Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Je pris mon petit-déjeuner au rez-de-chaussée de l’auberge.
Aujourd’hui, je portais les vêtements que j’avais changés la veille ainsi qu’une robe sèche.
Mon uniforme, lui, était rangé dans mon sac de chanvre.
La nuit précédente m’avait apporté un sommeil réparateur.
Ma tête était claire, mon esprit alerte.
La salle à manger était déjà à moitié remplie quand je descendis.
Certains buvaient encore du saké à cette heure matinale.
La plupart étaient des mercenaires.
Une fois mon repas terminé, je posai une question à l’aubergiste :
— J’aimerais me renseigner sur ce recrutement pour l’expédition des ruines. Celui où le marquis rassemble des volontaires.
— Ah, Hati-sama en a donc entendu parler. Oui, le seigneur recrute bien des gens pour explorer un nouvel étage découvert dans les ruines.
L’aubergiste m’expliqua que le rassemblement aurait lieu aujourd’hui même.
Aucune condition particulière pour y participer.
L’inscription semblait se dérouler sans problème pour les membres de la Guilde des Mercenaires.
Ce qui signifiait que moi aussi, je pouvais m’y joindre.
Le rendez-vous avait été fixé sur une place, à la lisière de la ville.
Je remontai à ma chambre et cachai Pigimaru sous mes vêtements, puis je partis vers cette place.
Je n’eus aucun mal à la trouver.
Le tumulte ambiant guidait mes pas.
Dès que j’eus traversé le chemin forestier, mon champ de vision s’élargit :
une cinquantaine de personnes, à vue d’œil.
Toutes semblaient rompues au voyage et au combat.
Des silhouettes de voyageurs, de mercenaires… exactement l’image que l’on se fait d’eux.
Dans un coin de la place se dressait une estrade.
Un podium d’événement.
Sans doute l’endroit où l’organisateur ferait son discours.
Devrais-je acheter un objet pour mesurer le temps ?
Ici, la mesure des heures ressemblait à celle de mon ancien monde.
Douze bêtes incarnaient les douze heures.
Avec la distinction entre matin (yang) et soir (yin).
Mais pour moi, trop compliqué.
Je continuais à me fier à mon propre sens du temps.
J’avais quitté l’auberge un peu avant 9h30.
L’aubergiste m’avait dit que le rassemblement aurait lieu à 10h00.
À ce moment-là, une voix rauque résonna dans un coin de la place :
— Hoooh !?
— On dirait qu’une personne qui ne colle pas avec les autres s’est glissée dans la foule, non ?
Hein ?
Parle-t-il de moi ?
— Même sous cette cape, je le sais. Trop distinguée pour être ici. Même les parties de ton visage qu’on devine sous la capuche, trop belles. Et cette élégance qui se dégage de ton corps… Tu dois avoir un nom réputé. Alors, gente dame, pourquoi es-tu ici ?
Ah, non.
Il ne parlait pas de moi.
Ce grand gaillard musclé s’adressait à une femme élancée.
— Qu’y a-t-il ?
Cette voix…
Je tendis l’oreille.
— Ohh ! Quelle clarté dans ta voix ! C’est comme si tu étais…
Ses yeux s’écarquillèrent.
— L’ancienne chef des Chevaliers Saints !
La rumeur s’enflamma aussitôt dans la foule.
— Hein ? Cette femme, ce serait la Chevalière Princesse Seras Ashrain ?
— Celle qui serait la princesse du royaume des Hauts-Elfes ?
— J’ai entendu dire qu’elle avait disparu de Neia, occupée par Bakuos.
— Quoi !? Elle serait à Mills maintenant ?
— L’Empire Bakuos n’avait-il pas mis une énorme prime pour sa capture ?
L’homme musclé cherchait délibérément à attirer l’attention.
Moi, j’observais.
C’était probablement la femme croisée dans la forêt.
J’en reconnaissais la voix.
Mais je n’avais aucune raison d’intervenir.
Ni dette, ni lien avec elle.
Je ne voulais pas me faire remarquer.
De toute façon, elle ne semblait pas troublée.
Elle dégageait un calme absolu.
Peut-être avait-elle déjà prévu une échappatoire.
Si je m’en mêlais, je risquais même de gêner.
Je songeai : au pire, elle pourrait paralyser tout le monde ici.
L’homme s’approcha d’elle :
— Je ne t’ai jamais vue comme chef à Neia, mais on disait que tu étais très belle. Et moi… je t’avais invitée à dîner, tu m’as froidement rejeté !
— Je ne me souviens même pas de vous.
— Guh !
Son visage se crispa.
— Toujours la même arrogance ! Toujours au-dessus des autres, sans intérêt pour personne ! Voilà pourquoi je me souviens si bien de ton visage ! Même de cette poitrine minable ! Tu es bien la Princesse Chevalier déchue, fugitive pathétique !
— Excusez-moi, mais vous faites erreur.
Il ricana, pointant sa capuche :
— Alors montre-nous tes oreilles !
— …
— Les elfes ont des oreilles pointues ! Ton capuchon trop ample cache forcément quelque chose ! C’est évident ! Tu veux dissimuler tes origines ! Tu es la fugitive Seras Ashrain !
Sa main arracha brutalement la capuche.
— Voyez ! J’ai démasqué la Princesse Chevalier ! Moi, Dorogetti le Moine Éclair ! Admirez ces oreilles pointues ! Et ce visage de rêve ! Une beauté qu’on n’oublie jamais !
Mais son expression se figea.
— … Hein ? Quoi !?
Les oreilles révélées étaient humaines.
Pas pointues.
Moi, j’avais déjà compris.
C’était bien la femme rencontrée dans la forêt.
Elle avait révélé son visage quand je l’avais interrogée.
Avait-elle, elle aussi, rejoint Mills pour ce recrutement ?
Dorogetti pâlit.
— Im-Impossible ! Et puis…
Il scruta son visage.
— C’est… différent ! Ce n’est pas le même visage !
La femme soupira.
— Comme je l’ai dit, vous vous trompez. Je ne m’appelle pas Seras Ashrain. Je suis Mist Barkas.
Sa voix claire, indifférente.
— En avez-vous enfin fini ?