Chapitre 70
Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Le lendemain matin, j’ai pris le petit-déjeuner avec Seras au restaurant du rez-de-chaussée.
Les autres clients jetaient des regards en coin à Seras.
Le visage qu’elle « porte » en ce moment est celui de « Mist Barkas ».
Sa beauté attire naturellement les regards du sexe opposé.
Mais ce qui capte surtout l’attention, c’est la rumeur disant qu’elle est la découvreuse de l’Œil de Dragon Sakazuki.
— Hé, regarde. On dirait qu’un mercenaire s’est déjà « réservé » cette femme.
— Ouais. On dirait que la découvreur-dono aime ce genre de type.
— J’ai même entendu dire que la beauté serait sortie de sa chambre la nuit dernière ?
— Fyuuu~♪ Non seulement elle a découvert l’Œil de Dragon Sakazuki, mais elle a aussi découvert ses goûts en hommes ?
— Je suis jaloux de ce type au regard perçant~♪
La salle était pleine de quolibets.
La main de Seras, qui tenait sa cuillère, s’immobilisa.
Son visage se figea.
Ses doigts serraient la cuillère à s’en blanchir les jointures.
— S’ils ne m’insultaient que moi, passe encore — mais insulter mon bienfaiteur, Hati-dono, ça, je ne peux pas l’ignorer.
— S’ils ont des choses à dire sur moi, qu’ils parlent.
Dis-je en portant une bouchée à la bouche.
— C’est de l’énergie perdue que de répondre à ce genre de gens. Et puis, ce n’est pas comme s’il y avait un Monk parmi eux.
Nous n’avons rien à gagner à faire des vagues ici.
À ce niveau, ça ira.
Seras desserra lentement le poing.
La rigidité de son visage disparut.
Elle inspira profondément, comme pour se calmer.
— Vous êtes étonnamment adulte, Hati-dono.
— Je suis juste habitué à l’animosité des autres.
Plutôt qu’à leur malveillance, disons à la bêtise de ce genre de personnes.
À côté de la clique de Kirihara et de cette foutue déesse, ceux-là sont presque mignons.
Tant qu’il n’y a pas d’intentions meurtrières, leur méchanceté m’indiffère…
— Merci de supporter ça. Au fait, sans rapport… as-tu déjà entendu parler des malédictions interdites ?
Je lui demandai au sujet des caractères que j’avais vus dans les Archives des Maléfices.
Mais nous n’avions pas encore parlé des malédictions en elles-mêmes.
— Oui, j’en ai entendu parler.
Elles existent donc. Plutôt…
— Tu sais vraiment tout, hein.
— Je ne sais pas tout. Mais j’avais pour passe-temps de fouiller de vieux ouvrages, autrefois.
Souriant doucement, Seras porta la main à sa poitrine.
— Lire me calmait particulièrement. C’était mon moment le plus serein, en tête-à-tête avec un livre.
Je ne partage pas vraiment ce ressenti…
Pour moi, les caractères ne sont qu’un alignement d’informations.
Bien sûr, lire peut faire naître des émotions — mais une fois reconnues, je passe à autre chose.
Seras, elle, porte souvent la main à la poitrine en parlant.
— Hum, c’est bien d’avoir un hobby qui apaise. Bref, parle-moi de ces Malédictions Interdites.
— Ah, pardon. D’ordinaire, on les appelle simplement « ces anciens sortilèges ».
— Et sais-tu pourquoi on les dit « interdits » ?
— Ce nom leur aurait été donné par la déesse Vysis elle-même.
— ………
— Hati-dono ?
— Au fait, c’est quoi, exactement, cette déesse ?
— On dit qu’un être divin envoyé par le Dieu Suprême des Cieux apporte salut et bénédictions à ce monde. C’est la déesse d’Alion, Vysis. Quand le Grand Mal est sur le point d’apparaître, elle invoque des Héros d’un autre monde pour le combattre — et elle seule possède le moyen de les appeler.
Cette foutue déesse.
— Donc, celle qui a interdit ces Anciens Sorts, ces « Malédictions Interdites », c’est la déesse…
— Oui, d’après mes lectures. On peut dire que c’est sa volonté. Cela dit, certains ont douté même de leur existence.
Information capitale…
Un ensemble de sorts que la déesse a interdits.
Vu autrement, c’est qu’elle les juge dangereux.
En bref—
Ces Malédictions Interdites pourraient bien être un contre-mesure efficace contre la déesse.
