Gyyoogggooeee !
— Guuugggeeee ! Guuueeeaaahh ! Gyyooooaaahhh !
— Gyyyiiieeehhh ! Guuueehhhh ! Guuueeeeehhhhhhh !
Une escadrille féroce de dragons approchait.
Même à distance, on pouvait distinguer des cavaliers sur leur dos.
Les dragons filèrent en direction de la Forêt Sombre.
En un instant, tout fut terminé.
Le mercenaire, celui qui parlait de chasser la Chevalier Sainte, resta muet.
Son visage, autrefois plein d’arrogance, avait perdu toute couleur.
Enfin, il parvint à murmurer d’une voix tremblante :
— Ce sont…
Il eut du mal à articuler, mais finit par dire leur nom.
— …Les Chevaliers du Dragon Noir.