Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
Plusieurs hommes avançaient dans la forêt sombre.
Un membre de l’équipe s’arrêta brusquement, fixant quelque chose qu’il n’avait pas remarqué auparavant.
— Qu’est-ce que c’est que ces cadavres ?
À ses mots, je me retournai également.
— Je ne sais pas. On dirait des mercenaires tombés au combat.
— Seraient-ils en route vers Mills ?
— C’est possible. À part notre groupe, seuls ceux qui se dirigent vers Mills passent par ici.
Je remarquai qu’un des hommes était livide, vraiment très pâle.
— Avez-vous déjà vu un cadavre dans cet état ?
— Ou… Oui…
Les corps étaient affreux.
Il y en avait quatre.
Aucun visage n’était reconnaissable.
Ils avaient probablement été dévorés par une bête ou un monstre.
L’un de mes hommes fit tomber l’épée accrochée à la taille d’un des cadavres.
— Pour mourir dans une forêt pareille, ces mercenaires ne devaient pas être bien puissants.
— Et aucun n’avait d’argent sur lui ?
En général, on trouvait toujours quelques pièces sur des cadavres…
Mais pas cette fois. Ni or, ni bagages utiles.
— Ils ont peut-être été victimes d’un vol. On dit qu’il y a parfois des brigands dans cette forêt.
— Cela voudrait dire qu’après avoir été tués par un monstre, d’autres voyageurs auraient pillé leurs restes ?
— Si c’était pour finir dévorés par un monstre, ils n’auraient pas dû devenir mercenaires.
— Vous croyez qu’un monstre des Ruines du Rejet s’est échappé ?
— Hahaha ! Si c’était le cas, il faudrait envoyer les Chevaliers Magiques.
— Tu as raison.
Ils tentaient d’alléger l’atmosphère par des plaisanteries.
— Ah, on aperçoit enfin notre lieu de travail.
Les Ruines du Rejet.
Un paysage familier.
Toujours inchangé.
Et cela devait rester ainsi, pensais-je.
— Rien d’anormal cette fois encore.
Un des bavards du groupe ricana :
— Ce travail ne change vraiment jamais.
— Tant mieux. Le changement n’est pas toujours bon. Bon, je vais faire la vérification habituelle.
— Capitaine, toujours si sérieux~
— C’est notre mission.
C’était un travail confié par le royaume allié d’Alion :
une enquête périodique sur les Ruines du Rejet.
Le royaume d’Urza et celui d’Alion coopéraient depuis longtemps.
J’étais heureux de cette tâche : bonne paie, travail facile.
Je sortis un outil magique de mon sac.
Un artefact créé par la déesse Vysis elle-même.
Depuis des années, différentes équipes venaient faire ce contrôle.
Je longeai les murs des ruines.
Après un moment, j’appuyai sur une section discrète du mur.
Clank— clunk—
Un renfoncement apparut, un trou allongé où l’on pouvait glisser un bras.
Je sortis un cristal noir.
Si celui-ci virait au platine, l’inspection était terminée.
Je n’avais aucune idée du principe derrière ce changement.
Et je n’avais pas l’intention de chercher à comprendre.
C’était un travail simple.
Toute l’équipe appréciait ce labeur tranquille.
Je savais ce que représentaient ces Ruines du Rejet.
Mais cela ne m’intéressait pas.
Qu’importe ce qui s’y passait, tant que ma vie restait paisible.
Je n’aspirais à aucun bouleversement.
— Hein ? Qu’est-ce que…
— Qu’y a-t-il, capitaine ?
Le cristal n’avait pas changé de couleur.
Habituellement, il virait au platine. Pas cette fois.
— Capitaine ! Est-ce que cela signifie—
— Ah…
Je pris un air grave et portai une main à ma bouche.
— Je suppose que ce cristal a atteint sa limite. Même les artefacts de la déesse ont une durée de vie.
Clink.
Je le tapotai du doigt.
— Il faudra le remplacer par un nouveau.
— Devons-nous signaler ça à Alion immédiatement ?
— Non.
Je répondis aussitôt.
— Je le mentionnerai lors du rapport semestriel.
— Est-ce prudent ?
— Les procédures avec Alion sont trop lourdes. Si on passe par notre pays, c’est bien plus simple.
— … Je comprends.
Nous commençâmes à plier bagage.
— Bref, ce rapport sera encore : “Aucune anomalie”. Rien n’a changé.
— Et si quelqu’un parvenait un jour à survivre et sortir des ruines ?
— Hahaha ! Impossible !
En riant, je jetai un dernier coup d’œil aux Ruines.
Jamais personne n’en était sorti vivant, selon les archives.
Zéro taux de survie.
Un lieu qui ne changerait jamais.
Je rangeai le cristal inerte dans ma besace.
— Ce n’est qu’un boulot tranquille. Absolument.