Voilà sans doute pourquoi le Grand Sage a enfermé les Archives des Sorts et Maléfices dans les Ruines d’Élimination.
Dans ce cas, ma nécessité de rencontrer la Sorcière des Tabous grandit encore.
Si ces informations sont fiables…
Il devient tout aussi crucial de trouver quelqu’un capable de lire les caractères des Archives.
Seras sourit faiblement.
— Je suis désolée, c’est tout ce que je sais… Quelqu’un qui aurait lu d’autres vieux textes en saurait peut-être plus.
— Non, c’est largement suffisant.
Je plantai mon regard dans celui de Seras.
— Merci.
Seras posa ses mains sur ses genoux, ses épaules se faisant petites.
— J-Je suis heureuse d’être utile…
Hein ?
— Pas besoin d’être si surprise pour un simple « merci », non ?
— C’est que… c’est la première fois que je vous entends dire un « merci » direct, Hati-dono. J’en suis un peu gênée.
Je vois.
Mon attitude mesurée fonctionne bien.
Je changeai vite de sujet.
— Quels sont tes plans pour aujourd’hui ? On devrait quitter Mills avant le coucher du soleil…
— Voyons, juste après ceci—
Seras détailla son programme.
D’après elle, l’« hospitalité » du marquis serait réglée dans la matinée.
Au passage, Pigimaru m’attendait dans la chambre.
La nuit dernière, après lui avoir administré l’Activateur, j’avais observé l’avancement jusqu’à m’endormir.
Sa teinte semblait un peu plus brillante.
Mais son apparence n’avait pas changé.
C’est conforme à la « Deuxième Expérience » : ce n’est pas l’aspect qui évolue, mais autre chose.
Bon…
On testera ça tout à l’heure, quand je retrouverai Seras.
Nous finîmes le petit-déjeuner.
Seras se leva en repoussant gracieusement sa chaise.
— Vers 13 h, je devrais être de retour après avoir reçu la récompense. Ils ont l’air débordés, alors j’ai demandé à boucler ça avant midi.
Il est en effet fastidieux de convertir une Pierre du Dragon Azur en argent.
L’or, lui, se dépense tout de suite.
Comme on l’a dit hier, avec beaucoup d’argent, on se complique moins la vie.
— Très bien, Hati-dono. À plus tard.
— Oui. Retrouvons-nous cet après-midi devant l’auberge.
— Entendu.
Ainsi, Seras quitta l’auberge en direction du manoir du marquis.
Après nous être séparés, je remontai dans ma chambre.
Je la gardais jusqu’à l’après-midi.
Vers 10 heures, je décidai de tester la force de Pigimaru après renforcement.
Sur cette idée, je quittai l’auberge pour chercher un coin à l’abri des regards.
Je pris l’allée derrière l’établissement.
Un bosquet y avait bien poussé.
Après quelques minutes de marche, une bâtisse abandonnée apparut au centre.
Tout comme l’avait dit l’aubergiste : c’était son ancienne auberge.
Il avait déménagé en ville pour ouvrir celle où je logeais.
En bref, c’était l’ancêtre de l’auberge actuelle.
— Parfait, cet endroit.
Je voulais un espace un peu grand pour que Pigimaru puisse essayer ses nouvelles capacités.
Je cherchais un lieu discret — je l’avais trouvé.
C’est en tout cas plus vaste que ma chambre.
— Alors, commençons, Pigimaru.
— Pigii~ !
Ainsi, jusqu’à midi, Pigimaru et moi enchaînâmes des essais pour vérifier les effets de l’Activateur.
Une fois terminé, je rentrai déjeuner à l’auberge.
Il devait être environ 12 h 30.
Notre rendez-vous était dans une demi-heure.
S’ils avaient fini tôt, ils auraient peut-être déjà clos les formalités.
— Vous partez, finalement ?
Les préparatifs achevés, je descendis au rez-de-chaussée.
Je m’adressai à l’aubergiste.
— Merci pour tout, ces derniers jours.
— Oh~, Hati-sama ! Si vous repassez à Mills, revenez donc chez nous !
— Oui, je reviendrai ici si je repasse par Mills.
Avec un petit pourboire, tout est simple et souple.
Je le remerciai et sortis.
Seras n’était pas encore là.
Pigimaru, sous ma cape, et moi, attendîmes son arrivée.
— ………….
15 heures de l’après-midi passèrent… et Seras n’était toujours pas là.